‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 11 sur 57 · ET RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

ET RÉSUMÉ

tm LA BIBUOGRAPHIE DE CET AUTEUR *.

Habent suafata libelli: il a'est peuirétre pas d'observations que la critique littéraire trouve plus souvent l'occasion de vérifier , dans l'examen de ce qui a échappé au grand naufrage de l'antiquité ckssique.Tel poète^idontla gloire est arrivée jusqu'à nous par les mille voix de la renommée,, comme Simonide,.Anacréon, Ménandi*e , n'a rien laissé de lui que cette gloire ,

* Ce morceau a été lu à l'Institut , dans les séances de FAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres , des 12 et 19 août 1836.

dont les titres ont péri , à l'exception de quelques courts fragments , épars çà et là. Or, sans vouloir renoncer gratuitem^it à aucune des parties de Théritage de Tantiquité , dans Tétat où nous le possédons , Ton peut dire cependant que Ton aurait volontiers accepté rechange de plusieurs poèmes médiocres arrivés jusqu'à nous y contre ces ouvrages Ëuneux qui méritaient mieux d'être immortels. De même , dans les nombreux écrits d'un savant aussi câièbre que Varron , par exemple , il est sans doute plusieurs traités dont les sciences , l'érudition , auraient tiré un profit plus grand que de telle partie des nombreuses productions du fécond Galien , si Êivorisé par cette fortune capricieuse. Sans doute aussi l'histoire eût acheté volontiers par le sacrifice de plusieurs de ses sources antiques l'assurance de retrouver celles de Théopompe , de Trogue - Pompée. Enfin plusieurs grammairiens , plusieurs mythographes , qui se répètent sans cesse les uns les autres , quelques rhéteurs verbeux , quelques secs abréviateurs, eussent été d'une perte peu regrettable , en comparaison d'un même nombre d'auteurs éminents en différents genres , dont le mérite a

été constaté par le sui&age unanime de tant de générations , qui les ont admirés autrement que sur parole.

Pour Içs bons ouvrages qui nous restent dans un état incomplet (et c'est de beaucoup le plus grand nombre) , combien ce que nous en con- . naissons ne fait-il pas regretter plus vivement ce qui en manque ! A quel prix n'auraiton pas consenti pour compléter les Annales de Tite- Live , de Tacite , les œuvres de Polybe , de Denys d'Halicarnasse !

En voyant aussi plusieurs auteurs mécfîocres multipliés par l'écriture à une quantité d'exemplaires , et un auteur du premier ordre conservé par un seul manuscrit , dernier souffle de son existence , recueilli heureusement avant qu'il ne s'éteignît comme les autres ; en voyant cette inégalité , l'ami de l'antiquité ne peut s'empêcher de reprocher aux copistes du moyen-âge leur manque de discernement. Tandis que des livrets d'école primaire, tels que la Schédographie de Manuel Moschopule * , sont multipliés presque à l'infini , un seul manuscrit nous

* La Bibliothèque du Roi possède vingt manuscrits de cet ouvrage.-

conserve cet excellent Traité du Sublime attribué à Longin*.

Je pourrais développer par d'autres exemples ces considérations sur la fortune des ouvrages anciens y si mon but n'était de les appliquer à un seul , les fables de Phèdre. C'est ici , du moins , un des heureux accidents de cette capricieuse répartition du sort. Pendant que tant d'écrivains , préconisés par leurs contempo-

* C'est le manuscrit de la Bibliothèque, n° 2Ô3G , petit in-4*, sur parchemin , du dixième siècle , et d'une très-belle conservation. D'autres manuscrits du même traité , écrits au quinzième et au seizième siècle, sont évidemment copiés sur celui-ci , dont ils reproduisent exactement les lacunes. On peut voir à ce sujet la note de Boivin dans le catalogue des manuscrits grecs de la Bibliothèque, page 435. Le Traité du Sublime ^ potir titre dans ce manuscrit : Atowvc'ov ri ao/>ivov tct^'i C4/00V5. C'est la seule raison que l'on ait eue de l'attribuer à Longin , auquel plusieurs critiques modernes veulent l'enlever pour l'accorder à Denys d'Halicarnasse.

lin des exemples les plus saillants qu'on pourrait encore citer au sujet des ouvrages qtii nous sont parvenus par un seul manuscrit est celui des Annales de Tacite , ainsi que nous l'ont fait remarquer MM. Dureau de la Malle et Burnouf père. Cet exemple est surtout remarquable en l'opposant a ;x soins que l'empereur Tacite avait pris de multiplier les copies des œuvres du grand historien de son nom.

l'ains, et dont la renommée a continué à se transmettre d'âge en âge , ne nous sont plus connus que par ce concert lointain d'éloges, voilà qu'un manuscrit latin révèletput-à-coup à Pierre Kthou , en 1596 , un talent original et profond avec le nom d'un affranchi d'Auguste, qu'il cherche vainement dans toute la littérature des premiers siècles de notre ère , si Ton excepte cette expression assez incertaine de Martial : Improbi jocos Phœdri *. Il est obligé, pour trouver un témoignage positif, d'arriver à un versificateur du quatrième siècle , Aviénus ** , après lequel on ne trouve , non plus qu'auparavant , aucune autre mention de Phèdre. Et pourtant ce poète , qui semble arriver pour la première fois à la lumière , peut être comparé , par son esprit vif et ingénieux , aux auteurs les plus fins de son temps. A la finesse il joint un style à la fois clair et précis , où il est impossible de ne pas reconnaître l'âge d'or de la litté-

* Lib. III , épigr. xx , v. 5,

**«.... Quas Grœcis iamhie Babrius repetens in duo volumina coartavU; Phœdrus eiiamparlem aliquam quinque in libdlos resolvit^^

Inprœfal,fahul. jEsopicarum ad Theodos.

rature latine. Je ne crois pas , en e£kt , qu'on puisse assigna à une autre époque des vers comme ceux-ci :

Est ardelionum quxdam Romae natio , Trépide concursans , occupata in otio , Gratis anhelans , mnlta agendo nihil ag ens , Sibi molesta et aliis odioâssîma *.

Gomment donc cette antiquité , si sensible aux charmes de l'élocution , et qui peut-être aussi aimait plus /]ue nous les préceptes moraux sous toutes les formes , put^elle laisser passer presquei naperçu Télégant fabuliste? Comment un auteur dont la découverte fut un événement littéraire à la fin du seizième siècle paraît-il avoir été inconnu à ses contemporains? Nous ne savons ; mais telle fut la première remarque à laquelle donna lieu la publication de Phèdre. Les sceptiques en rapprochèrent la grande érudition de Pierre Pithouet sa connaissance approfondie de Tantiquité. Peut-être même la célébrité de la satire Ménippée , à laquelle ce grand magis^ trat avait pris tant de part**, disposa-t-elle les

* Lib. II, fab. 6.

*'Il est auteur de la harangue djB M. d'Aubray pour le

lecteurs du temps à la supposition d'une ingé* nieuse fiction littéraire , même lorsqu'elle û'au'^rait plus , comme cette fameuse satire , une importance et un but politiques.

La mort de Pierre Pilhou , arrivée presque aussitôt après sa publication de Phèdre , l'enb pèçba de dissiper lui-même ces premiers doutes» et de démontrer l'authenticité de son auteur , comme il lui aurait été si facile de lé &ire , en donnant sur le manuscrit du dixième siècle , qu'il tenait de son frère François , des détails qui n'am*aient plus permis de doute raisonnar ble. A moins d'une pareille circonstance , ces détails bibliographiques n'étaient pas , comme aujourd'hui , dans les habitudes de l'érudition , dont le vol plus élevé semble avoir dédaigné le terre-à-terre de ces accessoires.

Toutefois l'authenticité des fables de Phèdre ne tarda pas à être corroborée d'upe preuve nouvelle par la publicité que le P. Sirmond , jésuite, appela sur un manuscrit qui existait dans la bîldiothèque bénédictine de Saint-Rem y de Reims. Nicolas Rigault , à qui Sirmond remit

tiers-état. C'est la plus considérable des harangues, de la satire.

les variantes qu'il avait prises sur les manuscrits de Reims , s'en servit pour l'édition qu'il donna en 1617, et qu'il dédia à l'illustre ' président Jacques-Auguste de Thon *. Le même Rigault joignit une troisième preuve aux deux précédentes , en faisant connaître ** l'existence de quelques feuilles d'un manusmt également ancien , sur lesquelles étaient écrites quelques fables du second livre , et qui de Pierre Daniel étaient passées en la possession de Paul Pétau. Voilà tout ce qu'il y a de connu en feit de manuscrits anciens des fables de Phèdre : celui de Pithou, celui de Reims, et le fragment de Daniel. Ils furent connus , comme on voit , presque àr la fois , par la publicité que donna au premier l'édition Princeps de Pithou .

Mais ici se trouve une longue lacune dans les éditions de Phèdre , qu'on pourrait appeler originales , comme étant publiées immédiatement d'après les manuscrits. Celui de Reims, depuis Sirmond , fut encore examiné par plusieurs personnes***, mais seulement comme objet de

* M. de Thou mourut le 7 mai de cette même année. ** Bannies notes de cette même édition. *** Entre autres , par Tabbé d'Olivet.

curiosité , OU pour le Querolùs de Plaute , qui y était joint. Quant au manuscrit de Pilhou , il était passé , par succession ^ dans la Êunille Le Pelletiier ^ où il ne parsut pas avoir été conununiqué jusqu'en 1780. A cette époque , M. Le Pelletier de Rosanbo , président au parlement de Paris , en donna communication au P. Brctier; mais, à la né^genceavec laquelle ce jésuite en profita , on voit qu'il n'en a pas senti tout rintérét littéraire. Déjà, depuis plusieurs années, on n'avait plus le manuscrit de Reinis ; car la bibliothèque de Saint-Remy avait été consumée par un incendie en 1774. La fin de ce siècle ayant am^ené les désastres de la révolution , où périt le président Le Pelletier de Rosanbo, dont les biens furent confisqués, on crut long-temps que le manuscrit de Pithou avait eu un sort semblable à celui de Reims.

Pourtant M. le marquis de Rosanbo , fils du ^sident et chef actuel de là Êunille Le Pelletier , en rentrant en possession de ses biens , recouvra aussi , par une heureuse circonstance , ce monument de l'illustration littéraire répandue sur sa famille par les Pithou.

Une note de feu M. Barbier ayant porté ce

Élit à la connaissance de M. Schwabe de Wdmar , ce respectable savant , si honorablement connu par ses travaux sur Phèdre , voulut couronner sa carrière en provoquant l'espèce de résurrection du plus ancien nianuscrit de son auteur favori.

Outre la satis&ction qu'un homme dont toute la vie a été consacrée à un seul auteur doit trouver à en faire renaître les textes les plus anciens , cette publication avait réellement pour Phèdre un intérêt particulier. Au silence près* que absolu de l'antiquité à son égard s'était encore joint quelque chose de moderne que l'on croyait apercevoir dans la tournure de son esprit. Les preuves multipliées de l'authentidté de ses &bles montrent le vague de ce genre de critique. La première preuve se trouve dans Texistence de manuscrits remontant à une ^>oque d'ignorance qui n'am^t pu certainement produire une aussi parfaite imitation , et qui se serait trahie par toute autre trace que le genre de saiUies où l'on veut reconnaître l'esprit moderne , faute de rendre peut-être assez de justice à la finesse du génie des anciens.

Du reste , le genre de raisonnement tiré de la

barbarie du milieu du moyen-âge ne pourrait s'appliquer de même à des manuscrits grecs écrits dans l'empire d'Orient , où la drilisation bysantine et les traditions classiques de la haute littérature grecque , pour tout ce qui tient au mécanisme du style , purent produire , vers le dixième siècle, un pseudo-Anacréon , assez ingénieusement versifié pour avoir d(mné le diange à de trèsrhabiles gens. Mais , en Occident , cette même époque est celle de la plus grande barbarie du moyen -âge. L'imitation d'une latinité aussi pure , possible au quinzième ou au seizième siècle , était impossible alors ; et , n'y eût-il d'autres indices , un ouvrage latin de ce style , transcrit au dixième siècle , remonte nécessairement jusqu'au commencement de notre ère.

Cependant , pour ne pas donner trop d'importance à l'édition du Codeur Pithœanus , il est nécessaire de dire que M. Schwabe avait trouvé très-judicieusement le genre de preuve dont nous venons de parler dans les febles d'un nommé Romulus , dont Vincent de Beauvais a cite vingt-neuf dans son Spéculum doctrinale. Car il a été impossible de ne pas reconnaître

dans la prose de Romulus les lambeaux des vers de Phèdre dont elle est tissue.

Le manuscrit de Pithou est venu confirmer surabondamment cette induction. M. Hase , à qui M. Schv^abe s'était adressé pour tâcher d'avoir connaissance du manuscrit , voulut bien l'examiner avec moi chez M. de Rosanbo , et le reconnut pour n'être pas plus récent que le dixième siècle ; ce qui m'engagea à le reproduire avec une exactitude scrupuleuse , en y joignant lefac^-simile d'une page.

L'abbé Pluche avait donné dans son Spectacle de la Nature * un spécimen de quelques lignes de ce manuscrit de Reims , dont le P. Sirmond avait fourni les variantes à Rigault. Mais on ne possédait point un relevé complet de ce texte , et la catastrophe qui avait consumé la bibliothèque de Saint-Remy semblait rendre cette perte irréparable. M. Van-Praet y remédia cependant en me communiquant un vor lume de la Ribliothèque du Roi , où dom Vincent, bibliothécaire de Saint-Remy, avait lui-même , avant l'incendie , écrit , en marge

* Tome VII , page 244.

<les Êibles imprimées , les variantes du manuscrit de Reims. J'ai joint ces variantes au texte du manuscrit de Rosanbo , dans l'édition que j'en ai donnée en 1850. Mais on va voir tout-àl'heure qu'il ne serait peut-être pas impossible d'arriver encore plus près du monument luimême. Poursuivons cependant l'examen des progrès faits par la bihlicgraphie de Phèdre , depuis 1850.

En parlant , dans la pré&oe de mon édition , des seuls manuscrits anciens qui nous ont conservé les iables de Phèdre , je disais du fragment connu sous le nom de vêtus Danielu Chartula, sur lequel on n'avait alors que des renseignements très^imparfaits : c C'est un des manuscrits dont on peut isuivre le mieux l'histoire. » A la mort de Danid *, Paul Pétau acheta ce fragment , qui prit le nom de Peta^' viensis Codex. La reine Christine le fît acheter à la vente de Pétau , et le communiqua à Vos-

* Ces renseignements sont empruntés à une excellente dis-sertation de M. Adry, où est expliquée môme Torigine de ce fragment avant qu'il ne vint en la possession de Pierre Da- Jiiel. J'ai donné tous ces détails de M. Adry dans ma préface , page 20 et suiv.

1 i A nouysAux documents

siiis. On sadt que les manuscrits de Christine ont passé dans la bibliothèque du Vatican. Ce* lui-ci y est-il encore? n'y est41plus? c'est une question dont M. Fabbé Mai saurait peut-être donner la solution. >

Si rillustre bibliothécaire du Vatican n'a pas eu connaissance de ce Yoeu (comme son silenee à cet ^ard semble l'indiquer) , du moins une heureuse coïncidence hii fit publier dès 1851 " ce fragment qui jse trouvait en effet au Vaticsm. H se compose de huit &bles du premier livre *\ Cette publication décida ainsi la question du manuscrit de Daniel , un an juste après que notre édition avait décidé celle du manuscrit de Kthou.

Dans l'exposé dont nous avions Mt précéder notre travail , parmi les raisons qu'on avait ^ues de mettre en doute l'authenticité des &bles

* Dans le tome III de ses Cîassiei Auciores e Valicanis todd. editi. — Rom» 1831. De la page 310 à la page 314.

** En voici les titres : De Leone et Jsino, — Cervus ad foniem laudans comua. — Fulpis ad eorvum. — Canis ad cvem. Lupus testis commodasse eontendit — Mulier parluriens ad virum, — Canis pariuriens ad alteram, — La septième est sans titre : c'est celle des Canes famelici, — Léo éeficiens, aper, taurus, asellus.

de Phèdre , nous devions une mention à Pérotti, prélat italien du quinzième siècle, qui, dans son commentaire sur Martial, parlait des fables que dans sa jeunesse il avait mises en vers d'après Phèdre et Âviénus , et citait même dans un autre endroit du même conunentaire la fable de Phèdre Arbores in Deorum tutela. Or on avait voulu en conclure que ce prétendu Phèdre n'était que Pérotti lui-même ; mais la découverte laite par d'Orville en 1727 des iàbles de ce savant prélat donna le mot de Ténigme. c Le manuscrit trouvé par d'Ot*ville , dit M. Adry, était dans le plus mauvais état ; des pages entières manquaient ; d'autres étaient entamées par l'humidité , et l'écriture paraissait à peine dans quelques endroits. Après le titre \ ainsi conçu : Nicolai Pérotti Epitome fabularum ^sopij Avieni et Phœdri, ad Pyrrhum Perottum, frairis filium, adolescentem suavissimum, inci'^ pit féliciter, se trouvaient ces vers :

Non sunt hi mei , quos putas , yersiculi , Sed ^sopi suDt , et Avieni et Phaedri.

Collegi ut essent, Pyrrhe , utiles tibi.

* Je supprime ici Tindication des autres pièces renfermées dans ce manuscrit.

Sœpe yersicuk)» kiterpoBeiis meos Quasdam tuis quasi insidias auribus.

Ces vers expliquaient tout. Il était évident que Pérotti avait possédé un manuserit de Phèdre , dont il s'élait servi , connue on vient de le voir , et , ainsi qu'il l'ajoute ailleurs , dans sa jeunesse , c'est-À-dire à une époque où Fimprimerie n'était pas encore découverte, puisqu'il fut sacré archevêque de l^ponte en 1458 *.

D'Orville fit donc une copie de ce manuscrit mutilé, et l'envoya à Burmann ; mais cette copie et l'original participèrent à l'espèce de fatalité attachée aux manuscrits de Phèdre, car l'un et l'autre disparurent jusqu'en 1808 ; où MM. Gassito et Janelli retrouvèrent à Naples ce manuscrit mutilé , tel que l'avait décrit d'Orville, et éditèrent soixante^uatre &bles qu'il contient , dont la moitié sont des &bles de Phèdre , données par les manuscrits de Pithou et de Reims , et les trente-deux autres , selon toute vraisemblance , appartiennent à Pérotti , de la

* Par conséquent , deux ans seulement après Timpression du psautier de Mayence , le plus ancien livre imprimé dont la date soit connue.

manière qu'il l'explique à son neveu , dans les vers que nous avons dtés.

Or n[ionsignor Mai découvrit encore , en 1831 , dans le Vatican , un manuscrit complet * et en fort bon état de ces mêmes fables de Pérotti y dont les mutilations , dans le manuscrit trouvé par d'Orville , avaient donné lieu à tant de dqctes conjectures , et où s'était exercée à l'envi la sagacité des premiers éditeurs. . M. Orelli , de Zurich , . réimprima , cette même année, les deux nouvelles découvertes de M. Mai , non moins heureux à la garde de la Vaticane qu'à celle de l'Ambrosienne. Ces nouveaux titres de l'illustre bibliothécaire auprès du monde savant avaient en effet un intérêt tout particulier pour M. OrellL II venait de re-

* M« Mai représente ce manuscrit comme un des plus riches et des mieux écrits qu'on puisse voir. Il ajoute ensuite : « Primo autem in folio septem ornatissimi circuli effinguni> tor , quorum médius ac maximus , sic aureis cœruleisque » litteris loquitur : in hoc pulcherrimo codice coniinentur » nonnulli poetœ latini juniores qui in circumspectis circu- » lis sunt annotaii. In his autem circulis legitur : l. Chris- » tophori Londini Xandra, 2. Callimachi ( Veneti scilicet ) » epigrammata. 3. Nicolai Perotii epigrammaia et fabulw* » 4. Jntonii Pgnormitœ Hermaphrodilus , etc. »

produire mon travail sur le maRuserit de Ro^ sanbo, en y joignant les notes de Bongars conservées à la bibliothèque de Berne. Leur comparaison avec le texte du manuscrit Rosanbo lui prouva que ces notes provenaient d'une collation que le savant éditeur du Gesta Dei par Francos avait laile de ce manuscrit , alors entre les mains de François Pithou.

La belle édition de M. Sch^^abe , qui restera f je crois, le travail le plus substantiel sur le &buliste latin , avait paru en 1806 , avant la découverte de M. Janelli. Aucune édition critique de Phèdre n'avait donné comme complément ces fables nouvelles , publiées plusieurs fois séparément. M. Adry avait préparé une édition qui aurait offert cette réunion ; mais la mor^ Tempêcha de publier son travail , entièrement terminé , et qui se trouve en manuscrit , avec tant d'autres pièces curieuses , dans la bibliothèque de M. Renouard , historien des Aides. M. Adry, en refusant Phèdre pour auteur aux trente-deux nouvelles fables de Pérotti , a donné de ce refus les raisons les plus détaillées et les mieux déduites , dans un mémoire publié par le Magasin encyclopédique ; et j'avoue que je ne

SUR LBS MANUSGRIT3 DB PHÈDRE. ild

vois pas œlles qui ont engagé, an contraiire, M. OreUi à Ëiire de œs labiés un sixième livre de Phèdre. Cela est d'ailleurs contraire au témoignage précis d'Aviénus : Phœdrus etiam partem aliquam quinque in libellas resolvit. Du reste, en nous permettant d'exprimer cette critique sur une partie de la savante édition de M. Orelli, c'est un devoir pour nous d'ajouter qu'il n'a Êiit usage de notre travail qu'en nous exprimant hautement us^ gratitude que nous expliquons par la crainte honnête et délicate de se voir attribuer le moindre mérite qui ne lui appartiendrait pas légitimement. C'est sans doute ce qui lui fait déclarer cpi'avant notre travail la confusion de toute cette question lit* téraire était inextricable. < Talem in modum , dit-il , ni evolvere exitum istarum turbarum unice ope Berger ianœ editianis potnerimus *. >

M« Orelli commence sa préface par la liste des manuscrits de Phèdre connus jusqu'à ce jour ; il croit devoir en compter cinq : l^ Ma-

* Jo, Casp, Orelli, — Phœdri Au^, liberti fahulœ Msopicœ prima editio critica cum intégra varielate codéL Piihœani, Bemensis , Danielinî , PeroUini et edilionis principis , reliqua vero selecta. — Turici , 1881 , in-8', pag. 26.

Duscrit de Pithou on de Rosanbo , 2® rnanu^ scrit de Reims, 5^ fragment de Daniel, ÂP ma-» nuscrit de Pérotti, 5^ manuscrit de Douai.

Les deux manuscrits de Pérotti sont du quin^ zième et du seizième siècle , et nous avons dit que nous ne pouyons attribuer à Phèdre les nouvelles fables qu'ils contiennent.

Quant au manuscrit de Douai, dont on n'avait jamais entendu parler , je m'en suis in-* Ibrmé auprès de M. de Tillœul , bibliothécaire de cette ville , et la réponse qu'il m'a iait l'hon-^ neur de m's)dresser, en montrant là le résultat d'un quiproquo , fera cesser les r^ets qu'exprimait M. Orelli de n'avoir pu consulter c& monument.

« Monsieur,

» Une inadv^tance inexplicable du docteui^ Hœnel m'a procuré l'honneur de recevoir la lettre que vous avez bien voulu m'écrire le 6 de ce mois. Dans lé catalogue assez superBciel des manuscrits qui existent dans les diverses bibliothèques de France , il indique le manuscrit de Phèdre comme se trouvant à la bibliothèque de Douai. La moindre attention de sa part lui

mi épSLVgné une erreur aussi étrange , et qui a uéœssairement trompé les savants. Le manuscrit qu'il a rencontré à Douai n'est autre que celui des fables latines en vers élégiaques , connues depuis long-temps sous le titre de Anonymi veteris fabulœ JLsopiœ. Ces fables sont imprimées dans un grand nombre de recueils d'apologues , etc. »

Pour juger jusqu'à quel point était excusable l'erreur de M. Hœnel , je voulus connaître ces fables , qui , jusqu'alors , ne m'avaient pas paru mériter d'attention. Les vers élégiaques de cet anonyme sentent encore plus la décadence que ceux d'Aviénus ; on en peut juger par ce commencement de la fable du Loup et de l'Agneau :

Est lupus, est agnus : siiii hic, sitit ille : fluerUi Limite non uno , qucerit uierque viam.

In summo bibit amne lupus, bibil agnm in imo. Hune timor impugnat , verba tnanente lupo , etc.

Nous voilà sans doute bien loin de Phèdre. Aussi le fabuliste anonyme en est un reflet bien éloigné , puisqu'il parait avoir versifié ses apologues d'après la prose de Romulus , qui est

elle-même une dislocation maladroite de la poésie de Phèdre*

Les Édites de l'anonyme sont au nomln^ de soixante * , et furent publiées, pour la première fois, à Ulm, sans date , mais dans le quinzième siècle. J'ai consulté l'édition de Rome de 1485. Chaque iable latine y est suivie d'une imitation italienne, divisée en deux parties égales, la première intitulée Sonetto materiale , la seconde Soneito morale. Dans le morceau servant d'épilogue et intitulé Canzon Finale , l'auteur de ces vers italiens apprend au lecteur son nom , qui est Zuccho Accio **. C'est de là très^probablement que l'auteur de ces fables est nommé Accius par Jules-César Scaliger* Cet illustre savant , dont le génie transcendant était souvent joint à un goût un peu plus que bizarre , té-

* Il y en a soixante-deux dans le manuscrit de Douai. "* Si el nome mio alcun saper volesse ,

Digli che Accio il proprio nome mk>.

Or va , tene con dio

£ chiaramente mostra la taa arte.

E si tu trovi in parte

Chi del pronome mio saper si iagna ,

Respondi el Zuccho da Summapagoa.

Le volume n'a pas de pagination ; el , comme c'est assez fréquent dans les éditions du quinzième siècle, il reproduit tout un manuscrit formé de la réunion de beaucoup de pièces hétérogènes.

moigne pour cet Âccius des transports d'admiration j d'après lesquels on peut supposer que si Phèdre eût été connu de son temps , il Teût trouvé inférieur ; de même qu'il préférait Stace à Homère. Personne , que je sache , n'a partagé l'admiration de Jules Scaliger pour Fauteur de ces distiques, métamorphosés par M. Haenelen iahles de Phèdre.

Ainsi les manuscrits anciens de cet auteur se réduisent à trois.

A l'occasion de celui de Reims , nous avons annoncé quelque chose de plus que les variantes transcrites par dom Vincent. On va voir sur quoi reposerait une donnée nouvelle.

A la vente des Uvres de feu M. Dacier , secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, je devins possesseur d'un exemplaire de Phèdre , édition de Rigault , 1617 , auquel sont joints plusieurs autographes et un fac-similé.

D'abord, sur le verso du premier feuillet blanc, se trouvent deux notes, l'une de la main de M. Dacier , dans sa jeunesse , lorsqu'il était secrétaire de M. de Foncemagne ; elle se trouve ainsi écrite sous la dictée de ce dernier : « La

lâZi NOUVEAUX DOCUMENTS

» bibliothèque de Saint-Remy de Reims possé- » dait, avant Tinœndie qu'elle a éprouvé en » 1774 , un manuscrit de Phèdre autre que ce-

> lui de Pithou. On trouvera, à la tête de ce vo- » lume , un échantillon de l'écriture du manu- » scrit qui ma été envoyé autrefois de Reims » par dom Vincent, bibliothécaire de Saint- » Remy. Je n'ai point la lettre par laquelle il

> m 'annonçait en même temps un pareil échan- » tillon de l'écriture d'un manuscrit du Que^ ï rolus *, qui a péri comme le Phèdre. J'ai » placé cet échantillon à la tête de mon exem- B plaire du Querolus. Ces deux morceaux sont » aujourd'hui tout ce qui reste des deux maï nuscrits. >

Au-dessous, de la main de M. de Foncemagne , et à une époque évidemment plus récente, se trouve cette seconde note.

« Nota* Depuis que cette note a été écrite, on

» a recouvré, à la Ribliothèque du Roi, l'exem-

» plaire de Reims , qui avait été tire de la bî-

» bliothèque de Saint-Remy, long-temps avant » l'incendie. Il m'a été communiqué : l'écriture

* M. de Fonccmagnc établit ici une distinction qui n'existait point, comme nous l'expliquons plus bas.

3> est k même que récliantîllon cî-joînt ; mais 9 ce manuscrit est incomplet : les deux der- » nières labiés et 1 épilogue du IV® livre, et » tout le V«, y manquent. »

Puis, sur une feuille volante, l'original même de la lettre de dom Vincent dont parle la première de ces deux notes.

c Monsieur,

» Je n'ai point oublié le spécimen que vous » m avez feit Thonneur de me demander de » notre manuscrit de Phèdre et de la comé- » die intitulée Querolus ou Aulularia qui y est » jointe *. Je crois que vous n aurez point de » peine à vous persuader que Técriture est du

* Ceci est bien formel , et B'accorde avec la notice de dom Vincent , que nous avons publiée , d'après Talmanach de Reims, dans notre édition de Phèdre, page 81. Cette notice est surtout relative au Querolus, dont elle constate ainsi l'authenticité. Dom Vincent ayant envoyé à M. de Foncemagne deux fac^imilej Tun pour Phèdre, Tautre pour Plante , M. de Foncemagne, n'ayant plus la lettre sous les yeux, crut que ces deux facsimile se rapportaient à deux manuscrits. Mais, en haut de cette lettre de Dom Vincent, il a écrit : « Nota, J*ai placé à la tête de mon exemplaire du Querolus

> huitième siècle, ou au plus tard du commen-

> cément du neuvième. J'ai copié. Monsieur,

> ligne pour ligne et le moins mal qu'il m'a

> été possible : j'ai conservé la grosseur de la

> lettre , laquelle varie quelquefois ; mais , peu

> accoutumé à ce genre d'écriture , et la plume

> glissant naturellement sur les papiers transit parents , je n'ai pas pu donner à la lettre du » manuscrit toute la netteté qu'elle présente. » Du reste, la ponctuation, l'orthographe, etc. ,

> tout est exactement copié. Ces papiers ]» mêmes forment dans leur longueur la page

> écrite. Que ne puis-je , Monsieur , vous don-

> ner des marques plus étendues et plus cir-

> constanciées des sentiments de mon estime et

> de la reconnaissance que j'ai aux lumières » que vous avez répandues sur notre histoire !

> J'y joins en particulier mes remercîments » pour la complaisance avec laquelle vous avez

> bien voulu vous occuper de mes brouillons.

» (édition de 1604) Téchantillon de Técritare du manu- » scrit de Reims dont il est parlé dans cette lettre. »

Nous ignorons à qui appartient aujourd'hui l'exemplaire susdit du Queroîus ,'aiuque\ se trouve annexé Tautre fac-^imile, complétant le travail conservateur de dom Vincent.

> J'ai rhonneur d'être , avec une considéra- » tien respectueuse , » Monsieur,

» Votre très-humble et trèsp obéissant serviteur, I» L, X. Vincent ,

» Bibliothécaire de Saint-Reray. »

A Reims, le 31 octobre 1769.

J'ai bien reconnu dans cette lettre l'écriture de dom Vincent , dont j 'avais publié une autre lettre , adressée, le 6 octobre 1776 , à l'un des gardes de la Bibliothèque du Roi , en lui envoyant les variantes du manuscrit de Reims. Dans cette dernière , il rappelait par ces mots celle que nous venons de citer , en disant du manuscrit : « J'en envoyai un spécimen à M. de Foncemagne. >

Enfin ce spécimen ou fac^imile du manuscrit de Reims, qu'il avait calqué avec beaucoup de soin sur un feuillet de papier verni transparent, se trouve aussi dans mon volume, où il est fixé par un fil à un feuillet blanc précédant le titre. 11 se compose des neuf premières lignes du manuscrit, puis de deux autres passages pris avec intention dans des places différentes.

L un est le commencement de la fable Ovis, Cervus et Lupus; l'autre est pris dans la fable Ranœ metuentes taurorum prœlia. Il est inutile d'ajouter que ce i^écimen s'accorde bien avec le texte de ce manusoît , tel que nous le connaissons d'après les variantes que j'ai publiées *.

* Néanmoins, pour plus d'exactitude, voici la copie exacte de ce que contient ce feuillet transparent , calqué par dom Vincent. Nous conservons même la division des lignes :

Fedri Adgusti Libebti Liber Fâbulàbum.

Aesopus auctor quâ materiâ repperit faanc ego poliui uersibus scnariis; duplex libelli dos est quod risum rao uetP et quod prudentis vitâ consilio monet calumniari si qui s aul voluerit quod arbores loquaotur non taniû fe rs fictis iocari nos meminerit faliulis.

£n marge de ce premier extrait , dom Vincent a écrit : « Ce titre et ces premières lignes descendent un peu par ma faute; mais rinégalité des lettres est conforme à celle du manuscrit. »

ouïs CERUUJS ET LUPUS.

Fraudator homioes cum auocat sponsore improbo nom rem ex pedire.' sed mala uidere expert! t.

A la suite de ce dernier mot , où le <; est barre , dom Yin^

Quant au caractère , il est tout*à*fait du même âge que cduî du manuscrit Rosanbo ^ car c^est seulement là qu'on peut établir la comparaison, le spécimen gravé, donné par Tabbé Pluche étant une c(^ie imparfaite , au lieu d'être un fa4>simile.

Maintenant voici les concluions qui me semblent pouvoir être tirées de ces différentes pièces. La seconde note , écrite par M. de Foncemagne , affirme que le manuscrit de Reims n avait pas été brûlé , ainsi que le croyait dom Vincent , mais qu'il a été recouvré à la Bibliothèque du Roi , et que lui , Foncemagne, l'y a vu. Ce qu'il en dit prouve évidemment que ce n'est pas celui de M. de Rosanbo , auquel rien

cent a mis entre parenthèse : « (Sic in ms.) » — En marge, à U bauteur du titre , il ayait écrit : « Cette fable a le même rang dans le manuscrit que dans les imprimés. Je l'ai choi* sie pour la variante.

Au-dessus du. dernier extrait : m De la faUe Ranœ me" Ut&fUes taurcrwm prtBlia^ in edit. fab. 29, lib. i . » — Et en marge du {M*emier vers : « (Sic in ms.) »

' nobis heu quanta * instat pernicies

ait interrogata ab alia . cùr hoc di

ceret . de princîpatu eu illi ceriarent.

130 NOUVEAUX POCUMEMTS

ye manque , et où le texte de Phèdre est suivi du trsûté J)e Momtris, ce dont M, de Foncemagne aurait &it sans doute mention» Enfin la comparaison de ce calque aveclendroit qui s y rapporte aura été un moyen fecile de vérification.

n y a pourtant , je dois le dire;^ une confusion résultant du peu d attention que M. de Foncemagne aura mis à lire la lettre de dom Vincent, puisqu'il dit dans sa première note : € La letu*e par laquelle il m'annonçait en même

> temps un pareil échantillon de récriture d'un » manuscrit du Querotua, qui a péri comme le

> Phèdre^ > Amsu préoccupé de cette idée qu'il y avait à la bibliothèque de Saint-^Remi deux manuscrits distincts , un pour Phèdre et un pour le Querolns\, M. de Foncemagne ne s'est pas étonné de ne pas voir cette comédie à la suite des fables , dans le manuscrit qu'il a eu entre les mains à la Bibliothèque. Il a seulement remarqué que ce manuscrit était incomplet en tant qu'il ne contenait pas Phèdre tout entier. Il est donc probable que ce manuscrit, après avoir échappé à Tincendie par une circonstance quelconque , fut mutilé de la manière

dont Texplique Foncemagne , c'est-à-dire qu'il en fut arraché , outre le Querotus , tout le cinquième livre , et les deux derniers morceaux du quatrième; mais dans cet état iloflTriraît eur core un monument précieux , et dont on doit désirer la découverte. Les recherches qui ont été Élites à ce sujet , à la Bibliothèque , d'après ma communication , sont jusqu'à présent restées sans résultat.

Les variantes recueillies par dom Vincent , telles que nous les avons publiées, portent trop bien toutes les marques d'un travail attentif et consciencieux pour que ce manuscrit , s'il se retrouve , ajoute maintenant une notable améhoration au texte d'un auteur qui a été l'objet de tant de savants travaux ; mais il nous a

semblé curieux (en proportionnant toutefois l'intérêt de ces renseignements à la spécialité très-restreinte de cette petite question littéraire ) de voir , en quelques années , toute cette lumière qui vient converger ainsi de divers côtés sur les sources d'un auteur dont l'existence fut si long-temps obscure ou problématique^ Habent suafata libellL

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