LA RÉVELLIÈRE-LEPEAUX
LA REVELLIERE-LEPEAOX
La Révolution française a eu ses héros, ses politi- (Mens, ses hourreanx, ses martyrs : elle a eu aussi ses }^rotes(|ues. Clia(|ue parli a produit les sieus. A la Monta^ue Marai, parmi les Dantouistes Anacliarsis (llootz, cliez les Giroudius La Hcvelliôre-Lo.poaux.
Des pul)li('ati()iis rrrenirs oui l'appclr ù ratleulion des loitrcs la figure loriio et antipatlii(jue do ce deruier porsouuago, (pTun renom d*inl(îgril6 joiut à une l'épuiation surl'aito de (îourage, mireut eu faveur vers la fiu <lo la Couveuliou et désiguoronl aux plus hauts emplois daus lesainuVs suivnul.es.
ha rorluued(» ('(Mlaîus liounues polilicpjcs, si disproportiouuêo à leurs mérites, aurait de cpioi surpreudre, si Ton oubliait cpiels étroits calculs, quels mesquins intôrôls de coterie dicleut le choix des i)artis. Ce n'est pas d'aujourd'hui (|ue le coullit d'ambitions rivales porte au pouvoir des médiocrités inolleusives et incolores dout chaque (action espère se servir. Cela se
(1) Mémoires de La UévcLlu'^ye'Lé.iieanv. — 3 vo'uincs, Paris 1S05. — Mémoires de lîanas. Paris liSî»').
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vit dès l'époque révolutionnaire, après le 9 thermidor et sous le Directoire, quand les grands premiers rôles ayant disparu, il fallut se rabattre sur les doublures.
Un petit avocjit dégoûté de son métier, verlienx et pédant, bossu et rageur, gonllé de philosophie et trollé iUi iH)l;ini<|iie, inlaliié de iihih'alisiiie, jahtusanl les nobles, détesUnt les prùlres, tel ôlail La Uévellière Lépeaux loi*S(|ue les électeurs de la sénéchaussée d'Anjou renvoyèrent siéger aux Ktais-Généraux de 1789. Tel il resta pendant toute sa carrière politiciue.
Les luttes violentes, les soullVaiires delà proscription et de la misère (]u*il subit comme tous ses collègues de la Gironde, contribuèrent encore à irriter ce cœur amer et vindicatif. Les honneurs inespérés qui l'accablèrent par la suite, ne purent adoucir son humeur chagrine. Nature de sectaire sous des dehors cauteleux, dur et obstiné en dépit de sa [)ompeuse sensiblerie et de son empiiati(|ue vertu, faux modeste, faux brave, faux modéré, ainsi apparait-il aux yeux de la postérité, dans ses actes, dans ses discours et jusque dans ses prétentieux Mémoires.
Carnot, son ex-collègue au Directoire, soulageait ses rancœurs de a fructidorisé » dans ce jugement passionné qu'on ne saurait toutefois prendre à la lettre : « La nature eu le rendant puant et difforme sernblç
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avoir pour objet de lYiettre en garde ceux qui en approchent contre la fausseté de son caractère et la profonde corruption de son cœur ». (1)
L'empereur Napoléon qui l'avait approché au temps où il n'était que le général Bonaparte, l'a jugé moins défavorablement h Sainte-Hélène, dans ces lignes d'une modération dédaigneuse : « De l'extérieur le plus désagréable (pi'il soit possil)lc, La Révellière-Lépeaux avait le corps d'Esope; il écrivait passablement, son esprit était de peu d'étendue; il n'avait ni l'habitude des affaires ni la connaissance des hommes, le Jardin des Plantes et la théophilanthropie faisaient toute son occupation; il était fanatique par tempérament, du reste patriote diaud et sincore, citoyen prol)e et bien intentionné, il entra pauvre au Directoire et en sortit pauvre. La nature ne lui avait accordé que les qualités d'un magistrat subalterne ». (2) Appréciation en somme, bienveillante. Nous verrons, par contre, en quels termes La llévelliôre parlr de Napoléon.
IIer))Oi'iste improvisé législ.ilcur, il apportait à Versailles une inexpérience absolue de la politique, à laquelle suppléaient mal ses dispositions agressives envers les ordres privilégiés, et son mince bagage philosophique tiré des auteurs en vogue, Voltaire, Mably, Rousseau. Ce dernier surtout fut, semble-t-il,
(1) Réponse à Bailletd, p. 155.
(2) MoNTHOLON, Mémoires dictés à Sainte-Hélène. T. III, p. 123.
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son modèle et son malli-e. A défaut de génie, il lui avait pris son orgueil moi-ose, sa rhétorique creuse, son naturalisme sentimental, sa superstition humanitaire.
L'histoire ne dit pas s'il fit comme Anacharsis Clootz le pèlerinage d'Ermenonville et s'il fut admis II vénérer chez un aubergiste de l'endroit, les sabots et la tabatière du mari de Thérèse, (1) mats i! tut toute sa vie eu proie à l'obsédante munie de se comparer à lui.
Il avait fini pursecroiresonégal.Lurstju'It logeait au Luxembourg, comme membre du Directoire, il montrait & ses visiteurs un tableau où il s'était fait peindre herborisant au milieu d'un bosquet, Pour lui faire sa
(1) La vEattâ au cabaret dWutoiae, itéposi taire des reliques de Jean-Jacques, était le complément obligé du tiélerinage à l'île des Peupliers. De dévotes inscriptions ornaient les sabots et la Ubatiâre. Citous en deux, parmi les plus remarquables :
L'abbé BrizanI, auteur de -iiielque notoriété, avait écrit sur les sabots :
Qabriel Brizard a voulu hùnorer son nom en le consacrant à la simple chauisure de l'homitie qui ne marcha jamais que dans tes sentiers de ta vertu ;
Sur la tabatière on lisait ces mois tracés de la main d'Anacharsis Clootz :
Mes doigts ont touché cette lalMtiére, nioit cœur en a tressailli et vwii âme e» »t deoenite plus pure.
Besnaiiu, Souvenirs d'un nonyénalre. T. Il, p. 123,
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oour, le visiteur était tenu de lui trouver des ressemblances frappantes avec Jean-Jacque^ (1).
La Révellière, ne soupçonnait pas encore en luimôme cette vertu républicaine qu'il devait élever à la hauteur d'un sacerdoce. A la Constituante il siège parmi les partisans de la Monarchie constitutionnelle, aux côtés de Barn ave, de Duport, de Lameth. Il fait partie du Club Jh'clon, entièrement composé de royalistes, puis en 1790, de celui des Amis de la Constitution, séant aux Jacobins^ et lorsqu'un schisme vient diviser les membres en Feuillants et en Jacobins, il se ' range parmi les Feuillants, tous attachés à la Monarchie. Il va même jusqu'à déclarer quHl se poigtiarderaii le jour où la France cesserait d'être monarchique (2).
Le 18 mai 1791, il fait à la tribune de l'Assemblée une profession de foi royaliste et anti fédéraliste : « Je sais, dit-il, que dans un pays tel que la France, d'une vaste étendue, d'une prodigieuse population, les liens du gouvernement doivent ôtre plus unis qu'à Claris ou k Appenzel, sans (|uoi riîtat serait abandonné aux fureurs de l'anarchie et je ne crains pas d'assurer, moi (fui n'ai pas un penchant bien décidé pour les cours, (fue le jour où la France cessera d'avoir un roi elle perdra sa liberté et son repos, pour être livrée au despotisme effrayant des factions éternelles "» (3).
(1) Histoire du Directoire coftstitutionnel, p. 241.
(2) Grégoire, Histoire des Sectes religieuses. T. I, p. 412.
(3) Moniteur du 20 mai 179U
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Deux mois plus taixl, il accentue ces déclarations dans une lettre à ses commettants, ù propos du dé^at sur rinviolabilité du Roi : « On n'a pas dcjnandé l'appel nominal, écrit-il, parce qu'il y avait unanimité dans l'Assemblée, mais je ne veux pas que vous ignoriez quel a été mon vote, dans cette doctrine qui est Tun des principes fondamentaux de la nionarcliie. Soyez convaincus, messieurs, que les principes qui nous ont guidés en cette circonstance (il parle au nom de ses deux collègues Leclerc et Pilastre), ne notes abandonneront jamais, et que notis sommes invincibletnent déterminés à maintenir la constitutioi% monarchique, laquelle a toujours été le vœu du 'peuple français et la seule qui puisse lui conve^iir )> (1).
Quelques mois encore et l'intrépide La Révellière votera l'abolition de la royauté et la mort du Roi.
Dès la Constituante, en ellet, il incline vers la coterie turbulente et bavarde qui formera le parti girondin. Pétion, Brlssot, Buzot, sont ses amis. Partant, toute occasion lui est bonne d'ailaiblir la puissance royale. Il met h cette besogne son acrimonie naturelle. Non satisfait de l'élection des juges par le peuple, il veut encore que ces juges tiennent leur institution du peuple seul, au lieu du roi, en vertu de cette doctrine que la souveraineté ne peut se partager et que « tout ce que le peuple peut faire il doit le faire d (2), doctrine
(1) Archioes nationales, F7 4774»i.
(2) Moniteur du 5 mai 1790. -
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funeste, que la Montagne saura merveilleusement exploiter, au profit de ses passions démagogiques, contre les imprudents rhéteurs qui l'auront une fois posée.
Lorsqu'il est question d'accorder une garde au roi, il chicane, il conteste sous prétexte que nul individu ne peut avoir une maison militaire à sa solde (1). Kt telle est sa défiance contre le rétablissement de la noblesse, qu'il s'oppose à ce qu'on donne le titre de princes français aux membres de la famille royale. Encore est-ce à regret qu'il concède le titre de Prince [loyal il l'héritier présomptif du trône, le qualificatif burlesque de suppléant-major^ imaginé par Thouret, pour le Dauphin, lui paraissant une meilleure barrière contre le retour de la féodalité.
Ah ! cette noblesse, elle lui porte infiniment plus ombrage que le trône! Dès l'ouverture des États, il part en guerre contre elle. A l'église même de Ver-, sailles, il se rebiffe contre l'étiquette surannée de M. de Brézé. Quoi ! des banquettes sur les bas-côtés pour messieurs du Tiers! Plutôt la mort qu'un pareil affront! Et le voilà qui s'installe bravement au milieu de la nef, aux places réservées aux nobles. On veut l'en faire déguerpir. Il s'y cramponne. Grand scandale : le désordre se met dans le cortège. Ses collègues se décident à l'cniporter de force. C'est par des scènes^
(1) Moniteur da 10 avril 1791.
de ce genre que le petit avocat d'Angers se prépare k servir la cause de la liberté. Et il s'en vante I
Quelques jours plustanl, autre algarade avec M. de la Galissonnière, député de la noblesse angevine. Cette fois c'est plus sérieux. La querelle s'engage sur une question de costume. La llévellière a jeté aux orties la livrée méprisante du Tiers, l'habit long et le petit collet de 1614. Le premier, il ose paraître en frac. Et foin de l'étiquette! Tenez«vous le pour dit, M. de la Galissonniôre!
Ces puérilités racontées dans les Méfnoires sur un ton triomphal, semblent à La Révellière-Lépeaux d'une plus grande portée que la prise de la Bastille ou la nuit du 4 août.
Le costume, d'ailleurs, et la pompe extérieure, môme dans les périodes les plus troublées, au milieu des plus graves affaires, absorbent les pensées de ce bonhomme pourtant si peu décoratif. Il croit indispensable d'apporter une motion sur la tenue des gardes nationales. Et l'assemblée écoute gravement la proposition suivante :
c Art. 1. Les enseignes des gaixles nationales porteront ces mots: le Peuple français; et ceux-ci : la Liberté ou la Mort.
]» Art. 2. Quelque changement que le temps apporte
-dans la forme des habits des gardes nationales, Thabit
portera toujours les trois couleurs bleu, blanc et
;rouge, et il sera écrit sur une des parties les plus
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apparentes des habits ou des armes, les mots suivants : Constitution, Liberté, Egalité, et au-dessous : Veillez.» La Ilévellière légifère pour réternité!
Au Directoire, il rédigera des circulaires pour Interdire comme incivique aux employés des admi- «istrations le port des habits carrés, dont la mode importée d'Angleterre ne peut convenir qu'aux aristocrates et aux ennemis de la République.
On verra aussi cette manie de décors et d'emblèmes .^e développer chez lui avec les fêtes révolutionnaires .au service desquelles il mettra tout le fatras mythologique qui meuble sa cervelle de cuistre, et les bannières, et les rubans, et tout le symbolisme païen adapté aux cérémonies républicaines, chœurs de vierges, de pères de famille, de juges, de vieillards, ^horèges, hérauts, licteurs, interminable défilé de toutes les défroques grecques et romaines, sorties de l'atelier de David ou du magasin des accessoires de la Fête de TEtre-Suprôme.
Les loisirs que lui fitrinéligibilitédesconstituants à rAssemblée législative, lui permirent d'organiser ep Vendée une de ces réjouissances civiques. Sans succès ^l'ailleurs. Les paysans ne comprirent rien à son pathos allégorique et préférèrent leurs cérémonies traditionnelles. Les mots de lumière, de progrès, de tyrannie, de liberté, résonnaient à leurs oreilles d'une façon légèrement troublante. La Révellière ^attribua son échec aux manœuvres des prêtres; sa
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haine du catholicisme s'en accrut. Sa vanité mortinée exaltera cette haine jusqu'à la fureur.
Cependant le temps n'est plus aux berquinades. L'heure des catastrophes est proche. Voici La Révcllière ù la Convention. Ce n'est plus M. de Lépo, comme on l'appelait à la Constituante. Son nom est démocratisé à l'instar de ses sentiments. Le Monileur l'appelle Lépeaux tout court.
Que va-t-il y faire? Dans l'armée des géants révolutionnaires, il sera une manière de Thei*site, fantasque et brouillon. Au milieu des grandes tempêtes,, on entendra son aigre fausset.
Voyons à l'œuvre cet homme réputé pour ses mœurs douces et paisibles. L'ubsurde, l'extravagant décret qui proclame la guerre suinte en vue de la propagation universelle du « Coran républicain (i) »,. (jui va pendant neuf ans, mettre l'Europe en feu afin de doter les peuples d'une liberté dont ils useront contre la France, est sorti de ses conceptions.
Le 19 novembre 1792, sur la proposition de La Révellière, « la Convention nationale déclare, au nom de.
(1) SOEBL. L'Europe et la Révolutùm française, T. III, p. 202^
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la nation fraiiraisc, (pTclIc accordera (Valernilé et secours à tous les peuples cjui voudront recouvrer la liberté, et charge le pouvoir exécutif de donner aux généraux les ordres nécessaires pour porter secours à ces peuples, et défendre les citoyens qui aiiraie^it été vexés ou qui pourraient Vétre pour la cause de la liberté, »
L'elTel immédiat de ce manifeste impolili(|ue , traduit et imprime dans toutes les langues, est de raviver la coalition k moitié disloquée par la victoire de Jemmapes.
La Hévellière vote la mort du roi, sans appel au peuple ni sursis. La passion qu'il apporte dans le procès de Louis XVI, le place plus près de la Montagne fiue de la Gironile. A en croire ses vantardises habituelles, c'est lui (]ui aurait dclerminé le sort du roi en entraînant les suflrages du ccMé droit de TAssemblée.
11 faut lire dans ses Mémoires le pharisaïque discoui^s qu'il lient à Vorgniaud et à ses amis pour lover leurs prétendus scrupules. (J'esl un chef-d'cpuvre d'escobarderie : « Si vous étiez, leur dit-il en substance, maîtres de l'opinion et en état de refréner la démagogie, vous pourriez entreprendre de sauver le roi. Mais dans Thypotbèse de rac(|uiltemenl, vous n'aurez pas le pouvoir d'empécber que le roi et sa famille ne soient massacres au Temple dans un mouvement populaire (jui mettra également en danger votre propre vie. Condamné, le
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roi sert de rançon à votre popularité déjà chancelante, et son supplice met votre patriotisme uu-dessus d(^ toute atteinte et de tout soupron. » C'est rargunienl de toutes les capitulations, de toutes les déluillances. C'est la tacti(|ue de BHssot ; gagner de vitesse les Jacobins les plus exaltés.
Il n'en fallait pas plus pour enlever le vote de gens qui ne démandaient qu'à colorer leur lâcheté d'un prétexte plausible.
La tùte du roi tomba, mais les Girondins, quelque fût leur empressement dans la course à la mort, ne purent devancer leurs rivaux de la Montagne ; ils trébuchèrent à leur tour contre l'échafaud.
Aussi longtemps que la Gironde domine, LaRévellière combat dans ses rangs, soit en appuyant la mise en accusation de Marat,soLten repoussant l'institution du tribunal révolutionnaire.
Au lendemain de la conjuration avortée du 10 mars, l'espoir du succès définitif le fait s'en prendre à Danton lui-même. Il croit le danger passé; aussi quelle ostentation de courage ! On peut n'accepter que sous réserves la version donnée dans les Mémoires. Le Moniteur y moins suspect, permet de reconstituer la vraie physionomie de la séance.
Le Titan révplulionnnaire vient de quitter la tribune et la salle retentit encore de son eflroyable éloquence. Un petit homme grêle y paraît. C'est La Révellière. Il vient dénoncer la tyrannie terroriste, mais non en réac-
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tionnaire, tant s*en faut. Écoutons ce début : « Moi aussi, j'ai voté pour la mort du tyran contre tout appel et tout sursis et si vingt tyrans étaient encore soumis à mon jugement, je voterais de lamêmem,aniëre.T^Ce^i par suite de ce sentiment de haine que j'ai voté contre la tyrannie, que j'emploierai tous les moyens que la nature m'a départis pour m'opposer à la tyrannie nouvelle qui s'élève sur les ruines de l'ancienne. » Kt il poursuit, sans remarquer qu'il admet le principe de cette tyrannie et que dès lors tout tempérament devient superflu : « On vous dit que la cortvention renferme tous les pouvoirs. On a raison sajis dow^e. Mais doit-elle les exercer? Devez-vous cumuler les fonctions législatives, executives, judiciaires? Quant h moi, citoyens, tant qu'une goutte de sang circulera dans mes veines, je me ferai plutôt exterminer que de soufTrir que la République devienne le tributaire très soumis d'une oligarchie sanguinaire. » (1)
Belle attitude! noble langage! Il n'y a que la sécurité des lendemains de victoire pour donner du cœur aux poltrons. Nous verrons comment La llévellière « se fit exterminer. »
La majorité de la Convention cette fois encore reste lidèle aux Girondins, et Danton ayant retiré sa motion, notre bonliommo se prend aussitôt pour un foudre de
(1) Moniteur. Séance du 11 mars 1792.
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guerre : c La Montagne et les tribunes, furent frappées de stupeur... Soit dans TAssenihlée, soit dans les tri bunes, soit du dehors, les liideux salrlliles de Vanar cliie osèrent à peine me regarder!!! ]» (1). C'est le délire du triomphe!
Il avait entretenu cependant de cordiales relations avec les chefs les plus en vue de la Montagne, et s'il attaquait dans les journaux girondins « le Gromwelllsnfïe », il paraît avoir fait assez bon ménage avec Cromwell, Admis dans Tintimité du menuisier Duplay, il y visitait quehjuefois Robespierre.
Témoin ce petit tableau familial : a J*y allai un matin (cVtiiit vers le milieu de 1792). On m'accueillit fort bien et je fus introduit dans le salon, auquel était attenant un petit cabinet dont la porte restait ouverte. Que vis-je en entrant? Robespierre qui s'était impatronisé dans la maison où il recevait des hommages tels que ceux qu'on rend îï une divinité. Le petit cabinet lui était particulièrement consacré. Son buste y , était enchâssé avec divers ornements, des vers, des devises, etc. Le salon lui-même était garni de petits bustes en terre cuite rouge, grise, tapissé de portraits du grand homme, au crayon, à l'estompe, au bistre, à l'aquarelle. Lui-même, bien peigné et poudré, vêtu d'une robe de chambre des plus propres, s'étalait dans un grand fauteuil, devant une table chargée des plus
. (1) Mémoires. T. I, p. 134.
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beaux fruits, de beurre tniis, de lait pur et de café embaumé. Toute la famille, pore, mère et enfanta cherchaient à deviner dans ses yeux tous ses désirs pour les prévenir à l'instant. Le dieu daigna me sourire et me tendit la main. La porte du salon était vitrée ; les adorateurs, depuis l'entrée de la cour jusqu'à cette porte, s'avançaient avec lenteur et respect, et n'entraient dans le salon <(ue lorsqu'un signe de la tête on (le la main de l'homme divin, aperçu au travers de la vitre, leur en donnait la permission. )» (1)
Le tour ironique de ce récit, explicable par sa date (1822), ne diminue en rien la portée des faits, qui établissent rintimité des deux personnages. Peut-être «st-ce h cette intimité qu'il faut rapporter la longanimité des Jacobins à l'égard de La Révellière, qui eûl dû, s'il avait été un pur Girondin, ôtre compris dans les premières fournées.
Et puis comment oublier que La Révellière, sans égard à son origine (2), avait demandé concui'remment avec Marat (H) de violentes mesures contre l'insurrection vendéeme? Un tel homme pouvait-il sans injustice être suspect de modérantisme?
Cependant l'étoile de la Gironde pulit devant l'audace croissante des comités révolutionnaires. La Commission des Douze se discrédite par des alternatives de
(1) Mémoires, T. I, p. 114.
(2) Il était né à Montatgu, ea Vendée.
(3) Séance du 29 mars 93.
violences et de faiblesses. Le 27 mai, le 31 mai, le 2 juin marquent les tumultueux épisodes de sa chute. La tyrannie jacobine est imminente, et La Révellière ne se fait pa8 exle^miiner^ pas plus ({u'ii ne s'était poignardé a l'abolition de la monarchie.
Comme ses amis, il remit les destinées du parti aux vains artifices de tactique parlementaire. C'est bien dans la tradition. Faut-il agir? on ruse, on ergote : question préalable, appel nominal, demande de convocation des assemblées primaires, etc. Belles armes. contre les canonniers de Henriot!
Loi'squ'enfin l'émeute triomphante arrache le décret d'arrestation des Vingt-Deux aux timides membres dela Plaine, La Révellière a un cri superbe : a Nous. irons tous en prison partager les fers de nos collègues! » (1) Puis, tranquillement, il se rassied. L'honneur est sauf.
Les AfémoiVéis expliquent longuement que les jours suiv^ntis il ne cessa de protester contre cet ostracisme. Rien de tout cela n'est mentionné di.\xMonitein\ ni dans les autres journaux.
A la vérité, ce silence ne sufïlrait pas pour révo(]uer en doute ses affirmations intéressées. Mais le fait de s'être abstenu de signer la déclaration des 73, édifie sur la violeur de ses velléités protestataires.
11 allègue que ne trouvant pas cette protestation
(1) Moniteur, Séance du 2 juin.