‹ Essais d'histoire religieuse et mélanges littérairesChapitre 18 sur 47 · MA HÈRE · texte numérisé non relu

MA HÈRE

donc pour deux ans à Téiranger dans une maison de commerce en gros au Havre-de-Grâce, d*où il rapporta

dans sa ville natale, avec la pleine possession du fi ançais qui lui tut plus tard très- mile pendanl les guerres de r£mpire, une parfaite conuaissance de ia tenue des livres.

Ce fut là en eflét son emploi dans le commerce

de son beau>père, qui en revanche garda pour lui l'aclivilé pratique proprement dite, c'est-à-dire l'achat, la vente et ia spéculation^ et cela d'autant plus volontiers qu'il avait pour ce genre d'occupations autant de goût et de talent que mon père en avait peu. Celui-ci eut donc beaucoup de loisirs qu'il consacra à toutes sortes de fantaisies, innocentes ou nuiiiu louables, mais qui réloignaiei't toujours davantage de sa vocation propre, l'accoutumaient toujours plus à consulter ses aises, à vivre selon lé caprice du moment. Il plantait et perfectionnait des arbres fruitiers, établissait des ruches d'abeilles, observait avec intelligence la nature et les mœurs de ces insectes, et écrivait h ce sujet dans une gazette de l'époque d'intéressants articles; il lisait les poètes anciens et modernes, et se plongeait en même temps dans le mysticisme du Grauer Mafui de Stilling.

C'est dans cette position de fils de la maison salai ié que se trouvait votre grand-pére lorsqu'il se maria et qu'un appartement lui fut assigné pour lui et sa femille à Htage supérieur de la maison. Vous pouvez penser que, dans une situation si compliquée, votre bonne grand'mère eut besoin, pour se tirer d'alTuire

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ut ne pas perdre courage, non-seulemeni de sa frugalité et de son infatigable activité, mais eneore de la pradeoce, de l'empire sar soi-même, de la cordialité affectueuse et de la sérénité qu'elle devait soit à la na-

lare, soit aux épreuves de ses jeunes (innées. Une petite fille, dont la naissance réjouit mes parents dans les premières années de leur mariage, mourut bientôt. Puis vint un petit garçon, qu*oo nomma Fritz; ce n'était pas moi ^, chers enfants, mais un frère ainé dont je ne dois pas vous dire trop de bien, puisque, dans la suite, on me considérait comme son virant poriiait. Quoi qui! en soit, je dirai pourtant que cet cnlant apprenait avec plaisir et avec soin, était docile, 9lTeotueux, le favori de la famille et des alentours. Hais mes parents n'eurent la joie de le posséder que ju-cju'à . • l'âge de sept ans. lue dangereuse fièvre scaiiaiinc, mal soi|,'née, scmblc-i-il, par le médecin, enleva lo brave enfant. Une poésie de deuil et de consoiaiion, composée à l'occasion de cette mort par le pasteur Vischer, ami vénéré de notre maison, et père de mon .ami l'eslhéticien, se trouve encore dans mes papiers. Mais rien ne pouvait consoler les malheureux parents de n'avoir plus d'enfantâ. Plus d'une fois ma mère m u raconté que souvent, dans ce temps-là, ses yeux étaient le soir tout secs et immobiles à force d'avoir pleuré durant le jour. Un an après ce deuil, je naquis. Ce fut une consolation. El deux ;ins et demi après moi naissait votre bon oncle; ce fui une joie. Ce que nous fûmes

i Frits (Friedrich) Mt on des prinoBs de roateur. (TVwt.)

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