ANNÉES DE JEUNESSE
L'ëpoqve de Texainen final de théologie approchant, nous prtaaes pour notre lecture, à côté du philosophe,
un théologien, à savoir Marheineke. Mais sa Dogmatique nous parut faible à côté de la Phénoménologie du maître : noua étions étonnés que Hegel n'eût pas trouvé on meilleur interprète tbéologique. Sur beaucoup de points, nous étions déjà plus avancés que notre guide, soit grâce à Schleiermacher que Blarheineke, avec toute l'éiroitesse des préjugés d'école, passait dédaigneusement sous silence, soit grâce à Touvrage fondamental de Hegel lui'-méme que nous étions occupés à étudier, tandis que notre théologien semblait plutôt s'en tenir à la période ultérieure et dogmatique du maltire. Souvent Tobstinaiion de Marheineke, et la lourdeur avec laquelle il emboîtait le pas derrière Hegel, étaient pour nous une occasion de scandale; mais, plus tard, lorsque nous eûmes fait la connaissance personnelle de ce savant, d'ailleurs si estimable, nous trouvâmes qu'il ' était du moins sincère en cela, la nature ne lui ayant évidemment pas donné la tioesse de perception que réclame la critique.
Dans l'automne de 1830 eut lieu l'examen de théolo* gie, dont Mârklm sortit avec le plus grand honneur, et qui mettait fin à ses études universitaires.
APPSNDICB
0NB VISin A BLAOBIVRBN <
t l.e mercredi soir 13 octobre (1841\ — la nuit était déjà tombée et au dehors il pleuvait à torrents, lorsqae mon ami Harkiîn entra dans ma chambre en disant: c Maintenant, prépare*toi et fois ton sac: eette •nuit, nous partons en diligence ponrUfm.» Et, comme je marquais mon effroi de faire précisément avec un tel déluge le voyage depuis longtemps projeté, il ne fit qu'en rire, mais se laissa pourtant persuader de prendre une voiture exprès pour nous au lieu de la diligence, et de partir le lendemain matin non pas pour Ulm, mais pour Urach, afin de nous rendre ensuite de là à Blaubeuren et à Ulm. . . »
• . . . Vendredi, — Départ d'Uracb, en compagnie
1. Nous empnintons à l'an des chapitres do la biographie é» Chriitian MpiHUin le récit d'ane visite faite par ie docteur Straost et deux de ses juQis A la petite ville où ils avaient achevé, seize ans auparavant, leurs étndes préparatoires. Ce récit est extrait d'un ournal iotime de l'antear. {Trad.)
900 ESSAIS D'HISTOIRË UELiGlEUSE
de ZimmemanD, par uoe pluie battanie. Nous n'en sommes pas moins gais tous les trois. Arrivée sur le
sommet de l'alpe. Zainin^'cn, vrai village alpestre; les maisons, couvertes de chaume, se sont serrées dans un • creux du plateau, comme des moutons saisis par le vent et les frimas» Feldstetten, maison de poste, vieille statiou bien connue. A Tauberge, la seule chambre lambrissée d'autrefois, agrandie par l'adjonction d'un cabinet blanchi. Nous cherchons nos noms sur les vitres, mais on les a renouvelées... Je propose de faire à pied la descente jusqu'à Blaubeuren. Par malheur, il pleut. Néanmoins, on se range à mon avis. Sous le parapluie et à travers l'eau qui tombe, l'aspect de ces lieux si fiimiliers, mais qui depuis si longtemps n'avaient été revus que par les yeux du souvenir, a quel({ue chose de fantastique. Arrivée dans la petite ville. La rue, la place du marché, après une absence de quinze ans, étaient encore aussi présentes à notre esprit que si nous fussions partis seulement la veille. C'est précisément la fidélité avec laquelle la mémoire avait gardé les anciennes empreintes qui fait que le revoir a quelque chose d'un rêve, l'impression actuelle se distinguant à peine en nous du souvenir conservé si intact. Nous logeons à Tauberge de la PoiU. Promenade dans la ville et dans le doitre, à la nuit déjà tombante. Ledoitre, jadis blanc, a été peint en vert; l'ancienne fontaine a é(é changée en une pompe ; les galeries avec leurs parois en bois de charme sculpté sont négligées et dans le plus triste état. Retour à la PoHe. Là, nous retrouvons les vieux hôtes et leurs habitués, les uns et les autres peu cban-
ANdÉBS DE IBU1IBS8B f6i
gés : notre visite leur fait plaisir. Siiskind, un de nos anciens condisciples du séminaire, pasteur maintenant dans le vobinage, arrive en manteau et en boites de voyage/par ane plaie torreniielle. Nous couchons dans deux chambres contiguës, et, avant de nous endormir, nous causons et nous rions aussi fort qu'autrefois, dans nos chambres d'écoliers. »
« Samedi. — Le maiin, sous un ciel érlairci, nous albns au Rwenêchioês (à une demi-liéue de filaubeuren). GbemiD récemment tracé, qui s'élève peu à peu sur les flancs de la montagne et qu*on appelle le ehemm de la verlu. Auparavant , nous avions traversé la blanchisserie qui a été aussi dernièrement mise en état; puis nous avons suivi notre vieille et chère rivière, la BlaUy en montant le long du sentier. Ce sentier^ d'abord libre, s'engage ensuite dans la forêt, & travers des pins, puis des hêtres, de jeunes arbrisseaux, et des rochers de plus en plus grands. Sur les plus hautes pointes se trouvent les ruines du château ; les rochers formaient autrefois des arches sur lesquelles le château était bâti. Il ne reste plus que quelques murs et un demi-arc qui semble avoir été lancé en l'air par une explosion. Impossible de voir quelque chose de plus hardi. Comme nous considérions encore tout eela d'en bas, un milan s'envola du milieu des ruines et nous salua de son cri. Nous nous élançons au sommet au pas d'assaut, c Ce se^ » rmtune honte, m'écriai-je,si au sein d'une telle nature • nous n'étions pas devenus quelque chose I > Sur ces entrefaites, les nuages se rassemblent de nouveau, et à notre retour il commence à pleuvoir. Nous passons de-
Mi. ESSAI» O'HIST0lR£ afiUGl£U&£
vantlA rtervoir de la tiau* NoosaommaB surpris^ en la
revoyant, de la splendide couleur de cette eau ; notre • imagination, notre mémoire éiaieiii rtsiteë au-dessous de la réalité» Houa viaitona le couvent. Le long corri-» dor« avec sa haute voûte et ses lambris de eoulear sombrei le dorment^ comme on l'appelait, que nous avons parcouru tant de fois dans tous les sens» dans des dispositions si gaies ou si mélancoliques, et à des moments si divers de notre développement. Les cbambras de travail, les vieilles tables^ les iietites «rmoires en sapin poor les livres* Plus d'un nom connu gravé sur les parois ou sur les tables ; la salle des cours scan* daleusement modernisée, les colonnes supprimées, les voûtes gothiques remplacées par un simple plafond. Mécontentement général. Visite chez Vepltorus^ D'abord méfiant et embarrassé, il dégék bientôt. Lorsqu'il nous meotrs une chambre où des arrangements nouveaux ont été faits* en disant : t Das ist die Bibliothekf^MÔ oder Bibliolhekzmjmer, » nous le retrouvons exactement comme il était il y a seize ou vingt ans. A notre grand regret, an lieu de notre ancien fiumUuê^ gros, aviné , pareneux, maïs gai et bon vivant, nous avons pour guide son suocesseurf un ancien valet de la cour, tout à fait coriace. .. Après dîner, promenade -.«ur la route d'Ulm, pour revoir les autres curiosités naturelles de la contrée. Une lignée de rochers isolés, dénudés, doni le plus oonsidérable sTappelle MetSfferfêkm (roeher du boucher) ; c'est le fameux • KIdtzIe «ei glél bei Mftubeuren » (un petit bloc de pl nmb tout près de Binubeuren). Un ingénieur malavisé en avait lait sauter un
morceau, afin d'élargir la roule, tandis qu'il aurait été bien plus simple d'atteindre le même but en évitant le rocher et in preqqnt de l'autre côté qui était libre. Et l'imbécile», comme triomphant de son méfait, avait fait, graver le milléBime 1841 à l'endroit où le rocher avaîl été niQtilé. Plus loin, le Rucken^ colline médiocrement élevée, avec un j)etit plateau au sommet, où se trouvait autrefois un château : vue sur les deux vallées de la Blaa et de TAch, panorama de toute la contrée. Je montai eo courant êor ce sommet, où j'avais souvent révé assis sur un rocher. Mârklin, qui s*était un peu foulé lé pied, était resté en bas et tenait le pied malade en l'air, à la manière des cigognes. Retour par les prairies au bord de la Blau. Vue magnifique du Ruseoschloss, qu'on a alors au-dessus de soi, ce qui permet d'apercevoir une grotte dans le rocher sur lequel il est bâti. Dans cette grotte habitait de notre temps un hibou dont le cri retentissait le soir à travers la contrée d'une manière lugubre. Il y a là aussi, à un certain endroit, un éeho bruyant, qui avait souvent répondu au cor et à la flûte des musiciens d'entre nous ; et quand plusieurs criaient ensemble : c Halloh ! » cela résonnait comme la chasse sauvage le long des parois de rochers. Maintenant nous essayons, en nous mettant à diU'é rentes places, de faire retentir l'écho, mais il reste muet. Impression triste. Noos rentrons à l'auberge par une forte pluie, mais lentement, à cause du pied souffrant de notre ami. Je lui fais préparer un liniment, et il fait en outre une visite au chirurgien de l'end roit. . . »
c . . . Lundi. — Le matin, retour par Feldstetten et
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Gatenberg. Là nous rencontrons deux pères qui menaient leurs fils au séminaire de Blaubeuren. Marklin demande, avec uo acceot peu déguisé de compassion, si c'est de bon gré qae ces jeunes gens entreot au aémiDaire. L'un des deux p^res» scandalisé de ce Con singulier, répond avec force : c Autant que je sache, ils s'eitiment heu-' -» retix d'avoir été reçus.» Nous connaissions ce bonheur, nous qui venions à peine, et après de longs et douloureux combats, d'échapper à cette souricière ihéologique où les pauvres, jeunes gens allaient ionooemmeni entrer. »