‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 14 sur 57 · M. CAMILLE CALMER · texte numérisé non relu

M. CAMILLE CALMER

lift Bibliothèque du Roi possède aujourd'hui l'empiiemte d'un J^as-^relief fort cuiieiix par sa haute antiquité. On le doit à lord Prado, qm la fait mouler sur les lieux. Ce monument avait été décrit, au commencement de Tannée 1855, dans une note communiquée à TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, par M. Camille Callier, capitaine d etat-major, qui a le mérite d'avoir appelé l'attention du monde savant sur cette sculpture singulière. Elle est placée à trois heures de Beyrout, l'ancienne Béryte, en Phénicie , sur un petit cap au pied duquel coule

Taûc^ Lycu$, que les Arabes ont noimiié Nah*-él-Kélb (fleuve du chie»). L'idée qiïe sùg-^ gère à M. Gallier le rïipprachem^t de ces deux noms est ingénieuse : îl suppose qu'iji pirovient de quelque statue colossale , ^vée par lesanqiens Grecs et représentant un loup {ly^cos)^ que les Arabes auraient pris pour un dbdea.

€ Sur la face des rochers qui ont été taiUés d'abcvrd pour établir l'ancienne route , dit M. Gallier, on remarque encwe aujourd'hui divcsrs tableaux sculptés sur la pierre » et qui conservent le souvenir de la conquête de ce pays par Sésostris et par les rois de Perse. Des emplac^nents aplanis avec soin portent encore r^emf^iieinte de ce^ témoignais historiques; mm h temps en a singulièreoient affîubU )es traits* On peut , sans consulter les dates respectives des inyasiofiLS de Sé^stris et des rois de Perse» et par l'iAspçction seule des tableaux, assigner utie plus haute antiquité à celle du conquérant égypti^i. Ges monuments vont par couple ; et l'on observe que ceux qui ont rapport à la conquête i^ptienne oçcupeni toujours la place la mieux choisie , tandis;que les cadres qui sont rektiis à l'invasion des Perses sont

souvent incomplets , parce que la pierre a manqué. Il est d mlleurs bien évident que 1 action du temps s'est lait beaucoup plus sentir sur les premiers que sur les seconds.

> n y a trois couples de taUeaux , à certaine distance Tun de l'autre, et plusieurs autres sont isolés. Dans ceux des Perses , un même perscmnage est représenté avec le même (X)&tume et dans la même position. Ce personnage, c[ui est sans doute un roi de Perse , peut-être Gambyse, est debout et de profil. La main gauche, tombant sur le corps, semble tenir une baguette ; la droite est relevée , et semble supporter un oiseau, au-dessus duquel sont divers objets. Dans le nombre on croit reconnaître un soleil ailé , attribut religieux des anciens Pei^ ses. Une inscription en caractères cunéiformes recouvre la suriace du cadre , à partir de la ceinture du personnage , en passant sur le relief, sans s'interrompre. Malheureusement ces caractères sont , en partie , ei&cés , surtout ceux du côté droit. Les tableaux égyptiens représenr tent des sujets divers , taillés en creux. Dans l'un , le roi châtie des coupables ; dans un autre, il ofire des prisonniers au dieu Ammon. Les

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autres sculptures sont presque entièrement effîicées. Je dois faire remarquer que , dans les angles des cadres , on trouve la trace de gonds, -qui supportaient sans doute des portes destinées à préserver les sculptures de 1 action destructive du climat; car il ne possède pas, comme celui de FÉgypte , la précieuse faculté de conserver. On reconnaît à ce soin le caractère des Égyptiens , travaillant toujours pour l'avenir. Les iaibles restes des écritures hiéroglyphiques, qui accompagnent ces dessins , sont presque inviolés aujourd'hui. Cependant M. Bonomi, voyageur anglais, qui a copié en Egypte un grand nombre de ces écritures pour le célèbre GhampoUion, y a reconnu le cartouche du grand Rhamsès (Sésostris). >

Chargé avec feu M. Stamaty d'explorer toute la partie de l'Asie que nous avons indiquée , M. Callier et son compagnon allèrent d'abord de Smyrne , où ils débarquèrent , à Constantinople, par la Mysie et la partie occidentale dé la Bithynie. Ensuite, en revenant de Constantinople à Smyrne, ils parcoururent la partie orientale de la Bithynie et de la Phrygie Ëpictète. Ainsi , à leur retour à Smyrne , leurs recher-

cbes s'étaient étendues dans les contrées comprises entre les rives de la Propontîde, de la mer Egée , du Thymbris et de l'Hermus.

Des pluies interminables les relmFent long^ temps à Smyme , où ils forent obligés d atten*dre que les routes et le passage des rivières fin* sent devenus praticables. Us en partirent enfin pour parcourir la Lydie, là PhrygieCatacécaufmèno et la Galatie. Quoique en assez grosse compagnie , ils se trouvèrent exposés à beaucoup d^ périls quand ils approdièrent des li<mites de TAsie-Mineure du côté de rAnhénie. « n est impossible , dit M. Callier , de donner une idée exacte des obstacles et desdsmgers que nous avons rencontrés au moment du nous nous sommes engagés au milieu de ces tribus nonna* des de Kurdes et de Turkmens , qui errent dans des pays entièrement abandonnés à leur brigan* d^e. Nous n'avons écouté, dan& toutes les circonstances de cette nature , que le désir de rem<^ plir avec distinction une tache aussi difficile. Un de nos domestiques , tombé entre les mains des Kurdes , a été la victime de cette périlleuse expédition. »

Aux dangers cpie M. Gallier avait renccwitrés

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dans ces limités dé l'Asie^Mineure, menait en^ core se joindre k' peste. Dès Gésaoroe, il avait été aÉteint d'une mabdîe qui en prés^Qtait toulesles» a{^aren£es; Aussitût qu^il put monter à cfaeral, ils sediti^rentversl'Ëuphrate. « C'est ayec toutes.les pekiès imaginables , dît-il ; qu'après avoir été abandomiés de notre eseorte, nous» SMnmes néanmcÀis par^mius à gagner le point où les deux j^rands bras du âeuve vien-' neixt se 'réunir; Nousnicrus trouvicms alors plus embarraissés que jamais r lésKlirdes, qui Êûsaient la guerre au pacha de KébanrMadèn , ravageaient tout le pays , et la peste exa*çait ses horreurs dans tous les* villages qui s'étendaient jusqu'à Diarbékur. Nous étions c(Mnm& prisonniers dans Kéban« Un Kurde , du parti du pacha , consentit, malgré tant d'obstacles, à nous servir de guide; et, sans autre garantie que sa pafiate, nous nous hasardâmes au milieu d'un pays dévasté par la guerre et par une horrible coid^tagion. Getteexpéditionétak sîdaiigereiËse, qu'aucun de nos geais ne voulut coiîsaitir à nou^ suivre. >' Nos voy:i^urs parvinrent cependant , au mi*» lieu de tous ces pénis > à filmer dan^ la chaîne du TannB un pbint très-important , celuroù l'Eu-

phrate reçoit rancien Ârsanias , dont les gé(^[raplies modernes ne font pas mention.

A Alep, un bien grand malheur attendait M. Callier. t C'est là, dit-il , que la Providence, à qui nous devions attribuer le bonheur avec lequel nous avions échappé à d'horribles embarras , laissa s'accomplir les sinistres prédictions qui nous avaient été si souvent répétées ; c'est là que mon malheureux compagnon de voyage devait mourir, victime de son zèle et de son dévouement. Déjà nous avions eu à déplorer la mort de quatre personnes de notre suite. L'afireuse perte que je venais de feiire m'enlevait mon meilleur ami , et laissait retomber sur moi seul tout le Êirdeau d'une mission qui devait encore être la source de nouveaux chagrins. J'acceptai celte tâche, et je me proposai d'abord de remplir une importante lacune. Je quittai Âlep pour visiter les parties inconnues de la Syrie supérieure , de la Gilicie Gampestris et de la Cappadoce. J'ai joint à l'étude géographique de ces contrées des recherches historiques dont la solution sera sans doute de quelque intérêt. Je suis parvenu à fixer l'emplacement des Pyles Syriennes et Giliciennes, et le lieu de la Êuneuse

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bataille d'Issus , infructueusement cherché jusqu'à ce jour* Ces diff^entes études ont encore eu pour résultat de retrouver le Garsus et le Pinarus. >

Ici nous entrerons dans des détails un peu plus circonstanciés sur cette partie des obser* vations de M. Callier. Cet officier, après avoir présenté une esquisse rapide de tout son voyage à la Société de Géographie , fut prié de &ire connaître à cette compagnie, d'une manière détaillée , quelque point de son voyage; et c'est à la lecture qu'il fit pour satisÊdre ce désir que nous empruntons ce qui suit , en attendant que M. Callier fasse jouir le public d'une relation complète de son voyage en Orient, ce qui pa* raît encore éloigné : car ce voyageur semble un peu découragé en comparant l'espèce d'indifférence que trouvent chez nous , à leur retour^ des hommes qui ont couru tant de dangers pour la science, et lés honneurs, les encouragements de tout genre qui les attendent en Angleterre. Toute£»is le découragement de M. Callier aurait le grave inconvénient que , plus il tarderait à mettre en œuvre ses matériaux , mmns ses

scmvenirs lui seraient présents , et plus il aurait I. 12

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de peine à colorer son style de cesteintes n^ qui ne sauraient être employées trop tôt, pour ne rien perdre de leur éclat. Plusieurs traits de cette seconde lecture à la Société de Géographie ont incontestablement ce mmte. Entre autres exemples , qifô je pourrais citer, on trouvera toute lafraicheur de récents souvenirs dans cette description :

€ J'arrivai à Kaysar par un beau jotHr du mois de décembre. Tout le sol était couvert de neige, et Ton apercevsdt le disque du soleil à travers un voile de brumes épaisses qui se colorait de pourpre et d or. Les tours , les coupoles et les minarets de Kaysar brillaient d'une lumière douce et sans édat : tous les objets étai^it pion-* gés dans une atmosphère de vapeurs qui don<» naient à leurs contours une incertitude gra* dense. C'était pour moi un spectade nouveau de voir un pays d'Orient tout couvert des frimas du Nord , mais caractérisé par les effets d'une lumière qui lui est propre. J avais déjà vu le mont Argée est la plaine de Kaysar au mîr lieu de l'été , mais ce tableau m'avait paru sans couleur ; toutes les collines étaient brûlées , et les yeux, fatigués pai* la chaleur et la lumi^e ,

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ne pouvaient s'arrêter nulle part. Le même tableau , éckiré par un soleil d'hiver , se présentait sous un aspect qui me semblait avoir bien plus de charmes. >

Notre voyageur a rectifié l'indication que d'Ânville avait donnée des Pyles Giliciennes , supposant que ce défilé &meux était formé par le passage du Sarus à travers la chaîne Tauri^ que. M. Callier a vu , au contraire , ce fleuve couler en dehors, du côté de l'Orient ; il ne coule qu'un Êûble ruisseau entre les portes Ci* lidennes* C'est dans l'espace compris entre ce défilé et le port d'Alexandrette ou Scandéeroun qu'un examen topographique attentif a lait reconnaître à* M. Galh^ tout ce que l'histoire rapporte du champ de bataille d'Issus , oii Darius engagea si imprudemment son immense armée , dont la plus grande partie ne put agir et se dévdopper. Aussi Alexandre ne revenait pas d'une telle Ëiute , qui , tournant tout à son avant£^ » lui parut une marque signalée de la £iveur des dieux.

M« Galli^ a rapproché très-judicieusemait de ce fiiit de Thistoire ancienne une tradition turque : t On raconte , dit-il , qu'un visir qui

allait prendre possession d'un pachalik de Sy« rie , s'étant présenté à ce passage , nn fou , qui se trouvait sur la hauteur , le pria d'ordonner à sa musique déjouer quelques airs pour le faire danser. Le visir se refusa d'abord à cette singulière demande ; mais , le fou l'ayant menacé de défendre l'entrée du passage en Êdsant rouler des pierres sur lui et sur sa suite , le pacha fut obligé de donner satisfaction à ce bm^esque et redoutable ennemi. On ajoute que , depuis ce temps , tous les pachas qui traversent ce passage font jouer leurs musiciens en mémoire de ce bizarre événement. »

Une autre tradition , que le voyageur^ rapporte aussi avec quelque défiance , nous paraît moins vraisemblable , quoique plus sérieuse ; car elle ne s'accorde pas avec 1 esprit tolérant et peu curieux des Turcs. C'est au sujet des tribus appelées Ansariès , qui entourent de beaucoup de mystère leurs dogmes religieux, c On raconte dans le pays , dit M. Callier , les moyens que les pachas de Lataquie ont quelquefois employés pour leur arracher des aveux sur leurs croyances mystérieuses. Si l'on ajoute foi à ces récits , on aurait essayé tous les raflfibements de

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la cruauté sans jamais rien- pouvoir obtenir. » Une comparaison curieuse est celle de l'état actuel de Kaysar avec la description que donne Strabon du t^ritoire de cette ville , appelée alors Mazaca. Rien n'est plus commun, ^i Orient surtout , que de voir la stérilité, la sécheresse régner- seules aujourd'hui sur un sol célébré jadis pour sa fraîcheur et sa fertilité. C'est tout le contraire à Kaysar , piiisqu'on y trouve aujourd'hui des fontaines et des bains , tandis que Strabon critiquait le choix de cette situation , parce qu'on y manquait d'eau. Bien des villes désireraient un pareil changement : Versailles, entre autres, se consolerait à ce prix de la perte de son ancienne splendeur. Enfin une fertilité remarquable a remplacé ces terrains stériles et impropres à la culture dont parlait aussi le géographe ancien. M. Gallier explique ce dernier changement par la formation d'une couche de terre v^étale.

M. Callier a exploré la partie supérieure du bassin de la mer de Cilicie , partie que les voyageurs n'avaient pas encore abordée. Il y a fait, comme dans le Taurus et l'Anti-Tam^us , d'importantes vérifications. Mais son excursion en

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Syrie fut retardée par l'expédition que venait d'y envoyer le pacha d'Egypte. D en attendit la fin dans l'île de Chypre , c où de nouveaux malheurs , dit-il « m'attendaient encore. Mon interprète, honmie dévoué et courageux, et qm était devenu pour moi ub compagnon, après la perte de mon malheureux ami , m'y iut en^^ levé par la peste* Cette nouvelle épreuve me laissait dans un isolement des plus péiûbles , et ajoutait encore aux difficultés de la tâche qui me restait à remplir. »

Quand l'expédition de Mdiemet-Âli fut ter* minée , M. Callier revint en Syrie ^ où il fit plusieurs rectifications importantes sur le revers occidental des montagnes du Liban et de l'Anti-Liban. De là jusqu'à la ville sainte , les pays parcourus par le voyageur , Acre , Caïfe , le Mont-Carmel , le Monfr-Thabor , avaient servi de théâtre , trente ans auparavant , à nos armes victorieuses et aux investigations de la docte caravane , compagne de l'expédition militaire. C'était dans ces lieux que M. de Chateaubriand avait entendu un petit Arabe déguenillé , proférant tout4-coup, au miheu de son langage oriental, le cri français : En mont! marche!

Qui ne se rappelle à ce sujet Féloquente émotion de notre grand écrivain? Ces pays n'offraient plus à M* Galliar de découvertes à faire, mais de ces grands et héroïques souvenirs qui doivent être si bons au voyageur , en lui rappelant une patrie qu'il est fier de représenter.

A Hébron , M. Gallier composa sa caravane pour explorer TArabie-Pétrée ; et , txpvès avoir vérifié dans ce pays la forme du golfe Ëhnitîque, il se rendit au Caire par Souès , puis il revint en Palestine. D s y livra à plusieurs recherches sur la vallée du Jourdain, dont il suivit les chaînes jusqu'à Damas. Là une nouvelle maladie int^Tompit Picore ses travaux, qu'il reprit pour vérifier le passage du Léytani dans le Liban , et la fiaice des véritables sources du Jourdain. La maladie revint enfin donner au voyageur un dernier av^tissement, auquel il crut devoir céder en revenant en France.

Plusieurs succès scientifiques y étaient réservés à notre voyageur. Pendant son séjour dans l'Arabie-Pétrée , il avait suivi une partie de la vallée qui s'étend de la mer Morte à la mer Rouge , vaste ravin que le manque d'o]>servations précises dans ces lieux dangereux faisait

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regarder jusqu'à présent par les géographe^ comme lancien cours du Jourdain. On croyait qiie ce fleuTe avait débouché autrefois dans la mer Rouge , et qu'ayant été arrêté dans son cours par la grande catastrophe qui détruisit les villes de la Pentapole^ l'accumulation de ses eaux avait formé le kc appelé Mer Morte , qui avait remplacé ces cités. M. Léon de Laborde appuyait même cette opinion par l'observation des traces d'un grand mouvement volcanique , qu'il laisait coïncida avec le témoignage de l'Écriture. E expliquait ainsi par un boulevarsement du sol dans cette partie de la Palestine l'obstacle apporté alors à la continuation de l'écoulement du Jourdain. Mais déjà, en examinant la carte jointe à l'ouvrage de ce voyageur distingué , M. Letroûne avait cru reconnaître que la direction deô affluents indiquait, bien au-delà du lac Âsphaltite , la figne générale du partage des eaux entre ce lac et la mer Rouge : d'oii il a conclu que le Jourdain n'a jamais pu arriver à cette mer. C'est ce que sont venues confirmer les observations de M. Callier. Après avoir trouvé à cinq journées de marche au S. Ô. de la mer Morte un cours

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d'eau qui se rend à ce lac , il s'est cru en droit de dire : c II me semble presque impo^^le d'admettre l'hypothèse de cet ancien écoulement du Jourdain dans la mer Rouge , à moins de supposer que le phénomène auquel on rapporte la formation de la mer Morte eût en même temps changé la géographie physique du pays jusqu'à une distance aussi considérable , ce qui paraît peu probable. » M. CalMer amême ajouté une autre vue » difficile à concilier , il feut le dire , avec le texte de l'Écriture : t Ces nouveaux faits permettent aussi de supposer que la mef Morte a un bassin particulier dont la formation est indépendante du phénomène local auquel on attribue la destruction des villes de la Pentapole , et que ce bassin est antérieur aux époques historiques. »

Outre ces observations toutes spéculatives , recueillies pour la science , le voyageur avait encore reçu dans ses instructions une mission qui tenait directement aux intérêts du moment. C'était de feire connaître au ministre de la guerre le plan de toutes les opérations militaires d'Ibrahim-Pacha contre le sultan , lutte dont l'issue préoccupait si vivement les hommes

dont ils disposaient. Pourtant il y a dans l'essence même des voyages de grands seigneurs quelque chose de pompeux et d'officiel qui isole , jusqu'à un certain point , le voyageur d une foule d'objets dont le contact immédiat lui serait nécessaire pour bien juger. Cela est si vrai , que celui même qui joint à la noble curiosité et au zèle d'un véritable savoir les ressources de l'opulence est peut-être dans une position scientifique moins favorable que celui chez qui un zèle semblable n'est pas secondé par les mêmes ressources. M. Léon de Laborde, dont le père a voyagé , comme lui , en- Orient , mais avec un luxe oriental , a jugé que cette manière de parcourir l'Asie présentait pour la perception d'une foule de documents presque autant d'obstacles que le dénuement; et, en rapprochant de ces deux termes extrêmes son train de route , simple et confortable , il a trouvé dans ce mezzo termine les conditions les plus favorables à un voyage scientifique. ^ Chez quelques voyageurs , la sci^œ a été le prétexte destiné à colorer les instructions se* crêtes données par la politique d'un gouverne-' ment. Il est plus que probable que tel a été le

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