PRÉDICATION PE LA PREMIÈRE CROISADE
lées par les cérémonies d'un culte impie. Leurs souillures profanent les autels du vrai Dieu ; ils circoncisent les Chrétiens, et le sang de la circoncision coule sur les autels ou remplit les vases sacrés du baptême Ceux qu'ils veulent faire périr, ils leur percent le nombril, ils les mutilent, les attachent à un pi<?u, et les forcent de marcher ainsi jusqu'à ce que leurs entrailles se répandent au dehors et qu'ils succombent. Ils percent les uns à coups de flèches après les avoir attachés à un poteau ; aux autres, ils font tendre le cou, et, de leur glaive nu, ils essaient de leur trancher la tête d'un seul coup. Que dire de la violence faite aux femmes ? C'est pire chose d'en parler que de s'en taire. Ils ont ravagé le royaume des Grecs, et soumis à leur empire des provinces qu'on ne peut traverser en deux mois.
«A qui donc appartiendrait le soin de venger ces outrages, si ce n'est à vous qui avez reçu de Dieu, audessus des autres nations, la gloire des armf^s, la grandeur d'ame, l'agilité du corps et la vertu de terrasser vos ennemis? Que les faits de vos devanciers, deCharlemagne, de son fils Louis et des autres princes de sa race, qui ont vaincu les Infidèles et reculé à leurs dépens les frontières de l'Église, soient pour vous un encouragement et vous excitent aux actions viriles. Surtout soyez touchés par le sépulcre de notre Sauveur que possèdent d'impurs vainqueurs, ainsi que par les lieux saints que déshonorent leur tyrannie et leurs violences; courageux soldats^ fils de pères in-
vaincus, ne dégénérez pas, mais souvenez-vous du courage de vos ancêtres.
« Si vous êtes retenus par Tamour de vos parents et de vos épouses, réfléchissez aux paroles du Seigneur dans rÉvangile : « Celui qui aime sa mère ou son père plus que moi, n'est pas digne de moi. Celui qui, en vue de mon nom, aura abandonné sa maison, ou son père ou sa mère, son épouse, ses fils ou ses champs, recevra le centuple et possédera la vie étemelle, » Qu'aucune possession, qu'aucun souci de vos biens ne vous enchaîne ; car cette terre, de toutes parts fermée par les mers, ceinte de montagnes et resserrée par la multitude qui la couvre, n'a pas de richesses superflues pour vous tenter, et suffit à peine à nourrir ceux qui la cultivent. C'est là la source de vos luttes, de vos guerres et de ces blessures que vous vous faites les uns aux autres.
« Cessent donc ces haines mutuelles, se taisent ces disputes, s'apaisent ces guerres, s'endorment ces violences I Prenez la route du Saint-Sépulcre, enlevez la Terre Sainte à ces impies et vous la soumettez. Celte terre a été donnée en partage aux fils d'Israël, terre qui, suivant l'Ecriture, est arrosée de miel et de lait. Jérusalem est le nombril de la terre j contrée fertile et comme un autre paradis de délices, le Rédempteur du genre humain Ta illustrée par sa venue, sanctifiée par ses paroles, consacrée par sa passion, rachetée par sa mort, anoblie par son tombeau. Or, cette cité, placée comme une reine au centre du