‹ Essais critiquesChapitre 20 sur 52 · DISCOURS DE BUIAND ET MILLERAND I2J · texte numérisé non relu

DISCOURS DE BUIAND ET MILLERAND I2J

rel. Ainsi, Millerand, Briand entrent dispos, libres, maîtres d" eux-mêmes, dans la grande activité parlementaire et politique. Puisque, dans les discussions oratoires telles que les impose la vie ardente et mouvementée de nos assemblées actuelles, les lentes préparations ne sont plus permises, ils sont prêts à l'improvisation qui est le propre de l'éloque d'aujourd'hui. C'est même dans Timprovisation qu'ils manifestent le mieux les qualités constitutives de leur « génie » oratoire. Ils ont toutes les qualités qui font les improvisateurs, donc les orateurs admirables : je n'ai pas dit qu'ils eussent une profonde culture littéraire . . . ïous deux parlent pour agir. Et ils agissent puissammentparce que leur éloquence est, dans toute la force du terme, une éloquence d'action.

11 lui suffit de paraître pour vaincre. Et s'il parle, il triomphe. M. Briand, aujourd'hui, est devenu ou redevenu ou redeviendra un homme nécessaire à la République. On doit éprouver une forte impression quand on se sent pour la première fois un homme nécessaire à la République. Mais M. Briand a rhabitude. En peu d'années, lui, le propagandiste précis ei âpre des réunions populaires, s'est transformé en un parlementaire de premier plan et de premier rang. Tout le monde s'empressa d'exalter cet homme nouveau. Et ses amis d'autrefois, enclins à voir partout des traîtres et des trahisons, le considérèrent comme perdu définitivement pour eux. ils crièrent si violemment leur rage désespérée^ qu'on

mesurait mieux l'importance de la perte quils^ avaient faite. Leurs clameurs injurieuses devenaient ainsi de frénétiques témoignages d'admiration. Insultes ou hommages, Briand les acceptait en fataliste flegmatique, résigné dès longtemps à tous les inévitables et qui professe qu'un homme, surtout un homme politique, ne doit quitter son calme que dans des cas d'absolue nécessité et que ces cas sont rares.

11 est d'ailleurs vain de prétendre que Briand soit un énergumène repenti, capable de voyager avec nonchalance des régions révolutionnaires jusqu'aux pays réactionnaires. Non pas. Un doctrinaire ennuyeux — les doctrinaires sont ennuyeux quelquefois — disait : « En politique, il n'y a pas de principes, il n'y a que des compromis. » Briand a certainement des principes très nets d'action politique ; mais il sait que les compromis sont indispensables . qu'il ne faut pas brusquer, ni les hommes, ni les choses. Placé par les circonstances dans les milieux socialistes, il a obéi aux circonstances maîtresses afin de ne pas brusquer sa vie. Cependant, il se montra toujours tacticien habile et prudent, même dans ses apparentes violences. Et je vous assure que lorsqu'il organisait dans ses discours la grève générale, il l'organisait le plus doucement du monde. Il avait l'air de presser les foules déjà impatientes. Il les détournait, au contraire, des révolutions prématurées. 11 leur conseillait rudement de se préparer pour la grève générale. Mais il exigeait que cette préparation fût minutieuse et complète. Une telle préparation devait nécessairement être longue, longue. La conclusion naturelle était que la grève

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