‹ Essais de critique dramatiqueChapitre 14 sur 17 · II. nu. \ 1 ÛE DE Dl UA8 i IL · texte numérisé non relu

II. nu. \ 1 ÛE DE Dl UA8 i IL

créé de types plus vigoureux. Lt Demi-Monde et Monsieur Alphonse sont deux des œuvres les plus fortes de ce temps. La Dame aux Camélias esl une pièce étrange et malsaine, mais pénétrée d'uu souffle brûlant; dans La Princesse Georges^ la simplicité et la rapidité de l'action sont admirables, et la ii^!. de l'héroïne est un pur chef-d'œuvre.

M. Bigot, malgré des restrictions, est -['and admirateur des comédies de Dumas ; il réseï vérités pour ses théories. Il s'amuse des contradictions qu'il y découvre; il relève le contraste entre le fra avec lequel l'auteur les expose et le vide qui est au fond. Dumas, dit-il, croit trop que le public qui lit -•■ eompose en majorité d'imbéciles, comme celui qui va au théâtre. D'ailleurs il ne se moque pas toujours de ses lecteurs; il lui arrive de se prendre au sérieux, et c'est alors surtout qu'il est comique. Ignorant, il aime à parler science, et quelle science que la sienne! un ramassis baroque de notions attrapées au hasard. Au travers de tout cela, des inspirations heureuses, des bouffées d'éloquence. Ce qui manque, c'est h' bon sens et l'équilibre. On a dit qu'il s'était avisé un peu tard de faire son ca chisme ; mais un s'aperçoit trop qu'il n'a jamais fait sa philosophie.

Au fond, dit M. Bigot, Dumas n'est pas de notre race, [.as plus que son père. Tout l'indique : son dédain pour la femme, sa personnalité exubérante, la faiblesse de sa rai-son unie à sa puissance d'invention, son goût pour les solutions sanglantes, son mysticisme. ■ C'est un nègre trempe tout jeune dans

Le Styx parisien. » Il n*a jamais connu ce monde de moyenne bourgeoisie d'où presque tous nous sommes sortis . qui est le cœur et qui fait la force de la France. Elevé dans la bohème . il en a pris et gardé les habitudes, le libertinage d'esprit, le goût des propos de garçons , des mots crus et cyniques , l'amour de la réclame et du tapage, un penchant à confondre l'originalité avec la bizarrerie. Ce qui est à son honneur, c'est que, grandi dans ce monde-là, il ait eu au moins des velléités morales ; ses œuvres y ont gagné une élévation relative. « C'est une pauvre et triste poésie que celle de La Dame aux Camélias; mais chaque âme prend le rayon de soleil où elle peut le trouver, et peut-être ces mêmes livres de M. Dumas qui, dans certaines sphères, ont pu dépraver plus d'une âme, ont-ils ailleurs apporté à quelque esprit dégradé un éclair de la vie morale. »

M. Gartault est, dans l'ensemble, moins sévère que M. Bigot. Il insiste sur les origines de Dumas: ses origines littéraires, le romantisme, ses origines morales, la bohème. Dumas, dit-il. après avoir beaucoup vécu avec des courtisanes, s'aperçut qu'il y avait des jeunes filles. « Il découvrit la famille, et • rut de bonne foi l'avoir inventée, » Ses débuts dans le roman furent médiocres, intéressants seulement en ce qu'on y trouve le germe d'idées qu'il a développées depuis.

M. Gartault admire franchement et presque sans réserve le théâtre de Dumas, qui à ses yeux est de beaucoup le premier des auteurs dramatiques contemporains. 11 étudie la structure si forte de ses pie-

ces, el il montre que la sensation de rapidité qu'elles nous donnenl tienl moins à L'agitation extérieure qu'à la Logique intime avec Laquelle elles sont construits. Les imitateurs de Dumas s'y sont trompés, et en essayant de copier la rapidité de L'action qu'ils trouvaient chez lui, ils se sont attachés à une forme vide. Quant aux caractères, ce qui distingue Dumas des auteurs classiques . «'est que ceux-ci ont étudié l'éternel fond humain, tandis qu'il s'est attaché à peindre l'homme social. « L'avare, l'ambitieux, l'hypocrite sont de tous les temps et de tous les pays : la baronne d'Ange, le fils naturel, M. Alphonse, la princesse Georges, n'existent qu'en vertu de certaines lois constitutives du mariage et delà famille. Ils sont les produits du milieu contemporain... »

Dumas a les défauts de ses qualités. Son style si rapide a pn quelquefois être qualifié de « style télégraphique. » En creusant trop la nature humaine gour abstraire le type des observations individuelles, il s'expose à négliger la vie; il crée des êtres de convention, comme la femme de Claude. Ses tentatives de littérature scientifique ne lui ont pas toujours réussi. Sa physiologie nous intéresse moins que sa psychologie. L'impression que dous fait VAmi des Femmes est celle que nous éprouvons dans un hôpital d'incurables. L'axiome : « Rien de ce qui est humain ne m'est étranger » n'est vrai qu'au moral. Un accès de folie, une lièvre typhoïde chez un de nos semblables n'éveille en nous aucune émotion esthétique.

Quant aux théories de Dumas, sans les juger aussi

impitoyablement que M. Bigot, M. Cartault ne les prend qu'à moitié au sérieux. Il trouve qu'on a eu tort de l'accuser d'immoralité : on lui en veut surtout de ne pas sauver les apparences et d'appeler crûment les choses par leur nom. On l'accuserait avec plus de raison d'illogisme. Gomment, en effet, étant aussi résolument partisan de la famille, au sens traditionnel, a-t-il pu plaider avec tant d'énergie pour le divorce et pour la recherche de la paternité ? Il y a à la fois chez lui un conservateur déterminé et un révolutionnaire. Parviendra-t-il, dit M. Cartault en finissant, à mettre ses idées d'accord les unes avec les autres ?

M. Parigot, dans son Théâtre d'Hier, a étudié Dumas à côté d'Augier, de Sardou, de Becque et de quelques autres. Il a essayé de définir le système dramatique de l'auteur, qui. dit-il, a emprunté à Sedaine et à La Chaussée la conception du drame bourgeois , mais en le transformant au point de le rendre méconnaissable. Suivant lui, si l'on veut rattacher Dumas à une tradition, on peut lui trouver deux prédécesseurs : l'un est Scribe, dont il s'est assimilé les habiletés, les ficelles; l'autre est Corneille, dont il a hérité Le goût de la composition, de l'unité, de la force, le besoin de progression et de logique, la préférence pour les caractères rigoureux sèment dessinés et le développement rectilignede la •n. Si M. Parigot admire la logique et la vigueur des conceptions et du dialogue de Dumas, il ne pense pas beaucoup de bien de ses idées. Il lui reproche de se contredire souvent, et surtout de

LE THÉÂTRE DE DUMAS FILS, clé

vouloir appliquer à la société des idées qui ne s'appliquenl qu'au monde actif créé par lui dans son théâtre. Il n'aime ni les dissertations philosophiques de Rémonin dans VElranghre, ni les sermons de Madame Àubray. La science e! Là religion de Dumas lui paraissent également de mauvais aloi. En somme, il fait beaucoup de cas de lui comme artiste, et très peu comme penseur.

M. Doumic qui, dans ses Portraits d'Écrivains, nous a donné sur Dumas un chapitre plein de vues inléates, es! beaucoup moins sévère que M. Parigol pour ses théories. C'est qu'il a Lien compris que ses théories faisaient corps avec son talent. Si Dumas n'avait pas eu foi dans ses idées, s'il n'avait pas dans ses drames, comme dans ses préfaces et ses brochures, prêché avec ardeur certaines réformes, son théâtre serait probablement tout autre. Des pièces comme le Demi-Monde et Un Père Prodigue auraient marque le dernier terme de son évolution. C'est pour le coup que Weiss aurait eu raison de le classer parmi les réalistes. M. Parigot lui-même a très justement observé que pour Dumas le réalisme n'est qu'un moyen, non un but, qu'il ne se contente pas. comme les réalistes, de peindre les surfaces, qu'il veut atteindre jusqu'aux dessous de la nature humaine.

Mais ce que M. Parigot n'a pas voulu voir, et ce que M. Doumic a très bien montré, c'est que les idées sociales de Dumas (vraies ou fausses, peu importe), sont l'âme même de ses pièces . qu< qualités caractéristiques, la vérité et la précision

de L'observation, Ja logique impeccable, sont mises par lui au service des doctrines qui lui tiennent au cœur, de l'idéal dont il s'inspire. On sail qui Dumas attachait une grande importance à ses d<-nouements. a Un dénouement, » disait-il, « est un total mathématique. Si votre total es1 faux, loute votre opération est mauvaise. » Or M. Doumic fai spirituellement et très justement remarquer que pas un des dénouements de Dumas n'est ce qu'il devrait être si l'auteur avait voulu copier la réalité. Dans la vie réelle Raymond de Nanjac aurait épousé la baronne d'Ange ; Madame de Simerose serait devenue la maîtresse de M. de Montègre, et ainsi de suite. Faut-il en conclure que Dumas ne connaissait pas le monde et la vie? Evidemment non; cela prouve seulement qu'au lieu de nous montrer comment les choses se passent habituellement, il cherche comment elles devraient se passer.

Ainsi Dumas; qui avait des dons remarquables d'observateur et d'écrivain réaliste, a souvent pris le contre-pied du réalisme, paire que pour lui le but de l'art est Lien moins de peindre ce qui existe. que d'en tirer une leçon. Le réaliste, dit M. Doumic, s'attache a ce qu'il y a de plus ordinaire, de plus commun dans la vie; Dumas n'étudie que deij cas d'exception. Le réaliste a pour constante pré] occupation de s'efforcer de ne pas intervenir dans le jeu naturel des événements; Dumas au contraire arrange les faits, et il nous faut même quelquefois, comme dans Une Visite de Noces, une singulière complaïsànce pour admettre ses combinaisons. Le réa^

liste emprunte ses types à L'humanité moyenne; Dumas fail souvenl ses personnages plus grands que oature. Le réaliste est frappé de voir que nos tentatives . nos idées, avortent le plus souvent . que ce qui caractérise la vie, c'est l'inachevé, l'incomplet. Dumas nous présente <1<é> actions complètes, il \,i jusqu'au bout de ses idées. Dans le dialogue, un réaliste devrait s'appliquer à reproduire « la grisaille de la conversation courante. » Dumas sait que le dialogue des personnages est surtout un moyen d'exprimer la pensée de l'auteur. Son dialogue est donc « très écrit, » très artificiel, mais plein de sens et d'un admirable relief.

En ce qui touche ce dernier point, je «lois faire remarquer que Weiss a dit tout le contraire. 11 reproche à Dumas d'avoir transporté au théâtre « le ton gris de la conversation, » de s'être figuré « que chacun de nous, quoi qu'il dise, fait de la prose comique sans le savoir, » d'avoir volontairement, et avec un parti-pris de réalisme, encombré son dialogue de ces mots parasites, de ces répliques banales qui s'échangent dans la rue ou dans un salon, mais qu'un véritable écrivain dramatique devrait supprimer impitoyablement. Pour moi. j'inclinerais à croire que Weiss et M. Doumic ont tous les deux raison, qu'on trouve dans l'œuvre de Dumasdequoi justifier leurs observations contradictoires. J'ai déjà dit ailleurs que l'étude de Weiss ne portait que sur les premières comédies, el c'est dans les pièces comme Diane de Lys, Le Fils Naturel, La Question <l'Arijini. que ses critiques, trop sévères., trouvent par-

fois leur application. M. Doumic, au contraire, a étudié l'œuvre de Dumas dans son ensemble, et s'il a un peu trop abondé dans le sens de sa thèse . s'il a exagéré les différences entre Dumas et les réalistes, sa thèse en elle-même me semble inattaquable. Pour me servir de ses propres expressions . l'art de Dumas « part du réalisme, mais pour le dépasser; il a pour base le réel, pour fin un idéal. »

M. Paul Bourget, en prenant Dumas pour sujet d'un de ses Essais de psychologie contemporaine, ne se proposait pas le même but que M. Doumic ou M. Parigot. Ce qui l'intéresse dans le théâtre de Dumas , c'est moins ce théâtre lui-même que les idées et les tendances de hauteur, considéré soit dans sa nature propre, soit comme représentant d une classe d'hommes et d'une génération. Non pas qu'en parlant d'un auteur dramatique, M. Bourget se soit donne le ridicule d'oublier ou de dédaigner les qualités d'art et de métier qui ont fait sa réputation. Il a au contraire parlé, d'après Dumas luimême, mais avec plus de précision que lui, des dons qui sont nécessaires pour réussir au théâtre; il a analysé avec beaucoup de pénétration et de justesse les caractères du dialogue dramatique, et ce genre particulier d'imagination qu'il appelle Y imagination des crises, qui distingue l'homme de théâtre du romancier. Mais enfin ce que veut faire M. Bourget, ce n'est pas de la critique dramatique, c'est de la psychologie appliquée, et ce qu'il étudie surtout chez Dumas, c'est le fond de sa nature, c'est le tempérament intellectuel qui s'est manifesté dans son œuvre.

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Dumas o'esl , dit-il, ni un pur artiste, ni un psychologue, c'est un moraliste qui avait des dons merveilleux d'homme de théâtre. Or il semble qu'il

y ait contradiction entre les habitudes d'esprit du moraliste, qui se plaît aux développements d'idées générales ou bien à l'étude «1rs sentiments dans leurs ouances Les plus délicates, el les instincts de l'auteur dramatique, qui se réunissent aux exigences de son art pour lui faire tout sacrifier à l'action. Cela est vrai, et Dumas lui-même a senti, dans la seconde partie de sa carrière , la gène où le mettait cette dualité de sa nature. Mais aussi quel intérêt puissant ne communiquent pas à ses pièces les préoccupations morales dont il était obsédé ! Les discussions passionnées que ses pièces ont excitées, le succès éclatant qu'elles ont obtenu, ne s'expliquent pas seulement par le talent de l'auteur, mais par ce fait que ses pensées répondaient aux nôtres, et qu'il a su nous parler le langage que nous attendions.

Parmi les idées de Dumas, M. Bourget s'est attaché à celle qui lui a paru le centre de toutes les autres, sa conception de l'amour. Il montre fort bien que cette conception est radicalement pessimiste, que Dumas enveloppe dans la même condamnation les amours vénales de la rue et la prostitution poétitique et sentimentale des salons. Dumas n'ose pas nier l'existence «le l'amour vrai, de celui qui s«- l'ait pardonner ses fautes et même ses crimes par sa sincérité. Mais le fond de sa pensée, c'est que l'amour est une illusion, un piège que nous tend le génie de

l'espèce, pour parler comme Schopenhauer. A cette conception pessimiste de l'amour se rattache la créai tion de certains personnages chers à Dumas, comme Olivier de Jalin et de Ryons, qui. soit par abus de l'esprit d'analyse . soit par habitude de liberti- . . en arrivent non seulement au scepticisme, mais, ce qui est plus grave, à l'impuissance absolue d'aimer.

La conclusion logique de cette façon de raisonner et de sentir, ce devrait être, semble-t-il. le nihilisme métaphysique, suite naturelle et dernier terme du nihilisme sentimental. Les conclusions de Dumas sont cependant tout autres. Il aboutit au mysticisme, dont l'influence est si marquée dans La Femme de Claude et L'Etrangère. C'est que Dumas, moraliste et homme d'action, arrivant sur les frontières du nihilisme de Schopenhauer. a reculé d'horreur. Il a dit : « La nature ne veut pas la mort ; la mort n'est qu'un de ses moyens ; la vie est son but. » Et alors, il a cherché dans l'au-delà la solution qu'il ne trouvait pas dans la réalité. Il a abouti à une sorte de manichéisme. Tandis que les névropathes, pour échapper à eux-mêmes et fuir l'odieuse réalité, cherchent un refuge dans dus ivresses factices, Dumas a demandé un remède à une religion plus ou moins vague. Par la encore il a exprimé à sa façon le besoin que ressentent tant d'âmes à l'heure présente : il est resté l'auteur moderne par excellence ; il a su trouver jusqu'au bout les mots qu'il fallait nous dire pour nous toucher.

.!»• De répondrais pas que ce Dumas-là soit abso*

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lumenl Le vrai. Quand on est, comme M. Bourget, à la fois philosophe, poète el romancier, on a beau vouloir être un peintre exact, il esl difficile qu'on n'ajoute pas quelque chose à son modèle. Les < Olivier de Jalin, les Ryons . les Lebonnard, à qui Duma donné tout son esprit, toute son expérience du monde, el ce qu'on peut à la rigueur appeler sa philosophie, ne sont peut-être pas des philosophes aussi cons< quents que les fait M. Bourget. Ils ae se sont pas nourris, comme lui, de Spinoza, de Kant et de Schopenhauer. Stan, le raisonneur de Francillon, qui esl de la même lignée qu'eux, parle bien de velléités de suicide qui lui passent par la tête; mais je doute qu'il sache ce que c'est que le fameux suicide cosmique du philosophe allemand. M. Boni a vu les héros de Dumas à travers les siens, qui après souper sont sujets à des accès de métaphysique, et imaginent « la religion de la souffrance humaine » eri allumant leur cigare. Rien de pareil dans les personnages de Dumas. L'auteur est un moraliste el non un philosophe, comme Ni. Bourgel l'a très bien montré; pourquoi doue alors veut-il lui prêter des théories auxquelles il n'a pas songé, et faire de lui un Schopenhauérien sans le savoir ?

L'analyse qu'il nous donne de sa conception de l'amour est forte et pénétrante, mais elle a Le défaut d'être trop générale et trop abstraite. Lorsque Dumas nous dit qu'il a choisi l'amour pour point centra] de ses observations, il nous explique pourquoi : « C'était bien certainement là que la bêtise humaine se con-

statait le mieux. Il faut que tout le inonde y passe plus ou moins :

Qui que tu sois, voici ton maître, Il l'est, le fut ou le doit être.

a dit Voltaire. » Il n'y a ni métaphysique ni profondeur là dedans: c'est l'expression toute simple d'une vérité de sens commun. Voyez comme M. Bourget interprète et transforme la pensée de Dumas : « ...il aperçoit dans l'amour la cause la plus féconde qui soit en crises aiguës, où se décèle toute la muette énergie des caractères. Par cela seul que l'amour rapproche étroitement les personnes, plus étroitement qu'aucune autre passion, c'est aussi la passion qui donne le plus souvent naissance à des duels entre ces personnes, duels intimes, duels implacables, où la sauvagerie de l'animal primitif, mâle ou femelle, apparaît comme aux jours d'avant la civilisation... Les voilà donc face à face, cet homme et cette femme, dans la nudité de leur personne physique et de leur personne morale, qui s'affrontent et s'étreignent , comme s'il n'y avait ni science, ni arts, ni progrès des lumières ni adoucissement des mœurs. Conflit mystérieux, parce qu'il n'est point régi par des lois, conflit farouche, parce que la nature s'y montre avec son sérieux tragique ! La nature ne connaît ni le rire ni la fantaisie ; et l'être qui aime, comme l'être qui a faim . comme l'être qui meurt, sort du mensonge pour rentrer dans cette realite invinciblement, indiciblement grave, qui

LE THF \ IT.i: DE DUM kS FILS.

accompagne tous les faits essentiels de l'existence. L'arrière-fond de l'homme se dévoile alors, el les crises qu'il subit l'émeuvent jusque dans la racine

de sa forer... »

Connue dit M. Jourdain, il y a ■ trop de brouillamini » là dedans, et il n'était pas nécessaire d'évoquer en pareille matière » la sauvagerie de ranimai primitif, mâle et femelle. Je sais bien que Dumas lui-même, vers le milieu de sa carrière, a cultivé l'éloquence apocalyptique, et que dans cette même Préface de La Femme de Claude, d'un est Là petite phrase citée pins haut, il nous a fait le portrait de « la Bête » qu'il a aperçue dans une vision mystique, « qui avait sept têtes et dix cornes. et sur ses cornes dix diadèmes. » Mais il nous explique quelques lignes plus loin le sens de ce symbole ; cela veut dire que la prostitution est la plaie de la société actuelle. Gela n'est ni profond ni mystérieux. Et d'ailleurs, si des pass - - celui-là sont curieux et jettent un jour sur les préoccupations mystiques qui l'ont hante à un certain moment, ce n'est pas là qu'il faut chercher des indications sur le sens de son théâtre. Ce théâtre est beaucoup moins abstrait et symbolique que l'étude de M. Bourget ne tendrait à le faire croire. La philosophie de Dumas a un faux air de système, parce qu'il a groupé ses observations <•[ ses réflexions autour de ce point central, l'amour. Il est possible que, comme Ta dit M. Brunetière, dans la seconde moitié de son œuvre l'observation joue un moins grand rôle, que les combinaisons de L'imagination et de la

logique y occupent la première place. Mais ce qui domine ton l le reste, c'est que, comme M. Bourget lui-même l'a remarqué, nous avons affaire à un auteur dramatique, non à un philosophe. Pourquoi, après avoir mis ceci en relief dans la première partie de son étude, l'a-t-il si souvent oubli-} dans la seconde"'

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