L.-A. GARNIER-PAGES
rielles . » Ce n était pas en vain que Garnier-Pagès avait été courtier de commerce. Xe l'est pas qui veut. Garnier-Pagès avait voulu l'être, Tétait devenu . Il avait su l'être avec fruit. Il était assez riche pour aimer le peuple en toute indépendance. Le peuple était donc flatté, croyait-il, d'être aimé par lui. Au surplus, son apostolat s'accomplissait — il le savait bien — dans des conditions d'extrême confortable dont plus d'un pouvait être jaloux. Ce n'était pas un apostolat nouveau, incertain, sans relations ni débouchés. Non, il avait accepté la suite d'un apostolat déjà fondé, d'un bon rapport, avantageusement connu sur la place publique. Il avait par héritage un fonds d'idées courantes achalandées, un stock d'articles goûtés, une raison sociale estimée, une clientèle; Garnier-Pagès était entré dans la politique comme un bourgeois de qualité.
Excellente vanité! Tous les mérites de Garnier- Pagès en proviennent. Ce sont des mérites ordinaires.
Sûr de lui, confiant exagérément dans ses aptitudes, lesquelles?... il croyait utile à la France d'avoir^ en ce qui le concernait, une importante ambition. Il était ambitieux par amour du peuple. Son ambition n'était pas méchante. Elle était satisfaite de peu, car Garnier-Pagès avait un penchant intime à être satisfait de lui. Certes, il était fier d'occuper les fonctions insignes de lÉtat; mais, d'autre part, il pensait que, étant né Garnier-Pagès, frère notable d'un frère notoire, il honorait les fonctions publiques plus qu'il n'en recevait d'honneur.
Il ne se souciait donc pas par avance d'être particulièrement compétent pour les fonctions spéciales
qu'un hasard exceptionnel lui pouvait d'aventure assigner. Il se jugeait bon pour toutes les fonctions, étant disposé à toutes. En vérité, elles lui étaient toutes convenables, car il ne cherchait pas l'occasion de s'y enrichir. Autant il était vaniteux, autant il était désintéressé. Il lègue aux politiciens l'exemple d'un homme austère.
Malgré cela, il est, sans doute, permis de dire que Garnier-Pagès montrait quelque présomption à se tenir pour capable de tous les emplois. Mais je pense qu'en cela il décelait surtout son incapacité de préciser ses aptitudes. En outre, il imitait ainsi son frère ; comme lui il n'était apte qu'à servir le peuple en général.
Pour le bien servir il est bon, n'est-ce pas! de tout espérer pour lui. La politique de Garnier-Pagès est donc essentiellement optimiste. Elle est imprégnée d'optimisme; elle en est saturée. Cet optimisme était intarissable, car sa source était au dedans de Garnier-Pagès. Parce qu'il avait en lui une confiance sans bornes, Garnier-Pagès ne désespéra jamais de la patrie.
Il lui semblait d'ailleurs que toutes les difficultés politiques cédaient fatalement à son intervention. Les unes ont coutume de naître des événements ; les autres plus nombreuses, plus formidables, naissent des hommes. Garnier-Pagès se jugeait expert en lart de supprimer ces dernières, car il était infatigablement conciliateur. Il considérait autoui' de lui les rivalités illusoires, et s'employait, serein, à les apaiser. Son autorité fut toujours lénitive. Et il ne fut pas toujours inutilement vaniteux.
Il faillit l'être jusqu'à l'héroïsme. Eflectivement il