‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 44 sur 57 · PRIVILEGE DE SAINT-ROMAIIV · texte numérisé non relu

PRIVILEGE DE SAINT-ROMAIIV

dule saisit les tenailles ; elles étaient brûlantes, il se blessa beaucoup la main , et, irrité par la douleur, il n'épargna pas les invectives aux insipides auteurs d'une si cruelle plaisanterie. Mais, quelques heures après, ces deux palefreniers, pour se venger peut-être des injures que Cornelay leur avait adressées , revinrent à cheval caracoler autour de lui en le bravant, et un des chevaux lui foula les pieds • Outré de ces mauvais traitements qu'il n'avait pas mérités, Cornelay asséna deux ou trois coups de bâton à un de ces insolens , qui tomba de cheval , mortellement Uessé, et expira la nuit suivante. > Grande rumeur dans la maison du roi, coipme on peut penser. D'un autre côté , « toute la ville s'intéressait vivement au sort de Cornelay ; de plus il était Normand , et les anciens de la ville , après avoir vu , pendant les vingt-cinq années de la domination anglaise , la fierté levée assez fréquemment par des Anglais, ne pouvaient plus souffrir qu'on la donnât à d'autres qu'à des gens de la province. » Pourtant les droits du chapitre étaient déjà méconnus. Malgré la suspension d'usage pour l'exécution des arrêts,^ la sentence fatale était rendue , une charrette

Wb PRIVItBOE &E SAlNT*-ROMAm.

était à là pofte, le botureku attetidàit. Les dia*

ûôîlte$ jugèrent un tel choix digne d'eux en cette circonstance , justement à cause de ces obstacles ; ils les siùrmontèrent, et Pferre Cornelay leva la flerle de miséricoMe.

Les crimes les plus saillants par le jour qu'ils jettent sur les moeurs du temps, ou par quelque circonstahce accompagnant comme ici I élection du prisonnier, ont été choisis avec bèautoup ^e discerneéieîit par M. Floquet pour former te corps de son histoire. On y trouve avec élottnomentun intérêt soutenu que semblait ne pà^ comporta la inôhototiie apparente du sujet. Puis, dans une liste générale, pilacée à la suite de l'histoire, il indique totis les prisonniers dont fl a pu découvrir les Udms, Tannée oii chacun d^éMx a levé la fierté, les crimes dont ils étaient coupables. Cette liste, qui n'a plus d'intertnip-

tioU depuis la fin du quatorzième siècle, dotme la plus ju^té idée des actes dé violence conimis

pi^squé j<)uriiellenient par cette nobles^ qui né qtiittait pas les armes et qu'éitcitaient à la veUgèance et à la cruauté l'ojrguéïl , h. cupidité, les hàiites de&tnille, puis lesgùérrès dîviles ëi les dissensions religieuses. Ainsi alimentée , cette

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fureui: âeoible plutôt s'acx^roître. que diminue)' jusqu'au dix'-septième siècle. En lisaïit ces fait^ authentiques, on se félicite involontairement de vivre dans un temps où la sûreté de la vie et 1« douceur des mœurs ont remplacé de si grands excès*

Noua ne prét^dons pas toutefois jug9r upe époque seulement par les annales de ses crimes; maitTouvragedeM» Floqûef montre les iXK)etu*ft anciennes de Rouen, pour ainsi dire, sous toute» leurs fecés. A coté de cette fière attitude des chanoines, qui comptent parmi leurs solliciteurs des princes» des rois et jusqu'à des papes ^ on voit def; tiraits comme celui-^^i. :

Après un démêlé assez vif qui eut Heu esi i4SS entre le chapitre et le lieutenant-général Poolia^ o^ui<<î et les deux dhanoines députés « sortît tent enaemUe de Thôtel dû président de i'é^ chiquî^ , et on s'achemina vers les prisons. Mais dans uQe des rues qui y conduisaient était une taverne portant pour ensdgne le Lion d'Or, Bty soit que la chaleur fût grande ce joiavlà> soit Gpi'on se fût altéré en exposant^ de part et d'aiitve,5es raisons au président de Téchiquii^^ Poolin et les chanoines entrèrent de compagnie

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dans cette taverae et burent ensemble; > oe qui assurément montre peu de rancune de la part de ces bons prêtres qui venaient de perdre leur cause contre le lieutenant Poolin , ceci soit dit à leur louange. 11 y avait bien dans les sta* tuts capitulaires un article qui défendait expressément aux chanoines c d'aller boire à la ta- » yeme en habist d'égUse sous peine de dix sols » d'amende, > et c'était en costume que nos deux chanoines étaient entrés au Lion (fOr. Mais, ^ le chapitre n'en sut rien, ou feignit de l'ignorer, qu'avons-nous à dire ?

QuelquefcHS des traits de gaité, de licence ou de bouffonnerie, donnent lieu à des peintu^ res comiques, dont la scène est ou aux prisons, ou à la procession, ou au parlement, qudr quefois même à la cathédrale. M. Floquet n'a pas reculé devant la vérité, par un respect mal entendu pour la religion, dont les hautes vérités n'ont pas besoin de tels ménagaooents. Partout oii il y a des hommes, on les trouve avec leurs passions, et nous commençons à rev^air de cette disposition malveillante à Êâre une arme contre l'église des &utes ou des travers de ses ministres.

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