‹ Essais d'histoire religieuse et mélanges littérairesChapitre 39 sur 47 · Le roi Louis l**- da Btrlère. {Trad · texte numérisé non relu

Le roi Louis l**- da Btrlère. {Trad

t.' La dao Mai,' pAra de rinpératrice d*Antriehe, de l'ex-relae de Niplea, aie; il Joua aTae.prédileGiioD H avec talent dà rinalniAeal Cavori des payaaos de la banta-Baviare, la sUktr» (IVad.)

l'un des plus beaux traits deKerner : il savait découvrir oe qu'il y a chez tout homme de louable ei de bon, il 8*y tenait et détoaniait son regard de ce qui était moins aimable. Bien plus, il avait le don de dégager cet élément noble de tout ce qui le recouvre et l'étouffé dans certaines natures. En réalité, autour de lui, daus l'atmosphère qu'il créait, les hommes valaient mieux, étaient du moins plus supportables qu'ailleurs, et c'est ainsi que dans sa maison pouvaient vivre o6te à côte des hommes qui en tout autre endroit se seraient mutuellenuMit exclus. Son grand cœur avait place pour les riches et pour les pauvres, pour les mm/rs et pour les fiotri, pour les sages et pour les simples, pour les croyants et pour les' incrédules; il n'en sacrifiait aucun, -et en même temps il savait faire à chacun sa juste part.

Dans les derniers temps de sa vie, l'un des objets de son admirât .on était la reine détrônée de Naples, (ille de ^ son ami Tau oste joueur de zither; et, lorsqu'il vantait en elle non^SduUment l'épouse héroïque, mais encore l'incarnatioj dr droit vis-à-vis de la révolution et du brigandage, ses amis bourgeois n'entraient pas le moins du monde dans cette idée d'un droit divin des Bourbons de Naples. Mais ils se représentaient le cas où, par suite de quelque circonstance imprévue, Garibaldi viendrait en Allemagne. En qualité d'homme original et curieux de ce (lui est orii^nnnl, il ne manquerait pas de rendre visite à Kerner. El celui-ci i? 11 recevrait amicalement le général, comme autrefois les chefs polonais; au bout de quelques heures, il proclamerait .la liberté

Cioogle

JUSTINUS KBRNER 9t1

des opinions sur la question poliiique, et il trouverait dans )e MgoÊid an c excelleni homme » dont il garderait Timage, sinon dans la même chambre que oeUe de rhéroïquc jeune reine, du moins dans un coin réservé de son cœur. C'est ainsi que les amis de Kerner, lors même qu'ils n'étaient pas sur tous les points d'accord avec lui, comprenaient du moins toujours comment sa conduite dérivait de sa nature, et rendaient to^joar8 mieux justice à cette nature aussi généreuse qu'originale.

Avec la mort de l'épouse bien-aimée, les beaux temps de la maison de Kerner avaient pris fin en 4854. Chez le poëte lui-même, le poids de Tàge se fit dés lors péniblement sentir : ses yeux a^affeiblissaient de plus en plus; il dut renoncer tour à tour à ses fonctions médicales, aux voyages et bientôt même aux simples promenades; dans les deux dernières années, il fut enfermé dans sa chambre et attaqué de persistantes ' douleurs de goutte. Mais, même dans cet état, toute visite lui était encore bienvenue; il se réjouissait d'entendre autour de lui des hommes, de presser leur main puisqu'il ne pouvait plus bien les voir. Lors même qu'en arrivant on l'avait trouvé fort malade, on le voyait bientôt dans le cours de la conversation devenir maître de sa souffiranoe et de son mal : les étincelles de son esprit, de son humour s'échappaient comme aux jours passés, et l'entretien, commencé par des plaintes et souvent par des larmes, se terminait parfois au milieu de la gaieté la plus vive. C'est ainsi que l'esprit étemellemeni jeune du poète célébrait son triomphe

sur le ooqis en ruine : c'éui't In, non-seulenicnt pour les vieux amîs qai retroavaieot alon Kerner tel qu'il avait élé dans son plus beau temps, mais aussi pour des étrangers qui lui faisaient leur première visite, un spectacle plein d'i'motion. Les ifiiivs de son lils, de ses adinirateufâ ou patrons du dehors, lettres qu'il ne pouvait plus lire lui-même, lui étaient lues â haute voix par sa peUla«611e et étaient communiquées aux amis qui le viflttaient; une botte à musique, présent du roi Max de Bavière, éîraya par ses mélodies mainte heure sombre, et une semaine encore avant sa On il rassemblait autour de lui bon nombre de ses connaissances de Weinsberg pour goûter la bière de Munich que loi avait envoyée le prince Adalbert. Peu de jours après, la grippe l'attaqua et mit (in .t la lutte de l'esprit contre un corps brisé, lutte qui devenait toujours plus pénible et où la mort dut apparaître coaune une libératrice.

Pour nous, plus nous roconnainona dans t'aml que

nous avons {>erdu une personnalité telle qu'on n'en reverra p^s 4e longtemps, dont les traits peuvent être rq^roditita par le marbre ou le brooie, mais dont aucune parole ne saurait rendre, à ceux qui ne l'ont pas connu, la richesse morale et la haute originalité, plus aussi nous nous estimons heureux de lui avoir tenu de près, plus son souvenir nous reste cIkm' et sacré, comme un vivant avertissement, au milieu des luttes et des antithèses de oe monde, de m pas oublier la

I08TINUS KEHiNRR 319

tolérance, dans le combat de ne ciitii-cher que la paix, et de ne jamais laisser la hainre l'emporter en nous sur cela seul qui fait de nous des hommes et des fils de Dieu,

l'amour.

by CiOOt^k

CUHISTIAN MAHKLIN

f. VR TIGAIftl ■ÉTilllO>OII.-'ll. Q0BSTIORB TSÉOLOOIQBBI,» '

Les trois fragneiils rémiis id sous le tHrecommim de CAris» Moi MèrUin sont empruntés an mène oomge ip» les deux chapitces wor la Viê dê iémiiiaim et les Àmtéet dMvsriild (voir iilnB haut). Ne pouvant donner .en entier la biognphie de MftrUin (ce que j'aorais Tivement désiré, nais ee (pu aurait gross à Texcès le présent volume), j'ai voulu du moins en extraire, outre les itnn^ss de jewiem du docteur Strauss et de son and, trois morceaux «pd m'ont paru offUr un Intérêt partienlier. Le premier nous montre les deux amis passant de leurs études pfal* losophiqnes à la viepratiipie du pastorat, et «pielque peu embarrassés, on le comprend, de satisfiûre auxexifeneesdeleur nouvelle situation. Le deuxième, à propos du livre de MIrldin àir le piétisme, nous fait entrer plus avant encore dans le vif des controverses théotogiques eonlmnpofalnes. Le troistème, enfin, traite de questions plus directmnent morales et pratiques et nous montre, dans le jeune profenenr de HeUbrain, qaelqueaHms des traits «Ustinctifo du sage moderne. — On exieusera le caractère

m B88ÂI8 D'HISTOIRE RBL161BUSB

néeeuairemeiit fragmentaire de ces eitraita, et on jugera, je l'espère, <iiie diaeim de ces di?en moieeanz forme mt touf aoez complet et se suffit à liiHnéme.*(2Vad.)

UN YICAIilB bMeODOXC

Nous retrouvons notre ami * dans une toute petite TiHe d* une douce et riche vallée, à quatre Heues de Heilbronn, à Brackenheim, le chef-lieu du Zabergau. Le vieux doyen de l'cndroil, qui étail en relations avec Maridin le père, avait demandé qu'on lui donnât le iiJs pour vicaire. (Tétait un doyen d*une espèce louin pai^ tieulière : devenu très-riche par lliéritage d*un firère mort en Hollande, il s*é(ait fait élever à la dignité de baron, et son extérieur rappelait en eflet celui d'un abbé ou d'un chanoine noble. Entrons dans la maisont et, an rei-dMhausBée» à droite, nous ivouveioiii notra lirkiiii dans ia chambre du vicaire.

Il y avait, à coup sûr, un frappant contraste entre ia vie d'université dont il sortait et celle qui lui était

1. Im ptfM fptui^ va Un fiMit hamêArtunai taite, dus lâ lito* gn^Mi ^ CMsin HHiUéi, ta «hs|lM sar Isi âmim IN wi nwflrf , «M fel dooBé ptas feaM, tfi VL tlMJ

CHRISTIAN mXkklin an

mainleoanl échue eu partage. On pouvait s'attendre, il est vrai, à le voir s'élancer dans cette carrière nouvoile avec zèle et avec joie, et remplir en toute consdeDce les fopeiioiis de prédioaleor et de caléohiste qui loi élaiem oonfiéee. ToulefoM, dès le débuts il rsgreu tait l'absence d'une action réciproque entre le pasteur et le troupeau ; il se plaignait d'être le seul actif, de donner toujours sans jamais recevoir. Aussi trouTapUil bieotèi plus de plaisir dans l'instmclioii des enfimU que dans la prédioatioa. Et mène avee le temps'il dot s'avouer que ses fonctions ne lui donnaient pas ie haut degré de satisfaction et de joie qu'il s'en était promis. U trouvait la vie religieuse trop peu développée encore dans sa paroisse. Que ai, dans oetta oonvietion, il se metiait à faire des sermons propreoMDt religieui : c Ces discours, éorivmt-il è un ami, ne sont pas compris parce qu'ils ne rencontrent pas chez les auditeurs les prédispositions nécessaires. > De purs sermons de morale ne le satis&isaient pas (c Je ne veux pourtant pas être toujours un fouet judaiqiie, » disaiwil), et il n*amt d'ailleurs qu'une mince opinion de l'utilité des discours de ce genre. Quoi qu'il en soh, il s'acquit bientôt le renom d'un prédicateur aimé, et aussi — sans doute à cause de ces sermons de morale qu'il faisait de temps à antre celui d'un prédicateur sé?àre'.

Quant aux relations de soeiété, elles étaient nafu« rellement peu étendues dans la très-petite ville de Brackenheim. « Les seules personnes avec qui je puisse

avoir des rapports suivis — écrivait Màrkiio — sont

3«4 ESSAIS B'BIfiTOlBB RBUGIBUSE

le diacre^ et le régent de l'école lalîne ; mais qu'il eî-l difficile de se rencontrer ! Tantôt l'un, tantôt l'autre est malade; ou bien c'est la femme de l'un d'eux qui est en coadies, ei antres choses de ce genre que je donne — ajoute-t-il en véritable étudiant qn'il était encore — que je donne an diable de tont mon cœur. De plus, je découvre entre eux et moi une notable différence'de culture et de manière de voir, et je suis en danger d*étre tenu ou pour un dangereux hérétique — ou bien (si singulière qae paraisse raitemative) poor un obscurantiste et an mystique. »

Mârklin se voyait donc à peu près réduit pour sa vie intellectuelle à ses livres et aux relations épistnlaires avec ses anciens camarades d'études. 11 acheva la lecture de la Phénoménologie^ que nous n'avions pas pu terminer à Tiibingen, et aboirda un peu plus tard^ un autre des ouvrages eapîtauit de Hegel, VEncyclopé^ . die, dont la troisième édition, notablement enrichie , venait alors de paraître. En outre, il s'occupait avec intérêt des questions de droit ecclésiastique, et certaines heures — m heures d'édification à lt»t\ disait^ii» puisqu'il avait d'ordinaire àédilfer les autres étaient consacrées à la lecture des sermons de Schleiermacher et à celle du mystique Thomas A-Kempis, pour lequel Marklin a gardé longtemps une prédilection toute particulière. Sà correspondance avec ses amis» en particulier avec celui qui, depuis la dernière année d'univer^

1 . Diacontu on llelfer. On appelle ainsi, le socoad pMUnrt ptMflW auxiliaire, a^ioini an pasteur de la ville. {Traà,)

CHhlSTlAN MARKLIN 3i5

sité, resta son confideni le plus intime, et qoi est aiyourd'hui son biographe, — cette correspondanoe avait pour principal objet la discossioa des points difticiles que Markliii renconiraii, dans ses études; il ne les laissait de côté que lorsque la lumière était faite pour lui. < J'ai en moi cette obsuiialioOy ëcrivait-il à 800 ami, qae je De pois quittée uo siyet avant de le comprendre à fond. Et tu le sais: tandis que d'autres sont poussés à cette recherche opiniâtre par un besoin plutôt intellectuel, chez moi c'est plutôt un besoin de cu)ur: je suis ainsi fait et n'y puis rieo changer. » Ce qui l'occupait surtout alors, c'étaient les questions générales sur l'essence de la religion et sur son rapport ' avec les autres sphères de la vie spirituelle, sur l'accord à maintenir entre la théologie scientifique et la pratique ecclésiastique. A ce si^et s'établit entre les deux amis — le second faisait aussi alors ses premiers essais au service de l'Église — un dialogue par lettre^, dont je veux donner un extrait, parce que les jeunes gène traitaient là entre eux et à huis clos les mêmes questions qui, portées peu d'années plus tard devant le grand public par l'initiative de l'un et avec la vive sympathie de l'autre, antenéfent «de si profonds ébranlements et (joirent par transformer la vie de Harklin lui-même.

Ce fbt ce dernier qui ouvrit le dialogue pour rintelligence duquel il importe seulement de se rappeler la thèse alors très en vogue de Hegel : que la religion chrétienne et la philosophie ont le même contenu, seulement la première sous la forme de l'image, la seconde sous la forme db l'idée, t Souvent déjà, écrit donc Mâr-

m ESSAIS D'HISTUlUE RELIGIEUSE

Kiin à 8ÛD ami, j'ai été inquiété dans mes foDCtioos eoclésiastiqoasi par le conflit qui s*éléV6 en mainte oecaaion enlM les vues philosophiques et théoiogiques de Tun ûee nous, et la piété simple des fidèles. C'est

sans doute une irès-bolle chose que la mnnière dont Hegel conçoit le rapport entre la religion et la philosophle» et, ai je n'étais qoe théologien, je ne sentirais aoeiin embarras. Hais, comme prédicatenr, je me vois souvent entraîné à donner très-explicitement comme

^ réagence de la religion ce qui, d'nprès Hegel, n'appartient qu'à la forme, et, mal^Té toute la peine que je prends, je ne pois mettre d'accord ma conviction per* sonoelle arec la foi des auditeurs* l'ai beau refaire mon calcul ; la preuve donne toujours une dtflérence, et To* pération est à recommencer. C'est le cas surtout lorsque j'aborde le chapitre des choses finales dont la foi populaire retient avec tant d'obstination les moindres détails. Si je veux me lancer dans rabstraction pure,

» je suis forcé .de sacrifier une foule de pensées édiflan- (eâ et consolantes, et je ne satisrais plus aux besoins de mes paroissiens, ce qui serait pourtant mon devoir. Quand je lis les sermons prononcés par Schleiermacher le jour des Morts, eomme*je le vois s'ingénier èt suer sang et eau pour ne rien dire, contre sa conviction ! De tels sermons peuvent bien nous édifief, nous autres théologiens, mais non point un simple croyant. Aussi, dans ces occasions-là, ne suis-je pas en état de monter en chaire d'un cœur joyeux et de contenter tout à fait ma conscience. Si même je U6 me préoccupe dans cette alfttire que de ce qui m'est personnel, j'ai

CHEISTIAM MÂRKUN MT

lien flneore d'étra peu satiifait. Car c'est, seloii moi, la

tâche de chaque individu de faire de sa vie spirituelle un monde complet, harmonique, et non un tout formé d'élémcDla disparates ou contradictoires, — d'en faire en un mot une véritable œuvre d'art. Et» pour nous appliquer ces réflexions à nous en particulier, j'estime que ches un serviteur^e TÉglise if ne doit pas y avoir lutte et déchirement entre sa conscience religieuse personnelle et celle de l'Église : sa vocation doit dominer et pénétrer absolument sa pensée, ses sentiments et ses actes. Or, dans l'état présent des choses, je ne saurais en aucune façon y réussira d'une part, je suis pliilosophe, je considère le développement de la religion à un point de vue purement phénoménologique, je l'observe en simple spectateur; — de l'autre, ma vocation et en un sens ma nature me font revenir au bercail, je veux dire ft'Ia vie religieuse: il y a là une contradiction' insupportable. »

A ces inquiétudes et à ces objections de Miirklin, son ami répondait tout d* abord en lui faisant remarquer la nécessité historique de ce conflit entre les données de • la science et les exigences de la prédication* « C'est l'histoire, lui disait-il, c'est le développement de la théologie qui nous a amenés dans celte étrange situation ; il n'a pas dépendu de nous d'y échapper. Et maintenant quel remède? Quitter notre position ecdénastlque paraîtrait le moyen le plus simple, mais serait-ce aussi le plus raisonnable et le plus sage? Ce serait faire comme un prince ({ui se refuserait à gouverner son pays, parce qu'il ne pourrait pas y introduire le droit

ai8 ESSAIS O'KISTOIRË RELIGIEUSE

natarel ; ce serait vouloir dans la vie 0e tenir sur le lerraio de l'absolu el de l'idéal» el n<m sur eelui de reipérieuoe et de rhbtiiiire. Uo juge philosophe sait parfaitement que le droit naturel est le seul vrai ; mais il sait aussi qu'en fait le droit naturel ne se réalise que dans le développement progressif des législations positives; aussi rend-il ses arrélcr^o toute bonne 000science d'épré» le lirolt local et national^ dont il eonnait d'aiUeurs les défauts et qu'il travaillera pour sa part à réformer peu à peu d'après les données du droit naturel. C'est une tâche tout à fait analogue que nous avons à remplir: nous devons nous rendre compte de ce qu'il y a de ooramuo emre nos idées philosophiques et les croyanoes populaires, et en même temps parler dans sa langue à la foule qui n'arrivera jamais à la pensée philosophique pure. •

Ces considérations ne satisfaisaient pas encore entièrement Marklin. c La chose n'est passi simpieque ceb, peosait«il; elle est sin^^ièrement compliquée par oè h\i que le public auquel nous avoua à" enseigner la religion « sous la forme de l'image » est lui-même en partie plus éclairé que tu ne le supposes, et, sans s'en rendre bien eomple, a d^a tàié de l'idée. £h bieut si quelqu'un — noo pas même un « homme cultivé », mais un homme du peuple — si quelqu'un vient à moi et me demande: c Que pensez-vous du diable, ou de certains miracles (bizarres) du Nouveau Testaineni ? » je ne sais quelle réponse lui faire sans blesser ma conscience. Si je me donne l'air d'un croyant, j'agis de \» façon la plus déloyale vis-à-vis de moi-même, et je me

CHRISTIAN MAHKLl.N • 319

eoavre de honto à mes pix>pFes yeux i de plus* j'éloigne de moi cet homme, ainsi que tout son parti, car tous oea gena-là fe regardent désormais, et avec 'raison, comme intellectuellement plas avancés que moi« Que si au contraire je lui dis ma véritable pensée, ou bien il répondra : c Monsieur! Pourquoi enseignez-vous tout » antre chose en chaire î m (car je ne pois exiger qn'un homme étranger à la cultore et à la méthode philosophique comprenne comme nous l'identité de l'idée et de l'image sous leur contradiction apparente) c et où est » la limite si l'on cesse de croire à un poinl quelconque > des enseignements de l'Ecriture If > Ou bien il se met à répéter à droite et k gauche ce que je lui ai dit — chose que je ne pois certes lui interdire et, comme le peuple n'entend rien à nos distinctions et regarde précisément les croyances vulgaires comme l'essentiel de la religion, je me vois exposé au risque de passer pour un hypocrite ou pour un incrédule. £t je perds ainsi la seule chose en vue de laquelle je me prête à Taccom- ' modation, à savoir la possibilité de travailler au développement de la vraie vie religieuse dans ma paroisse; car pour cette œuvre j'aurais besoin précisémeiu de la confiance que jfî désormais perdue. Comment vas-tu me réfuter cette démonstration à la Steudel? Tu vois bien par tout ce qui précède que pour moi personnellement j'arrive bien à mettre d'accord la religion et la philosophie ; mais le vicaire, le pasteur ne sait comment les amener à s'entendre, j» Quant à résoudre le problème en renonçant aux fonctions ecclésiastiques, Marklin irooveraitau fond lé parti aasex raisonnable;

ei pourtant il ne se croit pas fait pour une autre vooatioA qae oeUe de paateor : § J'ai, dii*U, daoa ke vei* nés, do sang ecdésiastique. Que foire? t

« Sans doute, nous ne devons pas, lui répondait son ami, — en face du progrès incontestable de l'humanité qui va de notioDS religieuses grossières à des idées Impurs plus purest nous ne devons pas dans notre enseignement religieux noua en tenir à une pareaseuse immobilité. Ce progrès lui-même n'est, à vrai dire, qu'une approximation indéflnie, car il serait vain de penser que la foule accablée par les soucis matériels puisse Jamaia s'élever dans les choses de la religion aux pures idées lationndles. Et toutefois ce progrés ne saurait être méconnu, oe progrès, dis-je, ou cet amincissement graduel de la croûte de supei^tition qui recouvre la plupart des têtes humaines : or, dao? cet état de choses, la voie que le pasteur doit suivre est toute tracée. Il ne doit pas plue, dans son enseignement» s'en tenir par routine aux notions grossières de la foule qu'il ne doit se jeter étourdiment dans l'idée pure : le développement normal de la religion populaire serait troublé dans un cas comme dans l'auure. La tâche qui incombe au paeteur, c'est de laisaer autant que possible l'idée briller à travers son enveloppe Imaginative, et, quant aux Dotions que le peuple est déjà assez avancé pour concevoir sous la forme de la pensée, de les traduire dans cette forme : ainsi la notion traditionnelle du diable serait u^duite par l'idée du mal* ■ Quant au cas supposé d'un paroissien qui adres« serait à son pasteur des questions délicatea, l'ami engage

CHRISTIAN MXRKLIN 331

Mlirkiin ft se garder de loute casuistique, de tôute disposition n se tourmenter de difOculiés fictives qui ne se présentent point ainsi dans la réalité : si elles se présentaient en effet» la condaite à tenir devrait être déterminée moins par des niaximes morales proprement dites que par les règles de la prudence (pastorale) qui est d'ailleurs elle-même une ramification de la moialo. — L'ami se trouvait à cet égard, il faut le dire, dans une position plus facile que celle de Marklin, ayant le bonheur d'exercer ses fonctions dans une petite paroisse de campagne, ton! & feit paisible, et que n'avaient atteinte ni le rationalisme ni le piétisme.

11 n*y avait guère pour les deux amis, avec leurs idées d'alors, une autre issue possible au confiit que celle qu'on vient de voie indiquée: aussi llarklin luimême sentit à la fin son Inquiétude s'apaiser, et il resta fidèle h ces vues jusqu'au jour où le principe même qui les justifiail lui fut devenu douteux, je veux parler de la théorie hégélienne, d'après laquelle la philo- Bophie et le christianisme posséderaient un fond identique sous des formes différentes. — Bientét après, il communiqua k son ami, sur la demande de ce dernier, quelques uns de ses sermons comme exemple, écrivaitil^ t de la manière dont je m*y prends pour laisser transparaitré l'idée, pour ramener à sa juste valeur l'an delà qu'il nous faut chercher et trouver sur cette (erre, i Mais c'est, ajoute-t-il d'un mot que nous connaissions déjà, une opération qui ne peut jamais pleinement réussir et qui amène toujours un reste.

Après cette première discussion sur laquelle il dé-

. m ESSAIS D'HJSTOIHË RELIGIEUSE

claraii maiuteiwDi Jed actes fermés, ane autre question se posa bientôt pour le sérieux et consciencieux vicaire.

Le philosophe et recclésiaslique en élaient venus à s'accorder à peu prùs dans son for intérieur ; c'étaient cette fois le théologien et le philosophe qui paraissaieoi vouloir se brouiller* c Nous séparons donc — et avec toute raison — ce qui dans les choses religieuses est essentiel de ce qui n'est que pure forme, et nous rejetons celte forme, quand elle se trouve inadéquate à l'idée. Or, il arrive que le théologien savant doit rejeter ainsi des doctrines qui précisément dans la forme inadéquate que nous ne pouvons plus souffrïr s'appuient sur des paroles de Christ lui-même. J'en reviens toujours, comme à rexeinple le plus simple, au dogme des anges et du diable. Pour ce qui est de chasser ces malheureux diables du Nouveau Testament au moyen d*uné exégèse complaisante, et de ne pas même leur ^ laisser là-bas Texistenoe qui leur est partout refîisée aujourd'hui, ce n*est pas notre affaire, et de tels tours de passe-passe m'ont toujours scandalisé. Ici donc s'élève un conflit entre nos vues personnelles ei la docr trine de Christ, et la question qui se pose bieq0t es^ celle «de l'autorité absolue de Christ Ini-mémec hes différents partis théologîques plus ou moins libéraux ont prudemment é\iié jusqu'ici de laisser les choses aller si loin : les rationalistes, Paulus» liohr, 'et antres^ qui sentent bien la difficulté, se ritnindieot tant qu'ils peuvent derrière les expédients dont je viens de parier eV n'aboutissent dans les cas les ])lus graves qu'à un misérable ergotage. Pour ScUieiermachery

CHRISTIAN MARELIN 333

(anlot li se courbe sous le joug autoritaire, par exemple à propos de la doctrine de l'immortalité (et cela, dans l'iotenlion fort sage da reste de ne pas interrompre par une déchirure trop violente ie développement historique de la foi chrétienne); tantôt il cherche — mais sans y réussir — à tourner la difficulté par des procédés d'exégèse raiionaliste très-peu dillérenls de ceux de Paulus, par exemple à propos de la doctrine des anges. llarhein%ke enfin procède d'une façon tout arbitraire» laisse de côté ce que bon lui semble^ sans donner d'explications, et cherche par tous les moyens à se donner l'apparence d'un complet accord avec cette itidividualité historique qui porte le num de Christ. Mais notre dogmatique ne peut plus rester longtemps dans cet état d'indécision ; quand nous ne voudrions pas nous-mêmes montrer de la loyauté et dire nettement qu'au point de vue où nous sommes inaintenaiit îirrivés, il ne peut plus être question d'autorité, et pus même de celle de Christ, nos adversaires ne tarderaient pas à nous deviner et à publier sur les toits notre secret. U nous tel donc abandonner sans réticence le dogme capital et fondamental du christianisme, celui du Christ Dieu-Homme, incapable d'erreur comme de péché. Tu me diras : « Eh ! sans doute, et nouspou- • vous nous résigner à cette perte, puisque nous con- » servons toi^'ours ce qui fait le fond de ce dogme, l'idée >de l'unité du divin et de l'humain, idée qui n'est repré* » sentée par la personne de Christ que d'une manière » symbolique. Tu as raison : la science, elle, ne perd » rien à cela ; mais la dogmatique ne doit-eile pas rester

m ESSAiS D'UlSTOiaS aGUGi£USB

dans la retaUon la plus intime avec la foî de i'É^iaet

Or, si elle renverse l'autorité divine de Christ, si ce qu'elle enseigne est en coniradiclion avec les paroles de Christ, voilà l'Éghse et la science livrées à un conflit irrémédiable. La science perdra» avec la confiance de rËglise, tonte influence sur les âmes pieuses, et TÉ* glise à son tour ne pourra plus s'appuyer sur la sdencct Ajoute à cela que notre Église reconnaît comme son principe fondamental le dogme de T infaillibilité de criture, et doit en eflét» vis^-vis deTlsSgliae romaine, maintenir ce principe. Hais ce principe, loi-même tombe avec le précédent \ et ainsi nous ne sommes plus des théologiens pi otcslants. Telle est la fâcheuse aituation faite à l'ii^lise et aussi à la dogmatique ; car, séparée de rÉgliseï ceMe seieDoe perdra bientèi tooia raison d*dtre.

• Tu vas rire de mes inquiétudes, conUmieliîrklin, et tu diras qu'il faut laisser au temps le soin de résoudre ce problème. Mais la chose a un intérêt très-direct» trâa-immédiat. ie ne puis m'enga^ar dans aueonc oonversation avec un autre théologien sans me heurter à cette difficulté, et il Cen arrive sans doute tout autant. Par exemple, je parle avec le doyen, qui se plait à ces entreliens, de la doctrine de la résurrection, — non pas de celle de Christ, maie de celle qui attend, dit-on, chacun de nous. J'avance contre œtta doctrine quelques oljeoti(Hi8| des eljeetions que tout le monde eonnait, mais qui n'ont certainement pas encova été réfu-'

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