‹ Essais d'histoire et de littératureChapitre 5 sur 10 · LA RÉVELLIÈRE-LÉPEAUX · texte numérisé non relu

LA RÉVELLIÈRE-LÉPEAUX

assez énergique, il en rédigea une particulière, de concert avec ses collègues Leclerc, Pilastre et F.emaignon, qu'elle fut imprimée et répandue, augmentée du discours qu'il aurait prononcé, s'il avait obtenu la parole.

Comme toujours, les faits sont dénaturés et présentés sous le jour le plus favorable à sa vanité.

Il est facile iVen rétablir le caractère i\ l'aide des documents orficiels.

Trois jours après le désastre de la Gironde, arrivèrent h Paris, ignorants des événements, deux délégués de l'administration départementale d'Angers. Ils venaient demander à la Convention des secours contre l'invasion vendéenne. Ils s'adressèrent d'abord à leurs députés, lesquels imaginèrent de donner à cette démarche un caractère de protestation, d'en faire une sorte de manifestation des départements contre la capitale. Cela pouvait paraître opportun au moment où se formaient dans l'Ouest et dans le Midi les premiers ferments du fédéralisme.

La Convention accueillit assez mal les délégués angevins (6 juin). Le patronage de La Révellière n'était pas fait pour leur assurer l'oreille de l'Assemblée. Leur protestation toute platonique n'excita que les ricanements de la gauche. Thuriot n'eût pas de peine à prouver qu'elle avait été rédigée à Paris. On passa outre. Mais les tribunes prirent la chose au tragique. Cette supercherie faillit coûter cher aux dépu-

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tés G|ui ravalent ouixlie et au}C pétitionnaires qui s'y étaient prêtés. Assaillis par la foule ù la sortie de la Convention, ils manquèrent d'être massacrés dans le poste du Pont-Tournant où ils s'étaient l'éFuyiés. L'intervention de Montagnards de marque, tels ({ue Chabot, Legendre, Jean Bon St-André, ce dernier ami personnel de La Révellière, réussit non sans peine à les soustraire aux fureurs de la populace.

ils regagnèrent Angers loris déconfils, rapportant à titre de consolation une relation manuscrite des journéesdu31 mai et du2juin, rédigée par La llévellière qui protestait enfin «c contre cette criminelle usurpation de la souveraineté nationale de la part des l'actions qui ont dirigé la révolte ». Cet écrit de tendances fédéralistes très accentuées, se terminait par un appel ù d'énergiques mesures pour assurer la liberté a et une égale prépondérance dans la balance politique à toutes les sections de citoyens qui composent la République française ]i>.

Ce fut là toute la protestation du courageux La Révellière qui avait juré de « partager les fei*s de ses collègues ». Encore ne vit-elle le jour que dans des circonstances particulières qui lui ôtaient toute valeur.

Le manuscrit fut joint au procès-verbal du voyage des délégués, que l'on dressa à la maison commune devant le peuple assemblé. Toutefois, contrairement à l'assei*tion de La Révellière, on se gai*da bien de

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rimpiimor et de le répandre. Lors de sa comparution devant le Comité révolutionnaire d'Angers, Couraudin, Tun dos commissaires, déclara qu'il avait résolu avec son collègue de ne rien puhlinv de tout celay\pour ne pas irriter le peuple, et que cette résolution avait été approuvée par La Révellière (1.)

Cette manifestalion fameuse resta donc à l'état de manifestation clandestine.

Les pièces furent, il est vrai, publiées, mais beaucoup plus tard, postérieurement à l'occupation d'Angers par les Vendéens. La brochure sans date que nous avons sous les yeux porte la mention d'une imprimerie de Laval. C'est dans cette ville, en effet, que se retirèrent les administrateurs de Maine-et-Loire devant les troupes de Bonchamp et de Lescure. Ni l'époque ni les circonstances n'étaient par conséquent favorables à la divulgation de ces documents, qui seraient restés dans l'oubli, sans une dénonciation du jacobin Cboudieu au (comité de srtreté générale.

Depuis (ju'il avait démissionné, sous l'Influence de la peur, personne ne songeait à inquiéter La Révellière. Il ftillut la malheureuse découverte des papiers de Couraudin par le Comité révolutionnaire d'Angers, et l'acharnement de Cboudieu pour faire rendre contre lui un décret de prescription.

Pour se peser en héros aux yeux de la postérité,.

(l) Archives natioiiales. Section administrative. F^ 4774»*.

La Révellière a dramatisé les circonstances qui accompagnèrent sa sortie de la Convention. Il s'est complaisamment dépeint, jetant du haut de la tribune,avec sa démission, un suprême défl aux révolutionnaires ameutés et menaçants.

Ce récit légendaire est détruit par un passage du Moniteur.

Lorsque Thibaut, évéque du Cantal, proposa dans le courant de l'an lll (1), de le réintégrer dans le sein de la ConventioUyil rappela que sa démission lui avait été extorquée par les terroristes qui lui avaient représenté que c'était le seul moyen de sauver sa tête. Ce témoignage d'un ami ne s^iurait être suspect.

Ainsi donc, au lieu de provoquer et de fulminer, le petit homme tremblotant se retira sans mot dire. Son obscurité, son insignifiance le protègent, puis(|u'on ne trouve son nom ni dans les décrets d'accusation du 28 juillet, ni dans les décrets d'arrestation du 3 octobre. Ces deux décrets cependant englobaient tous les partisans de la Gironde.

Il avait quitté son appartement du quai de l'Ecole et logeait en garni rue Copeau avec Leclerc et Pilastre.

C'est là .que vient le relancer rimiulsition jacobine. Le 26 pluviôse an II, arrêté du Comité de sûreté générale provoqué par la dénonciation d'un membre du

(1) Moniteur, séance du 18 ventôse, an III. Il nous a été impossible de nous procurer le texte ni la date de cette démission. Ene eut lieu probablement vers le mois de Juillet 93.

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comité des Sans-Gulottes, portant que La Ilévellière, Leclerc ci Pilastre, sont 1o;î(5s dans rétendue de la section sans avoir de carie de citoyen. « Le comité arrête en conséquence que les susnommés seront mis en arrestation dans la première maison de suepicion oix il y aura de la place, et charge les citoyens Sirejean et Bontemps, secrétaires du comité, assistés de deux membres du comité de section, de l'exécution du présent arrêté.

Si<çné : Guiïroy, Jazot, Elie Lacoste, Vadier, Voulland, Laviconterie, M. Bayle. »

L'ordre est exécuté le lendemain, mais les trois députés avaient été avertis à temps. La Révellière et Pilastre décampent. Leclerc rentre imprudemment au logis et se livre.

Voici le procès- verbal d'arrestation :

Comité de Sûreté générale et de surveillance g&nèi^ale

de la Convention nationale.

Du 27 pluviôse, Tan second de la République Française

une et indivisible.

« En vertu d'un arrêté du Comité de sûreté générale » de la Convention nationale, en date du vingt-six D nivôse (sic) (1) (10 février 94), nous Sirejean et

(1) Il y a évidemment une erreur dans le texte. C*est pluviôse qu*il faut lire.

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n Bontemps, chargés de rexéciitiou du dit ordre, X» nous soinines transportés au Comité révolutioiii> nuire de la section des Sans-Culottes, y avons recjuis X» ù cet efl'etles citoyens Leblond et Marchand, tous i> deux membres du dit Comité, et de suite, à une x> heitre du maliny en la maison du citoyen Leclerc, lui » avons communiqué nos ordres et lui avons annoncé ]» (jue de par la loi il était en état d'arrestation, pour » être conduit dans la première maison d'arrêt, ce )> à (luoi il a consenti.

» Ensuite dudit ordre avons demandé à la citoyenne » Marie-Thérèse Chevalier, propriétaire de la maison, ]» où étaient les citoyens Révellière-Lépeau:^ et Pilastre; i> nous a répondu ciue le citoyen Lépeaux était allé » souper en ville et comirie il était malade (pie souvent 2> il ne revenait pas coucher. A elle demandé si elle 1» savait où il était allé. Nous a répondu qu'elle n'en ]» savait rien.

B Et avons fait ensuite pei'tpiisition exacte dans les » cliambres et greniei*s de la maison, n'y avons trouvé ]» personne et avons ensuite apposé les scellés sur les ]» chambres d (1).

Enfin, le surlendemain, 30 pluviôse, concordant avec la dénonciation précédente, accusation formelle de Choudieu avec pièces à l'appui, tirées

(1) Archives nationales. Section administrative. F? 4759.

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(les Archives du (lirccloire départemental de Maine-ell.oire.

« Je soussigné, dé|)uté de Maine-et-Loire, dénonce j) au Comité de surveillance de la Convention les » citoyens Pilastre, Leclerc et La Révellière, députés » démissiomiaires (i), pour avoir protesté contre les » décrets de la Convention. Età l'appui de ma dénon- » cialion je dépose relie protestation (|ui a été rendue » publique par le citoyen Couraudin, dit Lanoue, D demeurant à Angers, imprimée et colportée dans » tout le département de Maine-et-Loire. L'original » est resté dans les mains dudit citoyen.

)) Je dépose égaleinent l'interrogatoire qu'a subi » ledit citoyen Couraudin devant le Comité d'Angers» » Je joins à cette pièce (juelques procès- verbaux prou- » vaut les priucjpes lédéralisies que les correspon- D dants de ces députés ont constamment professé.

» Knfin je dépose copie de la lettre écrite ;i i> l'administration du département do Maine-et-Loire n |)ar ladépulalion de l'Assemblée constituante etcjui )) prouve que ces députés qui se prétendent répithli- » cams étaient alors de francs royalistes » (2).

(1) La démission de La Révellière ne précéda donc pais de quelques heures le décret d'arrestation, comme le prétendent les- Mémoires. De la dénonciation de Choudieu, il ressort qu*elle était bien antérieure aux mesures du Comité de sûreté générale et qu'elle dut suivre de très près l'arrestation des Girondins.

(2) Archives nationales. F? 4774«t.

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Ainsi, sur la foi des documents authentiques, on peut reconstituer le vrai caractère de cette proscription, si étrangement altéi*é pur la vanité de l.a IVévclliore. Aucun air de bravoure, mais une retraite silencieuse, obtenue par intimidation, troublée par l'exhumation de papiers compromettants, non destinés h la publicité, enfin la fuite.

La Révellière, après un court séjour dans la forêt de Montmorency, trouva un asile plus sûr chez un ami qui habitait les environs de Péronne, et se remit, en herborisant, des émotions de la politique.

Le 9 thermidor apaisa tout à fait ses alarmes, et le 18 ventôse an III, il revint prendre sa place à la Convention. Les 73 y étaient l'entrés le 18 frimaire de la môme année.

Revenait-il dans des dispositions de clémence, amendé par le malheur?

On va le voir.

A peine rendu à la liberté, son premier acte et sa première parole sont en fayeur d'une loi de mort.

Un certain nombre d'émigrés et de prêtres déportés à la suite du refus de serment étaient rentrés en France, après la chute de Robespierre.

La loi du 25 brumaire frappait de la peine capitale tout émigré rentré, mais ne contenait aucune disposition à l'égard des prôtres. Un projet de décret présenté par Chénier au nom du Comité de Salut public vient combler la lacune, en proposant d'assimiler aux

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émigrés les prôtres déportes qui senaient trouvés sur le territoire de la Rôpiil)lic|iie.

Cette mesure étendait considérablement la clientèle du bourreau.

La Révellière la trouva pourtant insufllsante. II réussit à faire comprendre dans cette loi terrible les prêtres non déportes, mais condamnés à la déportation rpii avaient été recueillis et cacliés par leurs paroissiens. C'était le cas de tous les prêtres réfractaires. 11$ devenaient donc sur l'heure passibles de mort. Le doux, le tolérant, le libéral La Révellière, innocente victime de la Terreur, l'amenait la Convention aux pires procédés terroristes. Beaucoup de membres improuvèrent la loi, comme susceptible de rallumer une nouvelle Vendée. Elle fut néanmoins votée, grâce h l'insistance de l'alTreux sectaire qne nous verrons dans la suite se signaler au premier rang des persécuteurs de la religion catholique (1).

Par contre, il se montre plein de mansuétude pour fîarère, Billaut-Varenno et Collotd'Ucrbois. Lorsqu'au lendemain de prairial, la peine de mort est requise contre ces hommes de sang, La Révellière s'attendrit, il prône l'indulgence : « La déportation suffit, gémit-il d'un ton doucereux; il ne faut pas exagérer les peines, prendre la folie pour de l'énergie. »

De môme, après le coup d'État de fructidor, nous le

<I) Moniteur. Séance du 13 floréal an III.

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verrons se répandre en pleurnicheries hypocrites, et déplorer que le salut de la République le contraigne de donner pour compagnon d'exil à Bai*ère, Coilot et Billaut, des hommes tels que Barthélémy, Camille Joi^jan, Barbé-Marbois.

Toutes les mesures dangereuses ou ridicules sont assurées de l'appui de sa parole, tant ù la Convention qu'à la Commission préparatoire de la Constitution de l'an IIL

11 défend à outrance et proclame a de la plus grande utilité » le calendrier républicain dont personne ne veut, qui de l'aveu même d'un conventionnel raisonnable « est bon à jeter aii feu parce qu'il entrave toutes les relations commerciales ! i> Lui, llévellière, y trouve d'immenses avantages et le plus clair, celui qui Halte le plus son fanatisme imbécile, c'est la substilption des choux et des carottes aux pauvres saints du paradis qu'il traite en ennemis personnels. (1)

 la Commission des Onze, où l'on discute la Con-

(1) Cette rage comique contre rancieii calendrier lui attira des désagréments. Elle empêcha son fils Ossian d*ctre inscrit au tableau des avocats. Loi*squ*en 1819 le jeune homme se présenta. à la barre pour prêter serment, son romantique prénom frappa Tatteution du président Séguier « Ossian? s*écria-t-il, qu*est-ce que cela? Je ne connais pas ce saint-là, moi! à huitaine! » Tant-il est vrai que le fanatisme appelle le fanatisme, que Tintolérance^ engendre Tintolérance.

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