‹ Essais d'histoire religieuse et mélanges littérairesChapitre 38 sur 47 · I. Bn aatomne {Im Ugrbtt · texte numérisé non relu

I. Bn aatomne {Im Ugrbtt

a. Vonmuiêt

8. Le Rempart bowfsob (Her BnrçêiwU), 4. U ne s'agit pas iei d*nn raoaeil de poésies d^hlind, meis d'an % groape de poésies dans le recueil dss Gêdkhtê. {Trùd.)

JUSTINUS KERNER

Saos que IHea eût demandé ponr cala Lev «vit à ew mMoears.

ce printemps, œ sont les FéformeB que le roi GaiUaame

introduisit de son autorité privée dans le pays, après que la Diète de 4817 eut rejeté la constitution qu'il offrait, et « ces messieurs > qui s'écrient avec colère :

C« piiniempa nê vaniiiM I Hé raoMpie pas, toi, lot payian, Ce ii*e»i qtfuoê daité y ma» d'enCir !

c'est le parti de l'ancienne constitution , auquel , comme on le sait, apparienaii Uhland : politique pins . clairvoyant que son ami, il n'attachait aucnn prix à des réformes de détail , tant que les garanties fondamentales étaient refusées.

Mais ces excursions une fois faites sur un terrain où l'attiraient les circonstances de l'époque bien plus que son goût personnel, notre poëte revient toiyours avec prédilection au domaine propre de sa muse, à la nature et à la vie du cœur. Le retour périodique des saisons, la iiuii et la fraîcheur du matin, l'éclat du soleil et le mystère des forêts, la pluie et l'orage, — puis les formes diverses de la vie, les souffrances et les joies de l'homme, l'enfance et la vieillesse, le songe et le réveil, les séparations et les départs, la maladie et la mort, apparaissent en mille Tarons dans ses chants : des souvenirs d'amour et d'amitié, des témoignages de respect et d'affection pour des personnes que le poëte a connues,

SOI ESSAIS D'HItrOim RCLIGfEUSB

s'y présentent aussi à nous à chaque pas. Comme il csi naturel dans une vie vouée avant tout au sentiment, ii y a dans ces poésies plus de tristesse que de bonheur, plus de plaintes que d*élans joyeux ; de cet ensemble

de l'ôlioilés passagères et de souffrances durables, de toute cette mêlée terrestre, s'échappe un soupir vers quelque chose au dehors et au delà, vers un autre monde où le cœur, ii^paisé ici-bas, puisse trouver enfin une entière satisfaction. Il serait difficile de nier que le poêle, en Kerner, ne se soit trop abandonné à cette disposition assombrie et énervée, au heu de lu dominer en cœur ferme et en lucide esprit; — difficile aussi de nier que par là même ses poésies^ et surtout les dernières, ne soient devenues fatigantes parfois â force de lamentations et de soupirs. Mais du moins une telle manière de sentir n'a pas eu pour effet, comme c'est (rop souvent le cas, de le courber sous le joug d'un dogme inflexible ou de le jeter -dans une sombre exaltation. Au contraire, nous trouvons chez lui, à propos de l'autre vîe — et non sans surprise au premier abord, quand nous pensons à sa foi aux esprits — nous trouvons une résignation qui n'a rien du tout de maladif, c Ëspère, > se dit-il à lui-même :

Espéra qu'à Iravors la uuit do la masi Di»^u tp rrm'luit daiii» snloils ; Quoi qu il puisse faire ilo lui, Tu n'es pas à loi, la es à loi.

Sait Umuble comuiâ la feuille Qui eD aotomoe tombe de l'arbre.

iUSTINUS KERNEE «03

Et ^ui jamais ne s'est plaiolc ^De se voir emporlée pt^* l'ora^.

C'est pour cela qu'il revient toujours avec un courage nouveau à la vie pleine et active aussi longtemps qu'il le petit encore:

he ciBi^t pleiA de l'amoar de Dieu, J'aimsni cette terre, qa'il a erdéa, J'adméni rantonr, lé i^ et lec niues Imp^k et foe je devieuw eeprit aveo Jee eepriie.

Dans la pièce intitulée îa Fondation du comment de

LielUenslern, le poëte, à propos de la légende de la fondatrice miraculeusement guérie de sa cécité, prie la Sainte Vierge de rendre la vigueur à ses yeux affaiblis, et lui adresse cette promesse en cas d'exaucement :

Je ne puis ijùUir aucun cloitr»*; Toutefois, Mère 4o Diun, mon oUaiit nantira en l'honnear des femmes Pour les louer ma ?ie dnraat.

On aura remarqué respiégicne du poète, qui adresse en définitive à toutes les femmes ce qu'il avait d'abord promis à la fsmme < bénie entre toutes >. Cest ainsi que nous voyons, dans diverses chansons de table et dans

des poésies telles que Dieu merci! Encouragement, etc., l'irrésistible attrait de la vie dominer toutes les plaintes, ou la plainte elle-même se transformer en douce et poéti<iue mélancolie, comme dans les admirables vm à c rÀurore > :

aOi ESSAIS DVISTOIRB RBLIGIBOSB

Ronfleur du matin, qui illumint^s magnifiquement le ciel, . Ah ! tu Q es qu'une messagère «ie la pluie qui va tomber t Qndd» wqoi nom «Mhaatt amèiM aiaii to aulhMr elles lames I Cest de nille Joies liiimaiiies «fu'est ftdte nne anrora.

Si ces mérites divers ont vala aax poésies de Keraer un grand nombre de lecteurs et d'amis en Allemagne, les travaux de Tantenr sur le magnétisme et les esprits

ont contribué bien plus encore à la popularité de son nom. il s'était adressé à lui-même ce c Proooslic » original :

le M vitrai ^'on Jour par mes fOfÊûÊê, Qu'on Jour par mes tavanx de médeeiB; Mais longtemps eneora, ^pieod on patlen d'espritSi On pensera A moi pour m*iq|nrier.

Ce n'est pas là oe|fendant ce que nous avons l'intention . de faire; bien plutôt aurons-nous à défendre Kemer

contre maint reproche injuste. La tendance qu'on! favorisée ses écrits sur le sujet en question nous est d'ailleurs profondément antipathique ; ils ont contribué à dévetopper la superstition dans les classes populaires et un piétisme malsain dans les hautes classes, et la mauvaise semence est tombée, dans notre Wiirtemberg en particulier, sur un sol déjà saturé de ces épaisses vapeurs. Mais il serait tout à fait injuste d'imputer à Kemer sans autre forme de procès toutes les conséquences fâcheuses de ses actes. Son intention, lorsqu'il entreprit ces recherches, était la plus innohente du monde. U ne cherchait à tirer de là pour lui ni protii,

JUST1NU8 &£ilM£R ao5

ni réputation, et il n'avait rien de oomman avee. les obscurantistes qui surent ensaite exploiter ses travaux dans l'intérêt de leur domination. Ces questions intéressaieoi en lui le naturaliste, l'homme bienveillant et compatissant, et, ajoutons, le poëte : or, le poêle est on homme d'aflkires bien innocent. Hais compter n'est fias son fort, et là où une tenue de liyres parfaitement exacte est nécessaire, il peut commettre quelque confusion. En présence de phénomènes qui, coniuie ceux du somnambulisme, parlaient vivement à son imagina-, tion, le poëte, en Kemer, corrompait l'observateur, surtout lorsque ces phénomènes semblaient confirmer sur bon nombre de points les opinions favorites de l'école à laquelle il se rattachait. Le mépiis du rationalisme, la prédilection pour la foi et même pour la superstition populaire qui recouvrait, disait l'école, une sagesse profonde, le sentiment mis au-dessus de Tentendement, c'étaient là autant d'articles du Ctsedo romanttque auxquels Kemer comme poëte avait adhéré de bonne heure. Ici, chez ses somnambules, les faits ne semblaient-ils pas donner décidément l'avantage à la vie épigastrique sur la vie cérébrale, à la magie sur la médecine, à la vision sur la réflexion?

Les écrits de Kemer sur ces matières forment une série où l'on s'élève de simples phénomènes magnétiques jusqu'à de prétendues manifestations d'esprits et de démons pour arriver enfin à un point où le lecteur sérieux se refuse à foire un pas de plus et se prend à soupçonner que les observateurs trop confiants ont été victimes de quelque grossière mystification. En i8S4

306 ESSAIS D'HISTOIRE KKLIGIËISË

parut {'Histoire de devm smnnambuUg ; en la Voyante de Prevont; en t834, las HiêUnreê de pouédéê doM (et temps modemeê; en 1886, une Manifeslalion des puissances occultes de la nalure ; à quoi il faut njouier deux < ( rits périodiques : la Feuille de Prevorst (1831-1839), el le Magikùn (1840-1853).

Parmi oea diyeraea prododions, o'eai la première qai nooB a toujours para la meilleure, parce que c'est celle qui a le plus de fraicheur et de naïveté. Quand ce livre fui écrit, Iveraer le naluralisie et le médecin était encore aeul avec Kerner le poëte : Tobeervatioii des faits et lear exposition n'avaient pas à subir d'autres inconvénients que ceux qu'amène inévitablement une oollobornlion de ce {.'em c. Kerner dit bien que «on ouvmge ne renferme que des faits, des faits que chaque lecteur peut interpréter comme il l'entend, s'il ne croit pas amete l'interprétation de l'auteur. Mais cette interpvétation est si intimement liée au tissu du récit, qu'il est bien difficiio de l'en séparer et de rétablir les faite purs et simples ])Our en tirer des conclusions différentes. Si l'on essaye néanmoins de le faire, autant que cela se peut encore, on arrive à voir confirmés par des preuves nouvelles les phénomènes du rapport magnétique, des ordonnances que le magnétisé se près* crit à lui-nicme et du prosscutiineiit des somnambules; 'la métastase des sens ne se trouve vériliée que dans de très-étroites limites ; la double vue reste sujette à des doutes fort graves; quant au soi^isant commerce avee le monde des esprits» commerce qne l'auteur re-

JUSTlNUfi KfiRNfiE m

garde comme objectif et réel, le lecteur y reoonntlira * aisément on phénomène tout subjectif, une illusion def mahidt'S, mélange singulier de vieilles superriitiona por pulajicâ ei d'idées niodei nés.

Le point culminant de ces observaiions de Kemer paruC atteint cinq ans plus tard avee eette aonoambule qu'il baptisa si heureusement du nom de son village natal : la Voyanlc de Prevorst : en (oui cas, le livre «|u'il a écrit sur elle a contribué plus (jue tout autre à étendre au loin sa renommée. Chez cette voyante, les phépomàoes ordinairea du magnétisme paraissaient daa degrés déjà dépassés ; le traitement malhabile qu'elle avait subi de la part de ses précédents médecins avait ruiné su santé. Il ne pouvait plus guère être ici ques^ tipn d'une cure proprement dite, comme pour les outres somnambules de Kernar; elle était presque réduite à l'état d'esprit, oe qui faisait d'elle l'organe le plus a^ proprié d'un oommeree avee le monde des esprits. La malade avait pour de telles idées une inclination natu» relie qui ne fut combattue, on le comprend, ni par Kerner, ni par celui qui était alors son auxiliaire. En s'a4joignant un oollaborateur, Kemer avait espéré denimr plus de poids à son témoignage, plus d'autorité 8cienli6que à ses récits ; et il aurait atteint ce but s'il s'était fait aider par un observateur cainic, clnirvoyniu et au^defisufi de toute prévention. A la place de ce colla-> bunteur modèle, il ne trouva que le professeur Eschenmeyer de Tiibiogen, qui, pour n'être pas poète, n'en était pas plus observateur, — un philosophe amateur, un faiseur de syslèpes sans esprit critique, et, pour

ai» ESSAIS D'HISTOIRK RELIGIEUSE

couronner le loal^ un fanatique des plus étroits et des plus sombres. Désormais les observations de Kerner devaient satisfaire moins que jamais aux exîgenres scientifiques ; au lieu d'être sous ladireciion après tout assez commode d'une fantaisie de poëte, elles subissaient le joug inflexible d'une théorie à demi philosophique, qui n'étudiait les faits qu'armée de ses préjugés et ne permettait pas de les soumettre à une épreuve vraiment sérieuse. On ne trouve pas dans le livre moins de vingt récits détaillés de faits destinés à prouver « que le monde des esprits intervient dans Je nôtre »• Mais dans tous ces récits on est amené à soupçonner Tinfluenoe d'une idée préconçue sur les procédés de l'observation et sur les rapports des observateurs. Et supposé même que l'expérimcniation ne laissât rien à désirer, les phénomènes peuvent parfaitement s'expliquer en dehors de toute intervention de fantômes et de spectres* La voyante de Prevorst n'était certainement pas une malhonnête femme ; c'était une femme malheureuse et profondément à plaindre. Peut-êlre, une fois ou l'autre, pour faire plaisir à des obsers ateurs qui voulaient absolument entendre des esprits, lui arrivat^il d'interpréter un son fortuit comme le soupir . d'un esprit. Peut-être aussi un coup soi-disant frappé par des esprits avait-il été en réalité frappé par elle. En tout ceci, elle n'aurait fait que se servir des caries que nous avions mises nous-mêmes dans son jeu^ et nous n'aurions aucun droit de lui lancer la pierre.

. Les possédées que Kerner traita par la auite n'étaient

JUSTINUS KBRNBR S09

pas non p!ii3 des intrigantes, mais des personnes réellemenl malades. Leur état doit être considéré comme une complication toute particulière de maux nerveux et d'une sorte d'aliénation mentale née sous Tinfluence de la Superstition populaire. Les symptômes de cette affection nous sont décrits par Kerner et Eschenmayer avec la ferme persuasion qu'une action démoniaque en est la cause. Mais ils les rapportent assez nettement et objectivement pour qu'on puisse, en restant au point de vue rationnel, utiliser leurs observations, à condition de les soumettre à une critique attentive.

En revanche, le dernier récit de ce genre publié par Kerner, une Manifestation des puissances occultes de la nature^ est tout à fait sans valeur. Une femme enfermée dans la prison de Weinsberg pour recherche frauduleuse de trésors cachés prétend qu'elle a été visitée de nuit par un esprit. En d'autres termes, elle spécule sur la foi aux esprits très-répandue alors à Weinsberg jusque datis la classe des fonctionnaires et empfoyés, et réussit, en personne vraiment experte, à mystifier complètement le personnel de la prison et les messieurs 'qui s'étaient feit enfermer de nuit avec elle. Il n'y a certainement pas autre chose dans toute cette afl'aire, quoiqu'il ne se soit pas trouvé de révélateur pour donner le mot de l'énigme.

c Kerner eroyait-il bien lui-même à ses histoires d'esprits? > C'est une question qui a été maintes fois adressée à l'auteur de la présente notice et jamais il n'a trouvé faeile d'y répondre. Si je disais : Oui, comme c'était mon premier mouvement, 1 mterlocuteur deman-

SIÔ ESSAIS b*HISTOIIIB RELIGIEUSE

(lait aussitôt : t 3iais comment un homme d'un si grand sens peut-il croire de telles folies? i Aussi éiais-je parfois lenté de répondre : Non; mais je ne pouvais m'y décider, persuadé que ce serait donner prise aax malentendus. Lorsque je m'exprimais en ces termes : « Kerner cmii (tux t .^priis on pocie, non en théoricien, • il (Hait rare cpi'on me conipril. El c'était |'0urtant la réponse la plus exacte qu'il me fût possible de faire. Dans les années pendant lesquelles Kerner s'occupa de ces phénomènes, il était certes vraiment convaincu de la réalité de choses qui frappaient si puissamment son imagination, (pu s'accordaient av'*c ses Opinions favorites ou les contn diraient de manière à exciter toute sa curiosité. Mais alors déjà, lorsqu'il arrangeait ldi*méme pour ses amis le specuide comique de Ion vieil original de cocher récitant des cantiques à une possédée et provoquant les injuies du soi-disant démon, il fallait que sa conviction fût d'une espèce toute particulière et quelque peu tempérée d'ironie. Avec le cours des années, lorsque les impressions produites par ces phénomènes allèrent en s'effaçant, sa manière de penser sur ce siijtU devint toujours plus large et plus libre. Il avait la pk inc conscience de son bon vouloir et de la loyauté de ses obseï vutions ; il n'était paà en cVai déjuger ce qui leur manquait en rigueur et en exactitude, mais il sentait bien quels chaîne de la démonstration ne fermait pas, et cela le rendait tolérant pour les doutes d'aulrui. Bico plus, cela le disposait pour luimême à ne pas faire reposer ses t^gpérauces fiitiir.\s sur un aussi fragile appui, à se soumettre humblement

IU8TI1IU8 KIRNIR Ml

d'avance, et quoi qu'il put arriver, à l'ordre de la nature, à la voloniéde Dieu.

ûa le voit : si prédominants que fussent chez Kernêr le sentimeDt et rimaginatioD» la froide raison iielui sait oullemeni défaut* Dans le Bilderbueh^ .il dit de ion frère Charles (celui qui fut général et conseiller intime) : € Il était tout raison H mathématiques, et, moi, j'étais tout seniimenl, sans aucun calcul. » Ce jugement aie défaut ordinaire de pareilles antithèses : il fait tort à notre Justinus cômme à son frère. Kemer n*était pas du tout incapable de calcul; c'était un homme de beaucoup de tact dans la vie : est-ce que par h.isard nous reii estimerions moins pour cela'i^ Si cette sagesse pratique profita tout d'abord à lui-même et aux siens, comme de juste, une foule d'autres hommes en proÉltèrent aussi, et elle ne fit jamais de tort à personne*

Hais il est temps d'en venir & la partie la plus atlrayuiiie de noire élude, au caracief e même de Kerner, car c'est là que se trouvent, à notre avis, s;i plus grande originalité et son pins haut mérite* Il est plus d'un poëte dont les œuvres nous paraissent très-supérieures à celles de Kerner; mais, parmi les poêles que nous avons cuniius, il n'en est audin dont la [icisonnalité ait fait sur nous une inq)ression aussi poéliijue. 11 y a tel écrivain en la présence duquel on est oblige dç penser continuellement à ses poésies pour être bien persuadé qu'on a devant soi un poète; tout au contraire, en présence de Kfrnor, on nn pensail plus du tout à ses poésies, preci-cineiu parce qu'on avait devant l^s yenx un poëte en chair et en os. Décrire le chacme poétique

su . ESSAIS D'HISTOIRE RELIGIEUSE

de cette nature serait aussi difficile vis-à-vis des lecteurs qui n'ont pas connu Kerner que cela serait superflu vis-à-vis de ceux qui oot ressenti ce charme» c'est-à-dire de la plupart des personnes qui ont vu notre ami, ne fût-ce qu'une seule fois, et de toutes celles — sans exception — qui l'ont approché souvent et longtemps. Et dans le nombre se trouvent des hommes de toutes les classes (du roi jusi{u'au mendiant, on peut le dire), de tous les âges, de tous les degrés de culture, de tous les pays civilisés.

Si l'on possédait les annales de la maison de Kerner à Weinsberg, — car c'est seulement depuis qu il avait créé cette gracieuse résidence que cette face de son caractère put pleinement apparaître, — si on avait des mémoires sur ce qui s'y est passé pendant les quarante ans environ que Kerner y a vécu, que n'y lirait-on pas sur les hommes qui l'ont visitée, sur les conversations qu'elle a entendues, sur les impressions qu'on en a remportées!

' 0* oit-0 celui qui a quitté

Ta maison sans être éma

Oa flon/ae qu'û j «Tait raspirt?

a dit Gustave Plizer dans la pièce aussi belle qui' sincère adressée par lui • à Justinus Kerner ». — ht voyageur ne pouvait vraiment quitter la Souabe sans avoir visité la maison de Kerner, et, lorsqu'il l'avait «ne fois visitée, il y revenait, si possible, ou il y envoyait d'autres personnes qu'il avait intéressées par ses récits : et ainsi celte

IU8TINU8 KBRlfBR 313

petite maison devint comme un lieu de pèlerinage, comme un asile où les hommes de bonne volonté trouvaient de quoi aaiiefaire leur esprit et leur cœur, où il y avait consolation pour les affligés, paix ei réconfort pour les âmes fatiguées de la vie. Dans les années où le commerce avec les esprits et les démons y tenait une si grande place, le séjour de la maison de Kerner put bien avoir ses dangers pour les ooeiirs malades et pour les têtes égarées; mais celui qui était bien portant Ou plutôt celui qui n'était pas incurable trouvait l'antidote le pluscfficace dans la sérénité et la gaieté avec laquelle on s'occupait de ces clioses, dans l'esprit libre, humain, qui était l'atmosphère de la maison.

Pour foire de cette demeure tout ce qu'elle fut, l'heureux poète eut une aide incomparable dans sa femme qu'il regardait à bon droitcomme le don le plus précieux qu'il eût reçu du ciel. Sa Frédérique, dont le souvenir restera toi^ours dans noire cœur, le complétait à merveUle : esprit pratique et sensé , elle tempérait le sentiment débordant, l'imagination exaltée de Kerner. Mais, de même que son mari avait beaucoup de bon sens à côté de ses dons imaginatifs, elle avait en même temps qu'une raison toute pratique l'ouverture de cœur et d'esprit nécessaire pour comprendre une nature de po6te et pour s'y . accommoder. Si Kerner, avec une bienveillance sans mesure, offrait à tous une hospitalité Utiraitée, sa femme acceptait affectueusement sa manière d'agir, mais elle savnit aussi mettre les choses sur un pied tel, que les ressources de la famille ne fussent pas dépassées : et ses hôtes se sentaient d'autant

H* B8SAIS D'HISTOIRS RBLIGIBOSE

plus à l'aise qas leur présence ne changeait rien aux

habitudes de la famille et ne surchargeait pas trop le budget du ménage. C'est ainsi que maint étranger qui étaii descendu à l'auberge se voyaitjnvilé par Kerner à venir dans sa maison et y était retenu. par la bienveillante maiiresse du logis : au lieu de quelques heures qu'il avait eu l'intention d'y passer, il y restait plusieurs jours, j)lusieurs semaines, et il un coûtait toujours un effort pour obtenir la permission de partir. A jouir de cette bonne hospitalité bourgeoise» large sans profusion, à jouir de la plus entière liberté d'alluresi du ton cordial de la maison et de la belle humeur de Kerner, tous, fïrands et peiils, avairiU le cœur touché, el tous, leur vie durant, garderont avec regret et reconnaissance le souvenir des heure» et des jours qu'il leur fut donné de passer dans cette maison unique.

Parmi les personnes qui apprécièrent Faimable nature de Keriier, il s'en trouva, on le sait, de haut el de Irésbaut rang, et on ne peut nier que le poète lui-même ne se sentit attiré par une inclination particulière vers ces hauteurs de l'humanité. C'est à l'époque de ses débuts que brilla quelque temps en WCirtemberg d'nljord comme épouse de l'héritier présomptif, i)uis comme remc, la spirituelle piinrcsse Catherine^ Keiner composa en son honneur un certain nombre de poésies qui devinrent malheureusement trop vite un m niemorirnn pour la jeune reine ravie par la mort. Les goûts poétiques du comte Alexandre, de la famille royale de Wiii iciul'crg, Conduisirent bientôt ce noble dilettante dans la maison hospitalière du chantre de VVeinsberg.

JUSTIMS KERNEB SIS

Le €hef de la famille Uni longtemps rigueur à Kernerà cause de set relations avec les esprits dont la froide raison du monarque était choquée. Mais, lorsque les

deux filles do Catherine grandirent, quo la nièce de Catherine fut ai rivée dans le pays avec le titre de princesse royale, et que des relations affectueuses se furent établies comme de juste entre les princessed et le poêle, le roi, l'ayant rencontré dans une ville de bains, ne résistn pns à son charme personnel et lui resta des lurs aiiaclH' ju<(|u"à sa fin. En Havière, sa liaison avec le barde royal ^ se noua d'elle-même : le duo joueur de citber ' ne pouvait rester longtemps étranger au poêle joueur de guimbarde; le feu roi Max li et d'autres membres dé la famille lui ont donne jusqu'à ees derniers jours des preuves de leur bienveillance.

La faiblesse de Kerner pour ces hautes relations lui attira souvent les taquineries de ses amis bourgeois, qui affirmaient dans bien des cas ne rien apercevoir ou n'apercevoir que peu do chose des mérites (jue le poêle vantail chez ces augusles personnagi-s. Mais la même divergence d'opinions se présentait aussi à propos de personnes de condition beaucoup moins relevée, que Kerner vantait comme c excellentes ■ et qui paraissaiettt à d'autres tout à fait ordinaires. G'éuiit là justement

Page 1