‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 33 sur 57 · HISTOIRE DES ANGLO-SAXONS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES ANGLO-SAXONS

Par Sib Franois PALGRAVE,

TluDunTE ni l'amalaisl bai Alkiuhdis. LICQUCT.

Avant d'ouvrir ce livre , sur son titre seul , on ne croirait pas l'histoire des Ânglo-Saxons susceptible de tant d'intérêt. H faut, en général, pour fouiller avec plaisir dans les annales obscures des peuples barbares , être soutenu par la perspective d'y retrouver les origines et le berceau de son pays. Or cette période de l'histoire d'Angleterre est justement celle qui est antérieure au mélange de la race française et aux continuels rapports des deux peuples. U semble donc qu'un tel livre ne s'adresse guère qu'aux seuls Anglais ou aux savants qui, ayant porté toutes leurs investigations sur l'histoire, ne sont indifférents à aucune de ses clartés. Mais la manière dont sir Francis Palgrave a

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traité ce sujet (ait de Vbistoire deg Ânglo Saxons mie lecture nomooms attrayante qu'in» strwtîve.

Ce savant archiviste du trésor royal de TÉcbi(}uier exprime dans son introduction et rap-» pelle quelquefois, dans le cours de l'ouvrage, rintei^tion d'écrire pour la jeunesse* Bien différent de tant d'auteurs qui revêtent de formes pédantesques leurs pâle$ trivialités , et qui s'é* tudient uniquement à masquer leur médiocrité par les dehors hautains d'une érudition trans« coudante et inaccessible , il annonce, au contraire, comme un simple livre d'éducation ce travail qu'un homme de science a pu seul composer, et dont aucun homme de science ne. dédaignera la lecture^ On s'étonne un instant de cette sorte de coquetterie littéraire, qui, pour donner beaucouf^ ne nous promet que peu. N'est-ce autre chose qu'un calcul d'amourpropre bien entendu? ou l'auteur a-t-il voulu oJDGrir une de ces heureuses solutions du problème d'un hvre intéressant pour tous , quek que soient l'âge et la position de chacun? Je ne sai* ; mais d'une manière ou de l'autre , il a également réussi. Son plan a Favantagf de donner

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lieu à plusieurs développements dans lesquels il n'aurait pas voulu entrer, s'il eût monté son ton à celui de ces orgueilleuses dissertations qui veulent , bon gré mal gré, feire avancer la science , au risque de l'exposer à des faux-pas. Dans ces endroits-là, M. Palgrave a recours à ses jeunes lecteurs avec une fine modestie ; car ce sont précisément les morceaux les plus attachants, par le grand sens avec lequel il développe en toute liberté ses vues sur d'importantes questions. Les notions mêmes qui, dans ces exposés, pourraient être les plus familières aux savants, n'ont ici rien de banal, par la manière dont elles sont présentées, par les remarques ingénieuses qui les accompagnent.

Nous en pourrions citer de nombreux exemples; bornons-nous à deux ou trois. S'agit-il de cette antériorité de la poésie sur la prose qu'on remarque dans l'enfance de tous les peuples: € La poésie, dit-il, qui pour nous est le luxe de la littérature, était dans ce temps-là d'un usage vulgaire. » — Un peu plus loin : « Les vers , chez les nations du Nord, étaient souvent composés sur-le-champ , à la manière des improvisateurs d'Italie, soit au son d'un instrument.

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OU seulement eu chantant. On en écrivit quelques-uns ; mais il y en eut beaucoup plus qui furent confiés à la mémoire, ou, comme on dit ordinairement^ appris par cœur; par ccmr, attendu qu'on les aimait , qu'ils étaient en rapport avec les sentiments des auditeurs, et que c'était en effet dans le cœur qu'ils pénétraient ; et, je ne crains pas de le dire, si les vers ne sont pas appris par cœur, tous les écrivains et tous les imprimeurs du monde ne pouiront les sauver de l'oubli. »

Qttdquefois d'une notion vulgaire l'esprit vif de l'historien observateur fait jaillir un rap. prochement inattendu dont là justesse surprend ^gréablment : c Quand les rois ou les grands voulaient donner de l'authenticité à quelque docuinent, ils traçaient le signe de la croix près de l'endroit où le clerc avait êecii leur nom. De Ul encore nous disons signer un acte ou une lettre. Les personnes illettrées apposent encore leur signe ou marque dé la même inanière, préciséuiient comme le feisait le roi Ofla, en tirant ainsi. deux lignes en croix +» du côté où le clerc de l'homme de loi a inscrit leurs noms et

prénoms*. On a vu quelquefois d'anciens palais II. 15

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en ruioiQS se dégrader jasqu'i deventr de^ lehâu^mières : il çn est de même de» vieux tisages ; ils s'abaissent de plus en plns^ pendant que les mœ^ur^ et les idées s'élèyent ^ntow d'euic , et l'on fjiHt par ne plus les retrouver que pamit les classes. les plus humbles de la Bociété. »

À ces exemples nous pourrions aisément en joindre d'autres 4e l'ieniplQi intelligent qne Fau* t<^ijir fait de$ traditions et des moiiuments de s<)n pa^ys, Qn.o^^wtriint.tout autour d'jsiixà se» concitoyens les souvenirs vivantsidé' leurs aiif tiques origines. La science de l'ét^jimologie lui prête, aussi sç$ secours ; mais il aie bon esprit d'^n user avec sobriété; car pead'étiidssoiIren| davantage le danger d'arriver promptement à l'abus* Or, M* Palgrave connaît ti'op lûen les travers de réruditkm pour: s y fourvoyer. Une d^s meilleures critiques des divagations archéologiques est son paftsage sur les fone».' Là il avait à s'expliquer sur le degré de (Créance que méritent les interprétations de oeCte àneienne écriture Scandinave. Son avis est que les érudits ont expliqué les runes d'une manière plus satisfaisante pour eux que pour les lecteurs , et il le prouve ainsi, en parlant des fonts^ baptis-i

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maux con&ervéa dans l'église d9 Bridekirk : € Écouter Olaus Wormius» il vous appren* dra que 1^ caractères tracés sur la pierre veu-» lent' dire : Harotd est l'maeiir de ce 'monument^ qu'il a élevé en l'honneur de sa mère et de M»^ brok. L*évêque Nicholsoa n'est paf» content de cette version*

« Mon très-hbnoré monsieur^ éerit-il à Dugdale>:lais8qns l'inscription parler elle-même. » E( ^ selon lui , elle dit Inrès-intélligiblëment : Gf^tt ici qu'E^kapéa é^ converti , et les Daiuois ont été amenés à suivre son exempie* L'évêque NicbôlBon était un. homine Sort savant, ecbeaucout> d'onvragesr utiles sont sortis^ de sa plume : sur la foi de son. érudition , Hârold s'est vu chasser des fonts , et la mère d'Harold ^ ainsi que Mabrock , ont été oubliés» Eckârd a coud* nué de jouir pleinement de ses bomieurs jus-* qu'à ce qu'il en ait été privé à son tour par un de nos eontempcff^ains , digne archéologue de Wârwickshire *, qui lit dans l'inscription î Hichiord m'a construit, et il m'a donné cetH forme m peu de temps. Voici donc onûntenant

^ Witlimi Amper.

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Richsird en possession des fonts baptismaux ; mais qu'il y prenne garde ! D'après certaines dépêches de Gop^ihague, adressées au secSrétaire de k Société des Antiquaires deLoncfres, la SkandituwisJce Selskab, 4ni Société scàndi* nave, aura bientôt réuni les éléments dun-siége en règle contre Richard, que déjà elle avait attaqué en 1821 . ^ • On pourrait- croire qu'un sort a été jeté sûr les savants , et que quelque luûn d'humeur eiàpiègle, caché autour <les ruii^s , s'amusê^^ à &scin^ lès yeux 4es graves antiquaires»^.» » vc

^Gé ton. enjoué, parfaitement convenable ici , jette au milieu du livre une agréable diversion , que ne saurait obtenir Tuniformité du stylé sotitenu« C'est là un dès secrets littéraires que possèdent le mieux les bons auteurs anglais. L'Ush toire d'une époque, envisagée sons toutes ses faces, comme l'est ici celle des Angk)-Saxons, se prête à feètte divea:silé de style. H en résulte un plus grand eifet pour les passages ùk l'expression 3^élève à là hauteuF d'une pensée grave, religieuse , à l'examen at^emif des ppints propres à exercer utilement la critique. Il en est ainsi de la comparaison des langues ramamsées

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çt des langues teutoniques ; ainsi , des motifs politiques du célibat du clergé , question qui , traitée avec autant d'impartialité par un protestant homme pieux , prouve un esprit élevé et une grande indépendance de jugement. Aussi ce bel ouvrage mérite sous le point de vue moralle titre d'ouvrage d'éducation, dansl'acceptibn la plu$ honorable de ce mot ; c'est un des meilleurs et des plus instructifs qu'on puisse mettre entre les mains de la jeunesse.

Parmi les idées le plus heureusement développées dans ce livre, nous en citerons une qui a dû se présenter souvent, d'une manière plus ou moins nette, à la plupart des bons esprits, chaque fois qu'ils ont entendu des hommes s'occupant de tout autre soin que de cultiver leur intelligence , opposer, sans aucune connaissance de l'histoire, les temps anciens aux temps modernes , prononcer avec une imperturbable assurance l'éloge exclusif du nôtre et des conquêtes indestructibles acqiiises aujourd'hui à la civilisation.

a Nous ouUions ordinairement, dit M. Palgrave, que tout le savoir des hommes n'est qu'illusion , et nous exaltons l'art de l'impri-

3Sd SUR l'hISTOIRB DBS AIVGLO -SAXONS.

merie Gomme s'îi .portait un défi au tempâ. Nous ncAtô imaginons opie non ^seulement cet art nous conservera tpnjoïirs la possession de ce que nous avons acquis dans ies sciences ; mais qu'il nous assure la iaculté d'ajouiar indé* finiment à nos richesses Httérafk*es. Oecte pensée nous trompe et a'est fondée que sur rer:* reur« La raison des homno^ peut s'ot^scurdr par des discouns d^pourvuâ d'idées , et Tor^ gueilleux emj^w du savoir et éé l%itelligenee fierait aussi &dleinent diétruit que tous ces royaumes temporaires d^nt la poussière est naîntenaoït liviée aux vents du ei(^. >

On coaafirieiad la haute indépendance de cette ¥ae vraiment philosophique et :$i peu en rapport avec le philosophisme banal qm fait les frais de l'âloqueace de mçqs prômecer^ offici^rx du pre^rès des lumière^ ; et l'on v^ntîra sur* tout là solidité de ce raisonnement , en le rap* prochant d'une ohservalion hîen remarquable diie à r«H3kde nos plus savants imprimeurs: « Quand on considère la multitude d'wreurs que les livres en&ntent chaque jour isur les hommes ^et les cJH>ses,tm*peut justement s'effrayer de l'étrange cdniusimi dams faqnclle se

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trouv^a loiite la littérature , d'ici à quelques siècies; et trâB-probablement la vérité faistcy rique et littéraire sera4^1e plus difficile à établir qu'avant la découverte de Timprirtierfe *. >

Le taUeau que sir Francis Palgrave trace <fe rétat social en Angleterre, depuis le milieu du cinquième siècle jusqu'à la fin du onzième , est Vun dès sujets les plus féconds en réflexicms profondes que puisse offrir l'histoire. La vie et le règne du grand Alfred, ce roi si complet, cet homa^e si émisent^ présente tout lé beau côté des temps encore barbares, mais pleins de sève, d'action et d'avenir. L'écrivain avait trop d'oc»* casions de déplorer les malheurs et les <rim^ de cette époque de barbarie, pour lie pas s'é^tendi^e avec complaisance sur le règne d'Alfi^d^ Il eu a fait une belle étude historique.

On est frappé d'admiration à la vue de toutes les: grandes choses que pouvait feire alorâ

* Deê progrès, de Flmprimerie en France et en Italie au seizième siècle i, et de sohinfhience sur la littérature ; avec les lettres-patentes de François h^, en date du 17. janvier 1538, qui instituent le premier imprimeur royal pour le grec; par G.-A. Crapelêt, imprimeur. Paris, 1836 , in-8*», pege 19, note.

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un roi {Hii^Bant*^^ Âlfred-le^and est un de ces génies supérieurs qui doive];Lt tout à la rectitude de leur esprit , à Tenace dé leur vcikmtè , et qui forcent la cLviHsation et lès lumières à surgir au milieu de la barbarie^ Plus accompli que Pierre4e^rand , Alfred , qui j<Mgnaît à sa grandeur la modération de la sagesse y s^imposait une mission bien autrement difficile* il n'eût pas trouvé, comme l'illustre czar, des ïnodèles de civilisation tout tracés, chez les peuples où il aurait porté ses pas, à cette époque obscurcie partout de ténèbres barbares. Il lui Ê^lut tout fonder luinnôine par la force de son intelligence , par sa passion de Finstruction. L^e^ résultats qu'il obtint de la scMrte seraient incroyables, s'ils n'étaient attestés par l'histoire. Quelle distance du point de départ au terme d'une tellç carrière ! On sait que ce grand roi , dont plusieurs institutions régissent encore au« jourd'hui l'Angleterre, qu'il avait trouvée presque sauvage , était parvenu à y répandre assez d'instruction pour n'admettre aux emploîs pubïïcs que des personnes lettrées; et lorsqu'un fonctionnaire se trouvait trop vieux pour aller à l'école, il fallait qu'il fournit à ss^

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place, comme tribut vivant payé à b science , un fils, un serf, ou même un esclave,

c Ce règlement, dit notre historien, peut d'abord paraître capricieux et même despotique; mais si l'on réfléchit qu'Alfred créait ainsi une classe de personnes dont l'éducation devait devenir utile à la société , il ne restera plus que des motifs d'admirer sa sagesse. >

Dès le neuvième siècle, un immense avenir appartenait à ce prince, qui pouvait se représenter les nombreuses générations d'une postérité iimombrable faisant fructifier, par une sève inépuisable, cette civilisation dont il semait le germe fécond. Aujourd'hui cet avenir d'Aï* frpd, qui est devenu notre passé, a produit ses richesses ; et l'on dirait qu'elles commaficent à engendrer la satiété. Les trésors de Tintelligence bien emmagasinés avec ordre, on s'^ei glorifie, comme le riche de son opulence ; mais on a beau dire, l'intelligence est insensiblement détrônée par le culte de la matière , et ce déplacement nous mène à là barbarie. Ainsi les vues courtes et mesquines des partisans de l'utile et du cui bono peuvent devenir pour la postérité aussi funestes qu'ont été bienfaisantes les

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lai^s vues d'avenir du vieux monarque saxon. Celui-là était plus près que nous des grands sièc^s de Tintelligenoe ; <îar il aurait certainemeitt aimé l'art pour lui-même et non pour ses applications industrielles; il était digne de condprendre cette belle parole d'un ancien : < Les Athéniens aussi eurent un besoin plus » réel de toits solides pour couvrir leurs mai- % sons que d'une admirable statue de Minerve » en ivoire; et pourtant j'eusâe aimé mieux » être Phidias que le meillem* couvreur d'A- » thèmes : parce qu'il ne &ut pas estimer un > homme sdon son utilité, mais selon sonmé- » rite *. » ^

f La fécondité du champ si varié des con<* naissances humaines^ dk l'historien anglais que nous^examinons^dépend entièrement des efforts de ceux qui le cultivent ^ et de leur habileté à en recueillùr les fruits. Les sciences et les let-

* Sed Athetiiensimn qfioqtte plas inteffuft Arma tecta in doitiikûHîs habere, q«Am Milieryv signum «x ehor^ {^tâdier* rimum; tamen ego me Pbidiam esse mallem» quam vel optimum fabrum tignarium. Quare non quantum quisque prosit , sed quantum quisque sit ponderandum est. — Cicenoïîis Brwto, vd de elarû ijraloribus, cap. lxxiii.

très ne reposeiit que sur notre état de société , qui loi-fiiéme est artificiel et périssable. Si , par suite d'une subversion totale de nos lois et de nos institutions, la propriété diminuée se trouvait tellement répartie, qu au lieu de cette gradation maintenant étaMie dans les rangs, il n'y eût plus qn une classe , vouée au travail , dégradée par rindigence, avilie par les vices, né possédant aucun moyen de récompenser l'a science, et sans loisir pour s'en occuper, nous verrions aussitôt s'anéantir enti*e nos mains toutes les acquisitions dont nous sothmes si fiers. »

L'histoire des Anglo^Kcms présente le détsdl des mœurs de l'époque , el les tàJjteaux en sont animés par la couleur et le costume du' temps. Nulle part on ne trouverait nn meilleur em[4oi de ces qualités, que dans l'exposé de cette vie si es:traordinaire de isaint Duiistan, qui, de la celluie de cinq pieds de long sur deux et demi de large où il s'était comme enterré tout jeune en quittant les Itônneurs et les plaisirs de la cour, y est rappelé pour gouverner le royaume en ministre abscdu , à la manière de Riclielieu. Une brillante *scène Usoàà\e se

2M sua l'histoiab dw aicglo-saxons.

trouve aussi dans la desariptîon de cette barque conduite par Edgar et dont les rois , ses hommagers, étaient les rameurs. Ajoutons cependant, que l'explication des prindpes de la féodalité ne nous a pas entièrement satis&it; et c'est peut-étce le sieul endroit de cet ouvrage où nous oserions remarquer un peu de faiblesse , si ce^u'un tel sujet a de compliqué ne devait rendre la critique très-drconspecte.

Nous découvrons un endroit où un désir trop ardent de paix et de condliaiîon noiis a paru entraîner l'estiinaUe auteur au^lelà du vrai. C'est quand , après avoir blâmé l'exagération du sentimexit national chez 1^ Ecossais, il ajoute : c Les titres véritables et la gloire de l'Ecosse ne consistent pas dans l'Hidépendance inquiète des premiers habitants de ce pays , avec lesquels d'ailleurs les Écossais d'à-présent n'ont plus rien de commun; mais bien dans le bon esprit et la fermeté qui, même SOU& un gouvernement divisé, Ëiible et en proie aux actions, leur (mt procuré un état de société où régnent la religion , l'ordre et le bonheur. Voilà de justes sujets d'orgueil pour l'Ecosse, et ils n'existeraient pas moins , quand même

SUR I^'HiaTOlRE DES ANGLO-SAXONS. ^^7

tous les rois de la race de Fergns auraient é\é enchaînés au char du conquérante » Non, quoi qu eu dise le philosophe chrétien , un peuple généreux ne pQUtse rendre indiiïer^it aux souvenirs dô sa glorieuse, indépendance ; ici le Êiit parle plus haut que toutes les théories de la .sagesse.

L'historien anglais a énuméré les envahissements sucoa^sifs de i^n ilô, avec une clarté qui permet d'en suivre aisément tés vicissitudes , en reimontant des Normiands aux Danois, de ceux-ci aux Saxons, aux Angles et aux Jutes, tribus de la Germanie répandues entre le Rhin et \e Weser, puis aux Kctes et aux Scots, tribus, indomptées de^ îles Britanniques ; de ces conquérants presque sauvages aux Romains, et du peuple-roi aux Bretons primitifs, dont le langage s'était perpétué dans quelques cantons de Cornouailles jusqu'au siècle dernier,

c Mai)s du taoups de la reine Aime, dit M. Palgrave, les enfants apprirent l'anglais^ et à mesure que les vieillards de CornouaiUes moururent,la langue s'éteignit par degrés avec eux; sîhien que vers, le nulieii du règne de Georges m , ime femme , nommée Dolly Pentrath,

2d8 SWR l^'HiSTOIRE D£S ANe^LOHSAKONS.

vieille marcbande de poisson, qnî résidait à environ Irots milles deMousehole, pi»è8 Peniianœ, était le seul individu dans le monde qui put parler la kngue des andens Btjetons dannonierid. Elle ea faisait an surplus 4in fert mau- \ais usage , car eBe ne s-e^ servait qtte pour gronder quand elle était offensée, ou pour blasr phénker ^et dire des injures qoând on ne lui offrait pas un assez bon prix de^sôtï poisson. > -^ Cette' grossière poissarde n'aurait-ellé pu se dire la personne la plus noble de6 trois royao* mes? Qu'étaient, auprès de l'origine antique, prouvée par son idiome traditionnel, tous les titres detlescendance des oppresseurs successifs de la vieille Bretagne ? prétentions d'intrus et d'hommes noffveauK.

L'histoire des Anglo-Sâxons cètidtut donc celle de l'Angleterre depuis son berceau jusqu'à la conquête de GuiUautne. ArriTë à ce oowflnent historique , il ikut r^xionter vers une autre source , pov cotmaitre la nature de œ nouvel affluent dominateur. Pour oette partie de la route rétrospective , feu Théodore Licquet a laissé un guide sAr danift son Histoire de NornUmdie depuis tes temps les plus reciuiésjusquà

SUR l'histoire des anglo-saxons. 239 la conquête de rAnrjleterre en 1066, ouvrage dont nous allons parler. M. Alexandre Licquet, frère de cet estimable historien , r votdt cornpléter pour nous l'œuvre de son frère, en traduisant le livre de sir Francis Palgrave dans un: style élégant et facile; Ce vokune augmente la collection historique anglo-normande , que publie avec un soin et une persévérance si louables M. Edouard Trèrci,- dëïlouen, un des hommes honorables de la librairie française ; il est orné d'une eau-forte de M. Langlois du Pont-de-l' Arche, représentant la bataille d'Hastings , et 01» l'û» retr<?uve les briUwte»;qwlité^4u (l€)i^io d^ ia célèbre artiste^

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