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Zimmermann avec le prestige, dont il était entouré pour le cercle de ses condisciples. A Tiibingen^ ce près* tige disparut : dans ses relations avec Waiblinger
commerce dangereux pour une nauirc comme la sienne, il fut altoint de la manie de se poser en génie et en grand homme, A ce jeu-là, l'esprit s enfle au lien de se fortifler ; un développement normal n'est plus possible, et on n'atteint jamais à la maturité du talent et du caractère: c'est ce qui est arrivé à Zimmermann.
.n serait difficile d'imaginer un plus frappant contraste que celui qu'on observait pour le caractère et Y)our toute la manière d'être entre Zimmermann et
1 élève qui était, après lui, le plus remarquable do nous tous. Né, comme Zimmeriiiann, à Stuttgart, mais d'une famille très-considérée, très-élégant de sa personne, Gustave Pfizer était une nature distinguée, aristocratique dans le meilleur sens du mot. Il apprenait aussi facilement que Zimmermann, mais il travaillait plus sulidenient; el, s'il était moins j»ioui{)t à reproduire et à exposer» sa manière de dire n'eu était que plus ehoi* sie et plus appropriée. Zimmermann était^déjà à Blaubeuren un orateur populaire, s'adressant à tous et se faisant comprendre de tous ; Pfizer se séparait diserètement ot iroriiqucinoul de la foule et de ^es goûts plus ou moins vulgaires : il n'ouvrait les trésors de son es-
1. \Vail)lin^'or (Wiliielni*, jeune poêle sauabe, né à Rcntlingen eo 180i, inorl ù UoiiK' en 18^0, fil ses oIuiIps de Ihculogio à Tiibingen de 18âS ù 18-iG. Ses œuvruii oui été publiées à Hamboacg en 1842 (8 Toluuieii). [Trad.)
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prit qu'à un cercle clioisi de cnmarades plus spirituels ei plus cultivés que les autres. Il communiquait déjà à cette époque à quelques confidents de remarquables essais de ce talent de poëte lyrique, auquel rAUemagne a plus tard de si beaux fruits.
L'originolilé, l'esprit et Vliumour dislinguait-iu Fr. Vischer : il était l'àme de toutes les réunions joyeuses, de tous les essais comiques, — de plus habile dessinateur, habile caricaturiste surtout. C'est à Blaobeuren qu'il reçut le surnom de Sehartenmmer, sous lequel il publia, dans la dernière année de son séjour là-bas et dans ses premiers temps d'uni versiié, ces poésies populaires dont plus d'une strophe heureuse a pris cours dans rAllemagne entière. Mais cette apparence humoristique recouvrait chez Vischer un caractère des plus énergiques. Le sens et le goût délicat de la forme et de Tort se montraient déjà chez lui. Il s'attachait à ses amis avec chaleur et (idélité, et se lia en particulier avec liàrklin d'une amitié profonde que la mort seule put briser.
Combien d'autres wudrais-je encore nommer, dont chacun avait sa valtnir propre ! Gustave Bindcr, dont l'esprit et le caractère é (aient aussi ramassés que la tailie,et qui nous imposait surtoutparses connaissances en histoire ; — Julius Krais, qui errait d'une âme pure dans le sentier idéal de la poésie, mais qui faisait en même temps de solides éludes phiIologi(|ucs ; — Henri Kern, vif, sensible, ouvert, et dont Miirklin nous faisait souvent remarquer avec admiration la forte volonté; — EIsner, qui s'est fait connaître plus tard comme un
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des premiers publicislcs du Wurtemberg, mais qui, à Blaubeurcn déjà, manquait delà tenue et du caractère qui lui eussent assuré, au milieu de ses camarades, la place due à ses talents et à ses connaissances. — L*embarras de parler de lui-même sera épargné ici à fauteur de la présente bio;>Tapbie, on considération de ce fait qu'il élail alors trop peu dévcloi)pc et, au milieu de celle nombreuse et un peu rude jeunesse, trop mal à l'aise pour se faire sa place. Il se souvient d'avoir pri» volontiers à cette époque Harklin pour confident de ses petits chagrins de cœur ; mais ce n'est qu'à Tubingen qu'il se lia intimement avec lui, grâce surtout a leurs cofumunes études philosophiques et Ihéologi» ques.
Ici une remarque s'impose à nous et donnerait lieu au besoin à toute sorte de commentaires. Tous les
Jeunes gens ci-de?sus nommés, qui étaient incontestablement — Miuklin c'on]j)ris — l'élite du séminaire, tous, après avoir travaillé plus ou moins longtemps au service de rÉglise, s'en sont détachés pour se vouer soit à l'enseignement» soit à la littérature. Une seule exception est à faire pour JuHus Krais, qui a passé sans secousses des ré vos do la poésie classique à ceux de la poésie chiélienne. Que de luttes auraient été épargnées à quelques-uns au moins de ces hommes, que de chagrins à la mère Église elle-même» si déjà à cette époque avait existé — ce dont on commence à parler aujourd'hui — une section spéciale dans le séminaire de Tubingen pour former des piiilologues.
Au milieu de tous ces jeunes gens» plu.s ou moins
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bien doués, mais la plupart irés-éveillés-et presque tous d'un bon naturel, Mârklîn, dès le début, se fit une
irèi-bclle place. Grand et fort, bientôt excellent gymnaste, initié d'avance aux usages de la vie uoiversi- . taire par son frère aîné et par les amis de ce frère, ebanteur éprouvé de toutes les chansons d'étudiant, — avec quelle solennité il dirigeait le Landesvater f son biographe croit encore le voir et l'entendre, — il était on ne peut mieux muni pour la vie extérieure et sociale. De plus, il se distingua dans ses études dès le commencement. Harklin avait, sinon des talents brillants, au moins de réelles capacités: nature simplement mais solidement douée, on ne remarquait pas en lui d'aptitude prtdoniinanle, mais toutes ses facultés intellectuelles étaient en parfait équilibre. Tel concevait plus facilement, mais aucun n*élaborait mieux ce qu'il avait appris; tel possédait une mémoire plus forte, mats chez aucun les connaissances acquises ne passaient comme chez lui dans la chair et dans le sang. En lisant • les classiques, il s*inspirait de leur manière de penser qui devenait la sienne : c*est de la même manière que plus tard Tétude de la philosophie fît de lui un sage. Ses camarades sentirent de bonpe heure qu'il y avait là un caractère qui se formait. Quand :^e présentait un différend à vider, une collision murale à terminer, c'était son avis qu'on avait le plus à cœur de recueillir, qu'on écoulait avec estime, avec conûance.
Que si maintenant nous passons avec notre ami et ses gais compagnons la porte du cloître, la contrée oùMarliiin se voyait transporto ressemblait aussi peu à celle
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qu'il avak quittée que la rigoureuse discipline du séminaire à rabandon de la vie de famille. D*un cô(c, les
douces et luxuriantes collines du l>as pay>, plnntccs de yignes; de l'autre, d'âpres et nues hauteurs rocheuses; — d'un côté la large et joyeuse valiée du Neckar , près de Heilbronn ; de Tautre, une vallée étroite, encaissée entre des montagnes qui font à Thabitant de la plaine l'effet de vouloir à chaque instant lui tomber sur les épaules.
Mais» lorsqu'on grimpait sur ces monlagnes, lorsqu'on atteignait les forêts, quel salubre déploiement de forces I quel air pur ! Gomme ces rochers aux formes rudes et hardies parlaient à nos jeunes cœurs ! comme
nous respirions l'esprit d'un passé plein d'énergie dans les ruines du château, qui situé»au-de?sous de la forél et de rochers découpés, contemplait autrefois la tranquille vallée de la Blau ! La Blau était TEurotas de cette contrée 'd'un caractère vraiment spartiatc ; seulement, il nous était défendu de nous baigner dans cet Enrôlas, parce qne les jeunes Spartiates, en sortant de ses Ilots, ressemblaient trop à des écrevisses cuites ; le petit ruisseau voisin, TÂch, nous procurait un bain moins rude. La Blau a sa source immédiatement derrière le cloUre, dans un bassin d'eau de 70 pieds de profondeur et de iOO pieds de circonférence, nommé le lilautopf (le .pot de la Blau); ce bassin est d une couleur d'outremer qu'on ne retrouve que dans les lacs du Tyrol ou de la Suisse.
.Le bourg, dont le cloître -avec ses dépendances et sa cour spacieuse est séparé par un mur, est petit et
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assez laid; la masse de la population, da moins à cette
époque, était rude et grossière; cependant, il y av;ut . quelques familles d'une éducation supérieure — celles * des fonctionnaires en particulier —et ces familles s'ou<^ vrirent de la façon la plus prévenante et la plus hospitalière à ceux des séminaristes dont les parents leur étaient connus, ou qui avaient eu quelque occasion de se faire connaître eux-mêmes à elles. La fréquentation de ces maisons était en quelque manière une compensation peur la vie de famille qui nous manquait ; et les petits repas qu*on nous offrait amicalement n'éteient point à mépriser pour des jeunes gens dont la croissance* n'était pas flnie et qui étaient tenus dans le cloître au strict nécessaire. Car il nous était défendu (et l'interdiction subsista pendant les quatre ans) de visiter sans permission spéciale les auberges de la ville et des environs ; et» toutes les fois que la défense fut enfreinte et le délit découvert, nous fûmes sévèrement punis. Mais dans la dernière année la nature des choses fut plus forte que la défense. Il n'est pas raisonnable d'empêcher des jeunes gens de dixHsept à dix-huit ans de boire ensemble pendant leurs heures de joisir un verre de bière dans un éteblissement convenable : les maîtres le oomprenaient bien eux-mêmes. Aussi fermaient-ils un œil, même les deux yeux, et feignaient-ils de ne rien entendre^ lorsqu'ils passaient devant la Schmterburg^ jardin situé sur le penchant d'une colline an sortir de la ville, et où, dans le dernier été, nous avions coutume de nous récréer en buvant de la bière et en jouant aux quilles. — Fumer nous était aussi défendu; cequin'em-