ANNÉES DE JEUNESSE
SQmiilance d'an ripétUettr^ Uea voyages à pied de plasîeurs jours, excursions d'an prix inestimable pour notre développement physique comme pour ndtre premier apprentissage delà vie. Du reste, nous étions bien loin de retrouver chez lui cette élévation d'esprit et de caractère «pii nous frappait chez nos deux professeurs.
Comparée à la leur, son érudition paraissait tout à fait surannée : il manquait de vivacité dniis 1 esprit, comme de goût dans le style, dans le débit, — disons plus, dans toute la personne. Les études de synonymie, en quoi consistait à peu près toute son interprétation du Nouveau Testament, ne nous souriaient pas plus que ses sèches dictées d'histoire des religions et d'histoire de l'Église.
Ici, à vrai dire, le mal n'était pas grand, car renseignemenl de ces branches, tel quon le donne dans les séminaires et dans les gymnases, et qui n*est
plus de l'édification pure, sans être mcort; de la vraie science, est une chose bâtarde d'où l'on ne peut pas attendre des résultats sérieux. Par malheur, ilétaitchargé ausai de rbistoiré moderne : circonstance d'autant plus déplorable que nous étions trop gâtés par l'esprit et l'élévation que Baur portait dans l'histoire ancienne pour être en état de goûter ce qu'il y avait de bon dans les leçons de ïepluirus» il faut excepter deux sujets d'histoire que Reuss professait réellement très-bien ; la révolution française et l'histoire du Wurtemberg. Wûrtembergeois de vieille roche, ce dernier sujet lui était familier jusque dans les moindres détails; les questions
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ei les intérêts dont traite cette histoire spéciale — fort digne d'attention en effet — étaient pour loi une affaire de oœnr : cela donnait à son débit ane énergie, une yî-
vacité toutes particulières. — 11 en était de même, et pour des raisons analogues ^ de riiistoire de la Révolution française. Les héros et les événements dé cette époque lui avaient donné ses premières impressions de jeunesse ; la lecture des gazettes ré* volutionnaires allemandes de ces années-là avait gravé dans son esprit tous les faits et tous les détails; un livre d'estampes du même temps lui servait à iUmtrer ses récits ; et il savait de la sorte, sans aucun talent littéraire, nous faire, pour ainsi dire, assister à toutes les scènes et toucher du doigt les personnages. — Cependant, on remarquait dans toute la conduite de notre cphonis l'absence de cette haute culture qui agit aussi sur le caractère. 11 manquait absolument de tact et de tenue ; ses fureurs dépassaient souvent toutes les limites de la dignité et des conve» nances ; et, dans sa manière de traiter chacun des élèves, il ne sut jamais se décider, malgré tous ses efforts pour être impartial, à oublier la position qu'occupaient les parents dans la hiérarchie sociale du Wurtemberg.
Quoique habituellement libéral, il se montra parfois barbare dans certains détails : c'est ainsi que pendant longtemps il nous empêdia de faire venir de la viUe une provision de petits pains, afin de nous forcer, en nous affamant, à faire honneur k la détestable soupe du malin que nous servait le chef de cui-
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sine. H protégea perulnnl qu;>trc ans ce iiiaiire frifon contre nos coiuinueiles el justes plaintes, et ce fut uo échec pour Vephorus aussi bien qu*un triomphe pour nous, lorsque dans notre dernier trimestre son protégé fui pris en flagrant délit de firaude et mis i la porte.
A ces trois ])rincipaiix maitres étaient joints, nous l'avons dit, deux repétilcurs ; mais ce personnel changea souvent : deux d'entre eux seulement entrèrent en relations un peu intimes avec nous et nous ont laissé un souvenir durable. L'un, Cipper, brave el digne homme, d'une sensibilité profonde, à couleur religieuse, couleur qui depuis doit èire devenue (il est maintenant pasteur) d'un piétismc très-sombre. L'autre, Biihrer, éveilléy spirituel, plein d'Atcmotir, nous rendit de vrais services comme organisateur toujoors dispos et enjoué de nos petites expéditions pédestres.
Mais il est temps que nous jetions' un coup d'œil sur le groupe des jeunes élèves el que nous nous rapprochions ainsi de notre ami que nous semblons avoir perdu de vue. Nous étions quarante séminaristes, auxquels il faut ajouter une douzaino d'externes {fiospiies) qui, pensionnaires de Vephorus et de deux professeurs, participaient à leurs frais ù l'enseignement que nous recevions. A cet égard aussi, Miirklin avait heureusement rencontré : il trouvait là une riche variété de car^cières qu'il devait affronter, un certain nomlSre de talents avec lesquels il devait se mesurer, maint original qui était plaisant lui-mcmo, ou qui donnait a d'autres l'occasion de rèlrc. Et au milieu de tous ces jeunes gens, au milieu surtout des séminaristes, il n'y
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en avait pas un seul qui n'eût l'étuffe d'un honnête homme, il ne s'est pas présenté un seul cas qui donnât indice de corruption précoce.
Le plus distingué de tous était alors incontestablement Wilhclm Zimmermann, qui s'est fait connaître depuis par des travaux poétiques et historiques, et 8*est acquis récemment ^ une célébrité équivoque comme député au parlement de FrancforL Fils bien doué de pauvres parents, il avait commencé tard à apprendre, mais il avait bientôt fait les progrés les plus rapides. Quand il arriva à Blaubcuren, il était intellectuellement le plus développé de nous tous : aussi, grâce à sa nature communicative et enthousiaste, à laquelle ne manquait pas d'ailleurs un grain d'humour baroque, exerça-t-il sur nous une Influence considérable, et en somme tout à fait bienfaisante. Très-avancé en philologie, très-sensible à la grandeur et à la beauté des classiques anciens, fort bien noté à cause de cela auprès de Baur, il était comme un utile intermédiaire entre le maître et nous, — comme une première colline a»'cessiljlc au pied de cette hauti' montagne scientiiique. Ce fut lui qui éveilla en nous le sens de la poésie allemande et qui donna à notre goût sa première éducation. Quand je me reporte au matin de notre départ de Blaubeuren, et que je me âouviens de la poésie . qu'il nous récita, et oij, en paroles émues, éloquentes, • il résumait tout notre développement pendant ces «juatre années^ — à ces moments-là, je vois de nouveau