RÉFORME
Il y a quatre mois, en parlant du volume precédent, on essayait ici de décrire le talent de M. Michelet; aujour-
d’hui l’on peut recommencer sans crainte : pour toucher
le fond de cette nature si délicate et si étrange, ilest bon de s’y reprendre à deux fois.
En quoi consiste cette imagination inspirée, que ses ans et ses ennemis lui reconnaissent, et qui est la source de ses qualités et de ses défauts? D'autres, par exemple Victor Hugo, voient intérieurement, avec une netteté parfaite et un relief étonnant, les couleurs et les formes : les objets réels qui subsistent dans la nature n'ont point de traits plus marqués ni de détails plus achevés que les objets fantastiques qui traversent leur cerveau. Mais ils sont peintres plus que poètes ; ils comprennent mieux la figure d'un objet que sa pensée intime ; ils se représentent mieux les sensations que les sentiments ; ils ont l'imagination des yeux plutôt que celle du cœur. M..Michelet a l'imagination du cœur plutôt que celle des yeux; sa plus grande puissance est la faculté d'être ému; il ne regarde les formes et les couleurs que pour pénétrer l'âme cet la passion qu’elles expriment; il ne décrit jamais pour décrire; il: n'imagine que pour sentir. On en verra la preuve dans ses paysages : com-