ANNÉBS DE JEUNESSE SB
n'avions d'aolrc maîti e (jue le professeur Tafcl : c'était UQ homme qui meltaii beaucoup plus d'esprit dans sa conversalioa. qu'il ne jugeait convenable d'en laisser voir dans ses cours. Explication grammaticale^ an peu de critique du texte, il n'allait pas plus loin ; il ne fallaîi lui demander ni de nous faire pénétrer dans l'esprit des auteurs, ni de nous rendre atteniifs à l'art de la composition. Que ces croûtes sèches étaient dures à des palais habitués à de succulentes beurrées 1 Celui qui écrit ces lignes se souvient Encore avec efTroi du cours de TafelsarPindare, qu'il suivait avec Mârkiio. Les choses allèrent mieux plus tard, lorsque Tafel ouvrit des séances d'interprétation dans lesquelles il faisait traduire les écrivains anciens par les élèves eux-mêmes, en les dirigeant et en les redressant : cette foiSi on revenait tout de bon à Fécole et on trouvait mieux I sa place Texplication purement jrrammaticale, d'autantplus qu'il y avait à cet égard beaucoup à apprendre d'un aussi solide philologue que Tafel. Màrklin prit longtemps une part très-active à ces exercices» oà Ton traduisait idors des pièces d'Eschyle et de Sophocle ; il ne se doutait pas qu'il devrait un jour à celte ardeur philologique le moyen d'échapper à la situation la plus pénible de sa vie, à l'impasse dans laquelle la théologie l'avait conduit.
Pour la philosophie proprement dite, à côtéde SekoU^
usé par l'âge, et (ÏEschemnayer^ sorte de dilettante mystique, le seul homme qui comptât vraiment était le professeur SigwarL C'était un homme fort instruit» sensé et, à cette époque, jeune encore ; mais si flegma-
s» ESSAIS D.'HISTOIRE RËLIGIEUSE
tique, si dépourva d*élan, si coriace, poar tout -dire,
que c'était une vraie' misère. L'endormante monotonie de son débit s'accordait à merveille, je l'avoue, avec le prosaïsme de ses idées : en tout cas, elle exerçait sur les auditears ane action soporifique irrésistible. Noas ne pûmes parvenir à tirer quoi que ce fut de son onthropologie et de sa logique ; la première de ces branches nous avait clé enseignée avec bien plus d'esprit et de goût à Blaubeuren par Kern. Son histoire de la philosophie nous fut plus utile : c'était vraiment, un bon cours, bien ordonné et fait au moins en partie d'après une étude sérieuse des sources ; de plus, nous avions eu le temps de nous faire à son débit traînant et nasillard. Malgré sa sécheresse d'esprit, il avait subi non-seulement l'influence de Kant et de Jacobi, mais aussi ^ telle est la puissance des impressions de jeunesse 1 — ^ celle de Schelling lui-même. Par bonheur, Tétoile de .Hegel n'avait pas encore paru à l'horizon de Tiibingen : la criti(pie moscjuinc et sans portée que Sigwart opposa plus tard au système de ce maitrc lui aurait ôté alors déjà le peu de crédit philosophique dont il jouissait parmi nous.
Un vrai rafraîchissement pour«nou8 tous, et en par-
ticulier jujur Màrklin, c'étaient les lerons de son cousin, le professeur JJaug^ sur l'histoire universelle. Ici nous n'avions plus affaire seulement à des noms et h des dates, ici nous trouvions enfin de la pensée, de l'enthousiasme, et, à part la cantiléne monotone du débit, une exposition pleine de goût. La leçon d'histoire de neuf hetires du malin était pour nous une heure de