DE FRANCE EN SAVOIE, EN PIÉMONT ET DANS LA SUISSE
pbmdaut les hoitikmk, heutièkb et dixième siècles de kotre ère , d'APIBS lis AUTBUR8 CHRETIENS ET MAHOMÉTANS;
Par m. REINAUD,
MenlM^de rinftitttt,GonserTatear-Adjoiatdes maBttMa-itsoricDttasdela BiUiothiqae
royale.
Tant de talents supérieurs, qui sont sortis de l'école de M. Sylvestre de Sacy, suffiraient pour prouver le mérite transcendant de cet illustre doyen des études orientales, à qui pourrait ne pas connaître les titres si variés de son immense érudition. Ces disciples , dignes d'un tel maître, dont les sages conseils ne les abandonnent pas au terme de l'enseignement , se trouvant dirigés par cette haute influence dans
leur savante carrière, ont porté la lumière de leurs investigations sur les diflerents points du monde oriental. M. Reinaud, qui avait pris rang dans la science par la Description des monuments musulmans du cabinet de M. le duc de Blacas, suivit une marche naturelle en joignant à Tétude de Tarchéologie celle de Thistoire; et il acquit un premier titre historique en publiant les Extraits des historiens arabes relatifs aux guerres des Croisades, ouvrage qui fait partie de la collection de M. Michaud. Restait un autre sujet offrant l'occasion unique de remplir une lacune réelle dans l'histoire de France, avec le secours de l'éroctition orientale. Mais cette lacune n'était pas évidente; elle n'était pas généralement sentie , et si nous n'accordons a M. Rèinaud cet éloge banal de proispectus, c*èst qu'il en rtiérite un plus singulier. C'est que son sujet était presque la statue renfermée dans le bloc de marbre ; et ici le ciseau du statuaire est représenté par une érudition qui , comparant les sources orientales à tous les travaux des bénédictins et des autres savants du dix-sseptîème siècle , aux traditions et aux monuments de tous genres , a ainsi établi un con-
trôle d'où est sortie l'évidence de cette lacune historique. La réunion de ces connaissances était nécessaire pour constater ce vide , à plus forte raison pour le remplir contvenablement. Il fallait même ici , indépendamment des qualités qu'on s'accorde à demander à l'historien, beaucoup d*art et d'habileté pour disposer un sujet si varié dans ses éléments.
Tout le monde sait que les Sarrazins occupèrent pendant des siècles une grande partie de l'Espagne. Leur terrible invasion en France, à la fin de la première race , el la mémorable victoire que remporta sur eux Charles^Martel sont des faits éclatants placés au premier rang dé l'histoire. Quant aux traditions qu'ont lais* sée&les excursions diverses dans le midi de la France, elles n'avaient sans doute pas attendu à ce jour pour être considérées comme significatives ; mais il régnait sur cette dernière ques* tioh une incertitude qui Élisait de ces faibles traces plutôt une source d'arreur et de confusion, que de lumières et de vérité. Jusqu'où les Sarrazins avaient-ils étendu leurs excurjE^ions ? A combi^i de reprises les avaient-ils répétées , et sur quels points de la France? A quelles
2 os INVASIOf«S DES SARRAZINS BN FRANCE.
époques ayaient-elles commencé, avaient-elles Gni? et quel en avait été le caractère? Quels rapprochements pouvait-on étaUir entre ces pays soumis à un joug passager et TËspagne sous la puissante domination des émirs de Gordoue? toutes questions auxquelles personne n'aurait pu r^K)ndre avant 1 ouvrage de M. Reinaud , et dont ce beau travail ofire une solution aussi ccunplète qu mstructlve et intéressante.
Ce côté de l'histoire avait un tel besoin d'être éclairci , que même les documents imprimés étaient comme non avenus ; et quelcpies^ms de leurs éditeurs , tels que Muràtori , n'en avaient pas tenu compte lorsqu'ils avaient ensuite disposé leurs autres matériaux en annales suivies. Plusieurs fausses dénominations rendaient souvent difficile de reconmdtre les Sarrazins dans les anciens textes où il était Êiit mention de ces peuples. Ou bien leur nom s'étendait à des nations très - difierentes ; ou bien encore , quoique mahométans , ils étaient qualifiés de païens , sans autre désignation, soit à cause de l'erreur populaire répandue alors, qui supposait qu'ils avaient pour dieu Mahomet,
soit parce que dans les rangs de ces conquérants orientaux, arrivés par TAfirique, il se trouvait des hommes de tribus africaines encore plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie. Une connaissance profonde de Tarabe était nécessaire pour retrouver les noms dliommes ou de lieux, cachés sous les altérations que le peuple Mt oinlinairement subir aux noms d'origine étran* gère. Quantité de relations arabes , la plupart manuscrites, n'étaient pas moins nécessaires à compulser pour éclaircir de courts passages cpi'offraient par-ci par-là les écrivains occidentaux; documents perdus pour qui n'aurait pas apporté à les recueillir le discernement de cette heureuse polymathie. Enfin il fallait avoir étudié à fond et même siu* les lieux le théâtre des invasions sarrazines, pour que la géographie, avec ses dénominations traditionnelles et avec l'aspect des grands accidents du sol qui n'ont pas changé, vînt appliquer d'une manière sûre et précise les descriptions de localités, fournies par des auteurs contemporains. M. Reinaud a encore employé ce secours avec un rare bonheur, ou plutôt là encore il a retiré le fruit de
ses consciencieuses récherches.