SÛ PAIVILÉGE DE SA1NT-*R0MAI
oevoir des atteintes, car c'était en 1580, et nous avons marqué le temps de sa plus grande splendeur au règne de Charles YIII. Peu de temps après, commencent les véritables tribulations du chapitre. L'abus qu'il lait de son privilège appelle l'attention du parlenfôM, qui devient alors presque constamment son adversaire. Les chanoines voyaient avec raison que leur importance auprès de tant de grands personnages venait de l'extension exorbitante donnée à leur droit de gràce« Bouthillier-Ghavigny , secrétaire d'était, leur écrivait en 1641 : « Si le crime dont les i^eurs de la Grillonière sont accusés eu8i permis dimplarer la gtâee du prince , y oie vons dire que le Boy m'eust peut^estre faict l'honneur de me l'accorder pour eux. » Cette considération était trop visible, et les diancMnes avaient ainsi trop d'intérêt à choisir de gramls criminels, pour ne pas leur donner la préfé* rence ; ce qui fit dire plusieurs fms aux magis*trats qui attaquaient le plus vivement le privilège qu'on en avait fait un brevet d'impunités Les guet-apens le plus traîtneusem^at médités, l'assassinat des feounès.par leurs maris et des maris par leurs femmes, le viol, ie meurtre des,
prêtres au pied des autek, le fratricide , i'inlanticide, le parricide^ trouvent grâce devant le chapitre.
Voilà, certes^ des crimes bien odieux, et l on ne peut s'empêcher de blâmer des ecclésiastiques à qui l'esprit de corps fai^^ait: si mal appliquer leur omnipotence miséricordieuse* Ce»pendaqt, ayant de les condamner lirop sévène^m^t, i} faut considérer toute la force <le ce seur time^t 4^ollectif, Fimpor tance que l'on met à traqanietire intacts à ^es successeurs 1^ droi(^ qu'on a reçus de ses devanciers. Souvent même, ^ différentes époques, les hommes les plus idoux idt les plus modestes firent valoir avec énei!gie let avec une apparence de hauteur les préror |[atives de leurs fonctions. I^e pieux RoUin, fêtant recteur de l'université , disputa le pas à ^l'archevêque de Paris dans une cérémopie, et J'çmp^rta. Puis , aussitôt après la cérémonieL, il alla se jeter aux pieds de oe ^lat , qu'il ^mptait personnellement parmi ses proteo-
tetir^*
On comprend diaque jour plus idîflicilement dipis nos temps .d'unifoFiuité ^nér^e l'itapor-^ l^ce at<tachée aux moindres préro^uives ho-
292 PRIVILEGE DE SAIfiT-ROMAIN.
norifîques d'une compagnie , à ces époques où tout était classé. L'ambition consistait, non pas à sortir de sa classe , puisque c'était presque impossible, mais à y Êiire arriver tous les avantages.
Souvent , il est vrai, les intérêts du chapitre de Rouen s'accordaient avec ceux de la justice et de l'humanité , et il est naturel de supposer que les chanoines profitaient avec empressement de ces occasions. Ils signalèrent même par un choix de ce genre le séjour de Charles YIII à Rouen, c La présence du roi dans la capitale de la Normandie y avait amené une multitude d'officiers attachés à sa personne et aux princes et grands de sa suite. Sous un roi jeune et facile , ces gens-là se croyaient tout permis : plusieurs habitans de Rouen eurent à se plaindre d'eux ; mais voici un fait plus grave que tous les autres. Le 2 mai, deux palefreniers des écuries de l'amiral de France, logés dans le Êiubourg Saint-Gervais, s'approdièrent d'un jeune homme nommé Gornelay, et l'un d'eux le pria de le débarrasser d'une paire de tenailles qu'il lui présentait en la tenant sans, doute avec précaution. Le jeune homme cré-