‹ Essais d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 22 sur 28 · LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

LA ROCHEFOUCAULD

L'enfanceduducdeLaRochefoucauldfutdésœuvréey sa jeunesse inquiète , sa maturité sereine et recueillie; les douleurs morales et physiques assombrirent sa vieillesse anticipée. La carrière fournie par le duc de La Rochefoucauld , représente assez bien les diverses phases du siècle où il a vécu : des complots qui avor-tent y une guerre civile plus .bruyante que sérieuse , une soumission ennoblie par le dévouement, les lettres cultivées avec éclat , les charmes d^une société exquise , et de poignantes douleurs dans une vieillesse chagrine , n^est-ce pas , en raccourci y Fhistoire du siècle dé Louis XIV , reproduite par la destinée d'un seul homme? ^

Une heureuse étoile présida à la naissance du prince de Marsillac y ce fut le nom'que porta jusqu^è la mort de son père le duc.de La Rochefoucauld. Une naissance illustre, de Topulénce, beaucoup d^esprit, du cœur, les dons extérieurs de la beauté { telles furent les qualités que reçut La Rochefoucauld des mains de la nature et de la société , qui , comme des

242 ESSAIS D^HISTOIRB LITTÉRAIRE.

fées bienfaisantes , vinrent le douer à son berceau. Mais là , comme dans les contes qui ont bercé notre enfance , une fée envieuse vint mêler à ces dons un vice dont Finfluence les paralysa. Une seule vertu manquait au jeune enfant , et c'est par celle-là qu'on se place au premier rang. La supériorité dans le monde n'appartient ni au rang , ni à la richesse , ni même à l'esprit, mais au caractère. Or, c'est par là que péchait le duc de La Rochefoucauld : la faiblesse est le pllipjn«urable des vices.

La tendresse paternelle forma lé jeune Marsillac pour la GiQur et pour les armes; c^est asaes dtre que son éducation fut négligée, et qu'il fut ce qu'on appelle un eitfant g^té ; il ne fut point soumis à cette d^aoipline ^évèrq , et n^ept pae sous les yeui^ l'exemple de ees vertus > austères, qui sont la. véritable ié/çple des mceuits et la (sauvegarde de l'âme. Voilà }e premier germQ du scepticisme morpi , que la pratique des bommes ne £t que développer.

Les camps furent sa seconde école, et ce n'est pas là le refuge de la vertu. Le jeune Marsillac avait k peine seize ans , qu'il était méftre de eamp au régiment d'Auvergne , et qu'il faisait la campagne dltalie avec le comte d'Harcourt pour secourir Cazal.

La disgrâce de son père, impliqué dans l'affaire du duc de Montmorenci, le précipita parmi les adversaires de Richelieu , et le jeta dans les complots et les intrigues politiques. On le maria trop jeune pour qu'il connût la valeur des engagements qu'il prenait.

Page 1