‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 27 sur 57 · livre sur lequel nous allons revenir · texte numérisé non relu

livre sur lequel nous allons revenir

L'importance d'une église métropolitaine comme celle de Rouen se montre non seulement dans les faits anciens de l'histoire, mais dans les nombreuses recherches que font les savants pour l'explorer sous toutes ses feces. Je doute que la cathédrale de Paris ait été aussi curieusement étudiée dans toutes ses parties que celle de Rouen. D faut s'être instruit par la lecture de plusieurs de ces savantes explorations pour comprendre un monument qui renferme, on peut le dire, toute une civilisation» Sans cela quelle surprise, quel renversement d'idées ne serait-ce pas pour l'honune qui viendrait visiter ce temple magnifique avec l'orgueilleux préjugé de notre supériorité sur nos pères !

Les vastes proportions, la hardiesse et l'élégance des arcs, des colonnes, des piliers, des voûtes, la variété innombrable d'ornements, tous plus riches les uns que les autres , ces chefs-d'œuvre âe sculpture prodigués dans les moindres recoins des combles, toutes ces statues qui nous conservent l'image des saints.

des prélats, des princes, des fondateurs, bienfaiteurs, architectes de leglise, tout cela nous force à nous humilier devant le génie religieux, fort et persévérant de nos anciens. On se demande si, après tant de siècles, nous réveille» rons chez nos neveux d'aussi grandes idées, nous qui ne visons qu a multiplier les commodes jouissances de la vie, au détriment de tout ce qu'il y a de grand, d'élevé et de monumental dans les traces que Jaisse de lui un grand peuple. L'érection d'une statue est un événement aujourd'hui, tandis que chez ces vieux chrétiens, nos pères, que l'on commence à regarder avec respect, on pouvait dire, comme de la Rome de tous les temps, comme de la Grèce d'autrefois, qu'à côté d'un peuple vivant il y avait un autre peuple de statues aussi nombreux. Seulement, au lieu d'être éparses sur les places, dans les jardins publics, c'était sur les sommets des églises que se pressait cette foule d'i* mages vénérées. Pour les voir, il allait lever la tête vers le ciel, où la foi publique plaçait les personnages qu'elles retraçaient.

Versla fin du quatrième siècle, saint Victrice, archevêque de Rouen, coni^truisit une cathé-

drale qui, dans le sixième siècle, considérablement augmentée et enrichie par saint Ouen, un de ses successeurs, fut entièrement brûlée en 842.

n est probable que sur le même emplacement commença à s élever la grande cathédrale qui a précédé celle d'aujourd'hui. L'époque des premières fondations de cette ancienne église est incertaine; mais on la voit haussée, en 950, par Richard I®% petit-fils de RoUon, et dédiée en 1063, par l'archevèqua Maurile. Cette vaste basilique fut entièrement détruite par un incen* die qui consuma presque toute la ville, le 4 oc* tobre 1200. Il ne reste aujourd'hui de cet an-^ cien édifice que la base de la tour de Saint^Ro^ main, celle qui est au nord du grand portaiL

Tout le corps principal de l'édifice actuel fut construit avec une célérité extraordinaire de 1200 à 1220 par Philippe-Auguste, qui fit de cette réédification un moyen politique pour se concilier ses nouveaux sujets. Vers 1228 fut placée, sur une tour centrale, au milieu de la croisée de l'église, une pyramide en charpente qui s'élevait à 411 pieds au-dessus du sol. Les deux portails latéraux, dits des Libraires et de

la Calende, furent construits de 1280 à 1478; la chapelle de la Vierge en 1502 ; la bibliothèque en 14124; la tour de Saint-Romain, de 1470 à 1477; la tour de Beurre* fut élevée de 1485 à 1507; c'est dans cette tour, au midi du grand portail, quêtait la fameuse cloche appelée Georges (TAmboise, qui pesait trente-cinq mille, d'après l'estimation de la Lande, et qui fut brisée devant le parvis en 1793. Le grand portail fut exécuté de 1509 à 1530.

Le 4 octobre 1514, la pyramide ayant été brûlée, et la base qui la soutenait entièrement, calcinée, Roulland-le-Roux, maître maçon de la cathédrale, construisit, de cette année à 1542, la; magnifique tour centrale, à l'angle S.-O. de laquelle on voit encore sa statue, en bonnet et en tablier d'ouvrier ; et, de 1542 à 1544, Robert Becquet, maître charpentier de la cathédrale, consti*uisît, aux frais du cardinal Georges d'Amboise II (qui fut avec son oncle le plus grand bienfaiteur de l'église de Rouen),

* On sait que dans plusieurs cathédrales ou nommait ainsi une tour payée avec les fonds qui provenaient des permissions accordées aux fidèles pour manger du beurre pendant le carême.

la dernière pyramide en charpente , qui avait quinze, pieds de moins que la précédente, et qui fut renversée par la foudre le 15 septembre 1822.

Ce dernier événement a fourni à M- Langlois le sujet de son ouvrage intitulé Notice sur Pivr cendie de la cathédrale de Rouen, etc. M. Lan* glois, en relatant tous les désastres du même genre qu'avait éprouvés la cathédrale, d'après Ifô auteurs contemporains , témoins oculaires de chaque incendie, a groupé naturellement autour de son événement principal une quantité de faits instructifs et nouveaux, qui, enrichis de l'érudition variée de ses notes, font de cet ouvrage, au titre modeste, une histoire aussi animée que pittoresque de ce monument. A la suite est un Tableau chronologique des principaux faits relatifs à l'histoire de la cathédrale de Rouen. Ces notions si substantielles sont revêtues d'un style coloré et plein d'entraînement, oii l'on reconnaît l'impulsion du moment. Noiis ne pouvons résister au plaisir de donner un échantillon de ce style, en citant le passage même relatif à la chute de la flèche.

« Les progrès de l'embrasement, l'élévation

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immense du foyer, Timpossibilité d'y (mte promptement et sûrement accéder des secom^, la pyramide vomissant déjà de toutes parts de longs jets de flamme parmi des tourbillons de fumée que 1 oxide des plombs en fusion colorait d'un vert livide, la mort elle-même enfin , planant au-dessus de l'édifice et sur ses envi«rons , tout forçait les assistants à rester, malgré leur vive impatience, spectateurs oisifs de ce déplorable événement.

» Et comment en effet eûtril été possible d^agir, avant que le chef-d'œuvre gigantesque de Robert Becquet lie se fiit éo^oulé sur la tour de pierre, qui pendant trois cents ans l'avait soutenu dans la nue ; chute terrible, dont l'attente glaçait d'elfroi tous les cœurs et que ne pouvaient prévenir ni l'intrépidité ni l'industrie? Enfin, comme pour signaler la crise Êitale, sept heures sonnent ! ! ! La flèche tout entière se renverse vers le sud-ouest, point de son inclinaison naturelle, et, s'arrachant de sa base, vient s'abattre sur l'angle de la tour occidentale de la Calende, qui la rejette sur une maison voisine, qu'elle perce de fond en comble avec un fracas épouvantable.

» L'incendie présente alors le plus formidable spectacle ; car à peine cette partie culminante de la pyramide est-dle tombée, que, dégagées d'un obstacle qui réprimait ainsi Faction de l'air, les flammes se déploient avec la plus grande fureur; les galeries se déchirent, les colonnes armées de fer, les arcades tout entières se détachent de toutes parts, l'œil s'égare dans lews traces ^iflammées; les voûtes du temple, accablées swis cette grêle horrible, simulent, par leurs gémissements redoublés, le lx*uit d'une violente canonnade. Entre huit et neuf heures enfin, il ne restait plus rien au* dessus de la tour de pierre, qu'un immense bû-<^ cher, au milieu duquel bouillonnaient des torrents de métal que les gargouilles, vomissaient en ardentes cascades. »

Cette notice donne, sur tout ce qui a rapport à l'incendie, aux secours appwtés, aux répara* tions de l'église et au plan de l'érection d'une nouvelle flèche, une foule de détails intéressants dès à présent, mais qui le seront surtout par la suite. Car on regrette pour beaucoup d'anciens iaits, qu'on n'a plus aucun moyen de connaître, que les contemporains ne nous aient pas laissé

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