‹ Essais d'histoire religieuse et mélanges littérairesChapitre 13 sur 47 · UN KOMAMTIQUË SUR LE TRONE · texte numérisé non relu

UN KOMAMTIQUË SUR LE TRONE

bon S«^ignear et Père, Zeus, nou»a mis en état, afin tfie nous ne fassions pas privés de tout commerce avec les

ilioux, (ie reclierclicr leur voloniô au moyen des arts sacrés; et nous pouvons ainsi recevoir, scion les besoins qai se présentent, les éclaircissements nécessaires. » Ces arts sacrés sont soit l'inspection des oiseaux et des entrailles, cérémonie que Julien rendit fréquente et arccssible à tel point qu'il n'y régnait plus aueun ordre et aucune régie, — soit les proo^'durc^ tliéuri^iques par lesquelles il croyait, à l'exemple de ses niaiires néo-platoniciens, potivoir provoquer des manifestations et ménie des apparitions des dieux. Tout ceci ne nous remet-il pas en mémoire Ja relation qui a existé, du moins à certaines époques et dans eerlains milieux, enire les visions du somnambulisme et le romantisme chrétien If Toutefois — et c'est encore ici un trait bien ' romantique — le respect de Tadoratenr, dtt*<ii;e< humain pour ces manifestations objectives des dieux laissait fort è désirer. Maximiis, philosophe de la cour de Julien, avait ce principe qu'il ne fallait pas céder aux premiers signes défavorables, mais faire violence à la divinité, jusqu'à ce qu'elle fût devenue* propice aux vœux de son adorateur, Julien, de même, est fort h*> bile, en partieulier dans la campagne contre les Perses qu il lit avec tant d'ardeur et de passion, à Iransfonner les .-ignés qui dérangent se^ plans en signes fa\ urahles : mélange peu sérieux d'une soumission d'imâginalion à la volonté de i\objet divin et de la persistance du sujet romantique dans ses caprices personnels, tour de passepasse où Néander va ju^^(u'à voir (et» en cela, il donne

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bien sa propre mesure) uoe preuve de vraie piété. — Ce qui u'était pas moina exagéré que Fardeur avec laquelle Julien réglait les cérémonies du culte, c'était la

part personnelle qu'il y prenait. Il était plus zélé pour le service des dieux, dit Libaoius à son éloge, que Nicias lui-même, — nous dirions : que jCliarles X. Pour se rendre à un temple, il ne trouvait jamais le chemin trop long ou trop fatigant, ni la chaleur trop forte. Il commençait et il terminait chaque jour par un sacriflce présenté dans la chapelle de son palais, chapelle bàtic par ses soins. 11 n'y a pas un seul sacrifice en usage dans l'enceinte du monde grec qui n'ait été oiïert par Julien pendant le peu d'annéqs qui séparent sa eonversien de sa mort. C'était un spectacle étrange que de voir l'impérinl grand-prêtre porter lui-même le bois à l'autel et souftler le feu, puis tuer de ses jtropres mains les victimes et fouiller dans leurs entrailles comme hn* rwpex, Julien ne montrait pas, pour les pratiques de ' l'ascétisme, un zélé moins fervent : il s'abstenait tantôt d'un aliment, tantôt de l'autre, selon la divinité qu'il avait en vue, Pan ou Hermès, Hécate ou Isis. — Les institutions de la nouvelle société religieuse qui paraissaient à Julien dignes d'être imitées ou plutôt propres à gagner des prosélytes, il chercha à les greffer sur la vieille religion de l'État : il voulut, avec Taide du sacerdoce, introduire dans le po^^misme les secours pour les pauvres, la discipline de la pénitence, etc. On peut trouver ces efforts louables, et pouruml ce n'éiail là que coudre des morceaux neufs à un vieil habit : le résultat devait éire infailliblement de rendre la déchi-

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rare }ilu8 grande. Oo ne peut qae louer aussi ses çffons pour relever le clergé païen de son état de décadence* et néanmoins Julien montre bien peu de oonGance dans

l'action morale de la dignité surhumaine qui, selon lui, est attachée aù sacerdoce, puisqu'il juge nécessaire d'entrer dans les plus minutieux détails sur les préceptes relatifs à la conduite extérieure des prêtres. L'avertissement qu'il leur donne au sujet des mauvaises lectures, en particulier au sujet de l'étude des systèmes pliilosophiques alliées, rappelle tout à fail les circiilaiies et les arrêtés de certains ministres des culies ci de certains consistoires de nos jours : par malheur pour ces derniers, le ciel ne peut leur accorder aussi facilement qu'à Julien la satisfaction à propos de laquelle ce prince rend à ses dieux de si vives actions de grâce, celle de faire disparaître presque entièrement les écrits des philosophes incrédules.

La situation si particulière de Julien à l'égard de la religion et du temple des Juifs mérite un mot d'explication. Il regardait leurs livres sacrés comme trés-inféricui'S aux œuvres de l'esprit grec et leur rnonotliéisnio exclusif vis-à-vis des autres divinités nationales i'irritait^roais les Juifs avaient conserve (tant que leur tem* ple avait été debout) Tinstitution des sacriGces, et c'était là un point commun avec les Grecs. De plus, la sévérité avec kupiellc la loi mosaïque récrie les principales actions de la vie, les défenses relatives aux aliments, en particulier, rendaient le judaïsme, aux yeux de l'ascétique Julien, digne d'imitation à certains égards pour les païens* eux-mêmes, el, mis en regard de la

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récente impiété chrétienne, le vieux culte national des Hébreuxparaissait se rapprocher beaucoup de la religion gréco-romaine. Aussi Julien favorisa-t-il les juifs, au grand scandale des chrétiens; il voulut en particulier les mettre en mesure de pouvoir célébrer toutes les cérémonies de leur culte, ce qui leur était devenu impossible depuis la catastrophe de 1 an 70. Sur son ordre, Tantique et vénérable temple de Jérusalem, où jadis Salomon avait offert des sacriGces si grandioses, devait se relever de ses ruines. L*Empereur lui-même contribua à l'œuvre pour une somme importante, et de tous les puiiiis de l'Eiiipire affluaient les dons des croyants \ Un commissaire spécial, dans la personne du savant ministre Aiypius, fut chargé de surveiller et de pousser les travaux. Mais .un miracle terrible, rapporte b tradition, empêcha la continuation de^ l'entreprise. Ce miracle était fort inutile, car le cours naturel des choses, après la mort de Julien, aurait mis fin de lui-mcme à ces constructions romantiques.

Cetle activité restauraurioe au sein des vieilles religions de l'État n'aurait pas suffi si l'on n'avait opposé en même temps une diji^ne aux efforts subversifs et impies des novateurs. La violence et les persécutions, que plusieurs de ses prédécesseurs avaient employées dans ce but, répugnaient à Julien comme inutiles ou nuisibles, puisque, dans les choses où il s'agit de libre adhésion, la contrainte ne peut donner aucun résultat,

1 On sait qne le roi de Prnsse Frédério-Gotllaninê IV ne nentra pas moins de lèle ponr raèhèvemeni «le la caihédralo de Cologne ^ Julien pour la recontiruclion du icmple deJéro>aleiu {Trad.)i

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— puisque le martyre n'avait servi jusqu'ici qu'aux progrès do christianisme; elles lui répugnaient aussi comme déraisonnables et injustes, puisqu'ils sont iiion plus dignes de compassion que de haine, ceux qui se trompent dans l'affaire la plus importante de la vie humaine, dans ce qui concerne la religion. C'est donc par les voies spirituelles de l'enseignement et de la persuasion, non par la force matérielle, qu'il veut, selon sa déclaration plusieurs fois répétée, qu'on agisse contre les chrétiens» Et cependant il n'employa pas toujours des arguments purement rationnels dans ses tentatives de conversion. Ainsi, lorsqu'il se faisait représenter dans la compagnie des dieux sur les images exposées en public et mettait parla les chrélieF^s dans la fâcheuse alterualive de rendre hommage aux idoles en même temps qu'à l'Empereur, ou de refuser cet hommage au second en ne s'inclinantpas devant les premières. Ainsi encore lorsqu'il faisait passer les soldats qui venaient recevoir le donalivuni devant un autel païen sur lequel ils devaient répandre de l'encens. C'était solliciter vivement deux mobiles impurs : dans le premier cas, celui de la crainte; dans le second cas, celui de la cupidité. C'était, suivant la juste expression de Grégoire de Nazianze, une douce contrainte, mais toujours une contrainte. — Même comme juge, le trop religieux empereur s'oubliait parfois jusqu'à s'informer des convictions religieuses des parties : après quoi, il est vrai, il s'étudiait à ne pas permettre que cette information influ&t sur sa sentence. 11 avait pour principe t de tenir pour ami quiconque était ami de Zcus «, et, quant aux

tu ESSAIS D'HISTOIRE RELIGIEUSE

eoo6mis de Zeus et des dieux, de do s'abstenir de les regarda* comme ses ennemis personnels qae dans la mesore où il pouvait espérer de les amener à des. sentiments meilleurs^ Cela peut nous expliquer les instrao*

lions qu'il adressait à un préfet et qu'on prendrait vraiment pour un Ordre de eabitiet romantique de ces tout derniers temps : c Au nom de Dieu (le romantique païen écrit naturellement : au nom des dieux), ma yolonté n'est pas que les galiléens soient maltraités ou mis à mort contre le droit; mais ce que je trouve dans l'ordre et ce que je recommande par la présente, c'est qu'on donne la préférence aux villes et aux individus qui sont restés fidèles à la foi des ancêtres. > Conformément à ce programme, on ne se contentait pas de faire occuper par des croyants les emplois les plus importants de la cour, de rarmée et de i Ltat; mais on faisait du retour à l'ancienne foi la condition des subsides accordés par le trésor aux villes qui recouraient à Tassistance du prince.

c le suis prêt, écrit Julien au souverain pontife de

Galatie, à soutenir Pessinonte, à condition que ses habilants chercheront de nouveau à se concilier la faveur de la mère des dieux. S'ils ne le font pas, ils ne peuvent — je le dis à regret — rentrer en grâce devant moi, et je ne saurais que faire pour eux, car il n'est pas conforme à mon devoir de souverain de prêter assistance aux ennemis des dieux. » — Vous aurez remarqué, dans la première de ces missives, Tappellaiion de galiléeiiê. C'était une arme de plus contre les dissidents que de leur refuser le nom déjà respecté de ehrétiem.

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Mais c'est kn qu'il nous faut parler da célèbre édii de Jalien d'après lequel il était interdit aui dirédeos

d'enseigner publiquement la grammaire, la rhétorique et la littérature ancienne, édit que blâmèrent même des païens du temps de Julien, et qui, de nos jours, a trouvé des aoteors chrétiens pour apologistes, c lulien, dit UUmann, considérait les écrits païens, surtout ceux des poêles, comme des documents religieux, et en cette qualité il ne voulait pas les voir commenter j)ar les adhérents d'une religion étrangère et absolument hostile au paganisme. 11 agissait à son point de vue au nom du même principe qui nous interdirait de laisser expliquer à la jeunesse les documents chrétiens par les adhérents d'une relig:ion — ou d'une philosophie, diraitil peut-être aujourd'hui — êii.ingêre, hostile au christianisme. Mais on pouvait, ajoute ici Llimann, envisager 1|E8 œuvres de l'antiquité classique à un autre point de vue où les qaestions de croyance n'entrent pas immé» diatement en jeu et qui est devenu celui de la conscience moderne; on pouvait les considérer comme des moyens universels de haute culture et d'ennoblissement qui appartiennent non à un peuple, ni à une secte, mais à l'humanité tout entière, i Et l'on peut — dirons-nous à notre tour — considérer et Interpréter les écrits du Nouveau Testament à ce point de vue qui est simplement le point de vue historique, et qui rend parfaitement superflue l'exclusion de quelque maître que ce soit, à condition qu'il possède les connaissances requises. On est arrivé à ce résultat pour les écrits regardés comme sacrés par Julien, et cela malgré les édita de ce prince; on y

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arrivera de même pour la littérature sacrée des chrétiens, en dépit de tous les romantiqnest théologiens on philosophes, hommes d'État ou même porte-couronne.

Au reste, ce n'est pas seulement au point de vue religieux, c'est dans toute sa manière d'être et d'agir, dans sa nature intime que Julien se montre à nous comme un romantique. Et tout d'abord par la haute et mystique idée qu'il, se faisait de la dignité et de la vocation d'un souverain, c II devrait posséder une nature plus qu'humaine relui, pour parler avec Homère (Iliade, ii, 25), à qui les peuples sont confiés, et qui a mission de pourvoir à tant de choses : n'étant qu'un homme, il ne peut suffire à sa tâche qu*avec l'aide toute spéciale des dieux. C'est ainsi qu'ils l'ont appelé au pouvoir, lui, Julién, par une manifestation de leur volonté au moment décisif : ils l'y avaient prédestiné dès sa naissance, comme aussi ils l'ont dirigé par divers signes et l'ont même favorisé de plusieurs apparitions dans le cours de sa vie et de son règne. »

Et pourtant, c'est une école tout humaine que celle où le prince romantique va chercher ses inspirations : il est, selon la remarque de Schlosser, un savant de cabinet, ou plus exactement l'adepte d'une philosophie d'école, d'une philosophie qui ne suivait pas le courant du développement historique, qui essayait même de le remonter, et qui ne réussit à exercer une inQuence passagère sur la réalité (jue grâce à la pi oiection de son disciple couronné. Ou sait comment le jeune prince fut initié d'abord à Pergame par le vieil Aedesius aux élé-

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