MA M£RE
daoge, elles étaient admises dans la vigne et pouvaient alors se donner libre carrière.
VoQS vous souvenez sans doute à peine du portrait
de ce bon vieillard ; il est nujoud'hui avec d'autres encore à Ludwigsburg chez noire lidèle Caroline, et, si nous demeurons de nouveau un jour ensemble, nous le reprendrons. C'est un visage long et fin, avec des yeux d'un bleu clair, dont le regard exprime à la fois Tîntelligenoe et la bonté. Je me rappelle encore parfaitement le jour où ce porlrait fut apporté dans notre maison.
Mon père voulait faire un plaisir à ma mère pour son jour de naissance ; connaissant sa gratitude, son respect pour Taîeul mort depuis longtemps, il
chargea un peintre de copier le porii ait ([uc possédait un des frères de ma mère. Comme ce portrait était antérieur de dix ans à l'époque où elle avait vécu chez son grand-père, on avait demandé au peintre de vieillir d'autant le visage. Le brave homme ne fit pas précisément un chef-d'œuvre, mais l'intention de mon père fut réalisée de la manière la plus touchante. Le radre n'ayant pu être achevé à temps, mon père suspendit le portrait tel quel au matin du jour de naissance de ma mère. Lorsqu'elle entra dans la chambre et vit celte chère image, elle fut émue jusqu'au fond du cœur. Les souvenirs, en se réveillaiii, vinrent en aitlc au travail du peintre; elle crut véritablement revoir l'aïeul bien-aimé et elle témoigna à mon père sa reconnaissance par des larmes où se confondaient la douleur et la joie.
C'est a regret qae je quitte ce paradis de jeunesse de ma boDne mère; je voudrais en savoir davanlage pour pouvoir m'y arrêter plus longtemps. liais les années s'enfuient et nous entraînent L'âge et ses in-"
firmités arrivaient pour le grand-père, sa santé déclinait, il n'était plus en état de veiller à Téducatioa des deux jeunes filles. Le temps était d'ailleurs venu pour elles de pousser leurs connaissances en cuisine et en couture plus avant qu'elles ne pouvaient le faire sous la direction de leur aïeule. Elles furent donc envoyées à Stuttgart dans la maison d'un commerçant nommé Otto, qui était, si je ne me trompe, leur parent éloigné.
Dans cette ville vivait encore à cette époque la fameuse Lofflerin que son livre de cuisine a immortalisée en Wurtemberg. C'est autour de ses fourneaux, sous sa direction personnelle, que votre grand' mère (il son apprentissage, et, par son habileté culinaire, elle a toute sa vie fàit honneur à sa maîtresse. — Les deux jeunes provinciales croyaient naïvement que dans la résidence elles pourraient se comporter comme dans leur honnête peiit bourg, et se promener seules le soir dans les rues ; elles ne furent pas médiocrement surprises lorsqu'on les informa que cela n'était pas possible. Heureusement, le bon Otto s'oflTritde lui-même à être leur chevalier, et.il faisait volontiers avec elles, quand les leçons de cuisine et de couture étaient finies, la promenade du soir.
Lorsque le temps d'apprentissage à Stuttgart fut terminé, un fils du grand-pére de Bietigheim, qui était
Diyitizeu by