II
Ma tâche n'est pas terminée. J^ai essayé de montrer le privés continu de l'autorité de saint Bernard et d'en indiquer les principes; quelques mots suffiront
* M abUkm s'est trompé sur répoqne de cette assemblée. Dom Brial a étabtt d'one manière incontestable ce point im|X)rtant de chronologie dans un Mémoire qui fait partie du Recueil de TAcadémie des inscriptions.
• Vîd. Epist. CCLVI.
40 ESSAIS d'hISTOJRK LITTéRAIRB.
pour montrer renchaînement des faits. Saint Bernard commença par triompher de lui-même en soumettant en lui la chair à Fesprit et Tesprit à Dieu. Après avoir discipliné son âme, il organise à son image sa famille et le cloitre; dans cette enceinte, fermée aux passions, il achève sa propre réforme et celle des fidèles qui Tentourent. Là, son génie prend un merveilleux accroissement^ parce que sa raison, qui s'est humiliée devant la révélation, forte de ces croyances, désormais inébranlables, ne trouve plus d'obscurités, ni dans les choses du ciel, ni dans celles de la terre : de là, la constance de ses principes, et, par une conséquence rigoureuse, la fermeté de sa volonté. Or, vouloir, c'est pouvoir; de là encore son irrésistible ascendant sur les esprits. Croyance, volonté, autorité, tels sont les termes de celte progression dont la vie de saint Bernard offre le développement : par la foi, son génie s'appropria tout le trésor de la sagesse divine ; par la volonté, il conforma sa vie à ses doctrines, et cette confoirmité fit pajraitre la pureté de ses intentions, le désintéressement de son zèle. Pendant que l'invariable unit^ de ses doctrines montrait qu'on pouvait s'assurer en ses lumières, son détachement de toutes les pompes du siècle mettait en relief la noblesse de son caractère. On voyait clairement qu'il travaillait à l'œuvre de Dieu et de l'humanité, et qu'il ne voulait d'autre salaire que le succès; c'est*à-dire le salut de ses frères, le bien commun de l'Église et du genre humain. Chose étrange I la raison de saint
Bernard fut triomphante parce qu^elle s'humilia dans la foi, et il domina le siècle parce qu^il en méprisa les grandeurs. Toutefois il fallait, pour opérer ce prodige, que cette raison soumise et cette abnégation se rencontrassent dans un homme de génie ; il fallait que ce grand caractère s'unil à de puissantes facultés et que la parole mit en œuvre ces nobles et fortes pensées. 11 me reste donc, pour dévoiler tous les principes de Tautorité de saint Bernard, à montrer quelle fut la nature de son éloquence.
Avant tout, il est bon de citer le témoignage d'un chroniqueur contemporain. Le voici dans sa naïve simplicité : « Celui qui Tavait détaché du sein de sa mère pour Toeuvre de la prédication, lui avait donné, dans un faible corps, une voix forte et capable de se faire entendre. Ses discours, toutes les fois que Toccasion se présentait de parler pour l'édification des ftmes, étaient appropriés à Tintelligence, à la condition et aux mœurs de ses auditeurs. Il parlait aux campagnards comme s'il eût toujours vécu à la campagne, et aux autres classes d'hommes comme s'il eût consacré toute sa vie à l'étude de leurs œuvres. Docte avec les savants, simple avec les simples, riche des préceptes de la sagesse et de la perfection avec les hommes spirituels, il se mettait à la portée de tous, désirant de les gagner à Jésus-Christ. Combien Dieu l'avait doué heureusement pour calmer et persuader, et lui avait appris quand et comment il devait parler, soit qu'il dût consoler ou supplier, exhorter ou ré-
42 ESSAIS D^mSTOIRC LimiRAIBB.
primander , ceux-là le saaroot , à an certain point y qui liront ses écrits, moins cependant que ceux qui l'ont entendu ; car telle était la grAce répandue sur ses lèvres, tels le feu et la véhémence de son élocution que sa plume elle-même, si exquise qu'elle soit, n'en a retenu ni toute la douceur ni toute la chaleur. Le miel et le lait découlaient de sa langue, et néan* moins la loi de feu était dans sa bouche '• C'est pour cela que lorsqu'il parlait aux peuples de la Germanie, ces hommes, qui n'entendaient pas la langue qu'il parlait, étaient plus vivement émus au son de ses paroles que lorsque les interprètes les plus habiles leur en expliquaient le sens ; ils prouvaient bien leur émotion en se frappant la poitrine et par l'abondance de leurs larmes'. »
Voilà un singulier prodige et la meilleure preuve de l'autorité que saint Bernard tirait de la pureté de son caractère. Il suffit du visage et de la voix de l'orateur pour émouvoir une vaste assemblée qui ne comprend pas le sens de ses paroles. Tout l'effet est produit par la vertu de celui qui parle, par son geste et le son de sa voix : sa parole n'y est pour rien, puisqu'elle n'est pas comprise. Ce n'est donc pas en vain qne les rhéteurs de l'antiquité attachaient tant d'importance aux mœurs et à l'action. Sans doute, dans le eloitre, saint Bernard produisait le même effet sur
' Mel et lac iub lingua ejus, niîhominui in ore eju$ ignea Ux, • Geofllrot deClairv., ^ie de saint Bernard, Ht. HI, eh. m.
8A1KT BBRNARD. 45
les frères lais ou conrers lorsqu'il prêchait en latin> J'emprunte au même écrivain quelques traits qui peignent la personne même du saint orateur. Sa taille, bien qu'ordinaire^ paraissait élevée à cause de l'élégance des formes; la grâce sévère, répandue sur son visage, tenait plus de l'esprit que de la chair; elle était comme le signe extérieur de la beauté de son àme : « une certaine pureté angélique et la simplicité de la colombe rayonnaient dans ses yeux ; » une légère teinte colorait ses joues et une chevelure blonde tom* bait sur son cou d'une blancheur éblouissante ; son corps amaigri portait les traces de ses austérités et semblait, dans sa légèreté, l'enveloppe d'un pur esprit. Ce corps, pour ainsi dire intellectuel, favorisait la pieuse confiance qui voyait dans saint Bernard un in* terprète et un envoyé de Dieu, et peut être compté parmi les prestiges de son éloquence.
L'habitude de saiot Bernard était de méditer pro-» fondement le sujet qu'il voulait traiter et de s'aban^ donner pour l'expression de ses idées aux chances de l'improvisation. C'est le procédé des grands orateurs et le plus sûr moyen d'unir l'éclat à la solidité. La QiéditatioQ a déjà trouvé, choisi et disposé les matériaux : elle a tissu fortement la trame du discours, et le mouvement de la pensée, accéléré par les périls de l'improvisation, donne plus de chaleur à l'expression çt la colore plus vivement. La parole de saint Ber* Qard était abondante et serrée parce qu'il était maitre ^« sa pensée ; il tirait surtout sa force de la connais-
44 ESSAIS D^MISTOIEE LITTéRAIlUS.
8ance approfondie du cœur humain et des livres saints ; ces sources intarissables alimentaient sans cesse son intelligence et lui permettaient de toujours produire sans jamais s'épuiser. Il est vraisemblable que saint Bernard n^a écrit aucun de ses sermons avant de les prononcer i on les recueillait pendant qu'il par* lait y et il retouchait ensuite le travail de ses auditeurs.
On a souvent discuté pour décider si saint Bernard avait prêché en latin ou en langue vuigaire. Les solutions exclusives de ce problème sont également fausses. Dans le doitre et dans les assemblées de clercs, saint Bernard prêchait en latin : hors du cloître, quand le peuple accourait pour Tentendre, il parlait la langue du peuple. G^est en langue vulgaire qu^il a prêché la croisade en France et en Allemagne, seul en France, en Allemagne avec des interprètes qui traduisaient sur-le-champ ses discours; mais malheureusement aucun des monuments de cette éloquence populaire ne nous est parvenu et tous les sermons que nous possédons ont été évidemment prononcés en latin. Ce fait, indépendamment de Tusage historiquement constaté de la prédication latine pour les clercs, ressort encore de Tanalogie frappante du style des sermons avec celui des lettres et des traités, et surtout de locutions, il faut le dire aussi ^ de jeux de mots inséparables de ridiome, et qui prouvent, pour ceux qui ont étudié les rapports des idées aux mots, que ces discours n^ont pas été seulement composés, mais pensés
SAIirr BERNARD. 45
en iâtin '. Le célèbre manuscrit des Fetiillants ^^ où les partisans de Topinion que je combats veulent voir le texte primitif des sermons de saint Bernard, prou« verait seulement la vénération qu^inspiraieut les écrits de Torateur, puisqu'on les traitait à Tégal de la Bible que, dès le douzième siècle, on traduisit en langue vulgaire.
La plupart de9 discours de saint Bernard que nous possédons sont plus remarquables par la grâce que par la véhémence; par la doctrine que par la passion ; par rhabile disposition des parties et Tenchaineaient des preuves que pgr le mouvement. C^est qu'un grand nombre d'entre eux ont été prononcés dans Tenceinte de Clairvaux, devant de pieux cénobites dont les passions étaient vaincues et la foi inébranlable : l'orateur songe plutôt h leur faire aimer et connaître la religion qu'à les épouvanter par la crainte des châtiments. Lorsqu'il s^anime, o^est lorsqu'il jette les yeux au dehors sur la corruption des grands et les désordres du clergé séculier, ou jorsque la contemplation des souf-
' Voir sur cette question la préface de Mabillon.
' Ce manuscrit fait partie ilu fonds des Feuillants à la Bibliothèque du roi. C*est un ln-40 inscrit sous le n» 9. Suivant Ml. Guérard, dont Topinfon est d'un grand poids en pareille matière, TéerUore est du treizième siècle. La langue parait être du douzième. Il ne contient que 36 sermons sur des sujets divers. Gomme rien n'établit historiquement que ces 36 sermons aient été I>rononcés dans l'enceinte de Clair vaux ou devant des clercs, la solution de la difficulté qu'ils soulèvent ressort de l'examen attentif et de la comparaison des deux textes. Constatons, en passant, que dans le texte du manuscrit on Ht saint Bernard et non saint Bernant , comme l'a imprimé Mabillon , page 916, I vol.
ESSAIS D H18T0IBE LITTERAIRE.
frances du Christ et des vertus de sa divine mère remportent jusqu^à Tenthousiasme. Mais saint Bernard est si naturellement éloquent, que, même lorsqu'il disserte ou qu'il enseigne, une douce chaleur cireule sous ses raisonnements et atteste Faction d'un foyer intérieur dont les flammes sont contenues. Il est à jamais regrettable que les discours populaires de saint Bernard n'aient pas été conservés ; mais nous trouverons encore dans ses traités, dans ses lettres et dans ses sermons assez de morceaux saillants pour caractériser son éloquence et faire connaître toutes les facultés dont le concours formait sa puissance oratoire. Les restes de l'opinion longtemps dominante qui fait du douzième siècle une époque de grossière ignorance, opinion fondée sur la décadence du quatorzième et du quinzième siècle, affermie par le brusque retour vers l'antiquité que provoqua la Renaissance, accréditée par la splendeur du siècle de Louis XIV et popularisée par les mépris intéressés de la philosophie moderne j ce préjugé, mal déraciné, qui nous fait méconnaître les lumières et la civilication des deux siècles qu'illustrèrent saint Bernard et saint Louis, nous incline à penser que nous trouverons dans l'apôtre du douzième siècle les rudes saillies d'une éloquence inculte; mais l'étude des monuments qu'il nous a laissés établit une opinion diamétralement opposée, et les beautés comme les défauts que nous rencontrerons attesteront plutôt la culture excessive de l'esprit que les écarts d'une imagination barbare.
SAINT BERNAED. 47
J'emprunterai aux sermons, aux lettres et aux traités polémiques de saint Bernard des passages, de nature diverse, où nous trouverons tour à tour Tex* qiûse douceur du sentiment, Ténergie de TindignatioD, la vigueur du raisonnement, les profondes tristesses de Tâme au spectacle des misères de Thomme, eafia Tonction, la force, la sensibilité, et parfois la véhémence. Ses sujets de prédilection dans ses homélies adressées aux moines de Clairvaux sont tendres et affectueux ; c'est tantôt la naissance du Christ et son enfance, plus souvent les douces vertus dé la ïiei^e Marie et plus souvent encore Texplication mystique du Cantique des Cantiques, divin épitha* lame, chef-d'œuvre de poésie mélancolique, soupir de l'ftme mêlé aux terribles accents des prophètes et aux sublimes accords de la harpe de David. Voici quelques traits de cette éloquence tempérée qui semblent un prélude lointain aux touchantes inspirations de Massilion. « O homme, que crains-tu 1 Pourquoi trembler à la face du Seigneur qui s'approche? Il vient, non pour juger, mais pour sauver la terre. Jadis un serviteur infidèle t'a persuadé d'enlever furtivement le diadème royal pour en ceindre ta tète. Surpris dans Um larcin, comment n'aurais-tu pas tremblé ? oomffleot ne pas éviter la face du Seigneur? Peut-être partait-il déjà le glaive flamboyant. Maintenant tu vis dans l'exil et tu trempes des sueurs de ton visage le pain qui te nourrit. Et voici qu'une voix a été entendue sur la terre annonçant la venue du maître du
monde. Où iras-tu pour éviter le souffle de soo esprit? Où fuiras -tu pour ne pas rencontrer son visage? Garde-toi de fuir, garde-toi de trembler. Il ne vient pas armé, il ne cherche pas pour punir, mais pour délivrer ; et pour que tu ne dises pas encore une fois : « J'ai entendu ta voix et je me suis caché; » le voilà enfant et sans voix, et si ses vagissements doivent faire trembler quelqu'un, ce n'est pas toi. Il s'est fait tout |)etit, et la Vierge sa mère enveloppe de langes ses membres délicats, et tu trembles encore de frayeuri Mais tu vas savoir qu'il ne vient pas pour te perdre, mais pour le sauver ; non pour t' enchaîner, mais pour t^affranchir, car il combat déju contre tes ennemis. Parla vertu et la sagesse de Dieu, il met le pied sur le cou des grands et des superbes '. » C'est toujours sur ce ton de noble afl!ection et de pieuse sympathie que saint Bernard parle des rapports de l'homme et du fils de Dieu ; mais son éloquence s'épure et s'attendrit encore , sans rien perdre de son élévation, lor&-
' laNativlt. Dom.y serm. I. Ce sermon fait partie da manuscrit des Feuillants, dont j'ai parlé plus haut : je yais transcrire une partie du passage que j'ai cité « Ke doltes-tu, o tu hom. Porkai trembles-tu davanl la fazon notre Signor qui vient P II vient ne nues por jugier, mais por salveir la terre. Zayenaier tenliortat li fei et li non feaules sers ke tu par larencin preslsses la royal corqpe et si la mesisses en ton chief . Quant tu repris fus el larencin, porhLai ne dottesses-tu ou porkai ne fuesses-tu de davant sa fazon? l\ at iai dembleit son espeie enfueye. Tu es or en exil on lu mainius ton pain en la sueur de ton vis; et li voiz est oye en terre ke li Sires toz poianz vient. On te torneras-lu de son espirit : et on furas-tu de davant sa fazon ? Ne fuir mies. Ne ne dotleir mies. II ne vient mies a armes. Il te requiert ne mies por dampncir mais por balveir. » (Manuscrit, fol. 48, recto.)
SAINT BBKVABB. 48
qu'il célèbre les vertus et les mérites de la Vierge. On comprend facilement la prédilection àes vrais ehrétiens, j^enteods de ceux qui ne séparent pas Tamour de Dieu de l^amour de rhumanité, pour la yierge Marie^ symbole de pureté et d'amour, média* trice aimable entre la terre et le ciel ; aussi saint Bernard est^il inépuisable dans les tendres eflbsicms de sa reconnaissance. Il faudrait citer des sermons entiers pour apprécier cette éloquence presque séraphique ; je me contenterai du passage suivant sur le nom de Marie : ^ Le nom de la Vierge était Marie. Ajoutons quelques moto sur ce nom qui signifie étoile de la mer, et convient parfaitement à la Vierge qui porta Dieu dans son sein. C'est avec raison qu'on la compare à un astre : car de même que l'étoile envoie ses rayons sans éire altérée, la Vierge enfante un fils sans rien perdre de sa pureté. Le raycm ne diminue pas la clarté de l'étoile, de même que le fits n'enlève rien à l'intégrité de la Vierge. Elle est donc cette noble étoile de Jacob dont le rayon illumine l'univers entier, dont la splendeur éclaire les hauts lieux et pénètre les abîmes. Elle parcourt la terre, échaufie les ftmes plus que les corps, vivifiant les wrtus et con- Bumant les vices. Elle est cette étoile brillante élevée au-dessus de la mer immense, étincelante de vertus, rayonnante d'exemples. Ohl qui que tu sois, qui comprends que dans le cours de cette vie tu flottes au milieu des orages et des tempêtes plutôt que tu ne
marches sur la terre, ne détourne pas les yeux de
Sd ESSAIS nhn^raiBB ErmSRAiiB.
cettt looiière, si ia ne veux pas être «nglouti parles iots sevlevés. Si le sovffle des teota^ns s^éiève, si ta coDcsTers les éeoeils des tribulations, lève les yen Ters oette étoile, invoqtte Marie. Si la eolàre ou IV Yarièe, ou les séductimis de la ehairlont diavirerta frêle naceile, lève les ye«x rers Marie. Si le souvenir de erimes honteux, isi les remords de ta conseieDoe, u la crainte du jugement t^entrainent vers le gouffre de la tristesse, rers Tablme du désespoir, songe à Marie : dans les périls, dans les angoiaws, dans le doute, songe à Marie, inroque Marie : qu^elle soit toujours sur tes lèvres, toujours dans ton cœur ; à ce prix, tu auras Fappui de see fwières, Texemplede ses vertus. En la suivant, tu ne dévies pas; en Timplo^ rant, tu espères; en y pensant, tu évites Terreur. Si elle le tient la main, tu ne peux tomber; si die te protège, tu n'as mn à craindre; si elle te guide, point de fatigue, et su faveur te oondoit au but et tu éprou* ves en toi^mèta* avec quelle justioe il est écrit : « et le nom de ta vierge Marie ^ »
- Cet orateur si tendre, si affectueux, se montre ré* bernent contre le vîee : il tonne contre la corruption des grands de la tôrre , puissants pour le mal , im* puissants pour le bien * ; il déplore, dans Famertume de son cœur, les maux qu'enfantent la cupidité et Tambition, et, après avoir frappé les hommes du
' De Laud., Yirg. Mar. Hom. II.
' Vœ prindpibus nostris! ï^otentes sunt at faciant mala , bonum aulem fàeer^neqùciint. Epfet, CGLXXXVIII, p. 277.
liède , il n^iépai^gna pas ^mnltage le elwgé , dtairt il combat la disaolution et riiypecrisie. Dms qa -diseosrs où il trace à grands traite les destinées de TËgUse, après Tafoir montrée -éprourée :par la persécii^ tMNd ^t rbérésie» tet soctant'vdrtorieuse de celle double épreuve, il, arrive à la corr4iption de ses enfants, et il se denaande qui la s»a?era de œ nooveau péril. « Maiill^nant, par la niiaéricoiMte de Dieu, voici des taiB|^ librfss de ce double fléau, mais somllés par la choaa qui marohe dans des ténèbres* Malbeur à cette génération travaillée par la maladie des pbarisiens, je veux dire rbytpoerisia, si touteCns on peut appeler bypocrieie une maladie qui ne peut se cacher k cause du nombre des mairies, et qui n'y songe plus par impudence. Ce venin ciroule aujourd'hui dans toutes les veinée de TÉglise ; plus il s'étend, plus le mal est sans espoir, et d'autant plus dangereux qu^il est intérieur ; car s'il s'élevait ouvertement un ennemi héré* tique, on le pousserait dehors, et il semit^dessédié ; si c'était un ennemi violent, on 4'éviterait en se oaohant. Maintenant, qui dia8Ber?.De qui se cacher? Tous sont amis et tous ennemis ; tous sont les siens et ses advcMTsaires ; tous dans ea maison, mais en guerre intestine ; tous sont près d'elley et tous ne chejtchent pas son bien ; ils sont les ministres du Christ et les serviteurs de l'Antéchrist : ils lûarchest hoporés des biens du Seigneur et sans souci d'honorer Dieu. De là cet éclat de courtisanes qui frappe nos yeux^ ces
vétemenCs d'histrions, cette parure royale'^ de ^là ces
92 ESSAIS D^HISTOniB littéraihe.
freins , ces selles , ces harnais , ces éperons dorés et plus brillants que les autels ; de là ces tables splendides par les mets et les coupes ; de là ces longs repas et ces ivresses; de là ces cytbares, ces lyres et ces flûtes; de là ces pressoirs écumants qui vomissent leurs vins dans ces celliers si bien garnis ; ces barriques de parfums et ces bourses qui regorgent d'or. C'est pour cela qu'ils veulent être et qu'ils sont doyens, archidiacres, évéques, archevêques. Ces honneurs ne sont pas donnés au mérite, mais à la chose qui marche dans les ténèbres, à Thypocrisie.
(« Il a été prédit autrefois et les temps sont arrivés: « Voici dans la paix mon amertume la plus amère. » Amère d'abord dans la mort des martyrs, plus amère dans la révolte des hérétiques, plus amère encore dans les mœurs de ses enfants. Elle ne peut ni les mettre en fuite, ni les fuir^ tant ils ont pris de force, tant leur nombre s'est multiplié. La plaie de l'Église est intérieure et incurable, et c'est pour cela que dans la paix son amertume est la plus amère. Mais quelle paix! C'est la paix et ce n'est pas elle; paix du côté des païens et des hérétiques et non du côté de ses fils. Écoutez les gémissements de sa voix : « J'ai nourri, j'ai exalté mes fils et ils m'ont méprisée, et ils m'ont souillée par la honte de leur vie, la honte de leurs paroles, la honte de leur commerce, enfin par la chose qui marche dans les ténèbres : Negotiù perambulante in têneM» ^ » Certes, les adversaires de
' Serm. XXXIII, in CaDt.
SAIMT MKKARD. 55
l'Église catholique n'ont pas peint avec plus d'énergie la eorruption du clergé. Saint Bernard reproduit souimt ces plaintes et toujours avec la même douleur et la même véhémence '.
Quelquefois la pensée de saint Bernard prend une teinte de profonde mélancolie lorsqu'elle s^émeut dans la contemplation du sacrifice du fils de Dieu et des misères de Thiimanité. Ce caractère est surtout sensible dans Fadmirable sermon sur la Passion, où il examine successivement Tœuvre, la manière et la cause de celte mystérieuse immolation du juste pour Texpiation des crimes du genre humain. Il fait ad* mirer la patience, Thumilité et la charité du Rédempteur. Ne croit-on pas entendre Pascal ou Bossuet, lorsque, considérant rabaissement sublime de Jésus* Christ couvert d'ignominie et confondu parmi les plus vils scélérats, l'orateur s'écrie : « Le voilà comàie le dernier des hommes*, homme de douleurs que Dieu frappe et humilie; eet-il rien de plus bas et de plus élevé? humilité 1 ô grandeur! opprobre de rhumanité et gloire des anges I Un tel sacrifitce serait-il sans vertu ? »> On serait tenté de voir dans cette apostrophe le germe de la suMime antithèse de Pascal sur les misères et les grandeurs de l'homme^ si l'on ne savait pas qu'elle a été inspirée par Mon« taigne. Mais voici dans le même serm6n un tableau de la condition humaine qui se. rapproche dcy^antage
' V. de officio Episc, cap. H. Senn. et Eplst. pasâim.
56 BSSAIS d'hISTOIBB LimiEAlRE.
voyons , où as-tu troufé cela? Ta ne le tiens ni du sage, ni du prophète, ni de l^apôtre, ni de Dieo même. C^est de Dieu qae le maître des nations tenait ce qu^l leor a transmis. Le maître de tons professe qae sa doi^ine ne lui appartient pas. « Ce n^est pas de moimême que je parle, » nous dit*il; toi, an contraire, tu nous donnes du tien ; tu nous donnes ce que tu n^as reçu de personne. Celui qui ment parle de luimême : à toi donc, à toi seul ce qui vient de toi : pour moi, j^écoute les prophètes et les apôtres, j^obéis à FEvangile, mais non è TËvangile selon Pierre. Ta nous bâtis un nouvel Évangile, mais TÉglise ne reçoit pas ce cinquième évangéliste. Que nous dit la loi, que disent les prophètes, les apôtres et les successeurs des apôtres? sinon ce que tu nies tout seul, savoir, i]ae Dieu s^est fait homme pour délivrer rbumanité. Ofy û un ange venait du ciel pour nous annoncer le contraire, anathèmesurcet ange lui*même '. » Quelle logique et quelle vehéaience! Comme la foi chré* iienne fait explosion dans cette invective I Quelle isainte colère contre cet homme qui vient audacieusement opposer sa raiscm à Tautorité, sa croyance individuelle k la hi de tous. Que dire de cette protestation centre le messager céleste qui viendrait donner un démenti à la foi du genre humain? Rien aux yeux dé rintrépide croyant ne peut l'emporter sur TÉvangile et la tradition ; non pas même le ciel qui n'a pas * <
* De Ertor, Abri., cap. V.
SAINT BSHITARD. 57
le droit de retirer sa parole et de la contredire. Le doate, ce prtoeipe d^incurable faiblesse, n^a jamais effleuré Tesprit de saint Bernard , et Taesorance que lai dcMiDait sa conviction valait autant que ses arguments pour terrasser ses adversaires. C^est ainsi qu^au 0(mcile de Reims il ferma la boucbe à Gilbert de la Porrée, lorsque celui><îi, pensa^it le faire reculer, disait : « Écrivez done maintenant que la Divinité est la même chose que Dieu/^ ^ qu^l reprit sans hési* ter: «Oui, qu^on Téorive avec une plume de fer, avec un poinçon d^airain. »
Le zèle religieux de saint Bernard n^avait pas banni de son coeur les sentiments de la nature, les affec* tiens de famille. 11 les subordonnait à des intérêts plus élevés, il les contenait pour donner un cours plus libre au zèle apostolique qui fermentait dans son âme; mais ces afiEectioqs contenues éclataient avec plus de vivacité lorsque la nature faisait violence à la contrainte qu'il s^était imposée. La sensibilité de son cceur se montra surtout hirsquè, vaincu pe^ la douleur, il exhala les regrets que lui causait la mort de son frère Gérard. Cette oraison funèbre donne la mesure de la puissanee pathétique du talent de saint Bernard. Gérard avait pris part, sous la direotî<m de saint Bernard, à radmiaistration <k Clairvaux; son bon sens avait souvent dirigé le génie de' son frère et son activité lui avait épargné des soins fastidieux; il avait été le compagnon de ses courses évangéliques à travers ritalie (4158). C'est ait retour de ce voyage q«ie Gé-
5S ESSAIS 0-HUITOIHB Un^RAIRE.
rard mourot : saint Bernaitl disnnmhK aai douleur ; il assista l'oail sac aux funérailles de son ivhte ; oaais eai, effort a^ait sinnncMité son oooraga : quelques jours après il moate en chaire eomme pour développer un verset du Cantique des Cantiques , maïs bientôt les parole lui manquèrent sur le teste qu'il amt ehoiai, et la pensée qui Toppiresaait fit éruption : « Pourquoi dissimuler^ s^écria-i*il, quiul le feu que je Mche en moi-même brûle ma poitaine et dévore mes entrail^ les?... Qu^y Sht-^il de> conamim entre os Cantique et moi qui suis dans Tamertume?... J'ai fait. violence à taon cœur et j'ai dissimulé jusqu^ioi y de peur que Talflaction ne parut, triompher de la- foi... Mais eetle douleur refoulée a poussé des racines plus profondes; eUe- est, comme je le sens^ devenue plus ouisante, parce qu'eUe n'a pas iarouvé d'issue, le t'avoue, je suis vaincu ; il faut que ce que je souffre an dedans paraisse au dehors, mais* que ce soit sous les yeuï de mes fiis.qui^ connaissant la perte que j'ai faite, doîvenÉ juger ma danleuif avec plus dMndulgenee et lui pmiter de plus douces ooaisolati<ms.
s Vous savez, 6 mes fils, à quel point ma douleur est juste, et digne de pitié le coup qui m'a frappé. Gêt voua aivee vu combien' était fidèle le oompagnon* qui mu délaisse sur la route où noue marchions ensemble-, quelle était la. vigilance de ses soins^ raolivité' de ses travaux, la douceur de ses mœurs. Esbil qaelqu^uu qui* me soit si néeassair^? quelqu'^n^qui m'amearussi teodretpeut? Il était mon fràre par la^ naissant, mais
$AI]fT BERffAAB. 59
plus eBe#S6 par la raiigki&. Je vous en supplia^ piaî** gaes ma deatînée, vous qui sarôez toat eehr. J- étab faible da eorp» et il nw sottéeDaît, punllantaie et il ne fartifiait, paresaaiix et Aégligoit at il ma ré?aiHait^ MBS préyoyaaoa^ at aana mémaira at il mT avertissait. PoiiD^uoi m'aa^u été arraofcé ? pourquoi: m Wtu etbhyéy toi dont Tàme m eoofoiidait awae) la niianise y beuime selon moo cœarl Nous bous, aaoutiaa aimés pendant la vie : cammant scomiasHnaan séparés dans la mort? Amère séparatian que la mort seule poumit aacoinplirl car aommant me qmttera&^tu^ vivant, pendant ma via? Cet horrible divorce est tout antior Touvrage de la mort. Quel autre qua la mort, èmia*laie de toute douoeur, n'aurait épargné fe lien st doux de notre uautuel amour? morti tu as^ bien réussi, paisqjue^ d^un seul coup, ta; fureur a frappé deux viclimes. »
Saint Bernard contimia . d'éxbaler sa donkiir an rappelant toute» les vaittusj da son frèce, tous les 6«^ vices qu'il em a nsçua, tous les tàaMHgnagas de oon amitié ; et il ajoute, comme pouo ju^iSer sasvgiàiiisaa^ ments : m Soa &ma at- mon ftmey son oœur et mon cœur éiaieni un seul eseur, une sesifa âme ; le glaive qui. Ta trav^raée Ta panlagée par le milieu. Le eiel a i^çu l-una de œs moitiés, Taulra est demeurée dans la fange ; et moi, moi qui suis cette misérable portîafii pméede k meilleure partia:d^èlle-méme, on médira : ne pleurez point? Mes entrailles ont été arrachées de mon sein, et l'on me dira : ne soufbax pointa Je souffre
'60 ESSAIS D^Hismae unÉRAiRE.
et je souffre malgré moi^ parée que mon courage n'est pas un eourage de pierre, parce que ma chair n'est ptts de bronse ; je souffre el je me plains, et ma douleur eat toujours devant moi. » Enfin, en terminant cette longue plainte, il se rappelle que lorsque son Irère était mourant en Italie, il n^avait demandé à Dieu, pour toute grâce, que de donner à Gérard la forée de terminer scm voyage et de ne le rappeler à lui qu^après leur retour à Clairvaux : <« Seigneur, s'é* crie^t-il, tu m'ase&aucél II s W rétabli et nous avons achevé la tâche que tu nous avais imposée; nous sommes revenus, la joie dans le cœur, et chargés de nos trophées pacifiqms. J'avais presque oublié notre convention, mais tu te Tes rappelée..; J'ai honte de ces sanglots qui m'accusent de prévarication ; il suffit, lu as repris ton bien, tu as réclamé ton serviteur. Ces pleurs marquent le terme de mes paroles; c'est è toi, Seigneur, de marquer le terme et la mesure de mes larmes ^ » Cette oraison funèbre, ouverte par une explosion invdontatre de la douleur, et fermée brusquement par des sanglots, est le monument le plus complet et le témoignage le plus irrécusable de la 'Sensibilité de saint Bernard ; et c'ert parce qu'il nous montrait son âme et son éloquence sous un jour nouveau, que je me suis attaché à la faire connelti*e daus son ensemble.
L'esprit de prosélytisme, le besoin de gagner des
* ScriD. KtVI, in p«Dt.
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&fnes à la vîe religieuse, dicte k saint Bernard des peintures raTfôsantes de la joie intérieure des justes, en oppoBÎtioQ avec les plaisirs troublés du siècle : « Tu ne peux pas, dît-il au jeune Foulques que son oncle avait enlevé au clottre par Tappât des honneurs et des plakira mandains, tu ne peux pas boire en même temps au cdioe du Seigneur et à la coope dudémon. La coupe dn démon, o'esat la superbe, Tiavective et Tenyie; c'est la orapiile et Tivresse, et lorsque cette impure liqueur a rempli ton esprit ou ton ventre, il vî'j a plus de place pour le Christ. Ne t'étonn^ pas de mes paroles : ce n'est pas dans la maison de ton oncle que tu peux t'enivrer au calice du Seigneur. Pourquoi? C'est que c'est une maison de délices; de mémo que l'eau et le feu ne peuvent rester ensemble, leei délices de l'esprit et de la chair ne souffrent pas d'être unies. Le Chrkt, en voyant eeMe ivre^e des sens, ne daigne pas approcher de vos âmes son* biN»iivage plus doux que le miel ^. » Saint Bernard a épuisé dans une lettre écrite à son neveu Robert, que le goàt de i'oi*' siveté et la recha^he d'une règle moins auetère avaienl fait passer de Clairvaux à CI uni, tous les arguments qu'il reproctuit si volontiers lorsqu'il veut attirer h loi de nouveaux prosélytes ou ramener deé fugitifs ; cette lettre se termine par une éto^»e»te exhortation :
• Lève-toi, soldat dû Christ; lèHr6*<»toi, secoue la poussière qui te couvre, reviens sur le champ de ba»
* Epist. ad Pale , U, p. 12.'
62 ESSAIS D^mSTOBOi UnéHAIRE.
taille pour combattre avec plut ile courage après ta fuite, pour triompher avec plus de gloim. Le Christ compte beaucoup de soldats qui ont commeaeé eourageusemeiity qui ont persévéré, qui ont vaiseu : mais il ea a peu qui, revenus sur leurs pas, aient bravé les daugers qulls avai^it évités, et qui aient mis en fuite Tennemi devant lequel îb avaient foi : et comme toute rareté «st {irécieuse, je me réjouis de ce que tu peux être parmi ceux qui sont d^auÉant plus illustres 4|uliissont moins nombreux* D-ailleiirs, si tu es timide^ pourquoi craindre où la crainte est déplacée et ne pas craindre où elle est légitime? Penses^-tu, pour avoir fui, n'être plus à la portée des mains ennemies? L^ennemi aîAie mieux la poursuite que la laite, et presse pkis hardinaent un fuyard qui présente le dos qu^un athlète qui lui montre le visage. En sécurité, après avoir jeté tes armes, tu dors de longues matinées^ à l'heure même rà leChrist est sorti du tombeau, et ta ignores ^tte désairtaé et plue tîniide, tu n^en es que moins redoutable à tes aérersaires. Ils assîégeirà en foule ta deoMure, et tu dorsl mais les voilà qui franchissent le fossé, ils forcent la baie ei, pénètrent parla poMe. Esil^il plus sûr pour toi qu^ils te surprennent seul qu^avec tes compagnons, nu et couché dans toQ litqtt'arméetdebotftdansleeamp?RéveiUe^i, arme* toi, va retrouver les tiens que tu as désertés, et que la peur qui t^en a séparé te réunisse À eux. Soldat effé-^ minél pourquoi redouter le poids et la dureté des armes? Mais ne sais-tu pas que Tardeur du combat et
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k sifftsm^it des flèobes allègent le boudier el rendent iosmsîble là pesanteur du casque et de la cuirasse. En passant de Tombre au soleil, de Toisiveté au irB* vaîi, tout parait pénible au commencement; mais à mesure qu'on perd ses vieilles habitudes pour en prendre de nou'reiles, les obstaeks s'aplanissent, et 06 qu'on croyait inapossible devient aisé, grâce à Taccoutumance. Les soldats, même les plue braves, se trlMiblent aux premiiars aeeeats de la trompette; mais lorsque le combat e'ert engagé, Tespoir de la victoire, la crainte de la débite, les rendait inbrépides. Pomr^ qiïoi trembèerûia-tu entooré de tes frères sous les armes, les anges à tes côtés, et à leur tète le Christ, animaot lee siens de sa voix el criant : « Ayez con* fiance, j'ai vaincu le monde? » Si le Christ est pour Dôus, qui est contre nous ? Tu peux être tranquille sur le oombat puisque tu l'es sur la victoire. O com* bat plein d'assurance avec le Christ et paur le Christ I dans lequel ni blessé, ni renversé à teitre, ni foulé aux pieda, ni noûlle Cois mort, si mille morts téteieal poësibles^ ta ûie sérias privé de la victoire à moins de fiir, car la laite est 1b seulie xmise de d^ille« £b foyaaty tu peux perdre la victoire; en moumot^ non. fiévreux si tù meurs dans le combat; car, uae fois mort, ta seras oourannél Màlhear à toi, sî; «n ne*fosani le icombàt, ta perds ens^nble et la victoire »t ilcouraaBe^»
G4 ESSAIS D^HESTOnS LITféBAIRE.
Les passages que je viens de réunir suffisent pour donner une idée exacte de Téloquence de saint Bernard : ils mettent en lumière ses grandes qualités, sans dissimuler ses défauts. Le rhéteur parait qu^u^ots à côté de Torateor, mais il ne Tefface pas, parce qne la vérité du sentiment, la grandeur des idées et la vigueur logique subsistent sous la recherche de Texpression. Pour le langage, saint Bernard suit Técole de saint Augustin plutôt que celle de Cicéron. Il cherche ses effets non-seulement dans le contraste des idées, mais dans le rapport des sons qui redouble le choc des antithèses. Au i*este, la forme antithétique est si naturelle à la pensée de saint Bernard, qu^elle semble spontanée. Il est certain qu^elle se produisait sans efforts ; car le dernier des morceaux que j^ai cités, et qui n^est n^est pas moins remarquable par le luxe des* antithèses et des métaphores que par le mouvement de la pensée, est la moindre partie d^une longue exhortation qui fut dictée, tout d^une haleine, par saint Bernard , dans le jardin de Clairvaux , et non péniblement élaborée, comme on serait tenté de le croire, dans le silence de sa cellule. L^ obscurité mystique dépare quelquefois les sermons de notre orateur, parce que, persuadé quMl est, qu^il n'y a pas dans les saintes Écritures et dans la vie de Jésus-Christ un seul fait, un seul mot qui n^ait un sens symbolique et mystérieux % il sonde ces profondeurs cachées, sans y porter
* Ea tempora, quibas in terris visas est Ghris(u8,itadii|MMait iilae miDl-
toujdiirs la lumière^ au moins pour nos yeux profanes. Quoi qu'il en soit de ces défaute, si Ton rapproche la vie et les œuvres du saint docteur, on n'hésite pas i rappeler l'antique définition de Foratenr. Sa parole est puissante , parce qu'elle est sincère : il vise moins à se faire applaudir qu'à persuader et à toucher , et OD pourrait lui appliquer ses propres paroles : « lllius iacloris libenter audio vocem qui non $ib% plausunty sed mhiflanctum moveat. » Toutefois il était habile à ex* citer les applaudissemente comme les sanglots. Il sa* \ait aussi qu'il fallait joindre à l'autorité de la parole les exemples d'une vie irréprochable. C'est encore lui qui nous le dit : « Un pasteur qui possède la science sans pratiquer la vertu, fait moins de bien par la fécondité de sa doctrine que de mal par la stérilité de sa vie. » La critique doit signaler les taches qui se mêlent aux ^andes qualités oratoires de saint Bernard ; mais elle doit reconnaître qu'elles n'en obscurcissent pas l'éckt, car si la puissance du génie ne prévient pas toujours les écarts du goût , du moins elle les couvre et les fait oublier.
Dans le cours de cette dissertation, je n'ai pas essayé de déguiser l'admiration que m'inspirent le caractère et le génie de saint Bernard. J*ai cédé, je l'a^ Toue, à l'ascendant qu'il exerça sûr ses contemporains,
nmm qnldem momeotam, ne imam iota a sacramento yacayerit aut pr»* terlertt line mysterio. Dominic. Palm., serm. III, p. 882.
69 ESSAIS ]>^]II0IOniB UmâRAIRB.
mais je ae Fai pas fait ayeuglénieiit. L^éHide assidi» de sa vie et de ses œuvres m'a convaincu de ses Ja« mières et de son désintéresseoient ; et comme je n'ai pas trouvé une inconséquence dans ses doctrines^ ont souillure morale dans ses actes ^ une tache de sang dans sa vie politique , je n'hénte pas à voir en lui Texpression la {dus élevée du véritable esprit chré* tien et la plus pure lumière d'un siècle auquel n'oat manqué ni les grands talents , m les grands canKh tères.
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