DISCOURS DE BRIAND ET MILLERAND
de la dévolution des biens ecclésiastiques, des édifices du culte et des baux emphytéotiques, du nombre des membres dans les associations cultuelles, de tous les détails de la police des cultes... Voulezvous reconnaître dans leurs discours les restes de la rhétorique romaine ou de la rhétorique révolutionnaire? Il ne faut plus maintenant les resplendissantes antithèses qui accusaient autrefois l'opposition des grands principes. La tenue simple est de rigueur. L'éclat nuirait où l'exactitude minutieuse s'impose. Les mots, les phrases ne sont que les miroirs nus et clairs où transparaissent les idées telles quelles et où elles se mirent en passant. Et je veux bien que dans certaines circonstances, lorsqu'il s'agit des libertés essentielles du peuple, des droits primordiaux de lindividu, de conflits tragiques d'où dépend la paix du monde, l'éloquence la plus moderne recherche les périodes amples et graves, les retentissantes sonorités dont les échos se prolongent, et les harmonies étincelantes. J'y consens, mais les cas deviennent de plus en plus rares où il convient que l'éloquence s'élance et plane. Presque toujours l'éloquence d'aujourd'hui est contrainte de rester solidement attachée à la terre. L'éloquence juste, vraie, l'éloquence honnête est une éloquence pédestre .
Ainsi l'exigent les sujets qu'elle traite. Ainsi l'exigent les esprits qui traitent ces sujets, et qui se sont façonnés pour eux. Les orateurs politiques dignes de ce nom ne veulent plus émouvoir mais instruire. Ils ne se préoccupent plus d'entraîner, mais de convaincre. Ils savent accumuler les faits, rassembler les preuves en ordre de bataille. Et leur
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élégance comme leur logique suprême consiste à ne point s'attarder aux détours des développements oratoires. Le choc des objections ne déconcerte point leur discipline. Ils avancent, pressés et vifs, sans rompre les lignes. Ils voient incessamment le but et tout droit s'y dirigent, amenant avec eux leurs auditeurs. Et ils savent pertinemment que, selon la parole de Saint-Evremond : « Dans toute affaire il n'y a que deux ou trois bonnes raisons à donner pour ou contre. Quand on les a données, il faut s'arrêter, parce que, ensuite, on ne dit plus que des sottises. » Et leur éloquence est d'autant plus forte qu'elle est plus sobre et plus concise.
Cette éloquence dépouillée n'est point inférieure à l'éloquence encombrée d'ornements. N'atteint pas qui veut à la simplicité. Et sans doute, à côté d'orateurs, tels que Millerand et Briand, tant d'autres bavards étalent à la tribune la plate impertinence de leurs prolixes improvisations. Mais la valeur de l'art est indépendante de celle de l'artiste. Et les livres du vicomte d'Arlincourt ne déprécient pas ceux du vicomte de Chateaubriand.