‹ Essais critiquesChapitre 8 sur 52 · L.-A. GARNIER-PAGES · texte numérisé non relu

L.-A. GARNIER-PAGES

homme qui se dévoue sans même savoir ce que feront les autres !...

Cependant, au 24 février, le hasard le fit maire de Paris. II fut tout de suite à la hauteur de son rôle, comme on dit, car il rédigea sans respirer une proclamation. Qu'auriez-vous fait à sa place? Il fit assavoir au peuple qu'un gouvernement provisoire venait de se constituer pour son bonheur; il lui indiqua même où se trouvait ce gouvernement. Mais il faut tout citer :

Citoyens !

Louis-Philippe n'est plus roi !

Un gouvernement provisoire a été nommé par le vœu national. Il siège en ce moment à IHôtel de Ville.

La nation sera consultée !

En ce moment, ce qui importe, c'est de maintenir Tordre sans lequel il uy a point de liberté.

Le gouvernement provisoire compte sur la garde nationale. Tous les citoyens en font partie et doivent concourir au maintien de la sécurité et à la défense du pays.

Que tout le monde soit à son poste et la lilierté sera sauvée I

Garnier-Pagès.

Voilà, si je ne me trompe, un chef-d'œuvre qui fait clairement paraître qu'il n'est pas superflu de (( consulter la nation », lorsque ce le vœu national » nomme les gouvernements. C'est une belle proclamation. Les paragraphes surtout sont pleins d'éloquence. Puis les idées générales y prêtent un sérieux appui à la garde nationale pour fortifier le jeune gouvernement... Il est juste de dire que cette proclamation fut improvisée, comme le gouvernement

dont elle annonce la venue. Que serait-elle si Garnier-Pagès avait eu le temps de la méditer?

Eu outre, et pour qu'il ne leur manquât rien, les paroles de Garnier-Pagès étaient volontiers prophétiques. Aussi bien, son éloquence n'est pas toujours claire.

Il voyait de très loin les événements et il avait dit des choses étonnantes à M. Guizot : « Malgré vos mépris anticipés, le suffrage universel aura son jour. » Même il rencontra une fois M. d'Houdetot et il rendit des oracles qui furent rapportes à Louis- Philippe. Garnier- Pages nous assure que le roi en fut très frappé. Ajoutons qu'il ne les comprit pas.

Ainsi toujours. — Garnier-Pagès s'agite perpétuellement dans son fauteuil. L'efïervescence de son àme bouillonne en grandes phrases. Il se précipite aux actes superbes. Mais il est gêné par sa robe de chambre, ses pantoufles et son bonnet grec. Ce bon bourgeois n'est qu'un garde national en mal d'héroïsme.

C'est pourquoi, encore qu'on devienne orateur, dit- on, Garnier-Pagès ne le devint pas. Il voulut l'être, tâcha à le devenir. En vain. Il ne réussit pas plus à bien parler qu'à réaliser le bonheur du peuple : ce qui était également une de ses intentions. Aucun de ses discours n'est assez bon ou assez mauvais pour qu'on le puisse distinguer des autres. Cependant tout Ihomme se meut parmi les phrases grandiloquentes. Le champion du peuple s'y mêle au courtier de commerce. Celui-ci expose des questions d'afl'aires ; celui-là les veut parer d'ornements : pis encore, L'un embarrasse l'autre. Les

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