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corridor, éclairé par une grande fenêtre en ogive : ce corridor voûté lui-même en ogive, lambrisse de vieux ais eu cbcne dont les moulures ciaieiit sculptécâ, avait codservé l'aoden nom daustrai de dormetU, La porte qui de ce dorment menait aa dehors du cloitre avait été fermée derrière nous, et etie resta fermée dorénavant jour et nuit, sauf de midi h doux heures. On comprend que cette clausiraiiou ne contribua pas à adoucir dans les commencements le lieimweh des pauvres garçons sépacés depuis peu de leurs parents. Le dimanche ne faisait pas même exception ; il n'interrompait pas par quelques heures do libre promenade la monotonie de notre vie de caserne ; c'était là pour les plus sédentaires un siiyet de vif chagrin, et de la part de nos maîtres ce fut certainement une feute. L'été apporta quelque soulagement, en ce sens que, dans la soirée, on eut, selon la durée des jours, une heure ou deux de libre sortie, tandis qu'en hiver on devait naturellement passer la récréation du soir (de sept à neufheures) dans les chambres ou dans le dorment. La distribution des journées était réglée comme suit : à cinq heures et demie en hiver, à cinq heures en été, retentissait la cloche du dorment : on se levait. Un quart d'heure après, la prière commune où tous devaient être présents; après cela, chacun pouvait travailler pour son compte jusqu'au déjeuner qui avait lieu avant sept heures : ce d^euner consistait en une soupe à l'eau. Là-dessus venaient quatre heures de leçons interrompues, selon la saison, par (juatre heures de musique ou de gymnastique. L'après-midi) encore deux heures de leçons, puis, de
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nouveau, (l'avai! personnel jusqu'au souper, — ou, en été, jusqu'à la leçon de gyninaslique qui précédait le soaper. A neuf heures, prière du soir, après laquelle ou pouvait aller se coucher ou iravaiiler encore jusqu'à dix heures. Cet ordre régulier n*était interrompu que le mercredi (après midi) et le jeudi (malin), jours où Ton devait faire un exercice latin tl un exercice grec ou hébreu à tour de rôle, sans compter un certain nombre de vers latins : cet exercice se nommait AeMo* madar. Le dimanche, on n'avait, outre le service divin, qu'une couple d'heures de leçons, qui étaient essentiellement des le* nns de religion.
Quant aux maitres charges de nous instruire, nous étions à cet égard vraiment privilégiés entre tous ceux qui recevaient alors leur éducation, ou qui l'ont reçue depuis, dans un séminaire wûrtembergeois. Car il est rare de rencontrer dans le même établissement deux hommes comme nos malins liaur et Kern, si distinj:;ués tous deux, et de plus se complétant l'un l'autre d'une manière si heureuse. Dans la suite, et sur un plus vaste théâtre , comme professeur il* université et comme écrivain théologique, Baor est arrivé à une gloire inéi ilée. Kern ne s'est pas moniré à la hauteur de la position supérieure où il fut appelé en même temps que son collègue et son ami. Il avait un beau talent d'assimilation et d'exposition, mais il n'avait pas la vigueur et la portée d'esprit nécessaires pour pénétrer jusqu'au fond des pn»lih'ines scicniiliqurs, et il n'avait pas non plus un caractère assez ferme pour maintenir sans hésitation ses vues et les affirmer avec
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courage. Aussi à Tiibingen se monlra-t-il trialeaient vacillant entre les partis théologiques, el ne regagnal-il l'estime et la confiance générales que dans la der* nière année de sa vie, où, chargé provisoirement de ta direction du grand séminaire, il trouva Toccasion de laisser agir sa bonhomie naturelle. — Mais nous devançons les temps : aiors, à Biaubeuren, Kern fut pour nous un maître excellent, et nous ne retrancherons rien du tribut de reconnaissance auquel il a droit de notre part.
Les deux professeurs s'étaient partagé les sujets d'enseignement de la manière suivante : Baur était chargé des prosateurs grecs et latins; — Kern, des poètes, et en outre de Thébreu, de la logique et de la psychologie. L'histoire ancienne et la mythologie étaient confiées à Kaur; ce dernier, plus lard, lut encore avec nous deux di:d()gues de Platon, et Kern quelques livres de Ciccron. 11 serait difficile de dire où nous trouvions le plus de plaisir et de profit^ à lire Hérodote, Tite- Live et Tacite sous la direction de Baur, ou à lire, sous celle de Kern, Homère, Virgile et Sophocle. La manière de Baur, dans l'explication des anciens, était — sans (pie pour cela l'apparat i)hiloiogique fût négligé, — plutôt critique et philosophique : avec Hérodote, il nous initiait i la mythologie, avec Tite-Live aux problèmes • de critique historique soulevés par Niebuhr, avec Tacite à l'art psycholt)gi(pie que déploie le grand historien dans le sombre et admirable portrait d'un Tibère. La manière de Kern, dans l'interprétation des poètes classiques» et, bientôt après, des psaumes et des prophètes,
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se distinguait sartout par un goài exquis : dans Pétude
des classitjucs, cY'tail un vroi (li<('ij)le do Heyne, et un disciple de Herdcr dans réiudc de l'Ancien Testament.
La seule objection qu*on aurait pu adresser^ cet enseignement, c'est que parfois ces hommes distingués voulaient voler trop haut avec de jeunes élèves à qui les ailes poussaient à peine, c'est que Vcspril avait une trop grande part dans leurs leçons, et que la UUre n'en avait pas assez. Mais ce léger inconvénient tenait de près à une circonstanee qui augmentait singulièrement le prix et l'attrait de leur§ leçons; du moins pour les élèves les plus capables : tous deux étaient encore à celle époque dans la période d'acquisition et d'apprentissage intellectuel : à peine sortis de la première jeunesse, ils nous entraînaient à prendre part à leur propre développement, ils nous faisaient assister, p uiir ainsi dire, à leurs voynges de découverte, — lîaur, en particulier, à ses explorations mythologiques*. Baur ne possédait pas alo! s la véritable boussole : néanmoins, il toucha plus d'une fois en passant aux côtes sur lesquelles plus tard, à la suite d'expéditions mieux ordonnées, il a su recueillir un si riche, un si durable butin pour la science allemande. De plus, la vie et le caractère de ces deux hommes, tout pénétrés de l'esprkdela vraiè science, élevés par là même au-dessus de toute vulgarité, ne pouvaient manquer de faire une
I. Le inremior ouvrage de Baor, S^mhoKk nud Mifthoto^ié (1825) eet le irait des Invw de oelte époqoe. {TrûdA