UNE DÉDICACE ET DEUX DISCOURS
La dédieaoe de la Nouvelle Vie de Jésus ayant été, sans qn^oo s'explique trop ponrqooi, laissée de c6ié par les traduetenrs
français Je cet ouvrage, je la donne, ici, avec deux discours tunèbrcs qui oni éic publiés par l'auteur dans ses Kleine Schrif' ten 1^1866). « Ces discours, dil M. Strauss, entreront, je pense, dans le sentiment de ceux qui se demandent avec l'auteur si l'humaniié n'est pas enfin assez vieille pour chercher an tombeau de ses morts une oomolatioa meiDeore que le jeo ontioaire tvee des bulles de savon* • (Prébce dee Kl, Sekr.) {Trad,)
DiDtCACB »S LA NOUVILLB VIS DS lÉSUS
il mon frère P^. STRAUSS
Cher frère.
Il y a bientôt trente ans que j'écris, et voici pourtant, à pari une ou deux brochures sous forme de lettres, le
M6 fiSSAIS D'HISTOIRE RELIGIEUSE
premier livre que je dédie à quelqu'un. A qui en aurais»
je dédié, en effet? Je n'ai jamais eu de protecteurs et je n'en ai jamais cherché. Quaut à mes maitres % à la vue du scandale causé par mon premier ouvrage, ils se bâtèrent d'affîrmèr que ce n'était pas d'eux que j'avais appris ce qui faisait tant isrier, c'est-è-dire ce qu'il y avait de mieux dans mon livre, — ei en cela ils avaient parfaitement raison. Mes amis enlin et mes camarades d'études, pour ne pas parler de ceux qui sacrifièrent prudemment leur amitié aux cireonstances , mes amis se voyaient exposés^ surtout dans notre bon Wurtemberg, à tant d'ennuis, de désagréments et de soupçons, pai' le seul fait de leur liaison avec nioi, que ('était conscience de ne pas les compromettre encore plus par un témoignage public d'affection.
'foi, cher .frère, tu es indépendant : tu n*as pas i te préoccuper (c'est là i'benreux privilège du oommeroe) de la faveur ou de la défaveur de supérieuT'5 ecclésiastiques ou laïques, et il n'y a pour toi aucun danger à me laisser mettre ton nom en tète d'un de mes livres. Hais, de plus, à c6lé de ce que tu as été pour le frère & qui (u servis d'appui fidèle dans mainte situation dif« fieile de sa vie, tu as rendu de lon^^nie date à l'écrivain tous les services qu'auraient pu lui rendre des prolecteurs, des maitres et des amis. Tu m'as soutenu, et, ce qui est plus encore, (u m'as compris; tu as relevé mon courage parfois défaillant, et surtout tu m'as ramené,
1. u s'agit Ma premiène Vit de Jétut publiée par 1» doelMr Sttïiufts en 1835 soas ce titra : Dat Ubm /«w, KHlUeh bearèHM» La Vu de JétUê, étudiée au point dé tué criii^) {ftad,)
DÉDIOAOK m
après mainte excursion dans d'autres domlines, au champ de travail que je m'étais tout d'abord prescrit. Tandis que j« oompoiais ce livre, en particulier, je n'ai cessé de peoser à toi^ et je n'en ai tracé aucune page sans prendre pour guide le désir de te contenter, d'écrire de manière à satisfaire aux besoins de notre époque, tels que tu les comprends.
Et ici la dédicace du livre concorde tout à fait avec sa destination^ indiquée dans le titre** fin le dédiant à mon frère^ je le dédie à un dtoyen de la nation alhi» mande, et, en le destinant au peuple alleniand, je sap^ pose qu'il renferme dans son sein beaucoup d'hommes seoibiabies à mon frère : je veux dire beaucoup d'hommes qui, non contents du gain matériel, recherchent les choeés de Tesprit; qui, après de longues journées de travail, tmtivent leur meilleure récréation dans une lecture sérieuse; (jui ont le rnre courage d'examiner pour eux-mèmos, sans se préoccuper de l'opinion vulgaire et des cioyances reçues, toutes les grandes questions de la vie; qui ont enfin l'intelligence plus rare encore de ce fait que le progrès politique, du moins en
AHemajjne, sera assuré le jour seulement oCi les mesures seront prises pour affrancliir les espi ils de l'illusion religieuse, pour donner au peuple une éducation, une culture purement humaines.
Si une philosophie qui n'admet aucune intervendon surnaturelle , et qui place l'homme vis*à-vis de lui-
1. Le Ulrç oompl»! de ToiiTrafe dédié par H. Strauss à son firére eel : Ooi lebên Jttu fût doi âtnUehê wttt btarbeiM. (La Kit de Jéiui, écrite poar la natioo aUemande, 1864.) {Trad.)
m ESSAIS D'HISTOIRE RELIGIEUSE
même et de Tordre éternel des choses, — si une telle philosophie peut convenir au peuple et à la vie réelle, si elle est capable, non-seulement de maintenir rhomme dans la droite voie pendant les joars du bonheur, mais encore de le conforter dans l'épreuve , c'est là , mon cher frère, une question que tu n*a8 eu que trop d'occasions d'examiner par ses côtés les plus sombres. Tu as virilement supporté de longues années de souffrances corporelles, sans soutien étranger, uniquement appuyé sur ce que tu es et sur ce que ta peux savoir comme homme et comme membre de ce monde tout rempli de l'esprit divin. Au milieu de circonstances qui eussent ébranlé la foi la plus r(j|)uste, tu as gardé force et courage , et dans les instants mêmes où ton mal ne laissait plus d*espoir, tu n'as jamais cédé à la tentation de chercher au delà de la tombe un dédommagement dont tu connaissais la vanité.
Puisse, après de si rudes épreuves, le soir de ta vie être serein ! Puisse ce livre mériter ton indulgence et cette dédicace ne pas te déplaire ! £t qu'à la lire nos en&Dts, et un jour nos petits-enfonts, puissent connaître dans quelle intime communion d'esprit leurs pères ont marché, dans quelle foi ils ont vécu, sinon saintement, du moins honorablement, — dans quelle paix ils sont morts, sinon en chrétiens, du moins en philosophes.