‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 15 sur 57 · PAU M. CHARLES TEXIER · texte numérisé non relu

PAU M. CHARLES TEXIER

Qu'un grand personnage, en remplissant quelque importante mission dans un pays lointain et mal connu , Êtsse , comme on dit , d'une pierre deux coups , et recueille sur la route le plus de notions qu'il peut » dans l'intérêt de la science , c'est là un accessoire honorable , pro-> pre à jeter sur ufxe dignité temporaire un éclat durable et légitime. Ghoiseul n'aurait certainement pas trouvé dans son ambassade la célébrité que lui a value son zèle pour les arts et les lettres. Nous devons cette justice à nos ambassadeurs en Orient j que la plupart ont fait toiu*-'ner au profit de la science les moyens puissants

rance qui fit errer Pierre Gillius dans tout le Levant pendant plus de quarante années , cherchant tous les moyens possibles de suppléer aux ressources insuffisantes qu'il tenait de François I®', jusqu'à s engager à Tâge de soixante ans dans les troupes des Perses. La constance de caractère est peut-être pour de tels voyageurs le point le plus important , et je m'imagine que beaucoup sont partis plein d'une ardeur que l'essai des premières tribulations n'a pas tardé à éteindre. Cette force individuelle qui Eût trouver en soi-même des ressources dans les plus grands embarras , de la résistance à la mauvaise fwtune et de la résignation dans les privations les plus pénibles , ne me parait pas assez admirée.

Ces qualités sont réunies à un haut degré chez un jeune voyageur qui parcourt en ce moment l'intérieur de l'Asie-Mineure. Ce pays , si remarquaUe par l'antiquité et l'éclat de sa civilisation, dont il renferme des traces grandioses j nous est à peine connu ; et pourtant c'est là qu'il faut aller chercher des documents irrécusables sur les origines de l'histoire , reprendre ce qui lui appartient dans ces antiques domaines

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de la mythologie , et suivre la chaîne qui con* duit , des plus anciennes traditions , aux époques historiques les plus éclatantes. L art aussi a d'abondantes moissons à recueillir sur la contrée qui renferme ces monuments cyclopéens si extraordinaires , et tant de ruines imposantes , protégées par le climat et la solitude.

M. Charles Texier, de Versailles , était plus à même que personne de £ure un pareil voyage. Architecte distingué , il avait appliqué son art à l'illustration des antiquités nationales ; et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres avait couronné deux mémoires de lui , l'un sur les antiquités de Fréjus, l'autre sur celles de Reims. Plusieurs voyages dans différentes parties de l'Europe , déjà accomplis en artiste et en archéologue , l'avaient préparé à des excursions plus lointaines , et lui avaient acquis en même temps cette grande habitude des anciennes inscriptions que donne la pratique des monuments jointe à l'érudition. Â ces connaissances M. Texier réunit une aptitude remarquable pour les langues ; et il en a fait l'application , notaniment au grec des différents âges » en £ré^ queutant assidûment pendant deux années le

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cours de grec moderne et de paléographie de M. Hase. H n'est pas moins versé dans la chimie et dans la géologie. Aussi les instructions qu*il a reçues des corps savants, au moment de sont départ, sont très-variées. « Je doute , écrivait*il de Gonstantinople à M. Dureau de la Malle , que personne ait jamais eu en voyage plus de charges que moi , car j'en ai pour toutes les lettres de l'alphabet : archéologie , architecture, bibliographie, crâniologie, ethnographie ,

géologie que saisje ? Je n'en finirais pas. »

Les Académies des Inscriptions et des Beaux- Arts ont en effet profité de la variété de ses connaissances pour y proportionner celle de leurs instructions. De plus , fils et frère de médecins distingués , M. Ch. Texier joint des investigations physiologiques à ses recherches d'art et d'érudition. Ses connaissances dans les sciences naturelles lui ont été , comme nous le dirons , d'une bien grande utilité à Gonstantinople. Les deux académies l'ont recommandé très-particulièrement aux ministres de l'intérieur et de l'instruction publique , et il s'est ainsi trouvé chargé par le gouvernaient d'explorer l'intérieur de l 'Asie-Mineure , et de faire tous ses

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efibrts pour examiner la bibliothèque du sérail. M. Hase lui a rédigé des instructions fort détaillées sur les points oii devaient se porter, principalement ses investigations archéologie ques. Muni de tant d'honoraMes encourage;* mei^ts^ il est parti au mois de mai 1835, quoique le.modique traitement de 4,000 fr* qui lui est aasîgiké par le gouvernement ne doçimen* çât à courir que de 1834. C'est donc à ses frais qu'il a iait tout son voyage jusqu'au conunencement de cette aionée. Ce début , déjà fort important » s'est borné à Çonstantinople, qu'il a quittée seulement au mois de mai derni^^ pour jentrjBT dans rintérieur de l'Asie.

Une partie considérable de ses iastruçtions avait rappwt à cette capitale, dont l'exploration a été jusqu'à présent si difficile , et qui recèle encore tant de trésors cachés. L'aimbassadeur a secondé M. Texier comme il le devait; mais c'est surtout en lui-même qu'il a trouvé des ressources. Ses talents lui ont fourni les moyens de se Jlaire des amis et des protecteurs , par lesquels il a obtenu des choies que n'aurait janmis pu lui procurer l'ambassadeur.

Sa correspondance, adressée à ses frères , à I. 13

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M. Dureau de la Malle, à M. de Bret, a été lue en grande partie, au fur et à mesure de la réception, des lettres , à rAcadéinie des Inscriptions et à celle des Beaux-Ârts. D'autres lettres, accompa^ gnées de plans et de dessins, ont été adressées à M. Guizot i ministre de 1 mstniction publique^ je n'ai point vu celles-ci ; mais M* Bureau de la Malle a bien voulu me communiquer la corres» pondance lamilière, remplie non seulement des &its les plus curieux , mais de beaucoup d'esH prit et de gaîté , avec ce laissé«aller d'ardste qui écarte jusqu^à Tombre du pédantisme dans ttne érudition dobt le quart suffirait à défrayer les prétentions <ie cinq ou six demi-savants.

Quand le voyngeur est un homme d'esprit , il n'y a rien de plus attachant que la lecture de $es premières impressions dans fintîmité da commerce épistolaire. C'est justmient ce qui 1^ s'imprime pas» Plus tard, pour se iaire un titre de ses travaux en les publiant avec ordre^ on y met une gravité qui tae comporte plus oa^ ton femilier, et qui 6te à beaucoup de détails cette couleur de l'imjtt^ession du moment, qua rien ne peut remplacer. Nous n'en devons que plus de remerctitients à M» Dureau de bc

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Malie, qui a mis à notre dii^osition ces lettres. Celle dû ^ février, qui est du plus haut inté- Têt archéologique , est ^tée du château d6ft< .Se][>t«ToixFS. Cette célèbre forteresse , presque abandontié^ aujourd'hui, se joâgnait jpàr une muraille à Tancien château des Blaquarnes, palais d'été des empereurs grecs, et dont le& ruines remontent à cette époqua. c Les mo^ railles qui joignent ces deusL forteresses f dit M. Tôlier, sont encore en aussi Ijôu état que possiUe, après le long délaissement aiupiel elles sont réduites. Ici , bien mieux qu'à Rome> 4011 peut étudier le système de défense de ce temps , car rien ne manque à ces fortîfica^ tioQs^ L'abord est défendu par un large fossé, dfinrière lequel s'élèye YAggm', formé des terrés du fossé* UAgger ^$t lui-même flaa*^ que d'une muraille portant dm iom^ deniyU circulaires, dairière laquelle est le chemin de ronde^. £i^ s'élèvia la grande mijupaille qui domîo^ tout le système ^ portant créneaui: M galeries. Elle est flanquée de hautes tours carmes^ qui s'ajustent €^ éphiquier avec l^ tours de VAgger. iCes murailles ont soufiçi^t dans les tanps anciens , et ont été relevées par dîffi»*ent$

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empereurs dont les noms sont soigneusement inscrits à leur sommet , en y faisant mention de leurs vertus chrétiennes. On. y lit les noms de Michel , Basile, Constantin Porphyrogénète, Manuel Comnène, Jean Paléologue^ etc. >

n ajoute ensuite des détails sur lés matériaux de cette muraille. ^ Dans les murs de la Propontide, bâtis par Constantin , il est Êicile d^ reconnaître les constructions qui datent de ce fondateur. Elles sont en grands blocs de belle pierre volcanique et en calcaire d'Asie. Sesisuo* cesseurs bâtirent en blocage , avec des lits de brique intercalés » comme dans les murs de Rome. Renversées du temps de Léon l'Isaurien par un tremblement de terre épouvantable , les murailles furent relevées de nouveau par lempereur Andronic-le-Vieux. C'est sous son règne que furent placées en fondation , sous les tours et sous les murailles » ce nombre infini de colonnes de marbre et de granit qui font paraître les lâurailles de Coiistantinople comme sur des pilotis et sur des arbres couchés.

Viennent ensuite , sur l'ancienne et célèbre porte d'or, des détails pleins d^intérét pour l'arehitecture et pour l'histoire, sciences que

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M. Texîer a su fortifier Tune par Tiautre en appliquant à Texamen de Gonstaatinople la critique judicieuse de ses inémoires couronnés par rinstitut ; puis la description du château des Sept-Tours , qu'il termine ainsi :

t Aujourd'hui ce. château est abandonné à' Fa dégradation la plus complète ; les toitures tombent de vétusté y les affûts pourris des canons sont remplacés par des pierres, provenant dles^ mêmes des débris do la muraille. Les figuiers , les arbou^ier^ oiït pris la place des sentinelles » et la plus, heureuse végétation remplace : les victimes de l'arbitraire. Constantinople na plus besoin de f(H*teresses ; elle a l'amitié de& Russes. »

n n*est presque aucun des monuments qu'il cit^ dans sa correspondance dont il n'ait ou levé le plan, ou pris une vue d'ensemble ^ ou Êdt tout au moins un croquis destiné à être remplacé à son retour par un dessin terminé. Il a entre autres dessiné lesobéhsques de Constantinople , et retrouvé sur l'un d'eux , érigé par Théodose , l'orgue à soufflets qu'on croyait d'invention arabe , et qui n'a paru dans l'Occis dent qu'au temps de Gharlemagne.

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Dans la lettre du 9 mai : c Je suis enfin entrée dit-il , dans la oélèbre église de Sainte-Ii*kie. C'est une feiveur bien ï'are , car il n'y a que Mouï^avief , à la tête de seû Russes , qui y soit entré dans ces derniers temps. J'y ai été adihis pat rettti*ertiîse d un ôflSciet turc de fe garde. L'église, qui e^t du temps de Constantin, était jadis toiite décof ée de mosaïques dofat la plupart ont disparu. Au fend de la coupole s6 trotiTe une grande estrade en iniques , où sans doiitse s^asseyait le diàpitre^ La disposition de cette ^lîse est imposante. Il est à regretter qu'elle ait perdu toUs ses ornetoients. Oh a coti»struit tout à Tentour utte longue tribune en bois, sur laquelle sont déposés les trophées des Musulmans depuis la prise de Constantinople , plusieurs armures arttiqUês , des amies des Grecs , entre autres des feux de combat. Des ifla^hines de guerire, hiais qui sont touteii démontées , sont renfermées dans cet arsenal, qui mérite la peine d'être décrit en détaiL Je sui^ obligé de remettra te travail à mon retour d* Asie. Mais une chose qui ma principalement frappé c'est un médaillon , bas-relief colossal > représentant une tête de Méduse. Les Turcs appd-

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lent cda le portrait de Gonstaatm», C'est une sculpture du style grec du premier ordre. Les cheveux sont exécutés avec ui»e rare perfoetion» Les prundles sont peintes , mais fm lieu de ordre que c'est une addition des Turcs. On voit dams œt arsenal les armures des soldats de Makomet II > et son étendard» Les casques sont en général damasquinés en w avec des i^afao tères arabes* Les armures des chevaux , lesbou'-^ diers et tout cet attirail de guerre sont du plus haut intérêt. »

Cette, lettre est écrite au moment même de son départ pour FAsie , qu'il annonçait déjà dans la précédente. < Savez-vous , y disaitril , que je viens d'apprendre une fâcheuse nouvelle ? Dans cet instant même , les Turcs sont oocii|>é$ à démohr le temple d'Angora, pour Ëore «m bain. C'est. un des principaux monuments que je comptais étudier. Je l'écris à M. Hase, et je loi dis combien je suis embarrassé , ne pouvant aller directement à Angora , sans faire desmar»dies et contre - marches « ruineuses, dans ma misère. D faut auparavant que j'observe la Bi* thynie , une partie de la Phrygie Ëpictète^ c'est* shdve Â2ani » ville complète et superbe » Kara-*

hissar, aux monuments Mèdes et Persans-^ et Synnada, au marbre fin comme l'albâtre. De là je remonterais le Sangariâ , cherdiant Pessinunte comme une aiguille dans une botte de foin , et j'arriverais à Angora dans les premiers jours de juillet, peut-être assez à temps pour me jeter dans les fondations du temple. Vous avouerez que c'est Étire naufrage au port. »

C'est - le 16 mai que le Topgeur a quitté Constantmople pour se rendre.par mer à Nicomédie , qui ne renferme , dit-il , que bien peu de monuments de l'antiquité. Il demie pourtant quelques détails sur ce qui reste de ses murailles et sur un ou deux au très débris. < De Nicomédie^ oontinue-t-il dans son rapport , je me suis rendu à $abandja , l'ancien Sophon. > Â trois lieues de Sabandja on voit un grand pont de constructiqn romaine, long de 415- métrés. Après- l'avoir dessiné, M. Texier a remonté la vallée qui est sur la rive gauche du Sangarius , et est ar'rivé à Nicée , la première ville qu'il ait jugée cygne d'un examen approfondi. Il ne s'y est pas épargné :

« J'ai levé en six jours , écrit-il de Brousse , le 3 juin , le plan de la ville de Nicée avec tous

ses édifices andeiis.et modernes, les portes» les tours et même les principales rues. J'y travaillais quinze heures' par jour, par une chaleur étoufiahte« Àùssi^ à la fin, me trouvè-je très- Êitigué. > Ce travail l'a mis à même de vérifier plumeufs choses et d'en rectifier d'autres. En reconnaissant l'exactitude d'une assertion de Strabon, qui dit que , d'une pierre placée au centre du Gymnase, on apercevait les quatre portes de la ville, il a, par cela même, constaté la placé du Gymnase. Il a aussi reconnu le théâtre antique dans les ruines où Paul Lucas avait cru retrouver lé lieu d'assemblée du célèbre concile auquel on doit le, symbole de Nicée. Ce denxîer édifice n'existe plus ; car M. Texier s'est assm^ que ce n'est pas l'église actuelle des Grecs. On la disait remonter à Constant tib , d'après nne inscription controuvée ; mais elle ne doit pas remonter au-delà des Paléo^ lognes.

- « On y conserve ; dit^l , un objet extrêmement précieux : c'est un sarcophage d'une seule pièce en pierre spéculaire. Dans tout l'Orient , je n'en ai encore vu qu'un petit morceau dans l'éi^lise Sainte^phie , et id , à Angora , un

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Dans le trajet de Nicée à Cius , une inscrip* tionbQingue, gnvée sur le roc, qu'il a lue et transcrite en franchissant une rodbe escarpée » lui a appris qu'il se trouvait sur une route Êdte de Nicée à Âpamée par les ordres de Néron ; il a reconnu l'impossibilité de l'exécuticm des travaux commencés par Pline pour joindre le lac de Nicée avec la mer, et a rectifié l'indication du cours de la rivière de Ghio , qui ne descend pas, comme l'indiquent les géographes, du kc de Nicée, mais des montagnes du sud. Ce n'est pas, à beaucoup près, la seule erranr que lui aient offerte les cartes d'Asie» c Elles soni si mauvaises , dit^l , qu'on n y reconnaît ni les routes, ni les noms des villages, ni les positions des villes. C'est conmae si l'on n'en avait pas. » Une bonne carte de l'Asie mineure ne sera pas un des résultats les moins intéressants du voyage de M. Texier*

A Ghio , son regard d'architecte n'a pas négligé les murailles de l'antique Cius , c dont il existe encore plusieurs parties intactes , et qui sont un bel exemple de l'appareil enjoints irréguli^s que l'on appelle pélasgique. »

Après un court sqour à Brousse ( Prusa ) ,

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oè flétsdtancomiiieiiceiiientdejiiniyàKiitayai, oà fl est passé dams le mîlîeo au même mois , fl est enfin arrrré à Tantiqne irille d^Azani, dont les magnifiques mines soni si ccMnplèles ipàcn se croirait dans une TÎUe de tees , comme il Tédifait de Kédous , le 25 juin. Ces ruines^ défà mes par M. Delaborde, dont M. Te3Lier y a In le nom inscrit en grandes lettres , n'avaient pas encore été décrites comme elles le mentaient. Voici ce qu^il en écrijait à 3L de Bret , mem* bre de llnstitnt : € J*ai trouré dans la TÎUe d*A2ani les restes les plus complets et les plus magnifiques d'une grande riOe grecque. Tonte descripticm que je tous en ferais aurait 1 air d'une narration emphatique. J'espère tous en* TOTer cet hirer les dessins.

> fl est impossîUe de Toir rien de plus beau, de i^ns parÊiit, que son temple,qui est encore presque complet. La cokmne d'ordre ionique est une chose si gracieuse, que je passais des journées entières à la contempler. Les mursde la Cella soat courerts d'inscriptions rdatires aux Êtes panheOéniques et à l'administratioB de la TiUe. Pkrès du tempAe , fl existe un grand

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portique d'or€b*e dorique grec qui est âttenanl à k \aste ^[iceinte du momuxiejat.

> Un fleuve traverse la ville » ea passant sous deux ponts de marbre, et toute la rive, qui €tait la voie des tombeaux, est encore couverte de. monuments en place. Les balustrades du quai, wnées de guirlandes et de faas-relieis délicats , se trouvent encore sur k route. A quelque dis<^ tance du temple est un vaste théâtre de marbre, dont presque tous les gradins sont en place. La frise représente des chasses d'animaux. La scène est entièrement conservée. Près du théâ* tre est un beau stade , au n^ilieu duquel est k pidvinar des magistrats. Tous ces monuipents, que le temps seul a endommagés, ofibent le plus bel ensemble qu'on puisse imaginer. >

Plusieurs drconstsuicœ ont augioienté , pour M. Texier, l'agrément de son séjour à Azapi : il a trouvé plus de ressources qu'ailleurs , grâoe aux attentions bienv^Ulantes de i'aga de Kutaya et des habitants du pauvre village épars sur ces belles ruinea. L'aga avait donné désordres qui ont été suivis avec soin par le chiaîa , ou chef du village , et les habilan&. M. Texier

ae manque jamais , dans ses lettres et môme dans son rapport au ministre , de payer un tribut de reconnaissance aux personnes dont il a reçu de bons traitements. Plus tard , à son arrivée à Angora , après avoir parcouru près de cinq cents lieues , il écrivait à son frère : c Je n'ai pas fait, jusqu'à présent^ la moindre mauvaise rencontre; les Turcs que j'ai vus sont tous honnêtes et braves gens. >

M. Texier est le premier voyageur qui ait décrit* les ruines de l'antique Synnada. c J'ai assez bien dirigé ma route dans la grande Phrygie , écrit-il à M. Dureau de la Malle ; je suis tombé juste sur l'emplacement de Synna* da. C'est aujourd'hui un pauvre village rempli de fragments d'architecture et offi*ant encore quelques inscriptions ; mais ce qui lève tous les doutes , ce sont les immenses carrièi^ de marbre qui existent encore à trois milles de là. C'est admiralide de lire sur les lieux la descrip* boa de Strabon : comme tout cela est clair, et eomme il explique bien que ce n'est pas Syn-

* M. le capitaine Gallier ayait déjà reconnu Synnade , 9)al8 sans la décrire, n'ayant fait que traverser.

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nada qui fournit le marbre , par une bonne raison, cest quelle est située sur un terrain vol-' eaniqtêe. Je crois aussi que, s'il fait la remarque que là petite plaine voisine de la ville était plantée d'oliviers , c'est que c'était un fait curieux comme agriculture; car aujourd'hui, dans toute l'Âsie^Mineure , les, oliviers ne viennent point à une distance de vingt-quatre heures de la mer. Le climat de Synnada est froid : l'hiver il y a beaucoup de neige. »

Le village qui s'y Irouve aujourd'hui s'appelle Eski-kara-hissar.

€ S'il y avait , dit-il dans son rapport , le moindre doute sur la position de la ville, malgré les inscriptions que j'ai ^copiées , ces carrières sufiiraient pour la faire reconnaître* J'ai levé un plan topographique du pays. »

Les carrières sont à l'orient de la ville et touchent à l'extrémité de la plaine, qui s'étend de l'est à l'ouest. Elles s'annoncent de loin par une multitude de collines blanches comme la neige , et uniquement composas de recoupes de pierres. On est étonné de l'immense quantité de marbre qui en a été tirée. On a pénétré jusqu'au cœur de la montagne. < Ce n'est pas

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sans plaisir, écrit-il, que j'y ai retrouvé le beau marbré blanc veiné de violet, que j avais déjà indiqué dans mon Mémoire sur les carrières , comme devant provenir de ce lieu. > Le marbre qu'on ea tirait , continue-t-il dans son rapport, est de deux sortes : Tun parfaitement blanc , et l'autre veiné d'un beau violet, représentant une sorte de brèche. Les rochers ont été taillés à pic dans une hauteur de plus de cent pieds , pour en extraire ces grandes dalles et ces colonnes dont on admirait la beauté, c C'est delà que fiirent tirées les colonnes du mausolée d'Hadrien , à Rome , qui servirent ensuite à la construction de la basilique de Saint^Paul-horsles-murs.

C'est ici le cas de dter quelque chose des observations minéralogiques de M. Texier pour montrer toute la fécondité de ses travaux. Je trouve celles-ci dans une lettre à M.^Dureau de la Malle : c J'ai observé de superbes volcans dans la Phrygie brûlée; des soulèvemens de trachites à Kara-Hissar, à Serri-Hissar, et ici à Angora ; le bassin de craie de Kutaya et les formations argileuses du Sangarius. Sauf quelques exceptions , ce sont ces quatre espèces qui con-

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sdtaenl tons ks lerrains qiie jni pauncoiirasi. Kicêe est sur le calcaire alpin; Kicomédie sur le grè8 rouge, passant au grawake dans les tiA» lées« J*ai peu tu d exemples d'êpanchements de trachiles aussi beaux que ceux de K;ura-llissar (le diâteau noir}. Ce sont huit îlots places au miliaai d'aune (daine unie, et disposés^circulaire» ment sur deux lignes concentriques» J^ai relcTé un plan de cette TÎUe et dessiné tous les rochers à la chambre daire« J en &is de même partout où je trouve des formations intéressantes. Pourleséchantillons, j en recueille peu, par la raison de Textrème difficullé du trans* port, h

Dans les mont^igues du noitl de la Phnrgie , le voyageur avait à reconnaître les tombeaux d^anciens rois de cette célèbre ctmtrée » mimvh ments que leurs proportions gig^tesques feraient omre au-dessus des forces naturelles de rhomme. Le grandiose outré de ces immenses scu^tures taillées dans le roc , ou plutôt de ces rochcfs entiers scu^tés en diverses figures, ou superposés pour produire détonnants efl^» n *est pas le seul motif de la longue durée de ces tombeaux. Les anciens plaçai^it ordinaimn^it

VOVAOK OK M, TFAIK», 2ii

leurs BéiTopoleK dann di^ii endroits pierreux el glériles , pour ne pas enlever à b culture àe% terrains ayant de la fertilité. Ces lieux ^ n'offrant aucune regnource aux peuples qui ont ensuite occupé le pays, n'ont pas eu? fouillés ; car il est rare que les hommes , môme les plus barbares » aient détruit pour le seul plaisir de détruire* Tout autre intérêt que celui d'une savante eu* riosité, au lieu d'attirer l'homme en ces lieux arides , l'en détournait. Mais , pour Tarchéolo* gue, peu d'endroits offrent un attrait aussi puis* sant» Ces monuments phrygiens rattachent, comme nous l'avons dit , la mythologie à l'his* toire , dont ils sont , en quelque sorte , les phis anciens titres* Tel est le tomljeau du roi Midas, dont la grotte fut découverte par M. Walpole , qui en transcrivit les inscriptions» Elles le fu* rent ensuite par le colonel Leake , qui les pu* blia en 1821, dans un volume intitulé Asia mi" nor» On est fort incertain sur le sens de ces épigraphes dont les savants ont essayé quatre oo cinq explications difl^rentes. Les seuls motn sur lesquels ils soient tous d'totord sont len premiers , où on lit d*abord le nom du roi Mi» das , qui reparaît plusieurs fois dans le cours

de rinscription avec celui de Gordius. L'antiquité des caractères phrygiens se joint à celle du style pour rendre cette lecture aussi difficile.

Si la découverte de ce monument est due à des Anglais , eUe a reçu une grande extension de notre voyageur. « C'est une difficulté extrême/ dit-il dans son rapport , de parcourir ces pays qui sont absolument déserts. Ayant pris des guides et quelques provisions , j'ai exploré une contrée qui était tout-à-làit inconnue. J'ai trouvé deux nécropoles semblables à celles de Séid-el-Âr, aux lieux nonmiés Birk-hinn et Imbazardji-hinn. Les Turcs appellent hinn les chambres sépulcrales. Elles sont situées au milieu des forêts, et à une demi-journée de Bayât. n est bien difficile d'indiquer plus exactenient leur place. . • Toutes ces montagnes sont excavées pour y placer des sépulcres. On les compte par milliers. En remontant toujours vers le nord , j'arrivai à la demeure d'été des habitants de Kosrew-pacha-kan. J'étais voisin de la vallée où le colonel Leake a découvert un monument portant une inscription. Les habitants l'appellent Jasili-kaîa (la pierre écrite). J'aî

parcouru toute cette vallée solitaire , et j'ai trouvé, dans un des lieux les plus inaccessibles de la forêt , deux autres monuments dans le même style, dont Fun est tout chargé de caractères phrygiens. Ils sont taillés dans le roc et portent des ornements dans un style particulier. Non loin de là, j'ai dessiné un monument sépulcral tout aussi remarquable. Je ne saurais décrire les innombrables tombeaux de tout genre qui se trouvent dans ces lieux. Tout porte à croire que j'ai découvert la vallée des tombeaux des rois de Phrygie. »

Une découverte, qui appartienten propre à M. Texier, est celle de la ville de Pessinunte , sur la position de laquelle il avait pour tout renseignement qu'elle se trouvait sur la route de Nicée à Âmuria. Une des cartes les plus récentes l'indiquant au village de Kahé , • il a fait quinze lieues^ après avoir découvert Pessinunte, pour s'assurer s'il y avait là d'autres ruines , et, en revenant, il a Êiilli se noyer dans le Thymber (ajourd'hîii Poursak ). C'est au lieu appelé Bal*

dassar qde sont ces belles ruines de Pessinunte, ' ou il a reconnu l'acropole, le portique d'enceinte du grand temple, l'ancienne enceinte

s là VOYAGE DE M. TEXIER.

d'\ine basilique , uii portique d'ordre grec , et k$ gradiusi du théâtre^ La viUe était située sur tf[(m collines » à FinteFsectiou de deux vallées , sur Iç revers d'une desqucdles un monceau de blqcs de marbre blanc et de colonnes renversées lui a paru représenter les ruines d'un temple ^'£scukpe > car il y a copié une inscription vo« live en rhonxxeur d^ ce dieu. Toute la vaUée est dominée par une montagiie élevée , qui est le Didyme.

A Angora , le monument qui devait apfieler principalement l'attention de nôtres voyageur^ et pour lequel il s'était hâté de partir, d'apjrès l'avis de sa prochaine destruction, est h h^ meux temple d'Auguste. Cet 4^pere»r; en mourant > déposa entre les vmrm des vestales, son testament avec trois autres écrits également cachetés.

€ Il 'un , dîit SuétOD^ , r^^fenuait TcMMlon*^ nance de sei^ i^nérail|çs» ; le 9efeoi)d^ \m exposé de ses acies qu'il voulait qnh^otk gravât sm des tables d'airaia sçdléeis; àe\^% son toEobeai^; et le troisième ^ unej^Qtijçç générale 4e l'administration de Vepipiii^. m . Les tables d'aivaia où fut gravé le second de ce$ importants do-

VOYAGE DK M. TEXIEÏ^. 215

cumeiits ont péi^i depuis bi^n des siècles*. GhishuU Élit à ce ^ujet des réflexions trèsjustes, dans son savant ouvrage intitulé Anti' quitates Asiaticœ. Le bronze a toujpurs offert à la cupidité un appât qui est devenu une cause de destruction pour les monuments de ce métal. Le marbre n'avait pas le même ii^couyénient , surtout dans les pays où il abonde. G est aiasi que nous a ,été conservé cet abrégé de la vie d'Auguste , que les babitapts d'Ancyre., aujpuyd'hui Angora , firenjt graver sur les murs mêmes du temple élevé chez eux à cet empereur.

Qn sait que l'antiquité fît un grand usage de l'airain et du marbre pour consigner une foule d'événements , proclamés et propagés si facilement de nos jours par les cent voix de la presse, surtout de la presse quotidienne. Il est curieux de lire quelquefois sur du marbre jusqu'à de petits faits comme ceux d'une courte annonce de journal ^ mais qui intéressaient l'amourpropre ou les affections de quelque particulier. Par exemple, un malade fait graver sur une table de marbre ^ placée au bord d'une route , que tel médecin l*a guéri de telle maladie, etc*;

2ia VOYAGE DE M, TEXIEK.

un de œs petits monuinents arrive jusqu'à nous après vingt siècles ; nous y reconnaissons que 1 esprit humain essayait déjà les moyens informes d'une publicité dont Tétonnant perfectionnement est la plus grande merveille de nos temps. A plus forte raison Êdsaient-ils servir ces durables moyens de publicité à tous les actes publics de gouvernement ou d'administration, comme les trois inscriptions en latin sur des affaires civiles , et la lettre en grec de Fempereur [Hadrien, que M. Texier a trouvées à Âzani. Pour toutes les pièces de ce genre on connaît le fréquent usage des inscriptions : ce qui rend l'histoire lapidaire si importante dans 1 étude historique de Tantiquîté.

Un de ses plus graves monuments est , sans contredit , cette vie d'Auguste , rédigée par luimême , et remise aux vestales avec tant de solennité. On n'en savait que ce court passage de Suétone, jusqu'en l'année 1554, où Auger Gis- 1er de Boesbec et Antoine Wrantz , ambassadeurs de l'empereur Ferdinand près la Porte- Ottomane , firent faire par leurs gens une copie fort incorrecte de cette inscription. Elle fut ensuite relevée avec moins d'inexactitude par

Daniel Gosson , puis par Tournefort. Voici ce qu'en disait ce dernier : t Les pierres sont attachées ensemble par des crampons de cuivre , comme il paroit par les trous où ils étaient enchâssez. Les maîtresses murailles ont encore 30 ou 35 pieds de haut. Pour la façade , elle est ^itièrement détruite. Il ne reste plus que la porte par où Ion entroit du vestibule dans la maison. Cette porte , qui est quârrée , a 24 pieds de haut sur 9 pieds 2 pouces de largeur; et ses montants , qui sont chacun d une seule pièce , sont épais de 2 j^eds 3 pouces. C'est à côté de cette porte , qui est toute chargée d'ornements, que l'on grava la vie d'Auguste en beau latin et en beaux caractères. L'inscription est à trois colonnes à droite et à gauche ; mais, outre les lettres elïacées, tout est plein de grands trous, semUables à ceux qu'auroient pu Élire des boulets de canon. Et ces trous , que les paysans ont fait pour arracher les crampons, ont emporté la moitié des caractères. >

M. Texier aura sans doute été le dernier qui ait visité ce monument. < Aujourd'hui , ditril , tout le mur gauche de la Cella est abattu ; ce

2 20 VOYAGE DE M, TEXIËR.

attaque de choléra qu'il avait eue en Jtraversant le Taurus , sans se douter heureusement alors que ce fut cette terrible maladie. Mais on Ta reconnue ici à là description des symptômes ; il donne à son frère , sur les vomissements et la dyssenterie dont il fut attaqué , des détails qui ne laissent aucun doute à cet ^rd. Et quelle situation pour se soigner ! c Ma traversée du Taurus, écrivait-il de Smyrne , le 22 octobre , à M« Dureau de la Malle , a été des plus pénibles : arrêté à chaque instant ipar des vomissements affreux, et sans même pouvoir descendre de cheval , car avec une heure de retard il fallait coucher dans les rochers. » Et dans une lettre de la même date à son frère : c On ne sait pas, en Europe, dit-il, ce que c'est qu'un accès de fièvre. J étais obligé de me mettre du coton dans la bouche pour ne pas me briser les dents, et je n'avais pour tout potage qu'uii peu d'eau dans une cruche égueulée. » Quand il eut un peu plus de ressources , ses connaissances en médecine , en lui indiquant les moyens de se traiter lui-même , se sont jointes à son courage pour le tirer d'un si mauvais pas. Un fond de persévérance et de gaîté^ un esprit

VOYAGE DE M. TEXJER. 221

disposé à voir le bon côté des choses , sont les premières conditions de salut dans d aussi terribles épreuves , et prouvent en même temps que lorsque la plainte prend le dessus , les motifs en sont bien légitimes.

Telles sont les qualités nécessaires à ces aventureux apôtres de la science , si différens de nous autres littérateurs de coin du feu , exploitant à notre aise les notions acquises au prix de tant de dangers. Pour les montrer dans M. Texier, nous avons cité les passages les plus . familiers de ses lettres. L'on a pu y voir comme il se féUcite de tout le bien cjui lui ar* rive : un bon accueil, un gîte pas^le , un repas restaurant , des indications données avec bienveillance le trouvent toujours disposé à une reconnaissance qu'il aime à exprimer. La plainte chez lui est l'exception. Pourtant , dès ses premiers pas en Asie , sa santé avait été ébranlée : il avait éprouvé des douleurs dans la région du foie ; et ces douleurs étaient devenues très-vives à Brousse ; il avait pris des eaux thermales ferrugineuses , qui sont dans un village à une lieue de cette ville. Ce traitement avait été précédé de bains de vapeurs , de sangsues et de ventou-

2 22 VOYAGE DR M. TEXlEk.

ses qui lui forent appliquées aux bains à Brousse. Cela donna même lieu à une petite scène assez grotesque.

€ Avec mes ventouses , dit-il , je mfe fis tirer quelques onces de sang. L'aga , qui se baignait, me demanda la permission de se &ire saigner aussi avec; et, sansen avoir autrement besoin, il se fit appliquer àur les épaules deux paires de lunettes qui lui resteront long^temps. Malgré la douleur que j eprtouvais^ je ne pouvais m empêcher de rire. j>

M. Texier non seulement se rétai)Iit , mais se munit d'une provision de santé dont nous 1 avotis TU faire un si bon usage jusqu'à Angora. Il écrivait de cette dernière ville : « Malgré les fatigues des routes , je me porte bien dans ce pays ; j'ai repris de l'embonpoint. > Et pourtant, d'après le rdevé de ses comptes , il avait déjà payé 2S0 postes , par conséquent parcouru à cheval 4^0 lieues. Il lui en restait encore 240 pour arriver à Césarée.

C'est après son séjour dans cette ville qu'ont commencé les grandes tribulations. < J'ai passé dans le coûtent de Césarée , écrivait* il à son frère (Smylrne, 22 octobre), les plus chaudes

VOYAGE DE M. TEXIER. 22o

journées d'août , traité par l'archevêque comme l'euiant de la maison : c étaient mes derniers beaux jours. t>

€ Depuis ce moment , écrit-il à M, Albert Lenoir, j'ai soufiert tout ce qu'on peut éprouver de maladies , de &im et de fatigues , au point que j'arrive à Smyrne, épuisé et d'une faiblesse à ne pouvoir me soutemr. Mais j'ai lieu d'ôti'e satisfait de mon voyage , car j 'ai découvert , sur les frontières de la Galatie , une ville de la plus grande importance. Figure-toi plus de trois milles caiTés de terrain , couverts de monuments cyclopéens d'une belle conservation y des citadelles , des palais ^ les murailles avec les portes ornées de têtes de lions , et des glacis comme ceux de nos places , inclina à 35 degrés et de 10 à 12 mètres de pente , un temple immense dont l'appareil est admirable. Il est entouré de part et d'autre de cellules ou chambres, dont une seule pierre forme la paroi, et qui cependant ont 6 à 7 mètres de longueur. »

Avant d'arriver à ces superbes ruines, M. Texier avait reconnu dans la ville moderne de Galagik , GalaionrTeikos , l'ancienne cité

des Gallo-Grecs , Galatœ. Il avait ensuite suivi le cours de l'Halys , et , deux jours après 1 avoir quitté , il était arrivé à ces ruines. « Si les géographes , écrit-il à M. Bureau de la Malle , n'étaient pas aussi unanimes pour placer Tavia au bord de l'Halys, je croirais que j'ai trouvé Tavia. Ce temple ne serait pas autre chose que le temple de Jupiter avec l'asile. Mais la découverte de cette ville , fort importante par elle-même , est effacée par celle d'un monument que j 'ai trouvé dans les montagnes voisines , et qui doit se placer au premier rang des monuments antiques connus. C'est une enceinte de rochers naturels , aplanis par l'art , et sur les parois de laquelle on a sculpté une scène d une importance majeure dans l'histoire de ces peuples. Elle se compose de soixante figures , dont quelques-unes sont colossales. On y reconnaît l'entrevue de deux rois qui se font mutuellement des présents, t^

Dans l'un de ces personnages, qui est barbu, ainsi que toute sa suite, et dont 1 appareil a quelque chose de rude , le voyageur avait d'abord cru distinguer le roi de Paphlagonie ; et dans l'autre, qui est imberbe, ainsi que les

siens , il voyait le roi de Perse monté sur un lion et entouré de toute la pompe asiatique. Mais sa lettre, datée de Gonstantinople , lé 14 déœmbre , nous apprend qu'il a changé son interprétation. En communiquant ses dessins et ses conjectures aux antiquaires de Smyrne , qu'il a trouvés fort instruits , il s'est arrêté à l'opinion que cette scène remarquable représentait l'entrevue annuelle des Amazones avec le peuple voisin, qui serait les Leuco- Syriens ; et la ville voisine , où le témoignage des géographes lavait empêché de recon* nsdtre Tavia, serait Thémiscyre, capitale dé ces peuples.

Cette explication ne paraît pas avoir obtenu Fassentiment des maîtres de la science. Toute* fois plusieui*s auteurs anciens , que M. Texier n'a pu consulter à Gonstantinople ^ parlent de cette entrevue annuelle des Amazones avec les hommes d'un pays voisin. Pline dit qu'elle durait cinq jours , les seuls de l'année où cette nation de femmes guerrières eût , avec un sexe qu'elle méprisait, des rapports indispensables pour se perpétuer. Au bout de neuf mois , on (ai* sait, parmi les enfants qui naissaient, un triage,

à la suite duquel on gardait les filles , et 1 on renvoyait les garçons au peuple qui avait fourni les pères. Pline nomme ceux-ci gynœcocratth ment , mot dont Ténergique composition indique la sujétion où ils étaient, vis-à-vis des Amazones, leurs voisines. Cette entrevue paraît avoir été le principal ou le seul tribut qu'elles exigeaient d'eux.

Ici donc , la pompe qui entoure le personiiage imberbe , suivi d'un magnifique cortège également imberbe , indique naturellemeijt les Amazones et leur supériorité; tandis que la barbe, la massue et l'appareil beaucoup plus simple de l'autre cortège s'appliquent très-bien aux Leuco-Syriens, que leur sexe rendait ainsi tributaires de leurs superbes voisines. Ce mo^ ttument si antique serait donc, d'après cette explication» ua nouveau témoignage de l'existence des Amazones , admise par plusieurs savants, malgré son invraisemblance.

« J'ai trouvé encore, dit le jeune voyageur, sur une partie de rocher voisine , une figure colossale de roi , portant nu emblème indéfinissable ; dans une autre anfractuosité de ro^ (.iiers » sont d'autres %ur^s plus faciles à dessin

VOYAGE DB M. TEXlfiR. Î27

QW qu'à décrire» dont. les bras sont des têtes de lion et les jambes des mc^Eisii'Bs marins. Les coiffures sont des casques coiûques tout cou-^ verts d'ornements. >

M. Texier a joint à sa lettre du 14 décembre un croquis de cette dernière Ggure, qui a été examinée avec beaucoup d'attentioaQ à FAcadé* mie des inscriptions. Les traits ofiireut toutÀ* Eût lé type égyptien, et présentetit ce caractère si constant dans lequel M. Dureaude la MaUe^ par un savant mémoire lu à rA4:^adéinie des sciences en 1851 ^ a cru pouvoir établir une variété de plus dans l'espèce humaine; Cq caradène consiste dans k situation du trou auditif, qui ne se trouve pas , comme chez les autres hommes, sur la mèiiie ligne que Faile du nez , mais sur celle des yeûx, l'oreille étant beau<^ eM^ plus élevée^ Gela est non seulement sen^ sible àsmé toutes les statues égyptiames et dans toutes les momies , mais encore aig'aur* d'hui chez tous les Égyptiens de race pure,

M. Texier a continué , comme dans la pre* Hiière pantie: de sa route,, à bkpf mardis'; de fironi les i>ctence& m^uireUes. avec les . cdiseiva^ lions d'art et d'ari^héologite; La descripttcm

qu'il donne des traces volcaniques de la plaine de Gésarée est aussi curieuse que pittoresque dans la familiarité de son style épistolaire : « Le fameux mont Argée , toujours couvert de neige , n'est qu'un immense volcan comparable à l'Etna. La mairse de l' Argée est trachyte et porphyre. Je ne saurais vous donner une idée de ces terrains d'Uryub , composés d'immenses cônes de ponoe et de sable. Mettez dans une chambre des pains de sucre qui couvrent tout le sol , et faites cheminer là-dedans des hommes d'un pouce de haut , voilà Uryub. Ce phénomène comprend un terrain d'environ sept lieues sur quatre. Les anciens ont creusé, dans ces cônes, des multitudes de tombeaux. De sorte qu'on trouve là la nature et l'histoire offrant simultanément des problèmes presque insolubles. La réunion de ces grottes forme aujourd'hui des villages ; il n'y a rien de plus pittoresque. Paul Lucas avait vu ces lieux en 1713, et , quand il les a racontés , on l'a traité de menteur. »

Voilà un aperçu de la riche moisson de laits et d'observations de tout genre que M. Texier rapportait mourant à Adalia. Le bon pacha de

VOYAGE DE M. TEXIER. , 32d

cette ville , par les soins qu'il lui a aussitôt prodigués , aurait été pour lui , comme Tarchevèque de Césarée , une seconde Providence , si l'espoir (qui ne s'est pas réalisé) de trouver encore plus de ressources à Smyrne, où nous avons un consul, ne l'avait fait, au bout de quelques jours , s'embarquer pour cette ville , oii nous l'avons vu arriver dans un si pitoyable état. Il a fini pourtant par s'y remettre assez pour arriver en pleine convalescence à Constant tinople , où il s'est rétabli entièrement.

La peste , qui, pendant la fin de 1854 , a sévi avec force dans Constantinople , le força, de* puis son retour, à se tenir renfermé chez lui, à Péra. Dès qu'elle diminua, l'heureuse- coïnci* dence du retour complet de sa santé lui permit de reprendre ses travaux sur les monuments. Il a été désagréablement surpris de retrouver Sainte-Sophie tout fraîchement badigeonnée à la chaux. Voilà une velléité d'imitation civilisatrice qui n'est pas des plus heureuses. L'incurie précédente était peut-être plus respectueuse^ pour ces antiques édifices.

M. Texier est parvenu à se procurer dés notes sur les revenus et l'administration des mos-

quées , ce qui jusque là n'avait jamais été com-' muniqué à aucun Européen. A plm forte rai- $oq, avait-il pu, dès avant son départ pour l'Asie, examiner les églises que, depuis la prise de Constantinople, les Grecs ont pu oooserver, malgré l'intolérance des Ottomans. Prescjue toutes sont ornées de belles mosaïques , dcmt quelques-unes remontent jusqu'au siècle des Comnènes et même au-delà. Dans l'église de la Panagia , M* Texier en a vu qui, par l'élégance du style et l'éclat des couleurs , rappellent les plus belles compositions du Corrége. Toutes ces mosaïques ont été fidèlement copiées par l'habile architecte , l'un des premiers Européens qui aient étudié , à Constantinople même , les commencements , les jn^c^ès et la décadence de l'art bysantin.

On pense bien qu'il n'a pas perdu son temps dans sa retraite de Péra. Outre la rédaction des* notes prises dans son voyage et l'exécution des dessins du grand bas-rdief, il a rédigé, sur la culture de I'ojhuhi tdlle qu'il l'a obsarvée en Asie, une note qu'il a envoyée à M* Guizot et à l'Académie des Sciences.

En revenant à Stamboul , il donne suite

VOVAGE PE M. TEXIER. 231

à des obdervâtions physionomîques , dont il avait dqà envoyé un résultat trèsnintéressant à M. Edwards, membre de rAcadémie des Sciences morales. « L'histoire de cette ville, dit-il, est écrite sur la physionomie de ses dîv^s habitants. L'Arabie, la Perse, le cœur de l'Afrique , les steppes de la Tartarie , ont envoyé ici leur contingent de population. Tant de nations vivent côte à côte avec les anciens possesseurs de Bysance sans jamais s'unir à eux. Chacun a son quartier, ses mœurs, sespr^'ugés. C'est un résumé de l'Orient entier : vaste champ d'étude sans sortir d'une en c^nte. >

< La population de Constantinople comprend quatre grandes classes (j'en excepte les. Européens , qui habitent tous à Péra et à Galata ) , distinctes par leurs religions ; elles sont formées par les Grecs, les Juifs, les Arméniens et les Turcs. Ces derniers sç subdivisent en un nombre infini de nations qui composent tout . l'empire ottoman , et dont les caractères dà:i^ vent des anciens peuples de ces provinces :. noirs, fils d'esclaves du Sennaar ; Arabes cuivrés o«i bUmcs ; Tréki^ondais ; Tartares ; Persans ^

^ 2 32 VOYAGE DE M. TEXIËH.

Turcs, fils de Turcs et d'esclaves; Turcs, Gis d'hommes et de femmes turcs; Tannée enfin , recrutée dans toutes les provinces d'Europe et d'Asie.

» D'après l'usage adopté par les Turcs de s'allier à des esclaves apportées de différents pays , il est facile de concevoir que , de toutes les nations qui composent la population de Constantinople , ce doit être le sang des dominateurs du pays qui est le plus mélangé , et , parmi les Turcs , celui des classes les plus élevées. Aussi les seigneurs du pays , issus presque tous de belles esclaves géorgiennes ou grecques , ont-ils un caractère de figure qui diffère essentiellement des classes inférieures du peuple.

» GellesKîi ont toujours conservé des traits qui les rapprochent de la race tartare , c'est-àdire les pommettes saillantes , les tempes légèrement déprimées, l'arcade orbitaire relevée •vers les angles externes , et la tête allongée de l'avant à l'arrière. Ce dernier caractère est commun aux deux classes , et est d'autant plus fecile à observer , que , si l'on entre le matin chez un barbier, on voit des Turcs de tous les

rangs qui oifrent leurs têtes aux regards de robswvateur, en même temps qu au rasoir du barbier. Le nez est assez court, arrondi du bout , et les ailes des narines un peu relevées,

11» Les Turcs distingués sont issus du sang géorgien , quelquefois de père et de mère ; car les seigneurs musulmans sont dans l'usage d'acheter de jeunes enfants de ce pays , qu'ils adoptent et qu'ils élèvent ensuite aux plus hautes dignités. Le plus grand nombre des membres du gouvernement du sultan est dans ce cas aujourd'hui. On en compte à peine trois qui soient Turcs de pur sang. Le caractère du seigneur turc est celui qui passe chez nous pour celui du véritable musulman, c'est-à-dire un nez aquilin , des yeux petits , mais vifs et oblongs , le front arrondi , la bouche petite , le teint plutôt blanc que foncé, les oreilles développées , mais appliquées sur le temporal. >

Après des observations du même ordre sur les autres nations qui forment la Turquie, comparées aux anciens peuples qui les ont précédées dans leurs pays respectifs , le savant voyageur ajoute : « Pas un coin de cette Asie qui n'ait été colonie , république ou royaume ; pas

2 34 VOYAGE DE M. TEriER.

un ruisseau qui n'ait été fleuve. Réseaux de peuples qui se recouvrent les uns les autres. ... Entre ma lampe qui vacille et mon saUier qui s'écoule, j'appuie ma tête sur ma main, et je contemple cette terre de souvenirs. La lune brille sur les neiges de l'Olympe , et la mer frémit à la côte. Nations*, nations! venez donc me dire ce que vous avez été ! Mais je n'entends que les joies nocturnes du Ramazan et le softa qui appelle à la prière. »

Dans les lettres de Constantinople , qui racontent avec détails son séjour en Cappadoce , une foule de traits vifs , pleins de finesse d'observation , nous donneraient la tentation de les citer, si nous n'étions retenus par les &its plus importants qui réclament la préférence. Ainsi nous ne transcrirons pas les <îurieuses observations de mœurs qu'oifre son séjour au couvent de Césarée , où l'archevêque de <;ette ville était alors en retraite ; rétonneoa^ît qu'il causa à ces prêtres arméniens en leur dessinant le costume d'une jeune mariée chez nous ; le cri d'incrédulité et de stupéfaction qui fut poussé par le prélat et par tous ses moines quand il leur dit qu'en France les dames ne portaient

pas de pantalons ; h réputation de menteur que lui valut même , auprès de ces rdigieux , un ecmta aussi audacieusement invraisemblable ; le style bizarre du seul moine arménien qui sût un peu le français , et qui , Tayaut appris dans quelque grammaire vieille de deux siècles, lui parlait comme du temps de Henri lY, disant : Trouvez-vous 'plaisant de chevaucherai au lieu de : Aimez-vous à monter à cheval ? et lui offrant une prise de nicotiane , en lui présentant sa tabatière.

Nous ne parlerons même pas de cette fête de saint Jean Prodome , patron du couvent , où les Arméniens se rendent des contrées les plus éloignées , des possessions russes , de la Perse , de toutes les parties de l'Asie , avec une biaarrerie , une richesse et surtout avec Une variété de costumes facile à concevoir, en se rappelant à combien de nations diverses appartient cette communion nombreuse et disséminée. Nous ne fierons aussi qu'indiquer le costume des femmes grecques d'Eneghi , dont la coiffure est un haut bonnet portant deux grandes cornes qui font ressembler leur tête à celle d'un boouf ; et cette, messe, où le voyageur, en sa qualité d'étranger,

et d'après la recommandation du patriarche , fut admis dans le lieu réservé aux femmes : c Je montai , dit-il , dans une galerie sombre et enfumée , éclairée par des cierges de cire jamie. Au milieu de tous ces êtres cornus , chantant des cantiques sur des airs traînants et barbares, il me semblait que j'assistais à une messe entendue par des démons, »

Nous laisserons tous les détails de ce genre pour arriver à cette vallée de l'Uryub , indiquée déjà d'une manière si pittoresque dans ses anciennes lettres , et dont voici une description plus détaillée :

c Après avoir franchi une montagne qui borne l'horizon , le tableau le plus étonnant s'oflfre aux regards , c'est la ville dlJryub. Elle est située à l'ouverture d'une large vallée. 11 semble de loin que ses habitants demeurent dans des ruches colossales , amas de cônes réguliers et blancs comme la neige. Toute l'immense vallée, qui a sept lieues de long, est remplie de ces singulières formations , et les anciens y avaient établi une nécropole , qui a dû , si Ton en juge par son immensité , recevoir les générations de plusieurs villes. Les chambres se*

polcrales s'y comptent par milliers, et plusieurs sont tellement vastes et bien disposées, que les habitants actuels n ont eu que la peine de construire une iâçade devant l'entrée pour avoir une maison commode.

> Sur les parois de la vallée, où l'on voit les cônes naître comme des végétations, les eaux, en s'écoulant, commencent à former la pointe, et les cônes augmentent à mesure que le ruisseau se forme un lit plus profond. On voit de ces pyramides qui ont à peine un mètre de haut; plus bas dans la vallée elles ont plus d'élévation, et enfin les plus élevées sont au centre.

> A Martchiann , les cônes sont d'une hauteur gigantesque (80 à 100 mètres), et, comme la roche est un peu plus dure qu'ailleurs , les andens se sont plus à décorer l'entrée des tombeaux d'ornements un peu plus soignés. Plusiairs frontispices sont supportés par des colonnes d'ordre dorique avec des antes aux angles. Un entablement complet et un fronton les surmontent. ••• Les habitants de ces lieux m'ont assuré n'avoir jamais rien découvert dans ces tombeaux, pas même des ossements. . .

238 VOYAGE DE M. TKXtER.

» D'après leur examen , on ne saurait assigner de limite à la création et à l'abandon de ces nécropoles. Il est certain cependant qu'elles ont été en usage même pendant l'époque bysantine, car dans, plusieurs cbanobres on re^ marque des croix sculptées , et dans <m lieu de la valléq , nommée Keurémé , on voit encore des chapelles et des tombeaux chrétiens, avec des peintures à fresque d'une cons^vation parfaite» C'est cette circonstance qui a vain à ces lieux le nom de Bin bir kilisia, les mille ei une éghses; car les Turcs et les Grecs sont persuadés que chaque tombean était une chapelle.

> A Keurémé les cônes se miikfplient et reçoivent les formes les pius étranges* Le fond de la vallée est un saUe argileux , d'un range ardent ; les cônes conservent toujoiars k eoulenr blanche.

> En errant au clair de la lunfi dans ces lieirx qui n'ont rien de la terre , les yeux ont peine à se iaire à ces formes bizarres : l'imagina tîon les arrange; on croit voir de blanches cathédrales dont les mille flèches s'élancent dansleâ airs; ce sont de longues phalanges de laoînes, cou^

VOYAGE DE M. TEXIER. 2;î9

verts de leurs cucaUes^ de pâles fautômes enveloppés de linceuls , qui glissant sur un torrent de flammes. Pas un brin d'terbe ne croît sur ce terrain, dont la sqrfaeè.se renouvelle sans cesse; pas une source pe rafraîchit la terrCé C'est un désert à |)erte dte vue , un sol hérissé qui semble appartenir à une autre planète. >

Que de réflexions ne fait pas n^itfê 1 etran^ destinée de ces lieux dans la nature et dans, la socjé^! Ces perturbations du globe, o0rant, au milieu de l'aridité la plus inféconde, des monuments! autant de génértsitions sont venues confier pieusem^entles restes de leurs mor t$ ; ensuite une population , ^ns doute bien peu favorisée du sort , profitant de ce^ demeures funèbres , âgé^s de tant de siècles, et transpcurtant dans ces tombeaux , sin<m les aisances > du moins les mouvements de la vie. Quelles ruines solitaires, conservant l'imposant témoignagede leur splendeur passée, seraient plus curieuses à consulter, sur^ les contrastes dont elles furent témoii^^s» , que ces càues aotiques de la plaine d'Uryub?

iiOB observations géologiques de M. Te:ii:îe^ sur i^ette plaine , daus^son rapport au ministre.

signalaient partout des traces volcaniques de diflKérents âges.

« Le mont Ai^ée , dit-il , appartient à une formation isolée. Il suffit d'observer sa forme pour être convaincu que cette montagne ne doit son origine qu'à l'action de feux souterrains, et l'examen géognostique ne dément pas cette conclusion... Du pont de VHatys jusqu'au village d'Erkitet , qui domine la plaine de Césarée , la distance est de cinq lieues. Les terrains n'offrent plus ces terres unies couvertes de troupeaux ; mais on traverse un pays qui porte les traces les plus effrayantes des catastrophes volcaniques ; des vallées profimdes sillonnent le pays ; on voit que leur formation est plus récente que l'épanchement des laves, car des blocs immenses ont roulé jusque dans le fond et montrent leurs flancs déchirés , formés de couches alternatives de laves scoriacées , de tufs et de laves en forme de brèche. . .

» La plaine de Césarée , qui, aujourd'hui, est couverte d'une couche de terre végétale suffi* santé pour y cultiver le blé , était jadis absolument stérile. On voit encore , dans plusieurs parties, le terrain inférieur qui se compose d'une

VOYAGE DK M; TEXIER.' 241

épaisse 'cbûdie de tuf yblcaîiiqiie , et dont la $urÊK^e/^st tellemeat unie que Voh croirait floareher sur un dallage &it > avec soin. Onobserve seulement de longues fissiles eu ligne droite, et qui divisent le tuf en polygones irré^ guliers. Mais ces terrains s» unis sont coupés par des gouf&es profonds^ qui ne paraissent devoir leur origine qu'au retrait des laves par leflet du refroidissement. C'est de ces longues vallées de retrait que sortaient encore des flanW mes du temps de Strâbon. >

« Ainsi, quoique le mont Âi^;ée doive être, par la nature de ses roches constituantes , rangé dans la dasse des volcans anciens , il est hor$ de doute que, dans les temps historiques, ses flancs et la plaine qui l'environne ont çnooce: joifert des traces de phénomènes vôlcaniques.»^

G€^ passais, extraits du rapport du 'ffî'^--

\ri^f oflr^at des rapprochements l»en remài^-

qUablësavec la lettre de Smyme, du 15 septemî-

bre , par iâquelle M. Texier raconte à M. Arago

le tremblement de terre qui s'est fait sentir

dans ces mômes lieux le 15 août 1854. Le

récit dies terribles effets de cette catastrophé , I. 16

3&2 VOYAQB DS M. TBXIEB.

Itt k r Académie dfê Sciences, a été inséré en 9))tierf d'après cette lettre, dbms le cottiptenrendu ^ l£^ géajioe du lundi 19 octobre. Nous nous ^fjprfiierons à rappeler qu'il s'éki?a du pied de TArgée , non pas seulemait cpekfues fianunes, CKnQWe au temps de Strabon , mais une ^paisse lamée doii s'échapperait, avec d'^ffiroyables détpenations, des colonnes de feu* Plus de deux mille maison» furent reuTersées à Gésarée , où le^ secousses se succédaient avec tant de vio» lence et de rapidité , qu'on se serait cru sur i|[^r pendant une tempête. Tous les villages au sud d9 VArgée, sur une ligne de plus de trente millf^f ont harrihleaientsoiifiert. Il a péri une quantité considérable de mbvde; un kc a pris 1^ place du vitliage de Kometsil... etc.

€ Après, un semblable évàiement, écrivait M. Texier, il est permis de douter que cette coiaitrée ait été en repos depuis les dernières catastrophes dont la mémoire est venue jusqu'à novs ; mais il est probable que , renouvelées à de longs intervalles , elles ont été oubliée^ par les habitants. >

liais reprenons notre voyageur à sa sortie d'Uryub* Plus il avance , plus les ressources

VOYAGE DK M. TEXIER. 243

commencent à lui manqua. Les pays qu'il parcourt sont entièrement déèoisés; les hàbi^ t£tntsnV)nt absolnment d'autre combustible qfue de h bouse de vache ^ de vastets plaines leur permettant au moins de nourrir de nombreux troupeaux. Mais bientôt Teau ittéme devient si rare, q«e des localités prennent leur nom de son entière privation. Un voyage n'estpasnne partie de plaisir dans^ de pareils pays* C'est sur les montagnes aridk^ de la Lycaonie (}ue ia£èvre vint se joindre à ûes incommodités.

« Au village de Devrent nous ne trouvânies pas un seul habitant : c'est l'usage des Turcs de se r<mdre , pendant Tété , dànt^ lés tnontagnei^ voisines , pour y passer la belle saison ; toutes les maisons étaient fermées. Nous fômes contraints de souper de quelques feuilles de betteraves bouillies V le seul mets que nous apporta on pauvre Turc resté dans le village. Mais, foroé de coucher en plein champ , je dus à une pluie abondante qui tomba pendant la nuit les dcoès de fièvre qui ne me quittèrent plus pendant tout mon voyage. »

Fwoé de passer bien des choses, dans ce résumé, nous laissons toutes hs circonstances

2Aâ VOYikGB DE M. tEXIER.

pénibles de ce retour, et nous nous transport tous tout d'un coup à Gonstâj^tinc^le ^ à la fin de janvier 1835, où M. T^xiar nous lait assister à Têi^ce de Longchamps des daines turques. Les circonstances présentes donnent à ces observations un caractère qû elles ne pouvaient avoir dans les récits des voyageurs anciens.

n Voyez-vous , aujourd'hui , écrit le nôtre à M« Dureau de la Malle , les Turcs en houppelande et en badine , assis sur des chaises , sur la place d'Eski-Seraï , pour voir passeï* les dames turques qui font en arabas leur promensadedu ramazan? Il me sanUe voir la nouvelle Turquie , assistant au corteige fimèbre de 1 ancienne. En effet , les arabas ou voitures des dames sont encore tout-à*^t dans l'ancien style, riche et élégant.

> La caisse r^résente ordinairement deux monstres marins dont les queues s'enroulent; tout le fond est parsemé de fleurs et de rosaoes dorées, azurées, gaies et papillottaates. Souvent un long tapis jeté sur des cereeisiux est le seul abri qui couvre le groupe des prome** neuses. Mollement étendues sur des coussins de duvet , elles laissent négligemment leur fé-

retgé glisser le long de leurs épaules ; leur œil noir lutte d^éclat avec une fleur en diamant , placée S1H- la tempe, et qii'oa a bien soin de laisser voir en entr'euvrant le voile. Leur tète n'est couterte que d'une mousseline l^ère et transparante , sous laquelle on voit leurs cheveux flottant en longues tresses tissées de 61s d or. C est là le dernier écho de ce peuple qui fut si pittoresque, et qui met aujourd'hui tQUt.son $pin à ouUier ce qu'il fut. >

Dans ce dernier séjour à Constantinople , M. Texîer a vu enfin sa conduite pleî'ne de persévérance et d'habileté couronner un de ses plusviisr désirs» l'entrée dans. Sainte-Sophiej: Êiveur qu'iia même eu le plaisir de faire *par* tàger aux principaux Européens , comme lùî, habitants de Pera, Oi^ aiipe.à voir, 4aflS,qçt,te vie lointaiine , sur des bords étrangers , les rapports qui s'établissent, d'une manière honorable pour tous, entre un simple particulier qui s'est fait connaître par ce qu'on pourrait appeler des exploits scientifiques et les sommités sociales des ambassadeurs, qui rivalisent de courtoisie et d'urbanité dans la simplicité bienveillante de leurs relations journalières.

3^6 VOYAGB DB M. TSXIER.

Voilà comme, an mêlant aux agrémwto de la bonne compagnie l'étude et le dessin, de Vuv* chitecture bysantine et la conversation . des Turcs ^ dont la langue lui est devenue Ij^uEnilièrci» M* Texier a traversé la saison rigoureUaiev 6t est arrivé, au ];noinent où laMésgnge'aLexil^m^ à la voile \ .

* £n 1835, la goélette la Mésange, mise par le ministre de la marine à la disposition de M. Texier , lui à servi à commencer Texploratiofi de^ côteâ, qu'il a cohllBuéé eh iSZ^ avec un autre bâtimept de Tëtat , le briek le Dupetit-TheUars^ Il Ta laissé à Tarsous , pour exécuter le trajet de rA9Îe>M)neure dans toute sa largeur , en se dirigeant , par le Kurdistan, Yèrs Trébizonde , où il est arrivé le d août , et â*6ù il est revenu à CoDStantinople par la Hf^r Neire âurun bàt«au à vapeur. Ces deux dernit^es années, de 0ft|i» fsxploraiioo n'ool pas été moins fertiles eu découvertes singulière^, et iuat* tendues que la première année don^ nous avons essayé d'ofifrir une idée comme faible avant-goût de Touvrage im-^ parlant auquel ce voy;3ige scientifique donnera IteuV

RECHERCHES L'RISTOIRB DE LÀ PARTIE VÉ L AFHiQtJË

SEPTENTRIONALE, GOHIIUB flobf Lt MCm

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