UN ROMANTIQUE SUR LE TROIVE U
c'est là ma seconde observation — dans une assemblée comme celle-ci, je sais certain de n'avoir devant moi personne qui se signe au nom de Jalien l'Apostat, on
qui, h l'entendre, croie devoir feindre une religieuse horreur : je m'adresse à des esprits non prévenus qui ne devanceront ni ne repousseront par aucun préjugé hostile le jagement <]ue je vais m'efforcer d'établir.
Au reste, ce qui complique ici notre tâche, ce n'est pas le fiiit que, de tout temps, l'empereur Julien ait été jugé de façons si diverses et même si contradictoires. Une pareille divergence n'a rien pour nous de surprenant lorsqu'elle répond dans une certaine mesure à la diversité des écoles ou & Fopposition des partis. Hais que le même homme ait été loué par ceux qui auraient dû le maudire, blàmé par ceux qui lui devaient, ce semble, quelque sympathie, — voilà certes un phénomène étrange et qui mérite tout d'abord de fixer un instant notre attention.
Pour ce qui est des jugements les plus andens'sur Julien, le contraste entre l'indulgence des uns et la sévérité des autres s'explique sans peine, précisément
parce que dans le passé les antithèses doctrinales étaient plus nettes et plus simples qu*aujourd'hui. Si Grégoire de Naziance, par exemple, dans ses pamplileis contre Jurien tombé, rappelle un Achab et un Jéroboam, un
€9 ESSAIS D*91STQ11IE USUaipUSP
Pharaon et un Nébucadnetzar; s'il entonne sur la cjiute du dragon, de l'apostat, du grand démon, un chant de triomphe auquel il invite les hommes et les anges à prendre part ^ si Libanius, au contraire| (l^na l'oraison fùnèbre ^a*il consacre au même pripce, raposirophe comme le nourrisson, l'élève et l'égal d'êtres supérieurs, commo le compagnon et ranii tics dieux, — ce sqnt saqs doute des jugements aussi oppoï^és que possible; mais noqs trouvons tout naturel que l'apostat ^u jeupç christianisme et le restaurateur de l'ancien culte paraia^^ un scélérat au bouillant évcque comniç il parait gi) héros à l'un des derniers païens.
Mais, SI nous descendons vers les temps riiodernps, notre boussole devient incertaine, et nous spnijnt;^ trompés dans notre attenta de voir iulien ^^vlireipfsnt jugé paf les cbrétjens et trait^ avec pympalhie par leurs adversaires. Nous rencontrons , par exemple, Goitfried Arnold avec son Histoire de f /église et des Hérésies ; et voici, ce chrétien à la'deuxième puissance, ce piétiste — an piétiste à la vieille mode, il est vrai, — est visiblement favorable à Tapostat et prend en un certain sens son parti contre les chrétiens. Non pas que le pieux historien — eela va sans dire et il le dit d'ailleurs expressément — t npp qu'il veijijle pxpuser l'in- CfédMlité et les blasphèmes d^ iuliQOj mois il ^tim^
que les cbrétj^«)9 d'ftlprs, e^ m\ 9péci9|po)0Dt ]fm pré^fs^leiii^évéqqes, furefii les prenijers poupahles de la défectjpn de Julien, grâce à leurs rebulan^e^ disputes de mots, grcâce à l'intoléri^rice passionnée avec laquelle \^ fpajohté des chréiiep§ ppprjmai^ et pergécil-
un noiiAifTiavp sun lb trqnb
U)it une faible et souvent innocente minorité. L'insQience des zélotes chrétiens aurait irrité de mille manjèreg un «Quveraio n^Mir^Uement bien (ii^posé fii l*Qi|rai( prpypqiié ii 4q9 m^ur^s sévères : notre historien esf mém« tenté 4^ gfoire qo>q fon4 pe n'est pas julien qqj * a persécuté les clirétions, mais les chrétiens qui ont persécuté Julien. — Rien de plus clair : dans l Églisp orthodoxe di; quatrième si^Q| Arao|4 vpit §t comb^it l'ortboiiQ^iQ luthérienne 4^ soq propre t^ipps, l'Église esc|av0 4e |ft lettre et pcrsépntricç; îe^ «iriens et 1^9 vsh lentjqjenSi les noyatiens et les 4onati9le9 sont pogr luj comme qui dirait des piélistes avant Spener\ les païens eux-mêmes, à titre do secte oj)primce, gagnent sa sympattij^i et Iq priR^^ 4Mi brisa la tyrannie d'une cg|ise d^enpedespqtlqneetqqiproc!^{)ia ))i liberté religieuse, a droit à ses éloges, alors fnéme qu'il se troi^ye par nialheur appartenir à la plus mauvaise de toutes les sectes du temps, à la scete païenne. L'aÏLMiilIe jusqu'ici se tournait simplement et constamment vers Je pôle chrétien a ^ubi déjà upç pertqfbatipn : que noiivclle fofpe est interyeque, un nouve<|q fhcteur qqi la f^it déyier #t ypciller. Ou pjutét ce n*cst point eqcqre que force nouvelle, mais seulement un conflit qui se manifeste au sein même du christianisiiie : le conflit entre une Église dominante qqi, tombée dans le culte de la lettre et des fprmeSi ne veut soqffrir aucune dé3^atioq 4^ I9 aucune liberté de mouyemeqts, — et la religion dq cœur, de la paix, qui sait reconnaître l'esprit qn et identique sous la diversité des forme?, qui exerce la tolérance, comme elle ne prétend ellp-mén^e qu'à isi
tolérance et à ia liberté» noo à l'empire. A Tépoque de lulien la latte entre le christianisme et le paganisme effaçaii l'opposition bien moindre entre l'orthodoxie et l'hétérodoxie dans l'enceinte du premier, à tel point qae nous voyons Grégoire de Nazianze combler d'éloges Tarien Constantin en le comparant au païen Julien, — éloges doublement étranges à nos yeux de la part d'un disciple d'Athanase et d'un contemporain si bien informé. Maintenant, au contraire, le conflit entre la libre, la pacifique religion du cœur et la tyrannique Église de la lettre est si bien devenu l'essentiel, qu'Arnold traite le tolérant empereur païen avec une prédilection qui nous étonne de la part d'un chrétien si fervent.
Rapprochons-nous encore plus de Tépoque actuelle, adressons-nous à un homme du parti opposé, et nous aurons la surprise de trouver un adversaire cauteleux du christianisme qui s'exprime sur le compte du prince anti-chrétieo avec beaucoup pins de froideur qu'on ne s'y attendrait de la part d'un coreligionnaire philosophique. C'est Gibbon qui, dans son fameux (juinzième chapitre, passe devant le christianisme en tirant un coup de chapeau fort équivoque à la divine origine de cette religion» et se donne ensuite le plaisir de montrer dans le plus grand détail par quels moyens tout humains elle s'est propagée, et la part prépondérante qu'y ont prise le fanatisme, la superstition et la rouerie hiérarchique. Un tel historien ne devràit-il pas traiter avec nne faveur toute particulière un prince qui avait tenté, dans le domaine de la réalité, d'arracher au christianisme cette victoire acquise par des moyens souvent
UN ROMANTIQUE SUR LE TRONE m
imptirs, et» dans le domaîDe de la pensée, de prouver que le cfaristianisme n'avait rien de divin ? Eh bien, non ! Gibbon reconnaît sans doute parfaitement les qualités éminentes de Julien ; il rend toute justice à sa bravoure de guerrier, à ses talents de souverain, à sa modération dans la prospérité, à sa oonstanee'dansle malheur, mais 11 ne peut dissimuler qu'en somme le caractère de Julien ne lui va pas. Noo<seulement il ne trouve plus, dans celte nature d'épigone , la haute portée et l'essor d'esprit d'ua César, l'habileté consommée d'un Auguste; mais les vertus mêmes de Julien ne lui semblent pas assez naturelles, sa philosophie pas asses simple. Son apostasie ne ferait en elle-même aucun tort à ce prince dans l'esprit de Thistorien déiste, mais il ne peut lui pardonner le mystique enthousiasme qui recouvrait ses vertus et qui n'était pas, chez lui plus que chez les autres enthoijsiastes, pur de tout mélange de fraude pieuse, Avec une connaissance imparfaite de ta vérité historique, on pourrait, pense Gibbon, se représenter Julien comme un monarque philosophe, s'efforçant, par une tolérance impartiale, de calmer la fièvre théologique qui s'était emparée de ses sujets ; mais un examen plus attentif de son caractère et de sa conduite détruit ce préjugé favorable et nous montre un prince dont l'intelligence était affaiblie par la contagion des superstitions populaires de l'époque et qui se laisse souvent entraîner par elles dans ses actes politiques au delà des bornes de la justice et de k prudence. — On le voit : Tantithèse autrefois si absolue entre le paganisme et le christianisme est ici déjà complètement neutralisée,
8p ASSAfS D'HISTOiaiB nSUfilBUSp
tous deux soni mis sgrie n^poiQ rqpg comme des forrries inférieures de h pensée, comme superstition et exaltation pure; 1q ffipatique païen oe v^ulpiplua ni moins que ie fapatiqoe chrétien, tous 4eux é(ai)( ^^ement éloignés de la liberté et de la misof) d^ns lear pepséf} comme dans leur conduite,
Si je passe maintenant de l'historien anglais à Scl^josser, vous q'irej; pas croire que je confonde |e§ opinion^ irès-diyergeqt^ cçs deux écriv^iins, Ce n'est pii8 à n)oj que viendrii janiais ri4ée àû ypir 44)p9 rbiatorien allemand un adversaire déclaré o^ dégujsé du t liiisiianisme. Mais, si le vaillant écrivain sait ppprécier autant que personne l'élément moral et éternel du christianisme, s'il rend à l'occasion tou( hommage au cbnsijaniame biblique \ — QuI eq revanobe ifi'a moins île goût poqr rort]|od<)3FÎe ^th^pa^ienne, pour le christianisme des évéques et des conciles, tel qu'il ^ florissait au temps de Constantin ël de ses fils. Schlosser devrait donc, seipble-t-il, être d'avance (rès-bien di§po^ pour l'homme qui entreprit de je(er bas toqt ççt édifie^, et de iravuiller au bien du christianisipe eq le délivrant de cette puissance tennporelle, agent si rcr doutable de corruption. Eh bien, non! Julien sort moins maltraité des majns les plus orthodoxes que de celjea de rhistorien moraliste dp dix-huitième siècle. I^dni Fentreprise de Julien de rétablir le paganismq coqime
4. Gt clirisliMdMwMVN*^ ^ ifnplicité et révidoiié* dnqiiil •a •'•bMifw, é*«Ul«ar«, 4 fMw Im idéif iMplu «iaM« ^ 1m B|oioi eia^M.
relig'op dominante, Schlosser ne vojt qu'une riiaistance insensée à l'esprit (Je l'époque, esprit favorable au chrislianisip^, ai que Julien aurait dû diriger au lifiu^ 4e k cqpDbAHrç; cel^ npiro éçfwm Refait (|M'fswcer envers l'apostat Id ju^^ipe de r|)is(Qîre, tqd^pepctfiQie
de tou^s les eonfessiona de foi. Mais, (qndi^ que GibNp
avait bissé du n^ojns à ,!uiien comnie passion domimi{{^ un pit2U]( sincùrc alUipligmen^ au]( aopi^n»
dieux, Sfihleaser refftrde t'ardfice comme le irait esseqiie| de qature, et k Tépoque méfpe le pripte (Hiit
affranchi de tout joug extérieur, il ne voit en lui qu'un
rhéteur amoureux (|e rëminisconcps classiijues, un fat posant devant le fnirt>ir,oi| un acteur tuujourspréoqqupé
de 300 eiiityde. c^^t cette vanité qui explique, ae^on Scblees^r, loqt le d^veioppemmeni e| la pqsiriop u|0rieoris de Julien, Jeuqe homme pl^jp de talent, H attire
sur lui, par ses progrés dans îe^ études savantes, l'attention des soi)|iisies; leurs éloges jlaitent son amoiifr prqprei «îais dans |e dppiainp ppliiiqne aupurtp pepr spective qe « offre à ( ambition dq prince; il ae YOit mii^ à récertî il cherclie alora I obteqjr permi lea ^pbiates
la place qui partiii |i|i être refusée dans l'État, c'esirèdire |a première, et il s'associe as ce tJ'autant plus de zèle à lewr propagande païenne qu'avec la haute idée qu'il a de son eaprit, il éprpuve unff v^j(al^|e horreqr pour in fui qveqgle eiigée dn laïque pur les docteurs chrétiens, Parvenu enpn aq ir^ne, il entreprend la
restauration du pugaiiisme ; mais il niontre bien toutes les illusions d'un pédant lorsqu'il s'imagine qu'une rc-
iigioq réelle peut être f empiac^ par un composé. aN^aii
M fiSSAlS D*HISTOIRB RELIGIEUSE
de poésie, de philosophie et de superslilioii. — Ce qui, •Yec ces défaula peraonDels, achève de perdre Julien dans l'esprit de Schlosser, c'est l'entooFage de ce prince,ce sont les philosophes de coar et les sophistes d'Éfat
qu'il appela auprès de lui : cette espèce d'hommes, on le sait, inspire partout et toujours au digne historien une violente antipathie que nous serions d'aillears le dernier à lui reprocher. ^ Le mot d*ordre est donc ici : c Avant tout, qu'on soit simple et vrai I avant tout, rien d'artificiel et de tendu ! > En ce sens, Schlosser préfère les plus pauvres sermons des Pères de l'église aux déclamations froides et apprêtées du sophiste impérial et de ses maîtres* Les premiers sont simples et sérieux, ils sTonblient eux-mêmes dans l'exposition des idées pour la défense desquelles ils s'emportent, tandis que Julien pense toujours à lui et aux belles périodes qu'il sait cadencer en l'honneur de la cause qui a l'insigne privilège de l'avoir ponr déiensenr. C'est précisément pour cela que les docteurs chrétiens ont transformé le monde, tandis que les efforts de Inlien et de ses amis n'ont pas laissé le moindre résultat.
Comme, d'après tout ce qui précède, mes auditeurs sont sans doute déjà disposés, en ce qui concerne les jugements des écrivains modernes sur Julien, à n'attendre plus que de l'imprévu, ils seront à peine surpris de trouver deux des plus zélés défenseurs du christianisme supranaturalisle de no§ jours — le Pierre et le Jean de l'Église moderne, — de les trouver aussi prévenus pour Julien qu'ils viennent de voir le très-lihéral Schlosser prévena contre loi. Qui ne se souvient
UN ROMANTiaUË SUR LE TRONE 93
de récrit entboQstaste de Néander, jeune alors, anr rempereur Julien? Esprit ouvert à tout ce qui est
noble et grand, admiration pour les figures sublimes du passé, essor naturel vers ce qui dépasse les étroites limites de la vie terrestre, — tous ces traite de la figure de son héros avaient inapiré à rbistorieo chrétien la plus affeetueuse sympathie. Julien n'apparait pas dans ce livre marque de la flétrissure traditionnelle de l'apostasie : son retour à la vieille religion de ses pères est expliqué psychologiquement d'une façon qui tourne à sa louange plutôt qu'9 sa condamnation, Peuipon le blAner de s'être senti moins attûré par de stériles disputes doctrinales, par les débats sur l'égalité de substance ou la simple similitude du Fils et du Père» etc, que par les questions profondes et d'une si grande portée morale sur la nature et l'origine de ràme> sur sa captivilé dans lés liens de la matiérot et sur sa délivrance avee' l'aide des dieux, — toules questions que les philosophes païens lui promettaient de résoudre? 11 faut bien avouer cependant — remarque notre historien — que ce n'étaient pas seulement les discussions abstruses des docteurs qui choquaient Julien, mais aussi l'humble forme de serviteur que revêt la Divinité dans le christianisme, forme peu attrayante pour un esprit tourné au grand, à l'éclatant, à l'extraordinaire. Tel est le seul et bien léger reproche que Néander fait à son héros au si^et de cette apostasie que d'autres éerivahis ont si durement flétrie. Et leç décrets de Julien contre la religion chrétienne, contre ses confesseurs, avec quels ménagements ils sont rapportés.
94 fiSSAlS D*HtSf OIRB R&LIGIEUSB
avéc quelle doaceur ils sont appréciés! Ils élàietit, nous
dîison, inévitables au point de vue religieux et politique de Julien ; à bien dire, ils étaient encore très-doux, et Cela grâce non-seulement à la sagesse, à la pfudenCe dtt aôavetain, mais aussi gt'àcô à sa religion éputée : tel outelabta dé dureté qtal se produisit dans l'exéciition de seâ ordres doit être imputé au mauvais vouloir des fonctionnaires ou à la fureur de la popUlace, excitéfe souvent par l'allitude imprudente des Chrétiens. Si rëm'péteur lul-ttiéme se laissa liaffbis emporter aii delà de ce qu'autorisAieni èes propres principes, il â pUur e^tcuse son tempérament fougueux que les chrétiens mirent souvent h une rude épreuve. ' — > Le jugement d'UUmann sur Julien est à peine moins pénétré de sympathie, bien qu'ott be puissu dire l'auteur prévehu pouf l'apostat, puisque le hém qu'il a choisi m phtei-* éémeht Grégoire deNazianîe, le plus achaftoé des en^ némls de Julien. Cllinann a pourtant un blàiiic })]u3 sévère que celui de Néander au sujet du scandale que causait à Julien l'humilité et la bassesse dont le divin S'est revêtu en Christ; il y voit de l'orgueil philoso^^ phiqué ; mais^ d^ailleurs, If tfuuve I loui lé moins aussi diffielle d'excuser Grégoire pour ses invectives contre l'empereur mort que d'excuser ce dernier pour ses mesures hostiles contre le christianisme. Et celle d'entre ces mesures qui a été le plus critiquée, la défense feite aux chrétiens de l'emplir les ibnctlohs de maltreé du rhétorique et de littérature ancienne, -^eeitê ttiestlre parait à rilmnnn comme h Ncander tout à fait justifiée au point de vUeoù était placé Julien. Ge point de vue
UN RUMANTiaUB 6UU LE THUNE m
lui*méme n'est pas du (oui, selon doe deux éorivaiiis, faux e( condamnable d'avance par cela seul que c'est
un point de vue païen. Au contraire, le célèbre historien de rÉjîlise chrétienne reconnaît à l'empereur qui a reatauré le paganisme une religiosité vériiable, — plus eneorcy dne fbi divine, O'esi là une douceur et une largeur dont on peut se réjouir^ mais dont il doit être permis de chercher la cause ailleurs encore
que dans l'amour chrétien universel , amour qu'on n'est pas habitué, avouons-le ^ à rencontrer chôs des théologiens.
K'aJlOi pas croire touterola qtfe la prMUeotion de Méander pour lollen le rende avetigle sur les déAnHideee
prince. Le défaut capital, en tout cas, je veux dire celle fausse direriion d'esprit qui fui la ciiuse dcB erreurs de détail de Julien, comme elle lui a valu sa position équi^ voque dans rbisioire, ^ ce défeui a éié si netiameni indiqué psi^ Néander, qu'il d'y a presque rien à ajodier à ce qu'il a dit. De même que toute époque nouirelle ,dans l'histoire de riiumaniié est annoncée è l'avance par cerlains signes, de même que toute vérité d'une influence décisiTe sur la Vie des hommes se fait^ pour ainsi dire, précéder de messagers isolés qui la prêchent avant le temps à Utt âge encore Incapable de la rec^ voir, — de même aussi, d'après Néander, il arrive inversémcnt que des individus isolés essayent de ramener pouf le genre humain un état de i^hoaes dépassé en exprimant encore une fois aTOo énerglé une condepiion des choses qui ne peut plus prétendre li conserver son
empire sur les hommes. Ces penseurs^ sentant bien la
96 ESSAIS D'HISTOIRB RELIGIEUSE
difficulté de rendre la vie et la fraîcheur à ce qui va se décomposant, s* efforcent de trouver des épices, uq sel propre à cet oiBoe, — * et poar une religion qui meurt, ce sel, on le sait, est ordinairement une philosophie quelconque. La philosophie qui se présentait d'ellemême pour rendre un tel service au paganisme expirant, c'était le néo-platooisme.
La révélation intérieure de Dieu dans l'homme, comme dit Néander, — la doctrine platonicienne des idées, comme nous dirions nous-méme, — put, grâce à la forme poétique et mythique qu'elle revêt dans le Jwiee, se fondre chez Julien avec les vieilles traditions religieuses et avec le culte national, l'une donnant l'esprit et la vie, les autres fournissant une base ferme, objective, populaire. — Nous le connaissons à mer^ veille, et pour en avoir vu des exemples de près, cet amalgame des choses vieilles et des choses nouvelles, à l'effet de restaurer ou de mieux conserver les premières; nous le eonnaissonB surtout dans le domaine religieux, mais aussi dans les autres, et nous lui avons donné un nom : le romtmtitme. Cesi ainsi qu'on a de nos jours appelé poètes romantiques ceux qui se donnaient pour mission de ressusciter littérairement les pieuses légendes du moyen âge, et qui prétendaient y voir le dernier mot de la sagesse. Les philosophes romantiqueB, oe sont pour noue ceux qui, ne pouvant rendre directement i un système vidé par la critique la substance qui lui fait défaut, la remplacent, au gré de leur fantaisie, par certaines doses d'éléments religieux. Le théologien romantique — et tous les théologiens d'aujourd'hui le sont
UN ROMA^TlQl]B SUR LE TRONB 97
d'une façoQ ou de l'autre, — c'est celui qui s'efforce de rendre aux plais réchauffés de la théologie, à force d'épices philosophiques et esthétiques» la saveur et les qualités digestives qu*ils«ont perdues. Les politiques
romantiques tont ceux qui ne voient de moyen de salut pour l'Klat moderne que dans Ui retour à la féodalité cl à toute l'orgaaisation sociale du moyen âge. Un prince romantique, enfin^ serait celui qui, comme notre Julien, nourri dans les idées et dans les espérances du romantisme, s'efforcerait de les traduire dans la réalité par des mesures de gouvernement. Quoiciue la notion de romantisme se soit formée ù propos de la religion chrétienne, il n'y a pas la moindre raison pour en borner • Tapplication à un seul domaine. En tout cas, le Uibleau que fait Néander des idées religieuses de Julien et de ses maîtres contient, comme nous l'avons vu, le signalement coiHpk'L du romantisme. Si Néander a raison, le monde ancien, celui de la Grèce et de Komc, a eu aussi ses romantiques : et il a raison, comme nous allons bientôt le voir.
Ainsi s'expliquent et l'antipathie qu'éprouvait un Schlosser à l'égard de Julien et la liienveillance (jne lui témoignent nos théologiens romanii<{ues : ils sentent que ce païen est au fopd la chair de leur chair. Ce n'est pas un chrétien sanâ doute, mais c'est un romantique; il est notre homme : s'il n'a pas objectivement la vraie foi, il Ta du moins subjectivement. Il y a plus encore : la foi, nous dit Néander, peut être pleinement divine, alors même que les dogmes dans lesquels elle s'incarne
sont humain^. Cet élément vrai et permatient dans la
religion de Julien était, selon Néander, sa foi à rorigine (Bt à la desiînaUoD divine de rhomme, quoique celle foi fui exprimée sons d'autres symboles — et peat-étre
àous des symboles moins appropriés — que dans la religion chréti<innc : c'était de plus sa foi à uno sagesse transmise par la tradition la plus reculée, — un dogme, pour le dire en passant, qui est cher à tous les romaiitismes depuis la philosophie néo^platonicîenne jusqu'au symbolisme de Schelling et de-Creuzer, mais qui doit naturellement conduire à des essais de restauraiion dont Néander lui-même voit parfaitement, du moins pour celui de Julien, qu'ils ne peuvent pas aboutir.
Un rcmafUique païen mr le iràne^ voilà donc ce qu*est Julien pour nous, et c'est à ce point de vue que nous allons l'étudier.
Les moments de rhistoire où le rothantisme et les
romantiques peuvent naître, sont les époques où, vis-àvis d'un ancien svstéme devenu insuffisant s'élève un système nouveau, (pii« encore incomplet et informe, parait négatif en présence du développement complet de l'autre. Dans ces époques de crise, les hommes chez lesquels le sentiment et l'imagination l'emportent sur la pensée, les mnes de plus de (^laleur que de lumière, regarderont toujours en arrière vers le passé. Pour échapper à l'incrédulité et à la prose qu'ils voient tout envahir, ils voudront revenir au monde si
UN KOMANTlttOB SUR LE TRONE 99
varié et si ému de TancienDe foi, de la tradition héréditaire; ils chercheront à restaurer cette foi en eux-mêmes, et, si possible, autour d'eux. Mais ils sont, qo qualité d*enfants de leur époque, pénétrés plus (ju ils ne ^croient par le principe noaveaa qu'ils haïssent, et Tandenne foi, (elle qu'elle se reproduit en eux et par eux, n'est plus ce qu'elle était à l'état pur, originel ; elle est altérée de diverses façons par les idées nouvelles et, pour ainsi dire, trahie d'avance. Cette foi n'est plus la vraie, celle qui domine Thomme sans qu'il puisse y échapper : le romantique veut croire et a la conscience de cette volonté. La contradiction et la fausseté qui sont au fond de tout cela échappent en partie à de telles âmes, grâce à l'obscurité faniaslique où elles habitent volontiers : le romantisme es\ essentiellement mystique, et les âmes mystiques seules peuvent être romantiques. Hais l'opposition qui existe entre les anciennes idées et les nouvelles est visible jusque dans l'obscurité la plus profonde, et le manque de sincérité d'une foi où la volonté a tant de part doit être senti dans le recueillement de la conscience : aussi l'aveuglement volontaire et le défaut de véracité intime sonlrils des traits essentiels de tous les romantismes.
C'était donc à titre d'ancienne doctrine et de doctrine nouvelle, de doctrine positive et de doctrine relativement négative, que le paganisme et le christianisme se trouvaient en opposition à l'époque de Julien, — comme de nos joora le christianisme et le libre humanisme. Pour Julien, les chrétiens qui ne reconnaissaieni pas les dieux de la Grèce et de Uomc, de TÉgypte et de
100 ESSAIS D'HISTOIRE liKLlGlELSE
la Syrie, étaient des impies et des athées (ils sont constamment qualifiés dans ses écrits d'IScotptç et û'in) comme i^ont impies et athées, aux yeux des romantiques
de nos jours, ceux qui ont abjuré la foi au Dieu cl au Dieu-Homme du chrislianisme. Julien parlait « du juif mort auquel les GalKéeos rendent un culte » avec autant de mépris que certaines gens en montrent aujourd'hui pour la tentative de chercher la satisfaction des besoins spirituels et moraux de Thomm^ uniquement dans les lois de sa propre nature. Le refus des chrétiens de sacrilier aux dieux paieus ou même à leur propre Dieii ne lui paraissait pas moins étrange et moins scandaleux que ne parait Aujourd'hui aux hommes d'Église notre éloignement de la sainte Céne et du culte public. Il déclarait impossible qu'il pût sortir de cette inopiété . nouvelle quoi que ce fût de bon pour la vie et pour les mœurs, ci cela avec autant d'assurance que les orthodoxes de nos jours en mettent a parler des docuines subversives et immorales de la nouvelle philosophie. Enfin on n'opposait pas alors l'âge vénérable de la religion Iraditionnclb; à ce chrislianisme né d'hier avec moins de lierié qu'on n'en met aujourd'hui à parler des dix-huit siècles du chrislianisme pour en humilier « la sagesse du jour ».
Et pourtant la même énergie négative de la pensée qui se manifestait dans le christianisme lorsqu'il renversait les .uiiels des dieux de la Grèce oi de Home avait pénétré depuis longtemps dans le paganisme lui-même, et cette religion était ainsi devenue fort différente de ce qu'elle fut dans cette lointaine antiquité qui inspirait .
UN ROMANTIQUE SUR |«Ë TRONE i<H
tant d'orgueil à ses défenseurs. Dans les dieux d'un Plutarque et d'un Plotin, d'un Libanius et d'un Julien,
Homère et Hésiode n'eiissont pas mieux reconnu leur Olympe que Paul et Jean n'auraient reiroQvé leur christianisme dans celui de Néander, Lut^Ai* et Calvin leur dognmtique dans celle de Schleiermaclier. Les dieux d*Homére sont des êtres de pure imagination : les cir^ constances naturelles, locales et politiauis auxquelles ils devaient les traits de leur caraclrro sont transG{2;ui ccs au pioiit de leur humauilé idéale el pourlani individuelle. Chez iulien, au contraire, les traits idéalement humains des anciens dieux, comme leurs traits individuels, sont complètement effacés; ils sont devenus de simples èires de raison, de siinj)le6 peisomiilicalions des forces de la nature. Nous avons devant nous unsvsicuie philosophique et cosmogoniquc, physique et asuronomique, dont le centre est Hélios, considéré comme le premier dieu, tandis que non-seulement Diane est as* similce à la lune, mais aussi Vénus à In planele de ce nom. Les dieux d'Homère étaient aussi des êtres d'imagination en ceci qu'ils étaient repicsenlés comme loul à fait corporels, visibles et séparés du monde humain par respace seulement. A Tépoque de Julien, au onntraire, la différence profonde qui sépare le monde visible du monde invisilde, le mcndi' intelligible du nionile ?en?iblc, était entrée dè^ loniî(em[)S dans h conscience générale. De même que Platon opposait les choses réelles et sensibles aux idées de ces choses, de même Julien, à l'exemple du néo-ptatonismOy distingue les dieux visibles et les dieux invisibles : le soleil que
102 ESSAIS DMIISTOJUK UELIGIEUSE
voient nos yeux n'est que ta ûguic du soleil invisible et inaccessible aux sens (c'est-à-dire du bien en soi, du bien absolu) : de même pour la lunct et les ^toiles, qui ne sont que les reproductions de leur type invisible. Cette aniiihèse va si loin, qu'entre ses deux termes opposés se trouve inséré un terme moyen , une troisième classe de dieux.
11 y a plus : TOlympe homérique était une réunion de puissances indépendantes dont les actes se'croi- MÎcnt réciproquement et s'opposaient les uns aux autres de mille manières, l'harmonie n'étant maintenue que très-imparfaitcnicnt par l'autorité Isupérieure de Zeus : image fidèle des relations que soutinrent entre elles les différentes peuplades, les diffé- ' rentes cités de la Grèce, depuis la guerre de Troie jusqu'aux guerres médiques et même jusqu'à Alexandre. Au contraire, dans la théologie de Julien est réalisée une monarchie, très-stricte, selon le modèle de l'empire romain, avec son administration des provinces par des proconsuls et des procurateurs. Nous reconnaissons, dit-il lui-même, le Créateur du monde comme le souverain de l'univers entier, — puis, sous sa dépendance, d'autres divinités nationales à chacune desquelles, comme aux gouverneurs des provinces, est confié un . cercle d'action particulier. — • Enfin les vrais dieux grecs et romains constituaient essentiellement une pluraliié, une diversité des personnes; Zeus était réellement un autre qu'Apollon, Mmerve était une autre déesse que Vénus, etc. Il est vrai que chei Hèrodofc déjà commence une certaine confusion : en apprenant à
UN ROMANTIQUE SLR LË TRONE \06
oonnaitre TÉgypte et sa civilisation, les Grecs se mireot à voir dans Isis leur Dernier^ dans Osiris leur Duh nysos, et ainsi de suite; mais néanmoins, les dieux
grecs conservèrent longtemps les uns vis-à-vis des autres leur existence particulière et leur indéi)endance. Dans le ciel néo-platonicien, au contraire, il n'y a plus rien de fixe et de déterminé, c*est un vertige universel; dans ce crépuscule des dieux tous les contours des objets s'effacent. Zeus est Hélios, il est aussi Hadés et Serapis : Proméihée est la Providence qui préside à toutes les affaires des mortels, mais Athéné a aussi celle fonction, — Athéné, qui dans ce système, est la lille d'Uélios, et cela sans donner un démenti i|u vieux mythe, puisque Zeus et Hélios sont devenus une seule et même personne. Les dieux forment ainsi (l'emprunt à la terminn*» logietrinitaire du christianisme est ici visible) une plnralilésans différence et une unité sans confusion; relativement à l'activité absolue du Dieu suprême, tous les autres ne sont plus que les anneaux sans valeur propre d'une chaîne immense. — Que cette transformation philosophique de TOlympe païen ait son pendant exact dans les interprétations que les théologiens et les })hilosophes romantiques du christianisme ont données des doctrines de Dieu, de la trinité et des anges, — c'est la une chose si évidente qu'il serait superflu de s'y arrêter. •
Le romantisme païen s'était aussi occupé du détail des récits mythiques ei les avait arrangés à sa façon, comme a fait le romantisme chrétien pour tant de récits de la Bible. D'après Homère i^/liade, XYlli, 239 ss.). Héré force un jour l'infatigable Uéhos à descendre plus tôt
1M ESSAIS D'UISTOIRE RELIGIEUSE
que d'habilude dans les flots de l'Océan, et cela en foveur des Achéens. Mais une telle violation des lois
astronomiques était oussi inacceptable pour l'empereur néo-phtonicien qui en faisait des divinités, que le miracle précisémeiu inverse de Josué l'est devenu pour les théologiens de nos jours, — pour ceux-là mêmes qui ne savent guère d'astronomie que ce qu'ils en ont appris dans Talmanach. Aussi Julien se hâte-t-il de remplacer le coucher miraculeux du soleil par une nuit apparente qu'aurait produite un épais nuage. — On le voit : le romnniique d'alors, comme celui d'aujourd'hui, es.t doublé d'un rationaliste, quoiqu'il ne veuille pas en con* venir. — Mais ce n'est pas seulement la violation éd.-*tante des lois de la nature, c'est aussi, à l'inverse, le naturalisme trop grossier et quelque peu brutal de l'ancienne théologie que Julien cherche à faire dispa-
raitre par son interprétation des mythes. Hésiode nomme Hélios un fils d'Hypérion .et de Théia. Gardons-nous de voir ici un mariage réel : — ce seraient lè,dit Julien, les
jeux incroyables et insensés d'une muse fantaisiste; — non, cela veut dire simplement qu'Hélios est l'émanation authentique et immédiate <Iu principe le plus élevé elle plusdivin. Demémeencore, le mythe de Cybèle et d'Atys ne perd pas seulement tout caractère scandaleux dans rcxép:èse de notre néo-platonix-^ien, mais il va jusqu'à revêtir un sens profond, (jui en fait comme le symbole mystérieux de tout son système, de son explication de l'univers. Si la mère des dieux fait mutiler par jalousie son jeune amant qui l'a trahie pour une nymphe, cela ne veut pas dire autre chose, sinon que la cause suprême
UN ROMANTiaUE SUR LE TRONB m
de Tonivers, la puissance créatrice invisible fait obstacle
à cette force créatrice inférieure, qui, dniis sa prodiiciion à l'infini des choses sensibles, risquerait de s'égarer dans la matière, — la maintient en de justes limites et la ramène au principe supérieur.
Et qu'on ne croie pas> lyoute Julien, que cela soit arrivé une fois seulement, comme si les dieuT ne savaient pas ce qu'ils oui à faire, comme s'ils étaient obligés de réparer des fautes commises! Cette absurdité apparente a été mêlée, par une inspiration divine, aux histoires des dieux que nous ont laissées nos ancêtres, afin que le non-sens du fait extérieur forçât les esprits attentifs à chercher le sens symbolique qu'il recouvre, tandis que les simples se contenteraient du symbole tel quel. Ainsi donc, il n'y a jamais eu uu temps où ne se passât point ce que le mythe raconte, — te mythe pris dans son sens vrai et profond : mais de tout temps et à toujours Atys est l'assistant de la mère des dieux; éternellement il brûle de procréer, étorncllement il est mutilé. — Nous voyons ici le romantique païen parvenu à la conception mythique la plus claire et la plus nette de l'histoire de ses dieux : il faut ajouter que la chose lui était rendue plus facile qu'à nos romantiques chrétiens par le fait que cette histoire sacrée ne se présentait pas à lui avec l'aulopité obligatoire d'une parole de DieUy mais simplement à titre de récits de poètes, dans lesquels, comme il le dit, beaucoup d'humain se trouve toujours mélangé avec le divin. — Quand donc le monde chrétien saura-t-il appliquer à ses propres Évangiles une vérité si simple? Combien de
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temps encore les hypocrites et lesûaUeurs de la Biblu oseront-ils parier contre le témoignage patent des faits?
Au surplus, malgré son appréciation tonte critique et % * philosophique de l'histoire des dieux païens, Julien reste
encore romantique en ceci qu'il ne cosse point de lui reconnalire une valeur religieuse, et de lui réserver une place dans le culte; de même que, sans attacher au > jeûne d'autre importance qu'une valeur symbolique, il ne cessa jamais de s'abstenir des semences et des ra> cines, et, à certaines époques, du poisson et de la viande de porc. Mais il y a là une grave erreur, qu'un esprit moins mystique et moins confus n'aurait pas manqué d'apercevoir. Le jour ou, relativement à un objet religieux, — que ce soit une chose (par exemple, Timage d'un dieu, d'un saint), une action (par exemple, la sainte Gène) ou une histoire, — le jour, dis-je,où la distinction entre l'idée et le pur symbole extérieur est devenue pleinement claire pour l'esprit, ce jour-là Tesprit se comporte librement par rapport i cet objet, librement et non plus religieusement, car le propre de la religion est précisément de lier. Lorsque cette distinction a pénétré dans l'esprit de tous, l()is(ju'une histoire sninie , |)nr exemple, est géiiéniltMin iii tenue pour mythique, cette histoire n'a plus de signiCcaiion religieuse ; et c*e3t bien là le motif pour lequel nos romantiques d'aujourd'hui, moins naÏÏs que ceux d'autrefois, ne veulent absolument pas entendre parler de celle disiinclion, et aiment encore mieux tordre honteusement les récits bibliques que de laisser tomber le caractère soi-disant historique de ces récits. — Toutefois iulien, avec les opinions que nous