‹ Essais d'histoire religieuse et mélanges littérairesChapitre 30 sur 47 · ANNÉES DE JEUNJ^SSE · texte numérisé non relu

ANNÉES DE JEUNJ^SSE

il 8*ë(ail établi, parmi les habitants de la Jà(ferslube, une joyease coatame : c'est qae le plus sobre devait tenir registre des sentences débitées par les membres

en Iroin de s'enivrer ; et l'on dit que ce ne fut pas seulement comme secrétaire que notre ami se distingua dans cette réunion. Mais, comme le prince Henri qui, devenu roi, dit adieu à sop r6le de chevalier bon vivant, Marktin, à sa sortie du séminaire, où il devait rentrer on peu plus tard comme maître de conférences, brûla prudemment le trop gai manuscrit; et dés lors il n'y eut plus au siyet de sou passé qu'une vague légende :

Nuratnr et pritei Catoni»

S«pe nero caloissa Tîriu.

Et précisément parce qu'il ne se séparait pas des antres en boudeur morose, mais qu'il savait, sans rien

perdre de l'entrain de la jeunesse, conserver intacte sa dignité morale, le nouvel arrivant se concilia bientôt l'esUme de tous ses camarades, jeunes et vieux.

La vie sociale des étudiants Bouffirait à cette époque, au dehors du séminaire, d'une dure oppression qui avait commencé peu apiés notre arrivée. Des rencontres répétées — et quelques-unes sanglantes — entre des membres de la Burschcnscfiaft et ceux des Landt» manmekafien * avaient décidé le gouvernement &

1 La lhir$ch>niicliafl étail une société d'éluilianls à tendances politii|U('s ui uniiaiiL's, fort mal \ue par lo gouvenieraent. Les LandtmanmchafUn euueol dos corps d'étudiants dont chacun se ratta-

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envoyer à Tûbîngen, dans la personne da conseiller de justice Hofacker, un commissaire armé de pleins pou-

voirs et accompagné de vingt gendarmes : il était charge de dissoudre les sociétés d'étudiants, d'enlever la police de l'Université au sénat académique el d'établir un ordre rigoureux. La façon dont s'y prit ce commissaire, le plaisir insolent avec lequel il traita de haut en bas les professeurs aussi bien que les étudiants, son inintelligence complète de ce qu'il y avait de moral, d'élevé, dans la Burschenschaft, qu'il raillait grossièrpient, l'interdiction de tout libre mouvement chez les étudiantSi — tout cela ne pouvait manquer d*exeiter une profonde indignation même chez ceux qui, comme Marklin, n'appartenaient pas à un corps proprement dit. (Il était seulement entré, avec la majorité des étudiants les plus sérieux, dans une société affiliée à la Bwêehensehaft et qui se proposait surtout de veiller à l'honorabilité de la conduite de ses membres.) Le- même sentiment était partagé par plusieurs professeurs : Sleudel surtout, avec une véritable intelligence de la question el une chaleureuse sympaltiie pour les besoins de la jeunesse académique, déplorait douloureusement les grossières méprises des autorités d'alors. La plus grande partie des années universitaires de Marklin s'écoula sous ce commissariat terroriste, qui d'ailleurs ne l'atteignait lui-même que trésîndirectement ; car il se liait d'une affection toujours

ctiait à l'uo des diffi>retit> pays do l'Alloma^ne. tPrusse, Bavièn, WOrleraberg, tic.) (^rad.)

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plus élroîte avec un petit nombre d'amis auxquels le rattachaient des études, et bientôt des convictioDs communes.

Un changement qui eut lieu un peu plus tard et dont Màrklin eut à se féliciter, pour ses études comme pour son bien-être, ce fut rautorisation qui lui fut donnée de ^ loger en dehors du séminaire: comme rétablissement était alors rempli à l'excès (il y avait plus de ceiil cinquante élèves), une attestation médicale, obtenue sans peine, suffit pour cela. La contrainte et las dérangements, qui sont inséparables de la vie en commun du séminaire, lui étaient maintenant épa^gnés, sans qu*il perdit néanmoins les avantages msK tériels et scientiGques qui sont assurés aux jeunes séminaristes. Non-seulement il continuait à éire reçu à la table de l'établissement, mais il prenait part comme par le passé à tous les exercices et travaux scientifiques én commun.

Mais il est temps d'en venir aux études proprement

théologiques de Miirklin, et c'est ici le lieu de mentionner la profonde modilication qu'avait subie la Faculté de théologie pendant que nous étions encore nousmêmes en philosophie. Le plus considéré et le plus important des théologiens protestants de Tûbingen était, au moment de notre arrivée à l'Université, le prélat Ernest Rengel, pelit-fils du célèbre Jean-Albert Bengel: c'était un esprit lucide, un habile orateur, et une personnalité imposante. Formé à la fois à l'école de Storr et à celle de la philosophie kantienne, il s*était, comme tant d*antres théologiens de son époque, établi sur les

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(erres da supraoaturalisaie, maïs non loin des frontières da rationalisme. C'était une théologie c dans les limites de Tentendement pur > ; et cet entendement, comme de

juste, ne se faisait aucun scrupule d'accepter ce qu'il y a de moins rationnel, le miracle, sur des motifs piausiifles à l'entendement, mais inacceptables à la raison* Aussi n'y avait-il rien d'étonnant à ce que Ben^el eût traité si doucement les sociniensdont il avait exposé la doctrine dans le Magasin de Flatt et Siiskiiid. — A part celle excellente dissertation, Bengel n'avait presque rien écrit d'important; ses cours, consacrés la plupart à la théologie historiqae, netémoignaientpasd'une étude trés-profl^de des sources, mais répondaient aux besoins des étudiants par une disposition habile et des appréciations intelligentes, en même temps que réiicrgi(iuc pLMSouiialité du professeur formait leur respect. Cet homme remarquable monrut subitement, dans la force de l'âge, pendant nos premières vacances de Pâques. « Dne perte irréparable ! » s'écria-t-on alors de toutes parts. Félix eiiam upportunilaie mortix^ dirent plus tard d'autres personnes, lorsque la nécessité devint chaque jour plus urgente de se mesurer avec la théologie de Schleiermacher plus sérieusement qu'en des rencontres tout occasionnelles : or, une telle entreprise récitait des forces plus jeunes, des esprits qui n'eussent pas achevé leur dévtloppemenl sous l'influence de la vieille théologie. Tout cela n'emi>échait pas qu'au moment même la . mort de Bengel ne fit un grand vide dans la Faculté de théologie évangétiqne de Tobiogen. Parmi les autres membres de la Faculté, Scbmid était certes un bon

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professeur de théologie pratique ; mais les professeurs chargés de la théologie scieolitique étaient, l'un tout à fait ÎDsigniGant, Tautre coona sealement par les preuves de pauvreté d'esprit qu*0D citait de ses courg, — moitié vérité, moitié Oction ; le troisième, le docteur Steudel, était, comparé au vii^ourcux et lucide Bengel, une personnalité trop chéiive et un esprit trop confus pour qu'on le jugeât capable de remplir le vide qui venait de se faire. Force fut bien dese mettre en quétedes hommes de talent que pouvait posséder la jeune génération Ihéologique du pays : ceux qui se présentaient en première ligne à tous égards n'étaient autres que nos deux maîtres de Blaubeuren. Après mainte objection, surtout contre Baur, en qui on flairait un adepte de la philosophie panthéiste du jour, ils furent nommés et entrèrent en charge dans l'automne de i82i>. Dès leur arrivée, dans leurs dissertations inauj^urales, ils plantèrent le drapeau delà théologie de Schleiormachei -, en disciples indépendants sans doute, mais pénétrés de l'esprit du maitre : ce fut pour Tiibingen le commencement d'une nouvelle ère théologiqnc et'méme philosophique. A da« 1er de cetis époque, l'ancienne école de Tiihmgen, celle de Storr, fut détrônée, e(, quelques années plus tard, elle fut portée en terre avec Sieudel, tandis qu'une nouvelle école de Tûbingen, d*une valeur scientifique incomparablement plus grande, s'élevait avec Baur et ses disciples. — On eoniprend quelle joie ce fut pour nous, anciens élèves de Blaubeuren, qui avions si souvent regretté nos cbers maîtres, qui leur avions plus d'une fois fait parvenir nos plaintes sur la stérilité

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philologique et philosophique du Tûbmgen d'alors» — ^ quelle joie ce toi pour noue de pouvoir les saluer de

nouveau comme nos guides, de nous sentir, en qualilé d'anciens élèves, l'objel de leur aliention spéciale.

Lorsque arriva le moment pour nous de suivre les cours de théologie^ nous eûmes d'abord à entendre Steudel sur l'apologéiique et la théologie de l'AndeD Testament. Sleudel était un de ces infortunés dont la vie se passe à faire tout autre chose que ce qui était leur vocation propre, il aurait pu être un pasteur excellent, et il fut un médiocre, un triste professeur. Tout lui était difficile et amer dans les travaux de sa charge» rétude personnelle comme l'exposition écrite ou orale, rintelligence des idées et le jugement à porter sur elles: aussi son organe discordant n'était-il^ comme ses périodes brisées, que l'exacte expression du martyre qu'il avait dû imposer à sa pâture pour se hisser, des fonctions pratiques qu'il avait'remplies jusqu'alors, à celles d'homme de science ei de professeur. Cette fausse direction de son activité était d'autant plus déplorahle qu'elle exerçait une influence pernicieuse sur un caractère qui était, en soi, digne de toute estime; car Steu« del n'était pas seulement un homme d*une probité exemplaire, il était en outre bienveillant, affectueux même, désintéressé, ouvert, libéral en matières politiques comme en matières pédagogiques : il eut plus d'une occasion — nous en avons vu une tout à l'heure — de manifester ce libéralisme en sa qualité de surintendant du séminaire et de membre du sénat académique. Mais lu iutiguc que lui causaient les travaux

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