‹ Essais d'histoire religieuse et mélanges littérairesChapitre 10 sur 47 · LB XVIII* SIÈCLE BT LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LB XVIII* SIÈCLE BT LE CHRISTIANISME

accorderions-nous noire ciéance sur un poinl quaod noas la lui refusons sur l'autre? Si Jésus n'est poiot res« suscité miraciileuseineiit au troisième jour, qui nous assure que son corps ait été réellement dierché dans Ito tombeau et n'y ait pas été trouvé? Si à la première Pentecôte les apôtres n'ont pas parlé des langues élranl^ères en vertu d'une inspiration surnaturelle, d'où savons-nous donc qu'ils aient parlé autrement que comme des hommes ordinaires?

Dès qu'on est ainsi arrivé à comprendre que le critique, lorsqu'il est en présence d'un récit de miracle, u'a pas le drQil de lui ôter le caractère miraculeux et de lui laisser en même temps le caractère historique, — que le miracle n'est pas une enveloppe superficielle qu'on puisse enlever indifféremment , mais qu'en l'arrachant on emporte toujours avec lui un hoQ morceau d'histoire; quand ainsi on a relâché encore davantage le lien qui rattachait révénemeiit au récit, on peut considérer les personnages d'un récit merveilleux d'une manière toute différente et beaucoup plus équitable. Est-ce la faute du législateur Israélite, si, après lui, la légende et la poésie ont orné son histoire de miracles de tout genre? si l'ambition sacerdotale a été jusqu'à lui imputer des miracles destinés à le venger de ceux qui avaient voulu, disait-on, attenter à ses privilèges et h ceux d'Aaron? Est-ce la faute des apôtres s'ils n'ont pu croire à la résurrection de leur maître, sans que celle croyance revélil peu à peu dans l'imagination de la première communauté clurétienne une forme qui, le miracle une fois retranché «

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donne prise aux plus fâcheuses suppositions? — Il ré* salle de tout cela» je l'avoue, que noire savoir eat di«« minoé d'autant sur Mo!de, sur Jésua et les apMrea; noua 9&vons sur eux moins de choses merveilleuses suivant

les uns, moins de choses ro m promettantes suivant les autres; mais nous en savons toujours assez pour arriver, au moins dans les traita principaux, à une conception vraiment historique de oe qu'ils ont été et de ce qu'ils ont foit.

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• Le dix-huitième siècle, formé ft l'école de Iicibnltz et

de Wolf, ne respeclail rien tant (|ue la loi d'identiié el de contradiction. Une chose ne peut pas à la fois être el n'être pas : celte vérité fut le réactif puissanl au moyen duquel Reimarus en particulier sut dissoudre nombre de récits bibliques et de doctrines traditionnelles* Et* cependant que de choses contradictoires il admet tout à côté, sans se douter qu'elles sont inconciliables! Jésus doit avoir annoncé, avec un accent de conviction irrésistible, les plus pures, les plus sublime» vérités de la morale et de la religbn, les préceptea de l'amour de Dieu et des hommes, du renoncement, de la purification du cœur, et à côté de cela, il doit avoir clé un ambitieux vulgaire, un homme dont les visées étaient toutes terrestres! Les apôtres doivent avoir su mieux que per^* sonne qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans l'histoirtf

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delà résurrection dejear maître, puisqu'il! avaient eaxmémts Aiit disparaître son cadavre, et néanmoins

ils doivent avoir préclié cette histoire avec une foi si brûlante, qu elle a suffi pour tranfiformer le monde! Ce sont là des impossibilités que le dix-buitième siècle seul ' était capable d'accepter*

Tous les fondateurs de religion ont été des imposa leurs : telle était la doctrine ouverte ou cachée du dixhuitième siècle; le dix-neuvième au contraire admet comme une vérité acquise que jamais une religion qui a pris place dans Thistoire ne s*e8t établie par la fraude^ que toutes au contraire ont été fondées par des hommes trés*con vaincus. Cette justice équitable à Fégard des diverses religions à laquelle le dix-huitième siècle, qui dépréciait le christianisme, ne sut pas atteindre, le dixneuvième atèele y est arrivé en haussant de quelque! degrés les réRgiona extra-bibliques et en rabaissant dt quelques autres les religions juive et chrétienne. Vls-à* vis de l'opinion antériciiremcfit reçue que la religion biblique était œuvre divine au sens absolu, et les autres des produits de la tromperie de âatan*ou de Timposture des hommes, une autre opinion avait surgi, d'après la-» quelle ce dernier cas était celui de toutes les religions^ n du christianisme comme des autres. Il était réserve au dix-neuvième siècle de résoudre cette contradiction entre la pensée du dix-huitième siècle et celle des siècles chré<> * tiens antérieurs, en montrant dans le détail que toutes les religions sont divines k des degrés divers, pour autant qu'elles expriment le développement de la conscience du Divin dans l'humanité, mais que toutes aussi sont

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humaines pour autant que ce développe me al est soumis aux lois de l'humaine nature et ne se réalise qu'à Iravers des faiblesses ei des misères de toute espèce, Ceai à cette vue concilianto que nous devons, d'une part la mythologie scientifique et la philosophie comparée des religions, de l'autre la théoloj^ie criii(iue. Si les premières nous redisent au sujet des religions non chrétiennes, le mot fameux : IntraUe^ nam et hic Dii stm{y Tantre ne nous laisse pas oublier que dans la naissance dtt christianisme il n'y a rien eu que d'humain et de naturel.

Les siècles antérieurs étaient trpp profondément engagés dans le christianisme pour le comprendre et le juger d'une manière impartiale; et par une raison tout opposée, par cette raison qu'ils ne les considéraient que

du dehors et avec des préventions hostiles, ils ne comprirent pas davantage les religions païennes. Mais d'où vient que le dix-huitième siècle, dont la situation était meilleure vis-à-vis de l'une comme vis-à-vis des autres, et qui a produit des travaux si estimables sur l'histoire extérieure des reliyiofiSy d'où vient que ce siècle n'a , rien compris à l'essence de la religion ? Ce qui l'en empêcha, ce fut le caractère exclusivement logique et dUjoneUf de sa critique. Prenons un exemple. Les apôtres annoncent au monde que leur maitre cruciOé est sorti vivant du sépulcre au troisième jour. De deux choses l'une, dit alors celte critique : ou bien l'évcnementa réellement eu lieu, ou bien il n'a pas eu lieu; dans le premier cas, les apôtres ont dit la vérité; dans le second, ils ont menti. Une troisième hypothèse ne pa-

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raisaaii pas possible an dix-huitième siècle. Mais ies apôlrss D'anraîeDt meaii que dans le cas oû ils auruent su que lésQS n'était pas réellement ressuseité. Or, qui

nous prouve qu'ils ont dû savoir cela? Qui nous prouve qu'ils n'ont pas pu sincèrement croire leur maiire ressuscité? £t s'ils ont prêché ce qu'ils croyaient, ils ont été» ai ce qu ils prêchaient n'était pas mrai, victimes d*une illusion et non coupables d'un mensonge ; ils peuvent avoir agi et parlé en toute honnêteté, et nous voyons disparaître la contradiction insupportable d'un mensonge conscient et d'une foi assez ardente pour produire les résultats historiques que Ton sait. D^'apréa les Ael»$ de$ Àfiôireê^ pour premlre un autre exemple, Paul assurait que, sur le chemin de Damas, Jésus lui ctait apparu dans une lumière céleste et lui avait parlé. Certes, nous sommes pour le moins aussi éloignés que Reimarus d'admeUre que les dioses se soient passées anisi ; mais nous serions beaucoup moins disposés que lui à taxer pour cela Paul de fraude et d'imposture.

Se livrer à de telles imaginations, y croire fermement, les prêcher au monde avec conviction et avec enthousiasme, sans jamais se douter qu'il n'y a là que des imaginations, — c'est ce que Psul, ce que les autres apôtres n'auraient certes jamais pu fnire, si la claire et froide raison avait eu sur eux un (Mnpire aussi absolu que sur Reimarus et ses contemporains. Aussi aucune religion nouvelle n'est-elle née dans le siècle de Reimarus, et l'ancienne était-elle en train de se disr toudie. U n*y a pour la religion d'époques créatrices

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que celles où rimogination règne nulani que régnait au dix*httitième siècle la raison* Mais le dix-baitiéme siéole mëcoonaissaii rimaginalioii, il oubliait tout à fkit d'eo (enir compte ; si o'est pour cela justement qu'il a nié* connu la religion qui a sons douie pour père le seoti** ment, mais qui a l'imagination pour mère*

On peat etprimer la indme idée soos ime Mtfo forme, eu disant que Reimams n'a jamais bien cooh pris l'Orient. Nous avons vu à propos dn style des

Psaumes, du Livre de Job, et aussi des épitres pauliniennes, combien il était prompt à lancer à ces écrits le reproche d obscuriié et d'eoflur^; bien plus encore lui étaient étrangères» ou même suspectes, les visions des prophètes, les «ktases de Paul et de l'aateur de " l'Apocalypse. C'est là une limite à son liorizon, comme à celui du dix-huitième siècle, qui, vis-à-vis de l'esprit Imaginatif de l'Orient, avait poussé à l'extrême l'esprit critique et rationnel de l'Occident, fj'bomme qui^ le premier, noUs^uvrit l'intelligence de l'Orient, fitorder, fut aussi l'un des premiers parmi ceux qui franchirent loâ limites du dix-huitième siècle et qui frayèrent la voie au dix-neuviéme.

La résurrection de Jésus est un véritable êeMkçUlh qui peut servir à marquer Indifférence} oon-sealemeili des diverses oonceptions du christianisme, msis eneoft

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des dhrerae» ooncaptions du monde et deê dhrers de» grés de calture. I^iprèê le eroyeiUM» de TÉglise, lésas

est revenu miracLilcascineni à la vie; d'après l'opinion des déistes comme Reimarus, son cadavre a êtô dérobé psr les disciples; d'après i^xégèse deS raiionalisles» Jésus ii*étoit mort qu*eB apperenoe, et il est revenu namrellement à la vie; selon nous, o*est l'imaginalion des disciples qui, sollicitée par leur cœur ému, leur a représenté comme revenu à la vie le Maître qu'ils ne pouvaient se résoudre à croire mort. Ce qui, pendant des sièeles, avait passé pour an (ait extérieur, envisagé comme mweilleux d*abord, puis comme frauduleux, et enfin comme simplement naturel, est aujourd'hui rangé parmi les phénomènes de la vie de l'àme, redevient ainsi un fait purement psychologique.

Le dix-buttième siècle M niait pas, Il est vrai, la

réalité des faits intérieurs. Mais prendre un fait purement intérieur pour un fait extérieur, c'était là, selon lui, dans l'hypothèse la plus favorable, c'est-à»dire si aucune fraude n'était en Jeu, une imagination creuse^ une vaine Illusion. Pour nous, au contraire, une étude plus attentive de la vie de l'âme et de l'histoire des religions nous a appris qu'une vérité peut parfaitement pénétrer pour la première fois parmi les hommes soUS une fbrme inadéquate, enveloppée, si l'on veut, dans une illusion, et n'en avoir pas moins déjà lâ valeur et les effets qui sont propres & la vérité. Sans doute, la vérité pure serait préférable; mais, si la vérité ne devait agir que lorsqu'elle est pleinement reconnue et dans

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la mesure exacte de l'intelligence qu'on en a, combien ses effets seraieot limités dans l'histoire 1

Si donc nous n'hésitons pas à voir une illusion dans la croyance des disciples que lésus était ressuscité et leur était apparu, comme aussi dans TaUenle de son retour prochain sur les nuées du ciel, tou jouis est-il que cette illusion était grosse des plus importantes vérités. Sous cette forme de la croyance à la résurrection de Jésus, l'humanité s'appropriait pour la première fois le grand principe que nous exprimons, dans la langue du Nouveau Testament, en ces termes : t Ce qui est éternel et esseniieli ce n'esipas le visible, mais l'invisible; ce ne sont pas ks choses terrestres, mais les choses célestes ; ce n'est pas la chair, mais l'esprit. » Et que de conséquences de la plus vaste portée étaient impliquées dans ce principe ! Il fallut rompre avec celte belle harmonie de l'esprit et du corps qui avait triomphé dans le monde grec; l'esprit ne pouvait être reconnu comme puissance indépendante qu'après s*étre afSrmé dans la lutte contre les sens, dans la douleur et dans l'ascétisme, dans l'humilité et clans la laideur. Il fallu que le fier, le majestueux édifice de l'Empire romain tombât, que l'Église grandit en face de l'État, le pa{)e en face de l'empereur , pour donner à l'humanité la pleine conscience de cette vérité que la force de la con* viclion, la force de -l'idée l'emporte toujours en définitive sur la puissance matérielle la mieux assise. Tout cela était contenu en germe, en abrégé et comme en chiffre dans la foi à la résurrection de Jésus; comme aussi l'espoùr qu'il reviendrait bientôt pour fonder son

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royaume» élait le presseDliinent de la grande desliiiée historique da chriadanisme et de l'ère nonvelie qu*il allait ouvrir.

Celle vue conciliante cl apaisée, rexcellcnl Reimarus n'y csl pas arrivé. li était encore engagé daos la lulte la plua ardente, dans - une inimitié résolue contre ce efaristianiame qu'il venait enOu, croyait-il, de démasquer. Il n'était pas, à la vérité, sans en reconnaître les parties supérieures, et, en particulier, il savait estimer à leur prix la pure morale, la sublime idée de Dieu qu'uvaient enseignée Jésus et les apôtres. Mais pour lui ce n'étaient là que des emprunts à la religion naturelle, et, de plus, Jésus avait compromis ces vérités par ses illu« sions messianiques, non moins que les apôtres ne l'avaient fait par leur doctrine de la Hédempiion. Toujours le christianisme resta pour lui, dans ses éléments originaux, c'est-à-dire dans ce qui le distingue de la religion naturelle, quelque chose de Atux et de perni* cieux. Forcé de renfermer en lui-même ses convictions, de n'être franc et sincère que devant le papier muet, et devant un très-petit nombre de confidents qui lui étaient probablement fort inférieurs, réduit à se taire en présence de l'activité tracassiere d'un Gdie et d'autres zélotes de son entourage, rédoit même à entendre leurs prédications et à prendre part à des cérémonies où il ne voyait qu'illusion el superstition, — dans ce rôle d'un représentant de la raison opprimée par rintérét et la sottise, son antipathie naturelle contre le christianisme et l'Église dut se tourner en profonde irritation, lîe là Taigreur, voisine, à certains moments, d'une sorte de

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fanatisme rationnel, qui 86 faii MOtir dans son style, et OÙ les fbiUes peuvent ironver un sujet de scandale, tandis qaeles observateurs intelligents, tout en souriant parfois des méprises où Reimarus est tombé, estimeront l'amour ardent du biua et du vrai qui est la cause de cette amertume*

fin somme, dira quelqu'un, o est donc là un point de vue dépsssé, une conception qui n'a plus pour notre époque qu'un intérêt historique? Qu'on me permette ici de rappeler un mot de liogcl, de ce penseur qui a eu ses défauts sans doute comme philosophe et surtout comme théologien, mais qu'une génération trop prompte à vivre a peut-être oublié un peu vite. Hegel aurait dit que les théories de Reimarus ont été ùhiarbéei par la science de notre époque. Mais pour être c absorbée », ainsi que l'entendait le philosophe, une idée ne perd pas du même coup toute raison d'être. BUe n'eierce plus, il est vnii, d'influence'prépoiidénNite, ni d'empire exclusif; elle disparaît en quelque sorte dans l'idée supérieure qu'elle a servi à produire et dont elle forme désormais un élément; mais cette dernière serait elle-même condamnée à l'impuissance, si elle prétendait abolir sans retour celle qui l'a précédée et lui refuser jusqu'à la valeur rdative à laquelle elle l'a forcément réduite.

Ainsi en est-il à bien des égards du ^^ystème de Reimarus. S'il dit, par exemple, que le christianisme n'est pas une révélation divine, mais bien une imposture humaîne^ noua savons aiyourd'hui qu'il se trompe, et que le ehriatianisne n'est pas l'osuvre de l'imposture. Maîa est-il pour cela une révélation divine dans le sens

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OÙ remeiid i'Égliial La thèse de Aeiinanie tK^le •iMolaiBant faoenî Pat le moine du monda : la yérité et! que 168 négaiHHie gardent toute leur foroe; sea affirmations seules onidù foire place à une affirmation meilleure. C'est là ce que lu théologie de nos jours oubliiî trop vo-> lootiera. Parce que tout le monde reconnaît aojoord'hui que Meïie n'élait paa un charlatan, rile veut de nouveau qu'il ait fait dea mirades ; parce que personne ne croit plus aujourd'hui que le cadavre de Jésus ait été dérobé par ses disciples^ elle veut de nouveau noua faire admettre la réaurrection miraouleilae.

D'aiUeura» ee n*eat pas aeulement dans aea négations que Reimarua ae rencontre avec la «dence de nos jours : il a de plus contribué lui-même à préparer l'aftirmalion meilleure que la théologie moderne a substituée à la sienne. Il ne ¥oit (ms toi^urs dana Isa miradee derAnden Testamoot une pure imposiore» mais quelquekm auisi, comme d^à Spinoza, une fiittise apparenoe* née du êiylw ikeoeraimts des historiens juifs, c'est-àdire de leur habitude de nimener directement toute chose à la couse suprême, Dieu, en omettant les causes latermédisires. 11 formufo ainsi la régie critique qui permettra plua lard au rationalisme d'aiplîquer oato* reliement les récits miraculeux de l'Écriture sana porter atteinte au caractère despersonnnges tenus poiir sacrés. D'autre par(, en indiquant la tradition orale cqmme le médium dana leqod hon nombre de oes réoits se sont longtemps transmis et notablement tranaformés avant d'élre fixés par l'écriture, en cherchant dons l'orgudl national des Juifs la source de mainte gloriûcation fa-

80 ESSAIS D'HISTOIRB RELIGIEUSE

buleuse, en voyaol dans les songes de Daaiel une imitalion des songes de Joseph, dans l'étoile conducirioe des mages une imitation de la colonne de feu et de fumée da récit mosaïque, Reimaros a préparé aoasi

Tapplicalion de la lliéorie mythique aux récils de la Bible. 11 est vrai qu'il a admis i'authenlicilé de tous les livres du Nouveau Testament (à rexce|»tion de l'ÉpUre aux Hébreux); mais cela n*a nui en rien à la lucidité de son coup d'œil critique, comme on a pu le voir par son jugement sur l'Évangile johannique. El, en rappelant (]ue ces livres furent destinés originairement à un très-petit cercle, qu'ils ne se répandirent que lentement en dehors de ce cercle, que leur succès fut dû à des causes très-fortuites et qu*un accord général sur le Canon ne fut obtenu que très-tard, Reimarus a ouvert • un vaste champ à la libre criiiijue historique du Nouveau Testament. Ce ne sont là, il est vrai, chez lui que des indications éparses, qui sont même en contradiction avec le reste de son système ; mais c'étaient des germes qui devaient se développer, qui se sont développés en effet, et (jui, tout en transformant la partie positive du système de Aeimarus, eu laissent tout à fait intacte, ou plutôt en présupposent encore aujourd'hui la partie négative.

' Mais Hegel, et ce fut là son erreur capitale en théologie — Hegel, dis-je, et bien plus encore ses disciples tbéologiques immédiiUs ne sont pas restés fidèles à sa notion si vraie cependant de c labsorption ». La c théologie spéculative » est demeurée stérile, panse qu'elle a cru trop aisément en avoir fini avec le raUo-

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naliïine. Elle a été punie, comme elle le méritait, de oe dédaigneux oubli, et le rationalisme, après avoir disparu pour- an temps dans le sein de Fécole, en est ressorti plus profond et plus pur à l'état de théologie critique.

Le dix-neuvième siècle, dès le début, sacrifia de gaieté de cœur les plus précieuses conquêtes par l'exaltation romantique avec laquelle il se détacha du dix-huitième; plus il reviendra à ce grand siècle, plus il se sentira appelé, non à Tabolir, mais à le continuer et è le compléter, plus il y aura lieu de croire qu'il a compris sa lâche, plus il y aura lieu d'espérer qu'il saura l'accomplir.

l£i UOM£iïiâiJ£ SUU LË UQM bh& GÉSAttS

iCLiksi l'apostat

Ce discours sur Julien n*a jamais été prononcé: la forme oratoire du morcoau est une pure fiction. On sait que celle brochure, qui parut en !847, est beaucoup moins ttné étude sur Julien l'Apostat, qu'une » satire politique sous forme historique, • 4 l'adresse du roi de Prusse Fréd^rio^Guillaume lYé Qiie!ques-unet des allusions dont ces pages sont toutes pleines scroalUeveoues obscures pour les lecteurs de 1870 : Tautcur liii-mùmc ne saurdit, dii-U, led retrouver toutes aujourd'hui. Mais il a bien voulu nous comitiuniqber, au sujet de ce ttiorceau, la tioto suivante qui «I fara bim oompreodre )'ori|[hie ét llnteUtion i

« Il y a peu d'hommes que j'aie aussi cordialemeni

déleatés que Frédéric-Guillaume 1 Y de Prus&e : Julien l'Apostali au contrairei m'avait intéressé do tout temps; il m'avait même inspiré une certaine syinpntbie. Gi&ce à Tidéc inlermédialire dé romantinne, [ces deux hOmmet M eonfomiireni pour on

instant à mes yeux en une seule et même image. Ce travail était d'abord destiné à une revue dirigée par un ami ; mais mon cher Marklin, après l'avoir lu> me conseilla de le publier à part; je suivis le conseil et j'eus tout lien de m*cn féliciter. Mon écrit trouva beaucoup de lecteurs bienveillants, comme Bussi d'assez nombreux critiques ; ces derniers eurent an général, le tort d*oublier qu'une parodie politique ne doit pas être jugée d*après les mêmes règles qu'une monograpbic histori* que. — Ce qui me fit le plus de plaisir , ce fut le jugement d'une revue anglaise qui déclara qu'il n'y avait dans cette bro* chure ni sel ni esprit, mais que la vL^rilé du parallèle histort* que était si frappante, qu'elle tenait lieu d'esprit el de ael. •

En France, cette iMDChure fut appréciée, quelques mois après son apparition, dans un article de la Revue des Deux M<mdet dù à la plume de M. SainURené Taillandier (15 mai 1848).

C'est de Temperetir JuKen, très-honorAi aadîiears, qae j*ai promis de vous entretenir aujourd'hui. Cette lâche, vis-à-vis de vous, est, je ne dis pas moins difûcile, mais certainement moins embarrassante que devant un autre public. Deux considérations, en effél, me mettent à l'aise : la première, c'est que l'histoire de Julien, dans ses traits essentiels, vous est suffisamment connue. Je n'ai donc pas à vous faire le récit des événements de sa vie et de son règne : me plaçant au point de vue le plus élevé, je me propose de vous signaler les faits capitaux auxquels nous devons, selon moi, regarder pour nous former une opinion sérieuse sur ce remarquable personnage. Mais, de plus, — et

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