‹ Essais critiquesChapitre 24 sur 52 · LES HISTOIRES DE G. LE^OTRE ET L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

LES HISTOIRES DE G. LE^OTRE ET L'HISTOIRE

M. Lenôtre a conquis une aimable réputation d'historien facile. Nous lui devons de bonnes narrations historiques qui ont plu dans les salons. M. Lenôtre, qui est un homme intelligent, ne se flatte certainement pas d'avoir fait autre chose en histoire que de la vulgarisation attrayante ou émouvante. Il n'a jamais eu la méthode sévère, la méthode précise, d'un historien véritable. 11 réunit quelques documents déjà publiés, il en ajoute un ou deux, importants ou négligeables, plus souvent négligeables, qu'il a découverts. Et il bâtit une histoire comme il construirait un roman. Si des détails lui manquent, ou s'il a besoin, pour compléter son récit, d'emprunter des faits ou des pages à des historiens qui font précédé, il emprunte et il ne dit pas toujours qu'il emprunte, car, à quoi bon mettre des lecteurs élégants dans la confidence des besognes vulgaires auxquelles un narrateur embarrassé ou pressé est quelquefois contraint de s'adonner?. .. Aussi bien, comme M. Lenôtre a obtenu aisément des succès avantageux, il a rencontré par ailleurs des juges peu cléments. En France, tout finit par des chansons ou par des épigrammes... Oui donc a consacré à M. Le-

l4(3 ESSAIS CRITIQUES

nôtre, qui se nomme réellement Gosselin, 1 épigramme que voici :

Gosselin, Français né malin Prenant du tien, prenant du mien, prenant du vôtre. Mettant du sien, Très peu du sien, Signe modestement Lenôtre.

Le labeur agréable et toujours récompensé de M. Lenôtre n'aurait-il suscité que cette épigramme, il ne resterait point complètement inutile, car il nous donnerait une idée avantageuse de Tesprit français, ou, si vous préférez, de la malice française... Notez que l'épigramme n'est même pas entièrement injuste, car il est advenu que M. Lenôtre « démarquât » des historiens notoires ou des mémorialistes connus. 11 les « démarquait » avec une certaine impudence qui constitue sa meilleure excuse. 11 ne considérait point quil faisait un travail de savant. Il narrait seulement des récits bien conduits pomdes personnes un peu lasses des pures fictions romanesques et enclines à se reposer dans l'histoire approximative, pour des personnes charmantes assurément, mais à qui il était bien superflu de confesser que Ton citait Beugnot, par exemple, puisqu'elles n'avaient jamais entendu dire que Beugnot eût existé...

MaUieureusement, la prétention de M. Lenôtre s'est accrue avec son succès. 11 ne doute plus, hélas ! qu'il ne soit réellement un historien. 11 se trompe sur ses aptitudes. Il force son talent. Exemple. Lu exemple. Un seul exemple. M. G. Le-

Page 1