SATIRE POLITIQUE
Lorsque la société romaine se laissa aller à cette prodigieuse débauche que défrayait le inonde vaincu, Juvénal ne la fit point rougir en lui montrant le tableau de ses débordements, et ne Tarréta pas sur la pente rapide qui la poussait au néant à travers la honte. Ce (ut un spectacle à soulever le cœur que cette corruption se glorifiant dans ses excès, se parant de ses ulcères, et dédaignant de se voiler d^hypocrisie pour ne pas rendre un dernier hommage à la vertu. Rome reniant son passé et renonçant à Tavenir, Rome avec ses esclaves, ses rhéteurs, ses courtisanes, ses captateurs de-testament, sa jeunesse impie et railleuse et déjà blasée, ses vieillards arrachant à des corps épuisés quelques faux semblants de plaisirs, son peuple recevant en aumône, sous le nom de sportule, le prix de sa liberté et des plus basses complaisances, ses patriciens, plus vils que leurs clients, dévorant dans
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la peur et rignominie les dépooilles des provinces ; et au sommet de cette pyramide fangeuse, un despote stupide se délassant de sqs ç^mes par des folies, se défiant à pis faire, et parfois attendant plus d^une année son coup de poignard ; Rome ainsi faite montra ce qu'eist fn pieiiplf qp|n# 9 essajje à «e passer de dieu, et comment Thumaniié s'abrutit quand elle se divinise.
Dans cette débftde des mœurs, celui qui se raidit contre le torrent, et d^nn bras généreux voudrait en suspendre le cours, celui-là ne trouve dans son cœur que des pensées amères, dans sa poitrine que des ci^s d'îndîgafttiQn, H l^i^ h e^us qii'eii¥<»rt0 le coupai»! des mots d^ km^ f9| é$ mépm. G&ttm la Rome 4a Pp^ûtira m n^^ît^t pfls «ooins qn^ le fouet de Jiivépal ; ^w eelèsf^ ^ po^ kie pouvait pm éelatar e^ niomdre? în^fptiv^s ^u 4p$o|aol0 (Je fies dés* oiHire^. Alais nous , somuMs^oiis donc si basiojoobés, si ilésespér^s, quUl faille à nm vic^ »n ve^gwr oob fldoins impitoyable? Quelqu'un a4-M le droit de s'é* crier javjourd'hni :
La terre ! Ce n'est plus qa'un triste et mauvais lieu , Un tripot dégoûtant où For a tué Dtea , qù moMraat cTune ît^ qiîi |i'«st p^ aff^iivte - L'homme a jauni sa face et décharné sa vie , Où , vidant là son cœur , liberté , ciel, amour , L'inlâme a tout José, tout perdu sans retour... U« Isfiolrie clapier dA débauche et de Giinia , Que la mort à mon gré trop lentement décime.
Un cloaque bourbeux , un sol gras et glissant OÙ toftque le pied eoute oa tombe dans do Mbig i
Lci débris dCun banquet» OÙ , U face fOQgle»
Roule la brote hamaliie, — one effiroyable orgie ! *
Si ee tableau était traoé d^i^rès aature, il ae resterait plus qa^à suirrele coofleil da poêle ; à savoir :
Prendre une pierre aride , IkapoMrMNiiiatAtaetMMpennràfleD . Se tourner SOT le flanc et cvefer coBune un dilen..
Mais sondons nod plaies ; et si elles ne sont ni si nombreuses ni si grayes, ne poussons pas le malade au désespoir ; car le découragement démoralise et tue. Il est bien vrai qu^au premier coup d^œil il y a une ressemblance à faire peur entre la Rome de Domitien et le temps oà nous vivons. L'absence de foi religieuse, la poursuite effrénée des richesses sans regard aux moyens de les atteindre, le dégoût de la vie, le scepticisme moral se résolvant trop souvent dans la pratique en un matérialisme sans pudeur, ce sont là des symptômes graves : toutefois il y a un revers à cette triste médaille. Les observateurs pessimistes arrêtent leur vue sut les misères et s'y eoaiplaisent, parce qu'il leur convient sans doute de sécréter des larmes, de la bile ou du fiel : c'e^t affaire de tempérament. Mais s'ils consentaient à s'élever un peu haut par la pensée, ils verraient dans la marche de l'humanité un mouvement soutenu, sinon rapide, vers le bien, et dans la diffusion des lumières combinée avec le progrès réel des idées morales un gage de sécurité.
' iam^tfi, par Au(s. Barbier.
392 ESSAIS d'hISTOUIB LlTtiRAIUl.
Ainsi rassurés sur l^avenir par une vue plus nette du présent, ils ne répéteraient plus, diaprés Tacite : (7orrumpere et eorrumpi seeulum vœatur. Les analogies historiques sont trompeuses : si l'humanité, tournant sur elle-même, décrivait incessamment des cercles similaires, le passé serait la leçon infaillible et la prophétie de l'avenir ; mais elle marche en ligne droite ou monte en spirale vers un but qu'elle entrevoit. Dans son laborieux pèlerinage , elle se transforme quand les temps sont venus, et n^a garde de périr : seulement il y a dans sa vie des crises, douloureuses comme tous les enfantements.
Les réflexions qui précèdent nous sont inspirées par la lecture des iambes de M. Auguste Barbier. Ce jeune poète n'admire rien de son siècle, il en brise toutes les idoles. La Curée, qui révéla son nom et son rare talent, semblait annoncer une vue moins exclusive, et partant moins fausse de la réalité. Après avoir glorifié Paris,.
Paris , cette cité de lauriers toute ceinte
Dont le monde entier est jaloux , Que les peuples émus appellent tous la sainte
Et qu'ils ne nomment qu'à genoux ;
on ne devait pas s'attendre à voir la cité sainte transformée, quelques mois après, dans Timagination du poëte, en une cuve infernale,
Un précipice ouvert à la corruption
Ou la fange descend de toute naUon ;
Et qui de temps en temps , plein d'une vase immonde ,
Soulevant ses bouUlons déborde sur le monde.