LE XVIII= SIÈCLE KT LE CHRISTIANISME G
à considérer comme saintes et surbumaiDCS, — de les voir loat à coup rabaissées non-seulement au sol de la réalité, mais encore dans toute la poussière et dans
toute la boue des choses lerreslres; et pourtant on ne saurait méconnaître dans ce retour de fortune la main de rinévilabie Némésis. Autant le pendule avait été sou* levé dans un sens, autant, kissé à lui-même, il remon* tera dans le sens opposé, jusqu'à ce que, après un certain nombre d'oscillations, il retrouve peu à peu son équilibre.
liC dix-buiticme siècle voulait la justice. Plus de privilèges; ce qu'on fait à l'un, il est juste de le faire aussi à rentre; même poids et même mesure, même jugement et même droit pour tons* Assez longtemps les religions juive et chrétienne avaient passé seules pour vraies el divines, toutes les autres, les religions dites païennes et la religion musulmane, pour fausses. Fausses et diaboliques, eussé-je dû dire, si^ dans des temps plus rapprocbés, il n'était devenu plus habituel de considérer toutes les religions extra-bibliques comme des produits de l'imposture humaine. Le dix-huilième siècle, dont Tborizon avait été élargi par l'élude de l'histoire et par les découvertes géographiques, ne pouvait plus supporter cette inégalité. Sa ferme persuasion, c'éfait que les choses ne peuvent pas être essentielle- , ment différentes inlra iuitros de ce qu'elles sont exlra muros \ — que, dedans comme dehors, ce qu'on trouve toujours, ce sont des hommes, avec la même nature,, avec les mêmes dons et les mêmes forces, les mêmes ftiiblesses et les mêfines passions. De là le dilemme : ou
bien les religioas païennes, ainsi que ia religion de Mahomet, aont aussi des révélations divines, mais cela était-Il donc possible avec toutes les erreurs» Umtss
les absurdités que le dix-huitième siècle croyait y trouver? et comment d'ailleurs une révélation surnotu- , relie pouvait-elle se concilier avec la notion de Dieu et du monde propre à ce siècle? — ou bien les religions juive et chrétienne sonti elles aussi, des œuvres hn« maines, des produits de l'imposture des uns, de la su«
pcrslilion cl de la sottise des autres.
Toutes les religions positives sans exception sont des produits de l'imposture : telle était la pensée intinxe dn dix-huitième siècle, lors même qu'il ne l'exprimait pas toujours aussi ouvertement qu'il Ta fait dans l'ouvraga de Reîmarus. En fait, cette thèse pouvait comporter des interprétations assez différentes. Le dessein iJirimitif des fondateurs de religion pouvait avoir été bon, conçu en vue du bien de rbumanité, mais en mémo temps avec la pansée que le seul moyen de conduire les hommes au vrai bien, c'est de les attirer par le mirage d'une révélation ou d'une intervention divine; ce dessein pouvait avoir été perdu de vue plus tard par les prêtres, qui n'avaient plus eu d'autre préoccupation que d'exploiter la crédulité publique dans rinlérét de leur ambition at de leur avarice. Mais, à prendre les choses à la rigueur, quelle garantie avons-nous que le fondateur ait mieux ^ valu que ses successeurs, que pour lui déjà il. ne se soit pas agi tout simplement de puissance et d'honneursi peut-être même de jouissances! — De mène pour les fausses apparences de aoroaturel et de merveilleux : oe
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poQvaîèot être les fondaieura qui en avaieni ambilioané le prestige pour leurs personnes el pour leurs aotes, ou bien ce pouvaient être leurs disciples après eux ; idans
ce dernier cas, la chose ponvoîl s'ùlru aciomplie avec réQexion et avec une iottiuùoa frauduleuse, ou bien sans qu*il y eût conscience et en toute bonne foi. Le dix-huitième siècle penchait visiblement vers la première de ces deux hypothèses, vers la plus fâcheuse» la plus défavorable aux religions positives et à leurs fondateurs; il n'aborda que par excepùon et comme au hasard les sentiers de la seconde hypotlièse dont le dixneuvième siède devait faire la grande rouie de la critique.
Ce qui ne pouvait que confirmer le dix-huitième siècle dans celle hypothèse défa\oral)le au clirislianismc, c'était la croyance qu'il accordait an cai aclère historique des récits de la Bible, croyance qu'il avait reçue des siècles de foi et qu'il n'avait pas encore soumise & un examen approfondi. Car Thumanité ne rejette que peu à peu et morceaux par morceaux les |)i ('jugés qui l'ont dominée pendant des siècles. Pour le dix-huitième siècle, il s'agissait avant tout de dépouiller les récits bibliques de leur caractère soi-disant surnaturel; pourvu que tout se fût passé naturellement, il ne voyait pas de difiiculté à considérer comme de l'histoire les faits que nous rapportent les cinq livres de Moïse ou le» quatre Évangiles. Mais, quand de lliistoire miraculeuse d'une révélation on a retranché le surnaturel et le divin, tout en maintenant la stricte historicité du récit, oe qui reste de l'opération, le capui morluwn, c'est l'impos-^
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iure. — Si oe n'est pas Dieu lai-méme qui descendit sur le Sinnï pour proclamer la loi, et si nous admettons
néanYiK)in< que la monlapne fut entourcc de fumée, que le tonnerre et les trornjieKcs retentirent, il faut bien admettre en même temps que Moïse a joué une farce grandiose, ou tout au moins a su habilement exploiter un orage naturel pour l'exécution de son projet. Si ce n'est pas le feu du Seigneur qui alluma les sacrifices d'Aaron etd'Élic, et si nous conservons néanmoins cette donnée du récit que les .victimes n'ont pas été consumées par les moyens ordinaires, il est impossible de ne pas admettre qu'Aaron et Élie avaient certaines connaissances chimiques secrètes dont ils ont proflté pour jouer un tour de passe-pas^c et faire croire à un miracle. Si Jésus n'est pas ressuscité miraculeusement et si néanmoins le tombeau fut trouvé vide le matin du troisième jour, il faut bien que ses disciples aient dérobé son cadavre. Si ce n'était pas une langue surnaturelle que parlaient les apôtres à la première Pentecôte et si néanmoins ils ont réellenieiil parié de telle sorte, que, parmi leurs auditeurs, les uns ont pu penser à des langues étrangères, les autres à un effet de Tivresse, il faudra bien condure que, ce jour-là, les apôtres se sont permis une comédie des plus misérables.
Mais qui donc aiilurise la critique à procéder avec tant d'arbitraire et d'inconséquence? Si ce n'était pas Dieu lui-même qui lançait la foudre et les tonnerres sur le Sinaî, qui donc nous dit qu'il y ait en en réalité des tonnerres et des éclairs? Le même écrivain qui nous aisure que c'était Dieu qui les lançait. Pourquoi lui