‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 28 sur 57 · II · texte numérisé non relu

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il& jVOTRE-IUMS' DE ROUBN.

de semblables renseignements. Ils ne Font pas fait, parce que, ces choses étant gén^alement connues, rictée de les consigner dans des livi*es ne venait même pas à 1 esprit* C'est donc une vue dé perfectionnement historique, que de pilépareriainsi à nos successeurs des secours que Q6 UQ^ ont pas laissés nos deTamders.

V Mai^ l'ouvrage de M. Langlois a -eu immédiatement une importance bien plus gmnde encore, puisqu'on peut dire qu'à lui en grande partie ont été dus les moyens du rétablissement W faille de la flèche, tel qu'il lut 'Conçu et fort avancé par l'habile architecte; M« Alavoine, sur lô^ plans duquel il est continué depuis sa mort. Après k destruction de la flèche de Robert Becquet et les immenses dégâts it^usés à la cathé* drale par l'incendie, le cardinal de fiernis, aldfs nrchevêque de Rouen, assembla son chapitre pour délibérer sur les moyens de réparer en* lièrem^it ces désastres en rétablissant la flèche. La première chose était d'intéreiSser à cette en*treprise Louis XVIII, aupi'ès duquel le cardinal avait un libre accès ; mais , pour en faire comprendre l'importance à S. AL^ il désirait un mémoire dont ia rédaction p4t intéresser os

NOTRE^^DAMB DR ROUE>l. il5

prince lettré. Le chapilois partageait oMte opî* nion; mais personne ne s'offrait pour cette ré«dactîoti, dont on comprenait ta difficulté e| les conséquences. L'archevêque se trouvait avec peine obligé de renoncer àson idée, où il voyait, par là connaissakice qu'il avait dtt roi , le me3* leur mjoyen de succès, lorsque M. Tabbé Lévy, aloirs secrétaire de l'arcbevèché, homnie d'es« prit et de savoir, indiqua au prélat M. Langlms comme l'éarivain le plus capable de remplir ses intentions. Après s'être entendu àvdc l'arche^ mèqfiie e^, sim secrétaire, œlui-ei leup remit en effet, peu de temps après ^ sa nodco, qui àé^ pàsssa leurs espérsmces, H qui, présentée au ricâ par M. de Bernis, mit ce prince dans des^spositions tellemeni lavbrâMes 4 l'entreprise , qu'il en facilita immédiatement l'aKécution.

Ges>(iéteiils> que la modestie xle M. Langlois avfit laissé ignorer du publfic, nous ont été iburniâ par M. Deville, qui nous a fait remar* €[uer aussi avec <piellé noblesse M; Langlois , ayai^t' publié sa ndtice en 1823, aprèb la mort du cardinal de Benûs, arrivée dans l'iiii^'vallei 110 dédia pas cet ouvrage à son successeur ou* à quelque autoe puissant du jour, mais à la mé->

moire du prélat qui lui avait fourni 1 occasion de rendre ce service à sa patrie et lui avait té* moigné une bienveillance dont il se montrait si digne par cette reconnaissance désintéressée.

Aux deux ouvrages que nous avons cités de M. De ville sur les tombeaux et sur les peintres verriers de la cathédrale, il faut encore joindre une Lettre à ^. Alàvoine sur la flèche de Robert Becquet, dissertation publiée en 1851, et qui contient quelques documents entièrement neufs sur cet ancien ardiitecte. La conversation et les ouvrages de M. Deville nous ont également éclairé ; enfin nous devons encore rmoercier ce savant aimable de la complaisance avec laquelle il nous a conduit lui-même dans toutes les parlies de Notre-Dame de Rouen.

En y comparant les dégâts causés en 1793 avec ceux de 1S62, nous avons trouvé plus de fureur encore dans les troubles de religion que dans le bouleversement social. On marche con* tinuellement entre l'admiration de ces merveilles d'architecture et de sculpture, du moyen-âge et de la renaissance, et l'indignation qu'excitent tant de mutilations brutales. Mais l'admiration se réveille tout entière à la vue de

la sublime construction en fonte, due au génie de M. Alavoine. La tour de Roulland-le-Roux, base de cette flèche, n'est pas exactement carrée, et rirrégularité de sa forme ofi&*ait, pour y adapter la pyramide en bronze , des diflScultés d'autant plus grandes, que Farchitecte a voulu, pour plus de solidité, en foire pénétrer le bas dans l'intérieur de la tour, qui lui sert ainsi comme d'étui jusqu'à la hauteur de quarante pieds. Cette partie du travail , la plus difficile , est terminée ; et au-dessus on voit déjà une partie de la flèche s'éleva avec grâce dans les airs, où , préservée de la foudre par un paratonnerre, elle pénétrera à 456 pieds du sol , c'est-à-dire 253 pieds de plus que les tours Notre-Dame » à Paris, 19 pieds de plus que la flèche de Strasbourg , et 7 pieds de plus que la plus haute des pyramides d'Egypte.

Sun

W CACHET DtJ MOYEN-AGE,

TtiCtÙfi A CLitiùUAmPy BÉPAR4ttSl*r Mk b'oàKK.

M . le comDe Anatole de MonteM[uiou possède, dans le dépdrtemesit de TOme, une terie appelée Glinchamp. Dans bi'cour d'un bâtiment de ferme est une butie de terre, qu'une ancienne trsKiition du paya l^eprés^tait comme îqcou* Trant un puits où es}; enfqui un tr^r» M ^ de M0iitësqui0U étaciiii dads de dcmaîne, il y a une douzaine d'années , et Ê|i^ut faire quelques travaux de terrasse, fit prendre de la terre sur cette butte, et, dès le premier jour, on trouva presqu'à la surface un fort beau cachet, qui , sans doute par la composition particulière du métal, était, quoique fort ancien, dans un état parfait de conservation. Depuis, chaque fois qu'il a passé quelques jours à Glinchamp, il a

SUR LN CACHET DU HOYËN-AOE. 119

fait conilipuM' à 6ter de la terre, et, eu 183Sy toute la- partie qui s'éleVait au-dessus du sol aya^t été déMayée, ses ouvriers cait trouvé le hMfi% du puits annoncé par la tradUicm.

Cette dernière drconstaoce'dotmait un'nou-. vel intérêt aU csif:het, que M. de Montfôqmdu me inontra eu me racontant tous ces détails. 11 me £t même l'honneur de me demander moa avis sur ce sceau, dont il me tira plusieurs belle» empreintes. Elles supposent, dans le graveur qujl ^ &S,écuté ce cachet, une hardiesse de toMche ât en même temps une précision tr^remarquaUes ; car les reliefs sont aussi saillants qu'exempts de ces petites aspérités qui détruisent l'uni de la cire.

Pour me l'ornicr une opinion motivée sur l'époque à Liquelle a dû être grave ce sceau , j'en emportai l'ompreicte au cabinet des tiires à la Bibliothèque, et là, avec l'aide de M. Lat abane, dont les profondes connaissances héi-aldiques sont le meilleur guide qu'on puisse prendi-e, et dont j'ai éprouvé plus d'uue fois l'obligeance et la sagacité , j'ai ( omparé cctle empreinte avec beaucoup de scc.iux de diverses époques , apposés sur des pièces originales datées. Avant

4*exposer le résultat de cette comparaison, it £iut énoncer d'abord la description de l'empreinte : elle offre nn écu incliné portant une épée en bande, accompagnée de six besans , troh en chef, posés deux et un, et trots en pointe, placés dans le sens de la bande. Une tête barbue, couronnée d'épines, forme le cimier ; l'écn est suppwté par deux sauvages ou hommes velus à pieds de singe. Ils tiennent chacun , de l'autre maia, des brandies d'arbres; d'autres petites branches remplissent avec assez de grâce les espaces vides autour d'eux. Pbur l^i;mde .

SiGïLLÛ JoHAHNIS : LoNGOESPEE :

Ce cachet est aussi remarquable par sa parfaite conservation que par le fini de son exécu* tion et la beauté des reliefs sur lempreinte. On ne peut tirer aucune conséquence précise de cette considération ; car cette belle exécution semtrouve dans les sceaux de diverses époques; elle est cependant plus rare dans ceux du onzième et du douzième siècle.

On ne peut tirer non plus aucune induction de la forme et de la position de Técu. Ces (feux circonstances variaient beaucoup dans les premiers siècles de l'usage des armoiries. Je dois dire, toutefois, que la forme de l'écu, sur ce cachet, est la plus régulière, puisque c'était réellement la forme de cette partie de l'armure, où les armoiries étaient représentées avec le plus d'évidence.

Quant aux deux sauvages servant de sup* ports,, ils ofllrent déjà une indication chronologique. L'usage de deux supports ou d'un seul ienaM ne se trouve pas avant le second quart du quatorzième siède. Le plus ancien exemple que j'en aie vu est sur le sceau de Gaston II, comte de Foix, en 1342; l'on en pourrait avoir

quelques exemples antérieurs, jusque vers 1330* La notion tirée des supports empêche donc d'attribuer à ce sceau une date plus aiii^ienne que cette dernière époque.

L'emploi du cimier est un peu plus recidé : on peut le Êiire remonter jusqu'au commence*ment du quatorsâ^e siècle ou aux dernières années du treizième, et il est encore usité aU'' jovûrd'hui j ainsi que Içs suppcgrts. Mais dès la fin du quinzième siècle ou le commencement do seizième , le dmier prend (du moins en France) une forme moins arbitraire, en même temps que la science du blason se fixe et se complique,

La tête barbue, à longs cheveux, let couronnée d'épines, parait bien figura:* une tête de Christ, et il me semble fort raisonnable de sup-» poser que cet emblème ait été adopté parle pro; priétaire de ce cachet , en souvenir d'un de ses ancêtres qui serait allé à la Terre^Saînle du temple des crœsâdôd^ et qui aurait, le premier,^ jeté de Téclat sur sa maison.

An quinzième siècle n'était pas encore vrane ridée d'indiquer la couleur des différents émau» par certains guillochis de convention, ^avés

sur le mél^t d'un cachet, sur le marbre d'un monumenl ou sur toute autre surface d'une seule couleur, On m voit pas celte intention ingéo^jieusQ avant la fin du seizième i^ècle* Sfw tous l$s sceaux antérieurs à cette époque, le Ghasfnp et les tnmbles de Técu sont tout unis, sans indiqti^r pour cela lar^nf; tandis qu'à plurtir à peu près du règne de Henri IV, une surface unie esl la marque distinctive dé; cette couleur « Antérieurement on trouve seuletaûiént, et ft^ses souvent, les deux ^âncrrure^^ le pair et Vkemùne, indiquées par la gravure; quant aux autres guiUochis qu'on pouvml; graver alors sur le chjarop d'un écu, c'était un pur eqoliv^ ment, qui n'indiquait rien , et dont on jremplissait quelquefois un écu trop nu « par exemple dans les armes de certaines i^iUes qui por* taient une couleur toute unie, sans aucun meuble sur kl (?i^ai»p. Ainsi les sires d'Albret, qui finirent par occuper le tr^ne de Navarre, portairat d^ gmuks plein. Et^ p0ur remplir ee champ vidj^ Stur une suriace monochrome ^ souvent leur écu offre des lignes qui s'entrecroisent en divers sens , suivant le goût du graveur ou du sculpteur, ce qui pourrait faire supposer le sable, ou

un mélange d'azur et de gueules *« Ce serait nne erreur. Mais, depuis le dix-septième siècle, ces armes auraient été indiquées par les lignes tracées verticalement , qui marquent les gueules ou la couleur rouge. Dans le cachet qui nous occupe , on ne peut donc savoir quelle était la couleur du champ et celle des meubles.

Ce qui précise avec le moins d'incertitude Ykge de ce sceau, c'est la légencte.

D'abord, l'emploi de la langue latine cesse d'être en usage sur les sceaux à la^fin du quin* zième siècle. Déjà, même dès son commencement, on trouve des l^endes françaises ; par exemple les mots : Seel Jehan... remplacent les mots : Sigillum Jokannis. ..

La forme des lettres est Tindice le plus certain. Ce sont bien évidemment celles des sceaux du passage du quatorzième au quinzième siècle. La fin de ce dernier nous présente déjà des lettres allongées, au lieu de ce petit caractère arrondi , où plusieurs lettres se rapprochent de l'écriture allemande. Ce qui distingue princi-

* Plus souvent encore leur écu est diapré avec élégance et offre d'antres combinaisons.

paiement ce caractère de celui des deux siècles précédents, ce sont les lettres a,e,c, qui, au treizième et au quatorzième siècle , sont d'une forme capitale carrée ; comme sur le sceau du sire de Trichastel , seigneur de Bourbonne , sceau apposé siur une quittance de Tan 1270 \ Au contraire, dans la première partie du quinzième siècle, cîes trois lettres s'écrivent avec le petit caractère arrondi du cachet. Telle est leur forme sur le sceau de Thomas Gower , vaillant seigneur normand **, dont on trouve, à la Bi- Uiothèque, des quittances scellées, de 1430 à 1440. Il portait cette fière devise : Pences y de^ vant; c'est-à-dire, dans cette précision énergique des devises : Regardez-y à deux fois avant de nCattaqwr. Cette devise est d une écriture toute pareille à la légende du cachet. Les plus anciens sceaux avec cette écriture sont ceux

* Voyez l'ouvrage intitulé : Lettre à M. Hase «tir une inicripiion du second siècle, trouvée à Bourhonne-les-Bains , etiur l'histoire de cette ville, — Paris, Aimé André, 1833, in-8**, page 158, et planche VI, a.

** n est un des ancêtres des ducs actuels de Bridgewatcr, dont Ta Yant-<lernier était si connue Paris, il y a une quinzaine d'années, sous le nom de Lord Egerton.

126 SVa UN C4€rHBT DU MO¥£«r-^AGe.

de B^fratid^u Guesclîn. Il était passé du service de Bretagne à celui de France vers l'an 1359» au plus tard. Il existait au cabinet de M. de €oiircdles plusieurs quittan<>es de cet illustre connétaUe^ depuis cette ^époque jusqu'à sa mort , arrivée en 1380. Ces docume^ti^ ori- ^mau:g;, véritable source «de l'histoire, révè» lënt sur ce grand bomme une quantité de belles actions que n'ont pas rapportées' ses historiens. Ain^ il était tellement jaloux d'augmenter la puissance de la France , qu^'ootre toiate& les places, dont il s'^mps»^ lesBnèes à:^ iûaîn, il ^n f9.<^ietait souvent de ^ses pr<;rpi^s déniera pour les renàettre au roi* Plu^eÙFs deces quît*la^o^s^ Bont le t^mbon^emm^t dfô siomipeç <x)i£$îdérable$ qu'il avaît ainsi avauoéeig d^- Ivà-

Le nom de JLongue$pée , tiui atlire d'dbord l'attention ^ comme celui du seigneur dont ce cachet était le sceau /n'est pas un moyçn d'^n fixer la ,da1$. J^sq^ a la fin du qiiiiiiiè»e sièf le,

"" Voir le CataAo^ue des tilrâs M 4QcummH: hUloriques du çqJimet deM. de ^nrc^le^» îl^ |>ar$ie,:3ri(ffea oiri^itiMac , pages 16, 17, 22. ^— Paris^ I83é, m-.8°;

les noms sont bien loin d'offrir la régularité qu'on y trouve aujourd'hui, où chaque personne porte* au moins deux noms» un nom de baptême ou prénom, etie nom de famille, qu'on tient de son père. Avant l'époque précitée , il n'y avait en France de véritable nom propre que le tiom de baptême. Souvent on y joignait un suroom, dont les motifs et les altérations» dans, nu langage familier» viariaient à l'infini» et qui» Ibog-temps personnel» et changeant à chaque génération , finit par se transmettre. T^lle e3t l'origine la plus ordinaire des noms de faj9fûlle.

Une autre source est celle des noms de baptême» comme Martin» Etienne» Paulin» Alexaur dre» Laurent» Marie» Çarthél^ny» Lambert» . Nicole... et tant d'autre$ qui» affectionnés dans ç^rtaiAes J^miUes, et donnés toujours de même au baptême à chaque génératicoot» devinrent le nom de famille » quand cette distinction s'établit. Alors ce nom de saint $e perpétua de gêné* ration en génération» par simple traqismissiosi ; et un autre nom de saint fut donné au baptême à diaquo individu. Par exemjJie, telle personne d'une &miUe appelée Barthélémy reçvt de son

128 SUR Vîi CACHET DU MOYEN-AGE.

père ce nom- là, par le seul lait de sa naissance, et on lui donna individuellement, au baptême, un autre nom de saint, par ex^iiple Louis; et il s'appela Louis Barthélémy.

Surnoms et noms de baptême, voilà d'où vinrent peu à peu les noms de &mille dans toute la roture ëtdans une partie de la noblesse. Quoique celle-ci ait porté bien plus généralement des noms de fiefs, cependant plusieurs y joignirent un autre nom tiré de Tune des deux origines que je viens d'indiquer. Par exeniple, dans la famille de Saint- Véran, d où sont les messieurs de Montcsdm, on s'est plu à conserver le nom de Gozon, en mémoire d'un illustre personnage de cette &mille, ainsi nommé, qui fut vingt-septième grand-maître de l'ordre de Saint4ean-de4érusalem, et qui est célèbre dans l'histoire de cet ordre pour avoir tué un gros serpent qui désolait l'île de Rhodes, Un petit nombre même d'anciennes familles portait de préférence un nom de ce genre tout seul, quoique possédant plusieurs fîds où elles auraient pu choisir un nom seigneurial, comme l'usage en était devenu de plus en plus fréquent. La Reynie, lieutenantrgénéral de police sous Louis XIV, était d'une ancienne famille

noblp da Limousiin, qui ayail toujours porté le nom de NicolaSret lui-même se nommait Gabriel Nijcolas, jusqu'à l'époque où» pour se con- Smx^eT aux usages de la cour; il se fit appeler La Iteynie, du nom d'une de ses terres. On sait aussi que dans l'ancien régime Tusage Toulait ordinairement que le chancelier de France ne prit pas de titre; de là, les chàncelier& dont la famille avait un autre nom qu'un nom de fiéf le portaient toujours de préférence. Pierrq Ségiiier» chancelier de France pendant toute la première partie du règne de Louis XIV, ne portait pas, àla.cour, d'autre liomque Séguier, quoiqu'il fut pair de France, duc de Yillemot et comte de Gîen.

Mais h pins grande partie dé la noblesse avait pouiîiseul pom de &mille le nom d un fief. Et, en général^ un autre nom joint à celui-là est l'indiœ d^un anoblissement ne remontant guère auKielà de la. fin du quinzième siècle. Vers cette époque, les anciens anoblis , comme les chevaliers, n'étaient plus connus que sous le nom de quelque fief dont la seigneurie leur appartenaitrf

Dans un petit nombre de grandes maisons II. 9

(la plupart éteintes), la possession non inter* rompue du même fief pendant une suite de générations avait Eût du nom de ce domaine le véritable nom de leur famille, bien antérieurement à répoque dont je viens de parler. Pour ces maisons-là seulement on peut remonter vers les commencements de la troisième race. La famille royale elle-même, que différents systèmes prétendaient £iire remonter aux premi^s temps de la monarchie , n'offre aucune preuve réelle au-delà de Robert-le-Fort, qui, dans la première moitié du neuvième siècle, paraît toutà-coup sur la scène du monde, sans que Ton ait jamais pu savoir de qui il était fils.

A cette même époque les ducs de Gascogne jetaient un grand éclat dans l'empire , comme descendant directement de Clovis, par un des fils de Clotaire II, fils de Ghilpéric,ar rière-petit-fils de ce conquérant. La fierté d'une telle origine contribua peut-être aux luttes continuelles et souvent perfides *, que ces princes

* On peut citer comme telle la conduite de Loup II » qui détruisit Tarrière-garde de Gharlemagne à Ronceveaux, dans cette fameuse journée où- périt Roland. Ce Loup II estappelé

soutinrent contre Gharlemagne et ses fils. Enfin Louis-le-Débonnaîre ayant déiaît, enSlQ, Loup- Gentule, et confisqué ses états , ce duc se retira en Espagne, oii il maria sa fiille à un seigneur de Gastille *. Ses deux fils reçurent de l'empereur, l'un la vicomte de Béarn, l'autre le comté de Bigorre ; et en eux paraît avoir fini la des* cendance masculine des rois de la première race**. Car les Gascons, après avoir été gouvernés pendant plus de soixante ans par des

dans la charte d*Alahon : « Perfidissimus supra omnes mor- » taies, operibus et nomine Lupos , latro potius quam dux *» diceodus. » Histoire génér, du Languedoc, par deux religieux bénédictins. Paris, 1730-1745. 5 vol. in-fol. — Tome I» page 86 des preuves.

* Charte d'Alahon , déjà citée. — Gartulaire de l'église métropolitaine de Notre-Dame d'Auch. — Art de vérifier les dates j 3« édition in-fol, tome II, page 254, à la chronologie des ducs de Gascogne; et nouvelle édition in-8<», tome IX, p, 240. — Dom Martenne , Premier voyage litléraire, part. II , page 4.

^"^ L'un des deux , Gentulphe, vicomte de Béarn, eut bien un fils du même nom que lui, que l'histoire cite en 845 comme étant sous la tutelle de sa mère, et dont il n'est plus question. Il descendait de Loup Centule en ligne masculine ; c'est donc proprement jusqu'à lui que va cette descendance de Cloyis par les mâles.

ducs amovibles, nommés par l'empereur, se soulevèrent^ et» en 872^ appelèrent d'Espagne pour lesgouverner; Sanehe, snrnoimné^f Jtorra, petit-61s , par sa mère , du duc Loup^entule *. Sanché Mîtarra conserve donc là descendance féminine des premiers rois francs; C'est de lui que viennent directement» et de mâle en mâle^ la suite des ducs de Gascogne» puis les comtes de Fezenzac, ayant po^r tige Aymeri I**, petite fils deMitarra. De ceux-ci se détachent^ en 960, par le démembrement du comté d'Ârmagnac, les comtes de ce nom, si célèbres daps notre histoire» et» en 1070» les barons de Montesqiiiou **, dont les comtes d'Armagnac se trou-

* Lieux cités.

"* Ibid. — De plus, daos Vjirt de vérifier le$ dcOee, peg. 27 1 et suiv. de la 3« édition in-foL, àla chronologie des^ comtes de Fezenzac et des comtes d'Armagnac. — Vffistoire généth logique de M. de GourceUes , tome VIII, Pairs de France, Montesquieu, page 24. — La généalogie de la maison de Montesquiou Fezenzac, fuivie de ses preuves; par M. Gbérin» généalogiste des Ordres du Roi, Paris, 1784, in-4«. — Le tra-r vail manuscrit de Ghérin , écrit de sa main et conservé aux Titres originaux, à la bibliothèque du Roi. Ge travail» basedu livre ci-<iessns, fut soumis, avant l'impression de ce volume, àrexamen de dom Merle , dom Glément et dom Poirier, re-

vent ainsi branche cadette. Les maréchaux de Montluc^ les seigneurs d'Ârtagnan , et autres , jettent aussi un grand lustre sur la branche de Montesquiou. Â tant d'illustration et de puissance s^est jointe la conservation de plusieurs monuments d'une haute importance historique, tels que la charte d'Âlahon, cette pièce si riche en faits sur le l^idi de la France au commencement de la seconde race ** C'est ainsi que la

ligieux bénédictins, de M. de Bréquigny, de l'Académie Française et de celle des Inscriptions , et de MM. Garnier, Bejot et Dacier, de TAcadémie des Inscriptions, qui en déclarèrent toutes les preuves authentiques, et signèrent cette déclaration le 13 février 1784.

* La charte d'Alahon , d'abord publiée en Espagne , n'était pas encore connue en France du temps du père Anselme, qui, dans son Histoire généalogique , où tout repose sur des preuves , n'a pu par conséquent établir Fantiquité de la maison de Montesquiou. Cette charte remarquable a été publiée en 1730 , dems Vffiêloire générale du Languedoc, tome II, par dom Vaissette , qui , dans une lumineuse dissertation (pag. 688 et suiv. des notes), en démontre l'authenticité, et prouve que tout s'y accorde avec la plus exacte chronologie. €'est seulement en 1785 qu'on s'en est servi pour les preuves les plus reculées de la maison de Montesquiou, qui jusque là dut ignorer elle-même que les titres de son ancienneté fussent liés d'une manière aussi étroite à ceux de notre histoire.

famille de Montesquiou peut être regardée comme la plus ancienne de France, prouvant au moins trois siècles de plus que la maison royale.

Quant à celles qui ne sont pas d'ori^e souveraine, la famille vicomtale d'Âubusson ofire l'exemple, peut-être unique en France, de titres également authentiques, prouvant, par une filiation non interrompue, de mâle en mâle, la même ancienneté que la maison de Bourbon. Car , depuis le neuvième siècle * jusqu en 1280, on les voit posséder héréditairement la vicomte d'Aubusson, vendue alors à la maison de Lusignan par Heynaud VII, vicomte d'Aubusson. Mais ses descendants continuent comme seigneurs de la Feuillade, conservant seulement le nom d'Aubusson , jusque sous Louis XIV, qui, en échange de Saint-Cyr, céda au mare*

Gela explique comment, avant cette époque, les grandes pré^ tentions de ces seigneurs et des comtes d'Armagnac , leur branche cadette^ étaient regardées comme sujettes à conter tation. Mais s'il est aujaurd*hal une vérité historique démontrée, c'est leur descendance de Clovis par les femmes*

* On attribue même à cette famille des prétentions à plus d'ancienneté. Mais au-delà du neuvième siècle , les preuvea ne paraissent pas suffisantes.

chai de k Feuillade cette vicomte, passée de la maison de Lusignan à la com'omie.

Mais dans la plupart des familles nobles^ même parmi celles qui ont joint une illustra* tion presque constante à l'ancienneté, on suit à grand'peine la filiation jusque vers le douzième siècle au plus loin , à travers les changements qu'amènent dans leurs noms féodaux les alliances, les échanges, lesi donations, les confiscations, la chute ou l'agrandissement des &* milles. Le maréchal Boucicaut était, sous Charles VI, vicomte de Turenne et comte de Beaufort. Dans combien d'illustres Ëunilles ont passé ensuite ces deux fiefs ! Ce nom de Boucicaut était un sobriquet donné par plaisanterie au maréchal Boucicaut, père de celui dont nous avons les mémoires. Le nom de Le Meingre , qu'ils portaient aussi, parait avoir été un sobriquet plus ancien donné à quelqu'un de leurs aïeux. Celui de Boucicaut prévalut. Quel était donc leur nom de famille, au milieu de tout cela? On ne saurait le dire : il n'y avait encore rien de fixe à cet égard. Or le maréchal Boucicaut mourut en 1421.

Ces remarques prouvent toute l'absurdité

qu'il y avait eu, pendaut la réyolutioa, à Toû-r loir donnei: ii ^ la maison royale un prétaoïdu nom de ËuniUe antérieur à son aYénéméat au trônoi Le premier roi de œttè race s'appelait Hugues.: voilà son jseul nom ) il l'arvait reçuati baptême.. Son surnom de Capet kd était égaler ment personnel *; <!ar sosi père, qui senommsut aussi HuguëSy avait été surnommé le Gr&nd,te Blanc ou l'Abbé; et son fils , qui se nommait Robei^t , avait eu le: surnom de Déeot ou do Savant''*. Si donc on eût voulu donner au roi dépoi^sédé un nom bourgeai& , d'une analogie tant soit peu raisonnable, on n'aurait guère pu l'appeler que Louis-le-Roi, comme surnom, ou bien, du nom que portaient ses ancêtres à Té» poque de la fixation des noms de famille, Louis Bourbon.

"* Quant à la dénomination de Capétiens , c'est un de ces termes de convention employés par les sciences dans leurs classifications pour y mettre de la clarté.

** La même observation peut s'appliquer au premier personnage de cette famille qui ait régné pendant la seconde race, par une espèce dHniérim : Eudes, comte de Paris, oncle de Hugues-le-Grand, et fils de Robert-Ie-Fort , avait un nom différent de ceux de ces deux princes.

SUR ir«r CAGHtit Du MOYEN-AGE. 137

Il est certain que bien d'autres erreurs ont été commises , et par les déclamâteurs ignorants, et par les généalogistes cotnpiaisants, pour n^avoir pas tenu compte de ce qui dii^ ttUgue uiie époque d'une autre : distinction sans laquelle la chronologie elle-même, au lieu d'être, comme on l'appelle, leflambedu de l'histoire, fie serait, si l'on pouvait s'exprimer ainsi, qti'une sorte dé lanterne sourde, guidant nos pas, mais à travers les ténèbres.

Or, puisque tous les caractères du cachet qiie j'examine et l'ensemble de sa disposition le placent à la fin du quatorzième siècle ou au commencement du quinzième,- époque où vivait le

maréchal Boucicaut, nous verrons dans le nom de Longue-'Espée un surnom personnel, dont je trouve encore un ou deux autres exemples avant et après cette époque. Parmi les surnoms militaii*es alors usités , celui-là pouvait flatter particulièrement un seigneur normand, puisque c'avait été le surnom du second duc de Normandie, Guillaume, fils de Rollon \

* Dans les curieux détails recueillis par M. Detille; att sujet du tombeau de ce prince, on Voit ^ue sur des Registres du quinzième siècle le nom de Longue-Espée reste aussi en fran-

L exercice continuel des armes , pendant la féodalité, donnait à ces seigneurs une force prodigieuse , dont nous ^yons la preuve dans le poids excessif de certaines armures. Ce poids est tel quelquefois, qu'on serait tenté de les accuser du même genre d'imposture qu'Alexandre-le-Grand , qui , suivant quelques historiens, laissait après lui, comme traces de son passage , des mors de chevaux et des casques d'une grandeur exagérée , voulant ainsi faire croire à ceux qui viendraient dans les mêmes

çais an milieu de la phrase latine. « Ad faciendum depingi ymaginem Guilelmi de Longue-Espée, » (Actes capitnl. mss. de la cathédrale de Rouen, 12 mai 1467.) «Ad faciendum depingi statuam ducis la Longue-Espée. (Ibid. mars 1460.) Ce nom est en latin dans une épitaphe inscrite sur son tombeau l'an 1063.

HIG POSITUS EST GUILLELMOS DIGTDS L0N6A SPATA

et dans une épitaphe en vers léonins, extraite du vieux né^ crologe de la cathédrale :

a Rollonis natus, Guilelmus, longa vocatus

« Spata....»

( Tombeaux de la cathédrale de Rouen, par A. DeviUe. Rouen, 1833. in-8S pag. 19 et suiv.) Article de Guillaume^ fils de Geoffroy Plantagenet.

lieux, que son armée avait été, non seulement par les actions , mais par la taille, une armée de géants. Il existe des épées de ces anciens chevaliers, d'une dimension telle, qu onapeineàen comprendre Tusage. Celle que madame la duchesse de Vicence conserve à Caulaîncourt , et qui passe pour être l'épée de Godefroi de Bouillon, a près de cinq pieds de long et est large à proportion*. Ces armes terribles, nommées ensuite plus particulièrement espadons**, ne se maniaient qu a deux mains , et même pour

* «.... Celle de Godefroy de Bouillon, dont quelques historiens des croisades disent qu'il fendoit un homme en deux. La même chose est racontée de l'empereur Conrad, au siège de Damas. M. Du Cange dit que ces faits ^ tout incroyables qu'ils paroissent, ne lui semblèrent plus tout-À-fait hors de yraisemblance , depuis qu'il eut vu à Saint-Phara de Meaux, une ëpée antique, que Ton dit avoir été celle d'Ogier-le-Danois, si fameux du temps de Charlemagne, au moins dans les romans; tant cette ëpée est pesante^ et tant par conséquent elle supposoit de force dans celui qui la manioit ( voce Spata, gloss.) Le P.Mabillon, qui la fit peser, dit qu'elle pesoit cinq livres et un quarteron. » (Histoire de la milice française, parle P. Daniel. Paris, 1721. 2 vol. in-4<>, tome I , liv. VI , page4il.)

** C'est sous ce nom qu'elles sont désignées au musée d'ariillerie.

s'en servir aisément ainsi , il fallait une force qui semble surhumaine. Elles ne devaient être ceintes * qu'à cheval , avec le reste de cette armure complète de Thomme et du cheval, si embarrassante , qu'un homme d'armes dbattu ne pouvait se relever seuL Aussi Ton sentit souvent l'importance de mettre dans les rangs, près des hommes d'armes, quelques combattants à pied; et le père Daniel attribue nfême à ce motif l'établissement des gendarmes à pied dans l'ancienne milice *\ C'était pour un semblable ministère que deux bourgeois de Paris se tenaient à pied^au frein du cheval du roi, les jours de bataille ; et ils y firent souvent des prodiges de valeur***. On conçoit donc qu'une épée remarquable alors **** par sa grandeur fût

* Biles n'avaient pss de fiottrreau , et la manière, de les suspendre était toute différente de celle des épées nodernes. Uistoire de la milice française, 1. 1, 1. V, page 811. Voyez VHîBtoire du Droit municipal en France , par M. Leber.

***'*'Eûtre rëpoqnèdés croisades et celle que nous assignons au cachet, la forme des épées changea , et on les porta trèscourtes , mais elles étaient redevenues longues au quinzième siècle. « L'épée de la Pucelle d'Orléans, que Ton voit au tré-

SUR UJV CACHET DU MOYEN-AGE. i^\

un titre imposât. Peut-être le seigneur à qui appartenait notre cachet était-il d autant plus fier de ce surnom, qu un de ses ancêtres l'avait déjà reçu du temps des croisades ; ce qu'indiqueraient et l'épée qm se voit sjjr l'écu, et la tête de Christ servant de cimier.

La tradition conservée dans le pays sur Texistence d'un trésor au fond de ce puits , recouvert depuis des siècles » signalé ^ulepiept par la même tradition, et auquel M, de l|Ipntesquiou est arrivé par ses fouilles, me semble fort intéressante , et s'accorde très-bien avec toutes les inductions que nous pouvons tirer de ce cachet. S'il est, comme c'est mon opinion, du règne de Charles VI, quels malheurs ne désolaient pas alors la France , dont presque tout le territoire, et notamment la Normandie, était au pouvoir des Anglais 1 Faudrait -il s'étonner qu'un seigneur normand eût alors enfoui ce qu'il avait de plus précieux? Si ce seigneur périt ensuite , avec sa famille , dans

» sor de Saint-Denis, est très-longue et large à proportion. » Le P. Daaiel» livre cité , page 4U.

iA2 SUR urr cachet du moten-age.

quelqu'une de ces collisions sanglantes \ une tradition vague put se conserver , et ce qu elle avait de mystérieux put la propager indéfiniment. Le cachet trouvé d'abord presque à la sur&ce du sol pourrait venir à l'appui de la tradition, si l'on appliquait à cette circonstance un proverbe alors connu» car je l'ai vu cité dans des manuscrits latins de ce temp&-là ** : Nemo vas vacuum consignât , c'est-à-dire : Personne ne met son sceau sur un coffre vide. •

Les développements auxquels nous nous sommes livré à l'occasion de ce cachet nous seront pardonnes par les personnes qui savent

* Ceci, bien entendu , n'est qu'une supposition» fondée seulement sur Tabsence de renseignements au sujet des armes du cachet. Il va sans dire qu'elles n'ont rien de commun avec celles de la maison de Montesquieu, qui porte Parti au premier de gueules plein^ et au deuxième d'or à deux tourteaux de gueules posés l'un sur Vautre, J'ai dû aussi m'assu rer qu'elles n'avaient pas de rapport avec celles des Messieurs de Glinchamp, ancienne famille de Normandie , qui porte D'argent à une fasce de gueules, accompagnée de trois chandeliers du même, passant au-dessus de la fasce.

** Dans presque tous ceux qui contiennent l'histoire fabuleuse d'Alexandre-le-Grand^ un des livres le plus en faveur alors. J'ai sous la main le ms. latin de la Bibliothèque du Roi n*» 8519. Ce proverbe s'y trouve au folio 6 verso, lin. 6.

combien de points de vue embrassent les études historiques, et à combien de questions intéressantes peuvent se rattacher les moindres monuments. Souvent, par un heureux concours de circonstances, ils jettent sur un endroit de l'histoire un jour nouveau. Si , par exemple , on trouvait en Normandie quelque autre monument portant ou ces armes ou ce nom , de leur comparaison pourraient jaillir des notions nouvelles et intéressantes.

HISTOIRE

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