L^IMPERSONNALITÉ EN LITTÉRATURE
c'est-à-dire des êtres incomplets, — incomplets par la faute du sort, mais incomplets. II en est d'autres, enfin, pour lesquels la vie sait être une mère intelligente, à la fois douce et ferme : elle les rudoie quelquefois, mais sans les blesser, elle les caresse, mais sans les trop attendrir , elle se montre à eux telle qu'elle est, elle mûrit leur caractère par des épreuves successives, elle aide leur personnalité à se dégager des influences reçues, — elle en fait des hommes.
Prenez un de ces hommes, un de ceux que la vie a traités comme elle traite d'ordinaire le commun de ses fils; faites de cet homme un écrivain, jetez-le dans l'orage de la vie contemporaine, et laissez-le marcher tout seul avec sa pensée et son cœur. Je crois que cette idée de l'impersonnalité aura peu de prises sur lui. Il comprendra que l'œuvre écrite doit être encore un langage parlé, et qu'on doit s'y mettre avec tout son être, avec toute sa chair, avec toute son âme. Pour qu'une page arrache des larmes à ceux qui la liront , il faut que cette page ait été écrite avec des larmes. Pour que cette page fasse
épanouir de bonnes gaietés, il faut qu'on Tait notée comme un air de valse que le musicien . trouverait dans une heure de bien-être parfait et de large joie. Pour que des cœurs blessés, — ^ hélas! des cœurs, puisque tous ont leur blessure, — pour que des cœurs blessés y retrouvent un frisson d'angoisse, il faut que cette page, cette simple page, cachée peutêtre entre bien des observations différentes et bien des détails sans portée, il faut que cette page ait été écrite dans un moment de douleur poignante, devant la ruine d'une vie, avec du sang. Il faut que Musset souffre ses Nuits^ il faut que Vigny ait toutes les impuissantes révoltes de Samson, il faut que Victor Hugo pleure avec Olympio devant les débris du bonheur broyé, il faut que toute l'âme humaine se retrouve dans une page, dans une ligne, dans un mot : — alors, mais alors seulement, cette page sera vraiment inoubliable, cette ligne sera brûlante de passion éperdue, ce mot entrera comme un fer rouge dans les cœurs qui crieront.
Il me semble, pour ma part, que si je devais et pouvais laisser une œuvre, je vou-
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drais mettre dans cette œuvre, non point des phrases superbes, non point même la grande harmonie de Bossuet ou de Flaubert, cette harmonie qui vous accompagne comme la lointaine plainte de Tocéan : je n'y voudrais point mettre beaucoup d'observations délicates et subtiles, ni beaucoup de tableaux saisissants , ni la pureté du marbre, ni l'ineffable mélancolie d'une musique, — je n'y voudrais mettre qu'un cri. Mais ce cri serait celui d'un sentiment éternel, d'un de ces sentiments qui, depuis des milliers d'années, secouent notre âme humaine ; ce cri serait celui de la colère, ou celui de la joie, ou celui de l'amour, — et ce cri, une fois jeté, maladroitement peutêtre, vibrerait longuement dans le silence des âmes. Et l'œuvre ainsi faite, faite d'un seul aveu sincère, durerait peut-être autant que peut durer la traînée d'un cri à travers l'espace.
Au reste, est-il jouissance plus profonde que celle de mettre dans un livre, ou dans des vers, ou dans une simple étude psychologique, tout ce trop plein qui gonfle la tête et le cœur > La poésie est une confidence. On
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plaisante parfois les simples amateurs qui cherchent en elle une consolation. On a tort, puisque les poètes eux-mêmes, il fautTavouer^ n'écrivent leurs douleurs que pour en moins souffrir. Ils peuvent subir la vie dans tout ce qu'elle a de romanesque et de tragique; ils ont, du moins, l'infinie douceur de songer que ce roman ne mourra pas avec eux, que cette tragédie intime ne sera pas ensevelie avec les tracas de l'existence triviale : ce roman, d'autres le vivront, d'autres la souffriront. Le soir, en lisant cette page où l'écrivain aura mis tout son douloureux secret d'amour brisé, une femme se sentira vaguement caressée par la mélancolie des aveux tristes ; s'abandonnant à la mélodie des mots et à la musique de la plainte, elle écoutera pleurer en elle comme une marche funèbre plus poignante encore que celle de Chopin; très lasse, livrée au charme irréfléchi des rêveries, elle restera ainsi longtemps, regardant le livre sans relire la page, la sachant déjà par cœur après l'avoir lue une fois, et retrouvant, spus ces quelques lignes, toute l'amertume et toute la résignation des vies perdues.
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Cet auteur qu'elle lira ainsi sera peut-être un poète très inconnu et très vulgaire : n'importe ! l'ivresse fait oublier le flacon, et ce poète aura eu du moins son heure, puisqu'il aura troublé une âme et mouillé des yeux.
Les autres, ceux qu'on admire sans les aimer, ceux qui sont les marteleurs du style et les joailliers de la phrase, ceux qui mettent leur gloire, à trouver l'accord de deux mots ou l'accord de deux sons, ceux-là peuvent poursuivre leur rêve d'impersonnalité. Mais qu'il est vain, ce rêve, et qu'il est froid I Sans doute il y a une étrange grandeur à monter par-dessus les tendresses humaines, -— mais comme il est plus grand de souffrir toutes ces tendresses, et de le dire comme on le sent, et de laisser son cœur battre, et de ne pas l'arrêter, et de livrer aux autres une confession fidèle de son mal, pour qu'ils puissent mieux guérir ou mourir du leur! C'est là qu'est la vraie gloire, c'est là surtout qu'est le bonheur vrai. Et l'écrivain, si modeste soitil, peut s*en aller en paix, lorsqu'il a mis dans son œuvre, dans une page de son œuvre, non plus seulement des mots qui
pleurent ou chantent, non plus seulement une inimitable harmonie, non plus seulement une pensée haute ou une observation profonde, mais ce je ne sais quoi qui est humain, ce je ne sais quoi qui est éternel, ce je ne sais quoi qui soulève et qui remue, — le grand sanglot.
L y a de ces écrivains qui incarnent en eux une grande idée d'art, une conception personnelle des choses, une vision particulière de la vie. M. Théodore de Banville est du nombre.
Curieuse figure que celle-là, mais intéressante à coup sûr, et même belle, belle d'une beauté souriante, de la beauté d'Antinous. En ce temps auquel nous ne prétendons pas faire son procès, mais qui, on ne le peut nier, est et devient de jour en jour davantage un temps d'affaissement et de tristesse plus ou moins raisonnée, M. de Banville est resté ce que furent Gautier et Paul de Saint- Victor, — '
Famoureux de la plastique grecque, Tartiste aux sens délicats, qu'enchante une ligne harmonieuse, le peintre des sons, le musicien des couleurs, l'adorateur passionné du rythme et de la lumière. Athénien, il eût aimé Sapho et admiré Alcibiade, — Sapho, parce qu'elle tenait la .« grand© lyre » , Alcibiade , parce qu'il avait l'éfégance et la grâce suprêmes. Il eût surj'Hymette éveillé les abeilles, selon le mot charmant de Béranger, ce mot qui ravit tant Musset, — un autre Athénien, mais un Athénien que Paris arrachait chaque jour aux ressouvenirs del'Attique. M. de Banville, lui, reste fidèle à ses cultes : il semble même qu'il s'y complaise avec plus d'amour, aujourd'hui que, sa vie presque écoulée, le sablier presque vide, il peut monter plus haut vers les vérités éternelles, vers cet immuable idéal qui brave toutes les discussions littéraires et qui survit à toutes les révolutions de l'art. Assurément, M. de Banville est venu trop tard dans un monde trop vieux, — et qu'il doit nous trouver petits et laids, lui qui a évoqué, dans des vers souvent superbes, les grands exilés lamentables et hautains, les dieux!
Pour M. de Banville, la vie contemporaine est un exil, et les dieux ne sont pas seuls à s'en aller sous la haine ou l'indifférence des hommes. Ily a d'autres exilés, moins grands, asservis à tous les appétits grossiers, traînant, selon le mot du poète, « le poids affreux de leurs entrailles », et levant pourCa^nt vers le ciel un regard de tristesse et d'amour. Les poètes sont de ceux-là. Seulement, il est des poètes que l'exil révolte, et qui crient, et qui montrent le poing, et qui se débattent : ce sont les grands désespérés, les vaincus des batailles de la vie, les martyrs volontaires, souvent grotesques^ parfois sublimes, malheureux toujours. D'autres pleurent: ils ont tort, car le poète, si égaré soit-il dans un monde si amèrement trivial qu'on le suppose, le poète a encore ses heures délicieusement douces. Être poète, c'est porter en soi mille causes de bonheur, mille attendrissements à venir, mille enthousiasmes qui s'épanouiront quand viendra le moment d'éclore. Et le poète a beau se plaindre, et il a beau se laisser plaindre, — il n'en reste pas moins Tenchanteur des âmes, et l'enchanteur qu'ua
rien suffit à enchanter lui-même. Lorsqu'il parle de douleurs éternelles, n'allez pas le croire : de ses douleurs , une fois le premier instant de calme venu, il fera des strophes douloureuses, et il aura encore, même dépouillé des autres joies, la joie d'écouter son sanglot vibrer dans les cœurs. Les poètes qui pleurent sont encore des enfants gâtés de la vie, puisque les femmes leur sourient, — peut - être par pitié , mais n'importe ! un sourire de femme, même jeté au passage, donne si bien l'illusion de l'amour I
Il y a des exilés qui se révoltent, il y en a qui pleurent, — il y en a enfin qui ne font que se souvenir. M. de Banville se souvient.
Jadis, aux temps héroïques, quand le divin Platon enseignait dans les jardins d' Académus, quand TlUissus et le Céphise n'étaient pas encore tout à fait à sec, quand on habitait dans de larges maisons fraîches, avec, près des bassins glacés, l'épanouissement des lauriers-roses ; quand les disciples^ en robes blanches négligemment drapées , écoutaient l'harmonieuse parole des maîtres à la mode, cette parole qui était une musique, et une
musique simple et coulante comme la musique ancienne ; quand on venait s'asseoir sur l'Agora pour discuter les intérêts de la république, et pour écouter jusqu'au bout les .
discours auxquels on permettait d'être creux, pourvu que Toreille en fût bercée; quand les plus vilaines passions, — et qu'elles étaient vilaines ! — se cachaient sous un tel air de candeur qu'on leur pardonnerait presque ; quand on allait s'incliner devant des dieux auxquels on ne croyait plus, mais qu'on respectait comme autant d'augustes images du passé ; quand on était à cette heure d'élégance, de souplesse , de dilettantisme qui vit finir la puissance d'Athènes^ — notre poète a dû vivre sa vraie vie, sa vie heureuse, sa vie bien à lui, la vie dont il a gardé mémoire, et qu'il revit par instants, lorsqu'il a rencontré un vers bien onduleux et bien rythmique. Il a dû, — on se l'imagine du moins ainsi, lorsqu'on vient de lire une quelconque de ses pages, et même la plus parisienne de toutes, — il a dû respirer tout ce que cet air de l'Attique a de sec et d'enivrant. Il a couru les mystères, en n'évitant que ceux où Ton hurlait trop. Il a
écouté les rhéteurs, en n'en évitant aucun, et en trouvant du charme à la phrase la plus vide, 'lorsqu'elle était bien cadencée et bien nombrée, lorsqu'il y passait un peu de cette mélodie intérieure que nous portons en nous.
Il a été, dans ces temps de jeunesse des choses et des hommes, un Horace avant Horace, — mais un Horace lyrique, un Horace qui avait compris, en même temps que les délices de Tépicurisme tempéré, tout l'enchantement de la grande poésie frémissante.
Tantôt riant avec les éphèbes, tantôt écoutant les plaintes éperdues de Sapho ; hier assis sur les gradins du théâtre, et regardant jouer une comédie de l'école aristophanesque, — aujourd'hui debout sur le promontoire, en face de l'immense mer étincelante où roulent et brûlent les vagues ; tantôt superbe comme un jeune dieu ou comme un vainqueur des jeux isthmiques , tantôt sublime comme l'inspiré tremblant d'enthousi^asme et d'angoisse , il a dû, vivant ainsi cette double vie, unir la sagesse du sceptique à la passion du poète, et les roses d'Horace au bâton noueux d'Homère. S'il n'eût été que poète, âme
vibrante et cœur palpitant, il n'eût pas compris toute la mollesse des lignés alanguies, toute la grâce des rythmes heureux, tout l'enchantement des ciels baignés de lumière. S'il n'eût été qu'épicurien, il n'eût pas su, — et combien peu qui le sachent ! — il n'eût pas su quel drame est l'existence, et quelle jouissance désespérée on savoure à se laisser meurtrir par les déchirements des passions tragiques. Il n'eût pas compris surtout, lui qui n'aurait su que jouer de la flûte pour une nymphe plus ou moins rebelle et sous une ombre plus ou moins tiède, il n'eût pas compris quelle ivresse il y a à tenir en mains la lyre d'ivoire, cette « grande lyre » qu'il célèbre comme nul ne la célèbre plus aujourd'hui. Il a fallu un hasard exceptionnel pour réunir ainsi dans un seul homme deux hommes si divers , — le dilettante qui jouit, le poète éperdu qui jette au vent sa vie. Et cet homme, ainsi pétri de deux argiles différentes, est devenu, une fois jeté dans notre tourbillon contemporain, le délicat et puissant artiste que Ton connaît. Seulement, ce Grec, battant l'asphalte de Paris, est devenu Parisien,
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autant qu'un Grec peut le devenir. Il a pris de Paris ce que Paris a reçu d'Athènes, — l'amour des frivolités élégantes, le goût des gouailleries , le charme irrésistible de la rhétorique moelleuse, et ce je ne sais quoi d'ondoyant et de capricieux qu' Alcibiade connaissait bien, et que Socrate, trop sévère, ne ménagea pas assez. Comprenant qu'il ne pouvait s'isoler dans sa tour d'ivoire, et que les stylites ont mauvais jeu, par ce temps où il faut crier fort plutôt que juste , et vivre d'une vie triplement active pour n'être pas accusé de sommeil léthargique, notre poète, qui ne voulait pourtant pas se mêler à la foule triviale, a su la charmer et la dominer à la fois par son sourire dédaigneux et bienveillant. Fidèle aux traditions d'Athènes, il à chanté tout ce qui vaut d'inspirer l'éloquence, — les dieux qu'on chasse, la musique, la peinture aux couleurs fondues, les marbres aux lignes harmonieuses, lamerfrissonnante, les paysages aimables ou farouches, et surtout, avant tout, l'étemelle lumière. Tout est lumineux diins cette œuvre, et partout on y trouve comme une grandiose glorification du jour superbe.
Certes, ce ne sont pas les bas-côtés de la vie qu'il nous montre, ce charmeur toujours tranquille et fier : ce qu'il nous montre, c'est la vie dont on jouit et dont on meurt, — la vie lyrique. Tout, chez lui, est somptuosité. Chez certains écrivains actuels , l'existence peut apparaître triste, grise, monotone, presque sale, comme une de ces rues des faubourgs, où le blanc cru des fabriques tranche seul sur la malpropreté des maisons et la poussière des arbres maigres. Chez d'autres, la vie n est qu'un clair de lune vaporeux et mélancolique , où tremblent des ombres indécises, avec tout l'inachevé de ces apparitions nocturnes ou crépusculaires. Chez M. de Banville, tout reste ouvert au grand soleil, ou, quand la nuit tombe, c'est du moins la nuit splendide, la nuit noire où brillent les étoiles. Par une superstitieuse attention, le poète a clos plusieurs de ses livres sur ce moi d'étoiles. Il y a, dans ce simple fait, plus et mieux qu'une coquetterie d'artiste : ce que M. de Banville a prouvé par ce détail presque insignifiant, ce que' l'on comprend, du reste, à lire son œuvre lumineuse et chaude, c'est
qu'il a la passion, Théroïque passion de toutes les richesses et de toutes les splendeurs.
Il ne s'attache pas, lui, ajux petits secrets de Talcôve ou aux disputes de l'abattoir : il fait plus que les oublier, — il les ignore. Il n'aime que les choses étincelantes^ lignes superbes, horizons baignés de soleil, arbres noueux sous lesquels dormaient les nymphes, fontaines claires où se mirait Diane, temples éblouissants où les dieux parlaient, promontoire d'où Sapho s'est jetée, mer splendide que l'aurore embrase, étoiles semées dans la nuit comme des larmes de glace, poudroiement neigeux de la voie lactée. Ajoutez encore le rire d'un enfant, le cortège orgueilleux des princesses hautaines, l'apothéose du jeune soldat qui meurt pour la patrie, la flamme du vin, la pourpre du sang, la chanson de la bohème élégante en son débraillé, le défilé grotesque des êtres ridicules, la glorification de l'amour, l'affirmation de la joie, — et vous aurez l'œuvre du poète, cette œuvre où l'on n'ose s'attarder à remarquer les taches, tant elle est éclairée de rayons vifs, tant elle est consolante dans sa magnificence, tant
UN ATHÉNIEN : M. THÉODORE DE BANVILLE g$
elle demeure jusqu'au bout merveilleusement lyrique .
En le méditant , on s'aperçoit qu'il y a encore, même à notre époque de tristesse intellectuelle et d'affaissement moral, quelque chose qui relève et qui sait sonner, selon le beau mot de M. Georges Lafenestre, — la marche de la vie. Nos ancêtres, déjà lointains, étaient croyants, croyants sincères et fanatiques, prêts à se faire tuer, — on tuait vite au moyen âge, — pour une idée qu'on leur avait apprise. Nos aïeux directs ont été, pour la plupart, des épicuriens plus ou moins heureux et plus ou moins allégés de croyances.
Nous ne sommes, nous, ni des croyants, ni des épicuriens : nous ne savons plus prier, et nous ne savons plus jouir. On nous enseigne une philosophie triste et désenchantée, une philosophie qui, certes, n'a rien de lyrique ni rien de lumineux. Adieu la vieille foi pour laquelle on mourait, ou les plaisirs faciles, les joies aimables qui venaient aider à vivre ! Tout est gourmé, tout est régulier, tout est mathématique, tout s'explique par des phénomènes de chimie, organique ou
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autre, et par des réactions contre lesquelles nous ne pouvons rien, pas même les connaître toutes. La vie n'est plus cette forêt où Ton marchait un peu au hasard, embarrassé par les broussailles , mais découvrant chaque jour des chemins nouveaux et des clairières inconnues. La vie n'est plus même une ville ou l'on rit; une ville ou l'on cause : c'est un triste faubourg brumeux et fumeux , qui étale ses bâtiments gris sous un ciel bas, et qui n'a ni arbres ni sources vives. Et Ton comprend, à voir combien la société contemporaine est devenue intolérable, — l'on comprend ce retour désespéré que tentent quelques esprits vers l'harmonie et la sérénité de l'art grec. Heureux sont -ils quand ils peuvent toucher aux beautés éternelles, et qu'ils gardent jusqu'au bout, comme Ta fait M. de Banville, l'enchantement du rythme , l'éblouissement du sourire , la magie des mots sonores , l'adoration de la lumière et des étoiles !