‹ Essais d'histoire religieuse et mélanges littérairesChapitre 19 sur 47 · HA MÈRE · texte numérisé non relu

HA MÈRE

alors, nous n'avoas, j'ose le dire, jamais cessé de

Kélre ; et si nous avons causé plus tard mainte inquiétude à nos bons parent?, soit por notre faute, soit sans le vouloir^ du moÎDs ne leur avoos-nous jamais fail honte.

Ce fut en 1814 (j'avais alors six ans) que mon père

entra, par la mort de son beau-père, en possession de la maison de (îoinmerce. Il semblait arrivé au but de ses désirs qu'un si long retard (il avait alors quarantecinq ans) n'avait fait que rendre plus passionnés. Pendant quelque temps, les affaires marchèrent d'une façon satisfeisante. Hais plus d'un gui gnon troubla bientôt ce bonlieur. l ue série de vols domestiques connnis dans le magasin lunena des pertes sensibles ; le chagrin mêlé d'ell'roi que donnaient ces vols dont l'auteur resta longtemps inconnu (on découvrit plus tard que c'était un ouvrier occupé dans la maison) ébranla les nerfs et ruina la santé de ma pauvre mère. En 18ir> mourut le roi Frédéric de W iu leinberi:-, et Ludwigsburg cessa dès lors d'être la résidence d'été de la cour, circonstance qui avait eu plus d'un avantage pour le conw . merce de mon père. De plus, à la suite de la chute de Napoléon, le continent avait été ouvert aux produits anglais; il» inundcreni les iiiarebés cl liitîni bien \iie baisser le prix des produits continentaux qui se veodaient très-cher sous la protection du blocus. Or, mon père avait, après la mort de son beau-père^ acquis une provision considérable de marchandises continentales, et cela aux anciens prix, trés-élevés. Au lieu de s'en déluire aussi vite que possible, coainic cela eût

m ESSAIS D'HISTOIRE RELIGIEUSE

été praticable aa début avec une perte relativement

faible, il s'obstina à ne pas les vendre au-dessous de leur prix. Pendant ce temps, la valeur de ces marchandises diminuait chaque jour, les intérêts du capital immobilisé dévoraient sà fortune et Tauraient totalement ruiné, si ma mère, au prix de combats incessants, n*avait mené à fin la vente, à un moment où il était déjà malheureusement beauco';|) troj» laid ei où la perle était immense, mais assez à temps néanmoins pour prévenir une catastrophe.

Au milieu de toutes ces difficultés, ma bonne mère souffrît plus qu'on ne peut dire, mais ces tristesses élaiciit prc^<iiie ahsolunuiU cachées à nos heureux regards d'enfuxiis. Nous eûmes là de belles, de douces et joyeuses années. Nos parents, le père non moins que la mère, étaient pleins de bonté et do tendresse pour nous ; ils nous accordaient et nous procuraient tous les plaisirs permis cl supportaient avec patience le bi uii cl le trouble que nos jeux occasiouuaienl souvent.

Une parole dure que le père nous adressait parfois dans la chaleur du premier mouvement, était bientôt

effacée par quelque preuve d*affcction : un jour, fàcbé par une arrivée (nnlive, il mit en j)icces noue cerf-volanl ; mais le lendemain nou^ retrouvâmes notre jouet : il Tavait réparé lui-même. Une vaste maison avec cour, balcon, dépendances, et beaucoup de place vide, habi- * tée seulement par nos parents, la vieille grand'mèfe et une tante, founiis>oit tout rc?})nce désirable pour nos jeux. Nulle part nos camarades ne se rassemblaient

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