‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 34 sur 57 · HISTOIRE DE NORMANDIE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE NORMANDIE

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LES TEHJPS LE» VUJ» RECULÉS. JITSQu'A t\ CùnQtÈTE

DB l'aNGLETEIIRE f

Par Th. LICQUET.

Si les ' peuples* les ptus heureux softt ceux dont ITiistoire s occupe le moms, on peut pousser le raisonnement jusqu'au bout, et dire que les époques les plus dramatiques pour Thistoire sont aussi celles oii Thumanité a le plus à souffrir. Peut-être ne&udrait-ilpasexcepter decette règle les époques les plus brillantes de l'antiquité, car la guerre y était souvent bien cruelle; le fanatisme national, la superstition, les orages populaires y feisaient souvent bien des victimes. Enfin, un Êiit majeur qui, sans être sur le premier plan dans l'histoire ancienne , doit dominer tous les autres pour l'observateur

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moraliste, l'esclavage, ce crime social, condamnait au plus grand des malheurs au moins les neuf dixièmes de la population. L'homme qui naissait alors avait donc, contre une chance de jouir du privilège de la liberté , neuf chances d'être condamné ou à l'abrutissement, ou à l'avilissement, ou au désespoir. Voilà de ces choses dont il est indispensable de tenir compte, lorsqu'on juge une époque, surtout par comparaisou, n faut sonder une telle plaie pour en comprendre toute la gravité; car ces héroïques républicains, ces hommes privilégiés, si polis par le culte élevé des arts libéraux, regardaient cet état de choses comme trop naturel pour faire jamais la moindre réflexion sur sa monstruosité. Si le christianisme, en déclarant tous les hommes frères, ne détruit pas immédiatement un si énorme abus de la force , il appelle du moins l'attention des hommes sur l'immoralité de son principe. Malheureusement, arrive bientôt le torrent de la barbarie ; et pendant longtemps dans une grande partie de cet empire romain, naguère si partialement, mais si régulièrement organisé, il n'y a plus d'autre loi que

la violence. Alors l'éclat d une brillante surface II. 16

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ne dérobe plus aux yeux le grand nombre des obscures misères ; le mal paraît à nu, et l'observateur efirayé se demande si ces malheureuses époques n'étaient pas frappées de quelque sceau de réprobation , pour être le théâtre de tant d'horreurs sanglantes, de tant d'actes inhumains.

. Nos temps, quelles que soient leurs misères, gagnent beaucoup à une comparaison attentive avec l'antiquité et le moyen-âge , sous le point de vue qui doit dominer tous les autres, celui de l'humanité. Quant aux horreurs du milieu du moyen-âge, elles n'ont pas de palliatif : c'est l'empire de la forée dans toute sa na!veté imptidente et Êurouche. Nulle part là beauté de l'ordre ne feit oublier l'injustice de l'oppressfion , nulle part de com'dge sans férocité , de puissance sans tyrannie.., Ce sont là, il faut le dire, les caractères que présente chez nous la période écoulée entre la conquête de la Gaule pai' les Francs et celle de l'Angleterre par les Normands, si l'on excepte une partie du règne de Charlemagne.

. Toutefois cette partie de l'histoire, traitée conmie elle doit l'être, a un g^nre d'intérêt qui

DB LIGQUBT. tiZ

lui est propre. Les hommes dont l'énei^e maîtrise de tels contemporains ont des propor* tions vraiment colossales ; la réunion des hautes ccMnbinaisons de leur génie avec les prodiges de leur valeur et de leur force corporelle , avec les exterminations de leur fureur implacable, produit de ces effets merveilleux tels qil'en présente rhistoire de RoUon, des fils de Tancrède de Hauteville et de Guillaume-le-Gonquérant. On a reproché avec raison à plusieurs histo* riens du siècle dernier ou du commencement de celui-ci de ne pas avoir rendu la physiono* mie des temps qu'ils avaient à retracer, faute d'en avoir assez pratiqué les monuments originaux. De nos jours on a recherché avant tout la couleur locale, et trop souvent on a manqué le but par précipitation et légèreté. Quelques faits peu connus , curieux par leur étrangeté, ont souvent été mis en oeuvre aussi*^ tôt que recueillis , et , isolés des autres Mtà dont ils doivent être inséparaUes , ils ont été présentés comme le cachet de leur époque* De la, certaines réputations de cabinets littéraires, de là une prétention à des recherches profondes, jointe aux preuves trop claires d'une hîen plus

Zhi SUR l'histoire. DE NORMANDIE

profonde ignora&ce. J'en pourrais citer dei exemples dans quelques-unes de ces prétendues scènes historiques dont nous sommes inondés. Cette tendance littéraire est fâcheuse ; mieux vaudrait peut^tre une séparation complète entre les œuvres, d étude et celles de Timaginatîon. Toutefc»s. les personnes qui veulent étudier un peu sérieusement demandent l'instruction à d'autres sources, et l'influence de ces ouvrages mixtes est à peu près nuUc. , Un emploi plus dangereux des matériaux intéressants sur les mœurs du moyen âge est l'i]fôage qu'en iait quelqiftefois une science réelle, mais exploitée par l'esprit de système. Nous arvons déjà eu l'occasion de signaler ce danger dans deux auteurs du premier ordre, MM. Dulaure et Augustin; Thierry . Leur érudition et lesav talent donnent une grande portée à leurs erreurs, qui ne sont pas des erreurs vulgaires; la critique ne peut prétendre les réfuter en passant, et, si nous les nommons id, c'est pour mieux faire compKndre, par l'exposition, le caract^e du travail de M. Licquet. M. Dulaure n'a vu dans le passé, jusqu'à 1789, que misère, hoQte et oppres^on. M« Thierry a voulu suivre.

en France et en Anglpfprr© , la dîcti'neHnn Hpc deux races, vaincue et conquérante, et retrouver encore actuellement la * première daûs le peuple, représentant direct des anciens çt légitimes propriétaires du sol; la seconde dans l'aristocratie, représentant ceux qui avaient dépossédé les premiers par la violence. En admettant un instant avec ces deux savants auteurs, que le plus grand nombre de faits soient favorables à leurs plans, il faudra toujours reconnaître que ces plans ont été ceux de leurs ouvrages : cela ressort trop évidemment de la lecture de leurs livres pour pouvoir être nié. Dès lors ces livres ne sont pas une histoire, mais un plaidoyer ; or les avocats ont toujours eu le droit de grouper les faits favorables à leur cause. L'historien, au contraire, cherche â se défaire de toute opinion primesautière , ou du moins il se promet à lui-même de ne jamais passer outre devant des faits incontestables , de ne négliger aucun de ceux qu'il peut se procurer, et de porter dans les discussions contradictoires l'impartialité d'un juge entièrement désîntéresisé dans le procès qu'il instruit, et où il veut ne faire triompher que la vérité.

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On n^ nopondra que toiis Jes historiens , mêiue les i^us psurtiaux et les plus systématiquer, ont cette pIrétenticKD ; qu'ils ne convienr droAt. jamais avoir appuyé par un triage de&its UQ système construit d'avance, maïs l>i^n d'avoir tiré leur <]lémonstration, de l'étude des faits. Je ne dis pas que telle ne soit leur prétention , nouais je dis que c'est au public éclairé, que c'est à une criticpie grave et attentive d en appréder le plus ou moins de fondement, SSnfin je sais qu'un historien entièrement impartial est bien rare, qu'une telle qualité semble même tenu* à un dé&ut , et qu ou préfère iancwe la passion d'un talent partial au terr^*ta*re d'un froid écrivain qui lie conqait que ^exactitude.

Le mérite de M. !^icquet consiste justement à avoir concilié l'exactitude et l'impartialité avpp un véritable talent* $QQ histoire n'est rien moins qu'un ennuyeux procè&'Verbal ; c'est, au contraii*e, un récit rapide, où la vivacité du style répond àl'étonqante soudaineté des événements, à h. hardiesse d^ entreprises , à l'incroyable audâtce des personnages ; où les &its sont présentés d'une manière plus ou moins saiUaqte, suivant leur degré d'importance; où de judi-

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cieuses réflexions arrêtent le lecteur sur les endroits les plus dignes de sou attention ; où^ dans les points à discuter, les témoignages ne dont pas seulement rapprochés, mais comparés avec un esprit fin et un coup-d'œil juste.

Dire que l'auteur est étranger à toute prédilection ne serait pas exact. Normand, il s occupe avec complaisance de ses ancêtres ; mais il ne ^t aucun passe-droit en leur faveur. S'il &ut les condamner, il en exprime son regret avec une sorte de bonhomie spirituelle qui était dans ses manières et qui se retrouve dans son style; mais enfin il les condamne. Si, dans la ditousr mm de quelque point obscur, il ne parvient pas à s'éclairer suffisamment, il convient que, dans l'indertitude , il préfère supposer lé bon droit du côté dès Normands. C'est, comme on le voit, jouer cartes sur table. Au reste , cette sorte de profession de foi n'est pas sans art, car elle prévient en, faveur de la sincérité de l'auteur ; mais cette sincérité est réelle ; s'il en revendique le mérite, il ne fait qu'user d'un droit.

Son histoire est disposée avec clarté. Ou: y aperçoit facilement quatre points princi->

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paux : les temps antérieurs à Rollon;. le règne de ce prince et de ses )siicce$seurs ; le brillant épisode des fils de Tancrède de Hauteville , et le règne de GuiUaume-le^onqoérant. Telle n'est pourtant point la division des. titres de l'ouvrage, où, après les temps antérieurs à Rollon, se trouve naturellement le règne de chaque duc.

Ces temps antérieurs, contiennent • d'abord des Êdts assez généralement connus, répon* dant au cours de la {Mrenûère ïaoe, où la/Neos»trie se distingue peu des autres parties de la Gaule. L'auteur trace de cette période un ta* bleau rapide, expressif, et qui , duis* un petit nombre de pages , reproduit bien l'impression que laisse la lecture de Grégoire de Tours. Vient ensuite l'endroit de tout l'ouvrage qiii a le plus de valeur historique, puisqueies détails en sont tirés, en partie, de .sources dont l'emploi, parmi nous , peut être considéré (x>mme neuf : les andennes sagas de la Norwége, auxquelles depuis plusieurs années des savants distingués de la Normandie ont accordé* avec raison une attention d<Hit les mémoires de l'académie de Rouen offrent la preuve. Désormais

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l'origine des Normands non seulement ne peut être un problème , mais eUe est accompagnée de tous les détails, de tous les iK)ms et de toutes les dates qui entourent les points d'histoire les mieux éclairas. Voici quelques-uns de straits dont M. Lioquet peint ces terribles conquerants.

Après avoir parlé des petits souverains qui se partageaient la Norwége au neuvième siècle, lauteur ajoute : t Indépendamment de ces maîtres du sol, il existait dans le Nord une foule de rois d'une autre espèce, souverains sans sujets , sans états, sans demeure et dont la réputation n'est en quelque sorte parvenue jusqu'à nous qu'à travers les massacres qui la leur ont feite. C'étaient les rois de la mer, titre mérité, puisqu'ils ne dormaient jamais sous le toit enfumé , puisqu'ils ne vidaient jamais la corne auprès du foyer. Sans autres forteresses que leurs barques, sans autre droit que celui du glaive, sans empire que les flots, ils s'élançaient sur leurs chevaux à voiles, ainsi qu'ils appelaient leurs navires , épiaient les vaisseaux voyageurs, les attaquaient à l'abordage, faisaient périr les vaincus, soit par le fer ou par le feu.

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soit en les livrant à.des chiens fùiîeux^ soit en

les précipitant du haut des rochers.

» Ce n'était pas seulement sur les flots qu'ils exerçaient leurs brigandages. Mais alors peu leur importait la contrée qu'ils allaient visîtei* : ils poussaient leurs esquifs à la mer, et. en abandonnaient la direction aux vents. Quelquefois même , imitateurs eo cela des vieux Saxons, dont ik devaient un jour trron^>her, ils s'embarquaient pendant l'orage,. certains d'arriver à l'improviste , et voguaient joyeusem^it vers le pillage sous la protection des tempêtes.

1^ Rivaliser de force et d'agilité , .gravir lestement les rochers e&carpés^ courir sur le bord étroit d'un esquif, sauter légèrement d'une rame sur 1 autre, en suii»nt le xnaayement ré-i gulier des nqneurs, lancer à l'ennemi deux, javelots à la f<»s , se battre des deu^ main» avec une ^le dextérité, traverser un bras de miar à la nage, dompter un coursier rebeUe , Tenfourcber à toutes les allures, boire de la bière dans le crâne de sop ennemi ; tels étaient les jeux du pirate, à qui la mort ne pouvait arracher qu'un sourire. , ♦

> Gomme s'ils. eussent appréhendé/ que leur

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énergie naturelle les servît mal dans le combat, ils appelaient à leur aide une sorte de rage arti* ficielle, en s*enivrant de boissons spiritueuses. Alors ils s'abandonnaient à d'effroyables oon^ torsions, essayaient de briser leurs boucliers avec les dents , mettaient dans leur bouche des tisons enflammés , et ne se calmaient qn a la vue du sang qu'ils avaient pu répandre. • .

> Voilà les compagnons de ce Hrolf, fondateur d'une souveraineté nouvelle en France, et dont la postérité devait s'établir avec tant d'éclat sur le trône d'Angleterre. »

Dans le règne de Hrolf ou RoUon, l'auteur discute avec beaucoup de lucidité plusieurs points d)scurs, tels que les circonstances du traité de Saint-Clair sur Epte, le prétendu mariage de Rollon avec une Gisèle, qui aurait été Me ou sœur de Gharlesrle-Simple , mariage admis par tous les historiens modernes, et dont M. Licquet démontre la &usseté, en expliquant comment cette erreur s'est établie.

Dans l'histoire des successeurs de Rollon, le pèlerinage de Robert-le-Magnifique à Jérusalem présente le côté le plus poétique des mœurs de cette époque. Une partie de son voyage se feit

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en ^rentable pèlerin, nu*piedé et Iç bourdon à là main ; mais, en arrivant à Goxfêtantinpple , < Robert voulut y &ire une entrée digne de sa réputation d'opulence et de libéralité. Il ordonna donc qu'on lui amenât une mule richement caparaçonnée, lui fit mettre aiix pieds des fers (Tor, faiblement assurés avec des clous de même métal , et défendit à ses gens de les ramasser s'ils venaient à se d^cher dans le trajet. Ainsi montée et suivi de ses dievaUers somptueusement vèttis^ il se tetidit à l'audience de l'empereur. »

A l'occasion des récits suspects auxquels donnèrent lieu les aventures de ce duc Robert, M. Licquet réfute Paiement la tradition qui le confond avec le personnage des romanciers, célébré jusqu'à nos jours sous le nom de Robert-le-Diable, dont on montre le prétendu château sur la rive gauche de la Seine, à quatre lieues de Roupn, et dont M. De ville a prouvé l'identité (obscurcie par le merveilleux des traditions) avec Robert Courte-'Heme, fds de Guillaume-le-Conquérant.

Au règne de Robert-le-Magnifique se rattache le brillant épisode de la conquête de la < Rouille

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et de la Sicile par les vaillants fils de Tancrède de.Hauteville, qui fondèrent alors le royaume des Deux*Siciles, tel qu'il existe encore aujourd'hui. Leurs exploits sont encore plus étonnants que ceux de RoUon , et M. Licquet a exposé d'une manière aussi claire que rapide leis entreprises de ces douze frères terribles, dont Guillaunie-^brasKle*fer, Robert Guiscard et Roger sont les plus illustres. Il semble lire une épopée en lisant les prodigieux succès de ces chevaliers normands. Robert Guiscard en était venu.au point de destiner l'empired'Orient à son fils, en visant pour lui-même au trône de Perse ; et ce qui lui restait à faire pour y arriver n'était pas plus grand que ce qu'il avait fait pour en venir au point où il était. Mais la mort l'arrête. Malheureusement cette épopée reprend son caractère véritable par les détails d'atroces cruautés que sans doute n'aurait pas imaginées un poète; telle est cette horrible habitude de faire couper les mains et les pieds.

c Ce maudit usage des mutilations , dit Mézeray, venoit de l'invention des princes grecs, et on l'a pratiqué long«temps en Occident : à cause deqilioi les vassaux, dEan$ leur^serm^it

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de fidélité , juroient qu'ils défendrôieiit la personne de leur seigneur envers et contre tous, et ne consentircH^it pas qu'on le mutilât d'aucune partie de son corps. »

Les auteurs du temps parlent de ces supplices avec un sang-froid incroyable, habitués qu'ils étaient à voir journellement de parafe ^ectàcles^ Riso, seigneur de Monticello, ayant assassiiié dans une église Drogon, son compère, im des douze fils de Tancrède , Hnmfi*oy, fi^ère de Drogon , assiégea MonticeUo et s empara de Risp« D'abwd ses complices fiirent mis à mort par divers supplices, qui ne pouvaient être trop grafids pour une telle trahison , suivant la remarque d'Aimé, moine du mont Gassin, auteur de la Ghronique de Robert ViscarL Quant à Riso, le principal coupable ,. le chroniqueur ajoute dans son style antique : < Et Riso, lequel » fu chief de lor malvaistié, il lui furent tailliez » toutes les membres Tune après l'autre, à ce i> qu'il soustenist plus lonc tonnent de sa per- 9 sonde. Et au tlarrain [en dermer tieujy avant ,p qu'il morust, vif lo souterrèrént* « . Rien n'est plus intéi^ssant que dç a»nparer avec le récit de M.Licquet cette chronique du

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moine Aimé et son Ystoire de li Normanty qui viennent d'être publiées pour la première fois par M. Ghampollion, et que feu Licquet n'avait pas connues.

On pense bien que le règne de Guillaume^ le^Conquérant , qui termine l'ouvrage , en est la partie la plus impartante. Nous nous bornerons à dire que lliistorien nous y a paru coustanmient à la hauteur de son sujet; il lui arrive souvent de n'être pas d'accord avec M. Thierry. Toutefois il est loin de chercha* à disculper son célèbre duc des graves reproches que l'histoire est en droit de lui faire*

c Assurément , dit-iU le poison joue un trop graiid rôle dans l'histoire dé Guillaume. » Plus loin, il ajoute , en parlant de Gonan , duc de Bretagne , dont un vassal , qui l'était aussi dp Guillaume , empoisonna le cor, les gants et la bride, et qui mourut tout à point pour tirer le duc normand du plus grand embarras : « G 'est le quatrième ennemi dé notre duc qui meurt empoisonné , rapprochement hmeste à sa mé^ moire , et qui prouve malheureusement aussi que cette science infernale est plus ancienne qu'on ne se l'imagine. > Sans doute cette inort

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a rappdé à Fauteur œlle de Jeanne d'Albret , reine de Navarre , empoisonnée aussi arec des gants que lui avait vendus im Italien amené à Paris par Catherine de Médicis. Toutefois nous trouvons une singulière négligence dans la dernière réflexion; car personne, que nous sachiôns, ne s'imagine que la écienoe des empoisonnements soit moderne : il suffit, pour savoir le contraire, d'avoir vu jouer Britannicus ou lu Tacite, dont Racine a reproduit fidèl^oient les détails en cet endroit. L'histoire du poison est malheur^isement presque aussi ancienne cpie celle de nos sociétés.

M. Licquet était un des savants les plus estimés de k ville de Rouen , dont il était bibliothécaire, et où il est mort, en 1832, à l'âge de cpiaraate-cinq ans. MM. Frère et Nicétas-Péria»x se sont faits éditeurs du hA ouvrage qu'il avait laissé manuscrit, et dont nous venons d'essayer de présenter un aperçu. Nommer ces éditeurs , c'est feiire l'âoge typographique du livre, car il y a long-tebfips que la réputation de leurs excellentes publications s'étend bien au-delà de Rouen. Ils ont été puissamment secondés pai* deux savants de la même ville , qui

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ont pris soin de cette œuvre posthume de leur confrère. Des matériaux sur la littérature , la mythologie et les mœurs des hommes du Nord avaient été préparés par M. Licquetpour servir d'introduction à son histoire. M» Depping, en joignant quelques-uns de ces fragments aux notions qu'il doit à ses propres recherches , a complété cette introduction » dont il a enrichi le commencement de louvrage, afin qu'il parût tel que son auteur l'avait conçu. Enfin M. De* ville, qu'il faut nommer dans tout ce qui s'entreprend d'utile et d'honorable à Rouen, a suivi l'impression avec une attention dont la parfaite correction du livre prouve tout le zèle , et où l'on reconnaît la main d'un ami. Il a fait précéder le livre d'une notice sur l'auteur, et l'a fait suivre de plusieurs documents conteniporains ; dont trois , traduits par lui , se reconnaissent iaçUaasent à la fidélité historique et à r^égance correcte de tout ce qui sort de sa plume.

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