DE CASTELLANE
Il faut parfois se féliciter que Tostracisme iiiintelligeut des partis et les caprices des scrutins écartent des assemblées publiques certains hommes supérieurs. Si, par ces exclusions systématiques, les débats des Chambres perdent en élévation et en éloquence — chose dont on fait aujourd'hui bon marché — la littérature polili(|uc y trouve sou compte. Elle s'enrichit de tout ce dont la tribune s'appauvrit. Ce n'est pas un gain négligeable. Le discours est fugitif, tendancieux, occasionnel. Le livre est durable ; il remue plus d'idées qu'il n'allume de passions et quand 11 s'attache à dégager à travers le tumulte des événements, la caractéristique d'un temps, à donner la synthèse d'une
(l) Les Temps Nouveaux^ 1 toU Paris, 1895.
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société à en deviner les transformations probables, il prend alors une haute portée pliilosopliique.
C'est ce (]ue vient de faire M. le inaniuis de Castellane dans un ouvrage original : Les Teinys nouveaux, 'i'itre suggestif, conceptions hardies, jugements indépendants et souvent sévères, frappant en pleine actualité les hommes et les doctrines. Et cependant ce livre, malgré ses allures de pamphlet^ dues ù la vivacité du style et des images, n'est pas une uMivro de parti. c Contemple d'un lieu élevé, dit Marc Aurèle,ces troupeaux innombrables, ces mille cérémonies religieuses, toutes ces navigations pendant la tempête ou le calme, cette diversité d'êtres qui naissent, (|ui vivent ensemble, qui s'en vont. » M. de Castellane regarde aussi «d'un lieu élevé », non avec la dédaigneuse indiflërence du stoïcien, mais avec une sagacité patriotique les institutions et les idées sur lesquelles nous avons tant bien que mal vécu pendant ces vingt-cinq dernières années. Il démêle dans le prodigieux chaos de ce siècle tumultueux, ce qui est vivace et ce qui est caduc, et sur le vieil arbre social si rudement secoué depuis 1789, son œil sait distinguer les branches sèches des jeunes pousses.
En gentilhomme démocrate qu'il se pique d'être, avec raison, M. de Castellane ne ménage guère les anciens partis, n'est pas tendre pour les nouveaux, l)Ouscule bien des préjugés, démasque bien des hypocrisies. Et si on le pressait un peu sur certaines ques-
lions quVi dessein il effleure, on surprendrait, sans Irop d'eiforls, chez l'ancien constituant de 1875, des tendances très avancées, presque révolutionnaires.
Quoi d'étonnant? Les déceptions disposent peu à rindulgence, et (|ueUe déception plus cruelle que l'hybride régime issu des concepts de l'Assemblée Nationale? Monai'chie sans roi, démocratie emmaillotée de défroques philippotardes I Seulement aujourd'hui le maillot craque de toutes paris et devient loque. On peut prévoir qu'il n'ira pas loin, et qu'il n'est que temps de donner à la nation un habit à sa mesure. Que sera cet habit? Socialisme ou césarisme? Les deux peut-être. M. de Castellane parie pour le césarisme, à moins qu'en un réveil subit et fort invraisemblable et sans tarder, la nation ne se ressaisisse.
Mais qui donc s'en soucie? Y a-t-il môme un esprit public? Où sont les mœurs politiques du pays? Tout n'est plus que scepticisme, indilTérence, égoïsme,. malérialisme. C'est la débAcle, « le branle-bas », dans l'ordre social, religieux, intellectuel, nioral. Ce dernier quart de siècle a entassé plus de ruines que la série de nos révolutions périodiques. La leçon de 4870 est restée stérile. La politique, la littérature, les arts, l'enseignement, ont concouru à l'envi au désarroi universel, représenté à l'heure actuelle par deux tendances dominantes : a la déification du moi ]> et « l'Irrespect de toute autorité ».
L'orgueil est le compagnon ordinaire de la déca-
96 ESSAIS d'histoire et de uttérature,
ilence : témoin les Grecs du Bas-Empire, ou les Vénitiens du xviii* siècle. Nous n'avons pas échappé à la loi commune. Dans ce régime aMtanli qu'on appelle la ilépubli(|ue parlementaire, les grands hommes pullulent, mais rien ni personne n'est plus ù sa place. Tout le monde est devenu propre à tout, «c De parti pris, dit M. de Castellane, toutes les apti tudes furent faussées. Des pékins on fit des généraux, de normaliens des financiers, des marins des diplomates, des journalistes les chefs de l'instruction publique, des libres-penseurs les ministres des cultes.» Du haut en bas de l'échelle sociale, môme confusion, même désordre. : a Des gens qui ont ramassé de l'or dans je ne sais quel ghetto se hissent sur les débris de l'antique aristocratie française et la main dans la main d'une patricienne, convient la jeunesse enjouée à souper à leur table, décernant les palmes de l'élégance, imposant la mode, transformant les grands seigneurs en pique-assiettes, et les voleurs de grands chemins en citoyens austères. ^ Le paysan quitte sa ferme, estimant Indigne de lui le travail des champs, séduit par les salaires élevés et les plaisirs de la ville. Dans l'usine, l'ouvrier syndiqué tente d'expulser le patron.
Dans la conduite des atlaires extérieures ce ne sont que tergiversations et bévues : « Nous sommes à plat ventre devant la Russie et d'une politesse obséquieuse pour le reste de l'Europe. Jadis nos diplomates
M. LF: iMAHQUlS DE CASTELLANK 97
rs'appelment Richelieu, Mazarin, Talleyrand; aujourd'hui ils se nomment Ferry, Waddington, Goblet. En vingt ans, nous, peuple souverain, seul maître de nos •volontés, nommant nos députés, désignant nos ministres, vous avons livré volontairement l'Egypte aux Anglais, recherché les Anglais, recherché les Allemands, recherché le tsar. A l'intérieur le spectacle est plus carnaval escjue encore. De 4874 à 4895 nous avons usé trente-deux ministères. Arlequin a été notre modèle. Simultanément, nous avons eu des ministres intègres et voleurs, patriotes et anti-français, intelligents et Imbéciles : Ricard, Baïhaut, Flourens, Ferry, Freycinet, Ribot. »
La magistrature, la finance, la presse, ont tenu 'leur rôle dans la sarabande universelle.
Le tableau est lamentable, mais qui pourrait accuser M. de Castellane de l'avoir à dessein poussé au noir? Les faits sont présents à toutes les mémoires; ils sont officiels, ils appartiennent à l'histoire.
Le I)ranlo-l)as religieux n'est pas moins grave.
Renan a paru dans nos temps comme le plus habile, le plus ingénieux destructeur de la foi, ne niant point -ces dogmes, en proclamant volontiers la beauté, la nécessité môme, mais sans leur accorder d*autre valeur qu'une valeur de légende. La religion perdait ainsi son caractère de certitude, son autorité doctrinale. Elle était par un arrêt de la science et de l'exégèse, confinée «flans le domaine de la poésie. C'est aloi*s qu'on a vu le
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christianisme se faire scientinque. Des controvei*ses hasaixléeSy peu concluantes, susceptibles d'ébranler la foi des âmes timorées, furent portées dans la chaire par des prédicateui's plus zélés que prudents. Cet ellurt de la science chrétienne pour accoi*der les textes bibliques et les découvertes modernes ou concilier l'antinomie des lois civiles et des doctrines catholiques, part d'idées généreuses tout à fait louables. Quelques personnes pensent qu'il eût été plus sage de ne pas aborder ces questions insolubles, et que la foi du charbonnier valait mieux. — M. de Castellane semble être de celles-lù et sans dire de quel côté vont ses préférences, il regrette qu'on ait tait à M. Renan l'honneur de discuter ses fantaisies poétiques, de même qu'il a l'air d'accueillir avec — (et il n'a pas tort)— une égale défiance le socialisme évangélique du comte Tolstoï et le christianisme réduit de M. Paul Desjardins : a Des croyants qui croient mal et des incrédules se figurant croire ù quelque chose, des évêques nommés par des irancsmaçons, des lois dont toute pensée chrétienne est bannie comme une peste lo, tels sont les symptômes de l'aiTalssement religieux. Peut-être tout cela n'est-il qu'à la surface. Querelles académi(iues, disputes de lettrés qui n'entament pas le dépôt des anciennes croyances dans l'âme obscure des masses. Il est même très contestable que la religion commence « à revêtir les mortelles pâleui^ », que signale M. de Castellane, mais nous aurions tort de rechercher trop activement
sur ce point riionorable marquis, puisqu'il prend soin de nous avertir rju'il « no fait que marquer les coups » clans la bataille, sans qu'on puisse y voir « l'expression de ses sentiments intimes )».
M. de Gastellane est moins réservé à l'égard des écrivains et des artistes. Ici, c'est une charge à fond, avec l'aide de M. Max Nordau « l'homme de ce temps qui peut-être a vu de l'œil le plus sain les ombres dans lesquelles notre lumineuse intellectualité s'est perdue ». La critique a beau jeu. Jamais « le branle-bas )> ne fut plus sensible. Jamais la dégénérescence ne s'afQcha dans de plus extravagantes ni de plus plates fantaisies. S'il est un domaine où l'hypertrophie du moi, le nervosisme et la vanité hystérique se soient donné carrière, c'est bien dans la littérature et l'art. Que le clair et vigoureux esprit de notre race ait sombré dans un inepte byzantinisme ; que la simplicité robuste de la langue française, la seule qui, selon le mot de Rivarol, « ait une probité adc(iuate à son génie )!),se soit, comme ;i plaisir, barbouillée de vapeurs germaniques ou Scandinaves, c'est là ce qu'on ne saurait assez déplorer. Au fond de cette dépravation intellectuelle se retrouvent les caractères généraux de toute décadence : l'ironie du bien, le goût de la mystification, le dédain des choses religieuses, l'orgueil. Nul souci que de la forme; l'impassibilité de Bouddha accroupi dans sa béate rêverie, unmysticismesatanique mêlé d'exotisme baro(|ue et pimenté de sadisme, tels sont les dogmes
dOO ESSAIS D'histoire et de littérature
de l'art nouveau. De Théophile Gutitierù Mallarmé, Ae Baudelaire h M. Robert de Moiites<]uiou, lu progrèsaiou ou, si l'on veul, lu chulu se poursull. Du corumeuce dans t'iminuable sérénité des Olympiens, ou Unit dans un japouisnie tjniiiui.^iit, pour le plus ({i-und • épatement » du bourgeois. Mtime évolution du roman ■ autopsiai » avec les Goucoui-t, sadiiiue avec Catulla Mondes, pour aboutir aux ■ l'uuiisleries > égolistes de MM. Huysmaus et liarrùs. I.e thêiUre dé^^ringole dans les fuligineuses élucuhratioiis d'Ibscii et de iMuelcrlink. Les feuiuies bariolées de M. Ucsiiard et les mduiuiuureK impreiibionuisles prétendent renouveler lu peinture et les pasticheurs de Wagner donnent les dernièr-e» notes du charabia musical.
Certes, M. de Castellane n'est pas tendre pour les c jeunes i. Il n'est même pas tout ù fait juste pour les a: anciens ». Kuvelopper dans une réprobation commune, tous les Parnassiens, à cause des mucubreries de l'auteur des Fleurs du Mal, oublier dans l'ieuvre des Concourt, M"" OeruaisaU pour ne l'appeler i|ue \ix fille Elùa, condunuier en bloc les toiles de llenner au nom du coloria classique et excommunier Wagner au nom de Gounod, n'est-ce pas beaucoup d'intransigeance'.' 11 y a des règles absolues en morale, peut-être même en politique, mais en art! Kn somme, l'esthélîque décadente n'est si ridicule, nous alliiins dire si méprisable, que parce que la sincérité eu est absente, qu'elle dissimule mal sous des formes truculentes ou
mièvres, son indigence absolue d'idées, et sa prétentieuse impuissance, quand elle ne procède pas chez quelques-uns d'un besoin maladif de réclame. Mais celte singularité moibide, lorsqu'elle s'allie à un réel tempérament artistique, produit quelquefois de belles œuvres dont l'étrangetc môme force l'admiration.
Que dire de notre avilissement moral! Les preuves abondent, on n'a même que l'embarras du choix. Ahl M. de Castellane a la partie belle 1 Les hontes du « Panama », les scandales du « Wilsonisme », tout dégradants qu'ils soient, ne constituent pas les plus graves témoignages du gâchis des consciences. Le plus gravé, le plus effrayant, c'est l'imperturbable sérénité avec laquelle le pays voit défiler toutes ces turpitudes. Klles stimulent sa curiosité, sans provoquer le moindre dégoût, la moindre révolte.
Il y a quelque trente ans, Prévost-Paradol dénonçait dans un livre célèbre (1), parmi les signes de décadence les plus certains de son temps, l'afTaiblissement du point d'honneur, le culte du succès, d'abord dans les affaires publiques, puis, par une pente fatale, dans la conduite des intérêts privés. « La logique, écrivait-il, l'emporte dans le raisonnement comme dans le langage, et bientôt on se surprend à louer comme de l'habilité suprême en affaires tout vol assez adroit pour rester impuni. » Elle brillant publi-
{!) La France Xouoelle.
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ciste estimait que si un arrêt devait un jour se produire dans la dépravation des consciences, se serait par l'elTet d'une réaction de l'honnêteté dans les aiTaires privées sur les mœurs politiques d'où le mauvais exemple était descendu. Que n'a-t-il vécu assez pour voir l'éclatant démenti iniligé par les événements à ses pronostics! Si la désorganisation morale s'est précipitée du haut en l>as avec une logique elTroyable, c'est bien par l'alliance intime do la politique et des alïaires! AlVaires véreuses, politiciue véreuse, gangrène universelle. Et toute cette pourriture mis à nu, en dépit des efibrts combinés du gouvernement, des magistrats et même du président de la République, a trouvé le peuple indifl'érent et endormi. Nulle fraude, nulle infamie n'ont pu secouer son apathie, galvaniser sa conscience : Cum in prof ondtim veneHt, contemnit.
Un troisième symptôme de notre effondrement moral, serait, d'après M. de Castellane, a te fait tant de fois constaté et déploré de la dépopulation. i> Il y a pourtant des réserves à faire. D'autres causes que des causes morales ont créé cette situation. Celles-là sont d'ordre économique ou juridique. La comparaison des statistiques criminçlles dressées en France, en Italie et en Allemagne, est en faveur de notre pays. M. de Castellane est le premier à le reconnaître, mais il établit que le souci de maintenir l'intégrité du patrimoine sur la tôle d'un héritier unique, la préoccupa-
M. LR MARQUIS DR CASTRLLANR 103
tion d'éluder les dispositions égalitaires du Gode •civil, sont une incitation permanente à l'infécondité volontaire, immorale au premier chef. Sans doute, mais dans l'espèce, la faute n'en est-elle pas à la loi elle-même? D'autre part, le problème de la vie devenant de jour en jour plus compliqué, est-il prudent^ est-il sage, pour un chef de famille, d'avoir plus d'enfants qu'il n'en peut nourrir? N'y a-t-il pas assez de bras inoccupés sur le marché humain? Et ne voyons-nous pas, chez nos voisins plus prolifiques, uii mouvement d'émigration de plus en plus considérable corriger cette surabondance de travailleurs sans ouvrage et de paysan sans terre?
Donc, bien des débris jonchent le sol, bien des idoles sont en poudre. Le siècle a semé sa route de destructions de toutes sortes : Destructions sociales, religieuses, intellectuelles, morales. La passe est dilïicile et l'alternative redoutable. « Ou la France va remonter en un bond magnifique, sur ses positions primitives, ou bien elle va s'ciTondrer définitivement. » Nous devrons faire peau neuve ou périr.
Il faut faire la part des choses mortes sans retour. Tenter de les ressusciter serait folie. Avant de reconstruire, la première besogne est de déblayer le terrain. M. de Gastellane s'en acquitte avec une décision qui va certainement déchaîner bien des colères.
La monarchie d'abord : elle est morte en 89, le jour où est né le dogme de la souveraineté populaire.
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Souveraineté du roi, souveraineté du peuple étaient incompatibles : un duel à mort s'en suivit. Le 10 août^ le 21 janvier, étaient implicitement contenus dans levote de l'Assemblée nationale. Bien ))eu alors s'endoutaient, mais entre l'ancien et le nouveau droit,, aucune transaction n'était viable. Le trône relevé en 1814 n'a vécu que précairement, à la faveur d'une équivoque. Au premier choc l'équivoque disparut. Le souverain véritable ressaisissait ses droits. Il ne devait plus les abandonner, du moins en théorie.
C'est du peuple que la monarchie de Juillet reçoit l'investiture. Aucun lien n'attache cette monarchie au passé. Placée hors du droit héréditaire, elle ne peut être qu'un gouvernement d'opinion; elle n'exercel}u'une autorité déléguée. Le jour où l'opinion publique lui manque, elle s'écroule.
Avec le peuple souverain, aucune restauration n'est à espérer, à moins d'une consécration plébiscitaire. La tentative de 1873 devait fatalement échouer. Où 1& peuple est tout, le roi n'est rien. C'est que finirent par comprendre les membres de l'Assemblée de Versailles.
Ils crurent assez faire pour le bonlieur et le repos du pays en lui infligeant leur Constitution bâtarde, avec une Chambre élue au suffrage universel, flanquée d'un Sénat, contrefaçon de la Cliambre des pairs. Ils firent l'économie d'un roi, qui en pareille aventure, ligotté, impotent, dérisoire, eût paru plus avili que Louis-Philippe, plus douloureux que Louis X VL Le
respect des grands souvenirs inséparables de la royauté leur interdisait celte Tarco lugubre. Le rôle ridicule dévolu à l'Exécutif, ne pouvait convenir qu'à un ôlre quelconque, Inconnu du pays, sans traditions, sans ancêtres, délégué temporaire d'un parti, à l'effet de signer des décrets et de tenir table ouverte dans quelque palais national. La présidence de la République suffisait à la Constitution de 1875. Celte institution inepte aura ravalé le pouvoir central et accéléré l'anarchie, mais elle aura épargné aux contemporains, fatigués de révolutions, deux incidents désagréables : un coup d'État qui eût balayé les fictions constitutionnelles ou une répétition de 1830.
A y regarder de près, la souveraineté du peuple n'est, elle-même qu'une fiction, un trompe l'œil imaginé par les théoriciens de la bourgeoisie. Elle n'est efTective qu'à la condition d'être directe. Or, où a-t-on vu qu'elle se soit jamais exercée autrement que par délégation? Délégation à une Chambre élue par un corps électoral plus ou moins étendu; délégation directe à un homme assez adroit pour capter la confiance du pays ou assez fort pour lui imposer sa loi. L'exercice de la souveraineté vaut alors ce que vaut le délégué.
Depuis vingt-cinq ans, cette délégation s'incarne dans une réunion de bourgeois qui viennent de leur province, faire du tumulte dans un local fermé, sous prétexte de confectionner des lois et de voter des
budgets. Nous savons comment on les nomme, et nous avons appris à nos dépens de quelle manière ces mandataires du peuple souverain s'acquittent de leur mission. Quelques mots fatidiques résument leur œuvre. Gaspillage, impuissance, imposture, concussion, sont devenus synonymes de République parlementaire.
Reste l'autre farjon d'exercer ou plutôt de ne pas exercer la souveraineté : la délégation directe, l'abdication au prolit d'une dictature personnelle ou impersonnelle. C'est la fin ordinaire et le suprême refuge des démocraties, dégoûtées de l'agitation stérile et des vaines paroles.
Verrons- nous prochainement restaurer le césarisme sous une forme quelconque? C'est l'opinion de M. de Castellane : « Avant qu'il soit longtemps, dit-il, nous assisterons à l'apothéose de la trique... trique impériale ou consulaire. Demain le nom de Napoléon serait acclamé au fond des campagnes. Si ce n'est celui-là, un autre beaucoup moins grand, beaucoup moins universel ». A défaut de César, Césarion; mais à coup sûr, pas le Roi, l'oint du Seigneur. Celuilà est mort à Frohsdorfï*. La France pourra se donner un maître, mais à condition qu'il tienne d'elle seule le droit de la régenter et de l'asservir.
Si la restauration de la monarchie traditionnelle est impossible, plus impossible encore est l'abolition du suffrage universel. Que de mal n'en a-t-on pas dit l de
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quels crimes ne l'a-t-on pas chargé ! Il est aveugle et barbare, sans pitié pour les minorités, il ne rend que d'une façon incomplète et factice Texpression du vœu national, il est capricieux, crédule, impressionnable, corruptible. Quoi encore? Le nombre croissant des abstentions en fait un mensonge.
Et malgré tous ces vices, il est inséparable de la démocratie, il est la résultante d'un état social. Les régimes censitaires qui Font précédé n'ont apporté ni plus de sincérité, ni plus de stabilité. Les constituants de 75 qui ne savaient rien faire qu'à demi ont conservé pour le Sénat le sufTrage ii deux degrés. Les résultats sont déplorables. Impuissante h prévenir aucun mal, la paralytique assemblée qui siège au Luxembourg, ne sert qu'à retarder le travail utile — et l'on sait s'il est rarel — de la machine parlementaire. C'est le tombeau des lois, la « cité dolente » d'où rien ne revient, à la porte de laquelle il faut laisser toute espérance.
En faut-il des exemples? Où est la loi sur l'armée coloniale? où est la loi sur les octrois? où est la loi sur les accidents du travail? Cette dernière attend depuis dùc-sepi ans dans les limbes législatives!
Par quelles voies peut s'améliorer le suflVage universel? Doit-on croire avec M. de Castellane à l'efïîcacité du vote plural, si utilement introduit en Belgique, et du recul à vingt-cini( ans de l'Age de l'électorat? Bonnes mesures, sans contredil, mais insuHisantes.
Le suflVage reflète l'état des mœurs. Il donne la
mesure de l'éducation nationale. Éclairer^ moraliser, afiTranchir le peuple de toutes les contraintes, de toutes les intimidations ollicielles ou autres, c'est travailler à son perfectionnement. Seulement, il faut pour cela un tempérament d'apôtre; chose rare dans tous les temps, et aujourd'liui plus que jamais.
Il faut aussi, d'après M. de Castellane, faire notre deuil de l'État chrétien, c Politiquement, écrit-il, nous sommes déchristianisés. Politiquement nous ne nous réchristianiserons pas. C'est un malheur, sans doute mais c'est un fait brutal auquel il faut se résigner i».
Voilà, semble-t-il, une alTirmation bien téméraire I Quoil il faut se résigner à l'athéisme olliciell Ceci appelle bien des commentaires.
Plus de religion d'État, de culte national comme il en existe en Angleterre et en Russie, soit. Personne ne songe à revenir au régime détruit en 89. Derrière les marques extérieures de respect ou de dévotion, se jouait l'hypocrisie des philosophes et des courtisans. Et M. de Castellane a raison de la flétrir. Mais la troisième République, plus audacieuse, plus radicale en ce point que ses devancières, a inauguré une irréligion d'État, une orthodoxie à rebours. On sait à quelles vexations sournoises ce système a servi de point de départ ; on sait avec quel soin scrupuleux, sous prétexte d'État laïque, le nom de Dieu est banni des discours ofTiciels. Même à l'occasion de nos grands anniversaires nationaux, comme on Ta vu
pour les fôles de Jeanne (VArc, le chef de TÉtat, qu'il s'appelle Orôvy, (larnot ou Kaurc, n*ose metlre les pieds dans une église, La neutralilô scolaire a conduit ;i la suppression du catécliisme et un prétendu respect dos droils de la conscience a [proscrit dans les hôpitaux tout emblème religieux.
Kst-ce cette déchristianisation, accomplie sur Tinjonction des Loges, (|ue M. de Castellane regarde comme irrévocable? Nous ne saurions partager cette manière de voir qui n'est assurément pas celle de l'honorable écrivain. Nous estimons rpie la religion de l'immense majorité des Kranrais a sa place marfpiée dans réducalion nationale et (pi'elle peut sans tyrannie être associée à Texcrcice de la bienfaisance publicpie.
Kt quant à l'abslention du gouvernement dans toutes les cérémonies ca!holi(pjes, même lorsqu'elles empruntent un caraclère patrioli(pje, elle nous parait avoir pour corrélatif Tabslention du clergé dans les salamalecs oITiciels, quand le présidenttle la République ou les ministres, francs-marons avérés, promènent par les départements leui's augustes personnes. Ces congratulations obligatoires, dépourvues de dignité et de sincérité, condamnent d'une façon éclatante l'absurde, ranachroni(]ue machine qui s'appelle le Conconlal.
Tant que le gouvernement, enq)ire, royauté ou républicpie, observa les égards et la tolérance qui — malgré des conflits passagers — devaientprésideraux rapports
de rÉglise et de TÉtat, les vices du système demeurèrent dans roinbre. Depuis Tavènement du tjouvernement inaroniuque, ils sauleul aux yeux. Actuellementledivorce s'impose. L'asservisseuicutdes évètjues aux ministres libre- penseurs, ou leur mise en jugement et la confiscation de leur indemnité h, la moindre velléité d'indépendance est un double scandale iiuidoit prendre fln. Le jour où se rompra cette chaîne qui la rattache encore à des craintes surannées et l'astreint à de ridicules devoirs, sera pour i'I^glise un jour de triomphe, et c'est sans regret comme sans peur ([u'elle devra faire abandon de son misérable budget, s'il doit être la rançon de sa dignité et de sou indépendance.
<( Au milieu des décombres amoncelés par ce que j'ai appelé le grand branle-Jjas, remarque M. de Castellane, de jeunes tiges apparaissent qui indiquent l'éclosion d'une vie nouvelle. )> Il l'aut avoir une bonne dose d'optimisme ou une vue bien pénétrante pour envisager ainsi l'avenir.
Quels sont donc ces germes de reconstitution sociale qu'entrevoit l'aulcur des Temps Nouveaux i Nous touclions ici à la partie la plus originale, mais aussi la plus discutable de son livre.
Sommes-nous donc, comme il le croit, à la veille d'un nouveau classement social, et la rélornie d'où dépend le salut sera-t-elle obtenue par voie législative?
Kn afTirmant, par exemple, la nécessité d'un inquH
unique sur le revenu pour désarmer le socialisme^ est-il bien sur dVitrc entendu? Quand il déclare aux conservaleurs (et sous ce vocable, il faut comprendre les capitalistes de toutes nuances), qu'ils doivent renoncer au dernier privilège qui leur reste, au privilège de l'argent, et faire eux-mêmes, de crainte qu'elle ne soit accomplie par d'autres, la révolution sociale, ne va-t-il pas à rencontre du préjugé le plus enraciné dans Tàme du bourgeois? Kh <|Uoi! demander au rentierqu'il sedépouille bénévolement de ses prérogatives, au commerçant, au ban(]uier, à l'industriel, qu'il contribue en raison de ses profits aux charges publiques t Quel est ce langage anarchiste? M. de Castellane oublic-t-il que jamais les classes nanties n'ont spontanément abandonné le moindre avantage, et que bien mal venu fut le législateur qui tenta de troubler leur quiétude par des réformes intempestives?
Qu'il relise l'histoire de Turgotl
Gambetta a eu raison de dire que l'impôt sur le* revenu « est le plus juste et le plus moral des impôts », oui, si c'est un simple prélèvement sur la richesse acquise, facilement constatée, établi et perçu sans moyens inquisitoriaux, s'il est unique^ s'il est fixe, s'il n'est pas une arme de parti, un instrument de confiscation ou d'arbitraire. Mais a-t-il tous ces caractères, est-il exempt de tous ces défauts, de tous ces dangers? Il faudrait pour cela que les hommes cessassent tout à coup d'être égoïstes,.
112 ESSAIS D'HISTOIRK et de LirrÉRATURE
envieuxy cupides, c'est-à-dire qu'ils cessassent d'ôtre hommes; qu'ils fussent tous au môme instant, au môme degré, subitement épris de celte vertu (]ue Montesquieu reconnaissait comme le ibndement de la République. M. de Castellane nous juge-t-il encore capables d'une nouvelle nuit du 4 août?
Une plus juste répartition s'impose non seulement dans les contributions fiscales, mais aussi dans les profits du travail. Pour lo paysan, le fermier, ré(|uité est il peu près satisfaite : il participe aux revenus de la culture pour les deux tiers, tandis que le propriétaire ne profite que de l'autre tiers. Ce surcroît de gain est la juste récompense de son labeur. Si M. de Castellane eût ajouté que c'est aussi une compensation de l'aléa de la récolte et que trop souvent cette proportion est dérangée par des désastres imprévus qui n'affectent pas la part du propriétaire, sa doctrine eût été d'une exactitude irréprochable.
Pour la rémunération de l'ouvrier, plus ou moins impatient de ce qu'il appelle la tyrannie du salariat, M. de Castellane préconise la participation aux bénéfices, en vigueur déjà dans plusieurs grands ateliers. Cette institution est appelée à prévenir tous les conflits entre le capital et le travail. Malheureusement elle est encore à l'état d'exception et il est douteux qu'elle puisse s'appliquer à tous les genres d'industrie. Et puis, il y a la grosse objection de la participation aux pertes dont M. de Castellane nous semble
avoir donné une réfutation spécieuse. M. de Castellane verrait avec plaisir TÉtat s'entremettre pour en généraliser l'emploi, en l'imposant par exemple, aux adjudicataires de travaux publics, aux concessionnaires de mines, aux compagnies de chemins de fer, aux sociétés anonymes, etc. A la bonne heure ! Mais alors vous ôtea partisan du socialisme d'État? Point du tout, proteste M. (le Castellane. Donnons-lui acte de sa protestation, mais quel nom donnerons-nous h ce système? Elles paraissent quelque peu inquiétantes, les « jeunes 4.iges » !
Faut-il prendre pour des symptômes de rénovation religieuse la manie chère à certains romanciers et auteurs dramatiques, d'aller demander leurs sujets à l'histoire sainte et leurs personnages au monde clérical? Il est sans doute fort édifiant de voir M. Zola délaisser un instant Nana pour écrire le Rêve et Ijourdesj en attendant qu'il nous donne Rome, Mais nous ne saurions y voir le présage d'un retour vers la fol. Il ^ntre, î\ notre humble avis, dans cette religiosité de blasés, un dilettantisme, nouveau modèle, compliqué de quelque indécence. De même en peinture : Il suffit d'avoir parcouru les derniers Salons pour se pénétrer <le Uàbsence de tout sentiment chrétien, dans ces toiles violentes ou éteintes. Beaucoup de crucifiés, pas un Christ, de nombreuses courtisanes, plus ou moins opulentes, en qui on chercherait en vain le
repentir de Marie - Magdeleine. Les fantaisies de
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M. Béraud, devant lesquelles on s'écrasait, relèvent plus de la blague boulevard ière que de Tart mystique. Le temps est loin où le Titien peignait à genoux la iigure du Sauveur.
Le mouvement religieux vient d'une source plus haute. Nous assistons à un spectacle sans analogue dans rhistoire, le rapprochement de la Papauté et des ouvriers. Pèlerinages à Rome, Encyclique sur la condition des travailleurs, ce sont bien là, en eflet, « choses nouvelles ii, dont nul Pontife n'a eu l'idée avant Léon XllI. Les Papes trouveront-ils, au sein des masses ouvrières, toutes d'élan et d'instinct spontané^ une popularité qui les console des déboires de la politique ofiQcielle? L'avenir le dira. Ce mouvement él)auché en France et ralenti par des causes que nous n'avons pas à développer, est en Amérique en pleine expansion. Là, nulle entrave concordataire, nulle défiance de la part du gouvernement, nulle hostilité à redouter du clergé, les avances humiliantes sont Inconnues, « l'esprit nouveau d n'y souffle point.
Pour qu'il en soit de même en France, que faudraitil? Nous l'avons dit, en finir avec le Concordat, «couper les amarres d, passer de la serre chaude ù Pair vivifiant. Si l'idée catholique s'est étiolée dans notre pays, et généralement dans tous les pays latins, la faute en est à la compression administrative qui devait forcément découler de la protection avouée de rÉtat. Le secret de sa vitalité chez les races anglo-
saxonnes réside, au contraii-e, dans son entière indépendance et dans rindiirérence du gouvernement.
L'extraordinaire d(îveloppement du néo-christianisme dans le Nouveau-Monde est par lui-môme assez remarquable sans qu'il soit besoin d'étayer dessus mille chimères. Nous nous refusons à croire que riieure soit proche où le Saint-Siège, abandonnant la Ville éternelle, irademander asile à TAmérique. Rome, quoiqu'on en ait dit, n'est pas près de perdre son titre de capitale du monde chrétien. Le tombeau des apôtres retiendra longtemps encore sur le bord du Tibre les successeurs de Saint-Pierre. Tout ce qu'il est permis de conjecturer, c'est l'intronisation au Vatican d'un cardinal américain. FA. peut-ôtre que ce choix, possible J)ien que peu probable, accélérerait singulièrement la solution de la question romaine.
L'entliousiasme de M. de Castellane pour les choses d'Outre-Mer, le porte h découvrir dans divers procédés d'éducation physique et certaines particularités de la législation civile, telles que la liberté teslamen taire et le «homestead», de puissants moyens de réfection intellectuelle et morale. Bien venus seront les sports variés importés sur notre vieux continent s'ils parviennent h guérir nos névroses, mais le droit d'exhérédation rendu au père de famille et Tintangibilité du « home » ne nous paraissent avoir que de lointains rapports avec le relèvement de la moralité. La suppression de l'agiotage et de toutes les
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spéculations qui alimentent l'escroquerie cosmopolite, si tant est qu'elle soit possible, la répression de l'alcoolisme, la protection de l'enfance abandonnée ou coupable, de bonnes lois d'assistance ou de patronage, enfin le rétablissement de l'instruction religieuse dans les écoles, seraient ù notre avis des facteui^s autrement efficaces.
En résumé, malgré les hontes et les tristesses du présent, la conclusion de M. de Castellune est optimiste. Le moderne bouleversement sei*a suivi d'une période d'ordre et de calme; nos plaies se fermeront; ù la guerre des classes succédera la paix sociale, l'harmonie sortira du conflit des intérêts et des passions.
Toutefois avant d'atteindre cette ère délicieuse, nous aurons àtravei-ser une suprême crise. Et déjà, sur Thorizou brouillé parla fumée de nos batailles intestines, il voit se profiler l'ombre de César, c On se lassa, dit Tacite, des discordes civiles, et Auguste fut accepté pour maître sous le nom de Prince. » Qu'il vienne donc, ce sauveur botté et éperonné, s'il doit rendre au pays le calme et la sécurité, qu'il nous délivre des agitateurs et des corrompus du Parlement, qu'il fasse enfin justice des voleurs de la Haute Banque et des aigrefins de la basse politique. Qu'Use nomme Augereau ou Bonaparte, le peuple battra des mains lorsqu'il marchera ^ur les impudents cabotins qui nous conduisent aux abimes. Dans l'état d'avilissement où
sont tombés les pouvoirs publics, au milieu du discrédit qui enveloppe les dépositaires de l'autorité, ce rôle de syndic de la bancjueroute parlementaire serait moins difTicile qu'on ne le croit. F^t le plus tôt serait le mieux. Toute convulsion violente est préférable à la léthargie qui nous a gagnés. La gangrène qui nous ronge réclame un terrible chirurgien. Cette opération sera-t-elle l'œuvre d'un homme? Ne sera-telle pas plutôt l'œuvre d'une collectivité? Il n'est pas téméraire de le supposer. La légende du réformai enr empanaché s'est évanouie en ces dernières années. Mais le César à plusieura têtes et à plusieurs bras, personnifié dans un cénacle de décemvirs en blouse, à la voix rauque, aux mains noircies, revisant au nom de la Justice révolutionnaire les fortunes, les situations, les actes de chacun pendant ce dernier quart de siècle, le César faubourien, moins prestigieux et plus redoutable, est peut-être plus près de nous que l'autre. Il repêlrira la société selon l'idéal collectiviste; il sera nivclenr, spoliateur, soup<;onncux, brutal, et le jour de son avènement la bourgeoisie politicienne, trafiquante, banquiôre, agioteuse aura vécu.
Est-ce sur les ruines de tout ce monde que s'ouvrira l'ère d'apaisement (ju'on nous promet?
M. de Castellane se défendrait avec raison d'une telle prophétie. Mais il suflit de prêter l'oreille pour entendre tous les organes socialistes chanter à leur manière l'hosannades temps nouveaux.
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Quelle que soit Texpiation réservée U nos erreurs et II nos fautes, M. de Castellane a bien fait de les signaler.
Notre littérature politique n'est pas riche. Ce ne sont en général que panégyriques ou pamphlets. Tl faut applaudir et espérer, lorsqu'ap paraissent des œuvres conçues dans un esprit vraiment philosophique et qui viennent, dégagées des vaines préoccupations de la politique courante, ù la veille de graves bouleversements sociaux, sonner là diane des consciences endormies.