La Princesse de Clèves
Royale, celur du Carnavalet, par exemple, et l'on aperçoit dans un haut salon, entre les panneaux sculptés et ornés de peintures, la noble et aimable conteuse entourée d'une cour d'amis. Elle parle, mais en grande dame, avec le sentiment secret de sa dignité et de la dignité de ceux qui l'écoutent. Son style imite sa parole; elle présente au public les personnages de son livre comme elle présenterait à ses amis les hôtes de son salon. Les compliments graves coulent naturellement de ses lèvres, et l'imagination se trouve portée comme dans un monde sublime, au spectacle de tant de perfections et de splendeurs. « Jamais cour, dit-elle, n’a eu tant de belles personnes et d'hommes admirablement faits. [l semblait que la nature eût pris plaisir à placer ce qu'elle donne de plus beau dans les plus grandes princesses et dans les plus grands princes. Le roi de Navarre attirait le respect de tout le monde par la grandeur de son rang et par celle qui paraissait en sa personne. Le chevalier de Guise, qu'on appela depuis le grand | prieur, était un prince aimé de tout le monde, bien fait, plein d' esprit, plein d'adresse, et d’une valeur célèbre par toute l'Europe. Le prince de Condé, dans un petit corps peu favorisé de la nature, avait une âme grande et hautaine, et un esprit qui le rendait aimable aux yeux même des plus belles femmes. Le duc de Nevers, dont la vie était glorieuse par la guerre et par les . grands emplois qu'il avait eus, quoique dans un âge un peu avancé, faisait les délices de la cour. Il avait trois fils parfaitement bien faits... » Je m'arrête; les louanges et les respects ne s'arrêtent point. De ces habitudes de salon, naissait le style noble que nous admirons et que nous avons perdu. — Quand aujourd'hui Alfred de Musset met en scène les grands seisneurs, 1l a beau être le
plus délicat et le plus charmant esprit de notre siècle, il leur prête des phrases de plébéien et d'artiste mal appris. Ses comtes et ses marquises eussent choqué chez madame de la Fayette. Si une femme avait lâché ce mot : « Vous autres, hommes à la mode, vous n'êtes que des confiseurs déguisés! », on l'aurait trouvée boutiquière. Si un homme eût dit à une femme, en se jetant à ses genoux : « Je vais vous faire une déclaration vieille comme les rues et bête comme une oiïe », on l'eût mis à la porte en lui répondant : « Monsieur, Je n'écoute pas de pareilles ordures?. » Son dialogue moqueur, brusque, rempli d'images osées et inventées coup sur coup, aurait effarouché les gens, comme un feu d'artifice tiré à l’improviste et à brüûle-pourpoint entre les pieds dorés de leurs fauteuils. Madame de la Fayette et ses hôtes ne supposaient pas qu'il y eût au monde des confiseurs ni des oies. Des festins somptueux, des ameublements magnifiques, des palais réguliers, des princes et des princesses d'une âme grande et d’une contenañce majestueuse, voilà les souvenirs où puisait leur style. En tout temps le langage copie la vie; les habitudes du monde forment les expressions des livres; comme on agit, on écrit. Rien d'étonnant si une société de grands seigneurs, hommes du monde, a inventé le plus beau style qui ait paru.
Ge style est aussi mesuré que noble; au lieu d’exagérer, il atténue. Madame de la Fayette n’élève jamais la voix. Son ton uniforme et modéré n’a point d'accent passionné ni brusque. L'un bout à l’autre de son livre brille
4. Il faut qu'une porte soit ouve' te ou fermée. 2. Le mot est de Molière; Mme d Sévigné l’eût hasardé, Mme de la Fayette en aurait peut-être eu peur.
une sérénité charmante; ses personnages semblent glisser au milieu d'un air limpide.et lumineux. L'amour, la Jalousie atroce, les angoisses suprêmes du corps brisé par la maladie de l'âme, les cris saccadés de la passion, le bruit discordant du monde, tout s'adoucit et s'efface, et le tumulte d'en bas arrive comme une harmonie dans la région pure où nous sommes montés. C’est que l'excessif choque comme le vulgaire; une société si polie repousse les façons de parler violentes; on ne crie pas dans un salon. Mme de la Fayette ne s'abandonne pas, comme un artiste et comme une actrice; elle se contient, comme une grande dame et comme une femme du monde. D'ailleurs, même à demi-mot, surtout à demi-mot, ses hôtes l'entendent. Ce sont les nerfs grossiers ou les esprits obtus qui veulent des éclats de voix; un sourire, un tremblement dans l'accent d'une parole, un mot ralenti, un regard glissé suffisent aux autres. Ceux-là devinent ce qu'on ne dit pas et entendent ce qu'on indique. Leur délicatesse et leur promptitude aperçoivent, à l'instant et sans peine, ce qu'on dissimule ou ce qu'on n’achève pas. Ils comprennent ou imaginent les transports et les tempêtes cachés sous les phrases régulières et calmes. Ils ne veulent pas les voir : ils les entrevoient, et, au même moment, ils en détournent leurs yeux; ils veulent rester maitres d'eux-mêmes. Ils se sentent en spectacle, 1ls redouteraient d'être troublés par des peintures trop véhémentes. Leur finesse n'en a as besoin, leur dignité en a peur, leur bon goût s'en écarte. Lorsque Mme de Chartres mourante appelle sa fille pour lui dire adieu, elle lui parle du déplaisir qu'elle a de la quitter. Lorsque Mme de Clèves avoue enfin à M. de Nemours ce qu'elle sent pour lui, une demi-phrase
indique à peine l'émotion si touchante et si profonde qui les remplit tous les deux. « Elle céda pour la première fois au penchant qu'elle avait pour M. de Nemours, et, le regardant avec des yeux pleins de douceur et de charme : « Je ne vous dirai point que je n'ai pas vu l’at- « tachement que vous avez eu pour moi; peut-être ne « me croiriez-vous pas quand je vous le dirais; je vous « avoue donc, non seulement que je l'ai vu, mais que je « l'ai vu tel que vous pouvez souhaiter qu'il m'ait paru. » Rien de plus. Devant cette retenue et cette pudeur de style, on trouve grossier et médical le Lys dans la vallée, de Balzac.
, Une autre grâce est la simplicité. La moitié des mots que nous employons est inconnue à Mme de la Fayette. Elle ressemble à ces anciens peintres qui faisaient toutes les nuances avec cinq ou six couleurs. Il n'y a point de . lecture si facile. Un enfant entendrait du premier coup toutes ses expressions et tous ses tours. Le regard les pénètre dès l'abord jusqu'au fond, comme des eaux unies et transparentes; jamais les paroles n’ont rendu les idées plus visibles; jamais le lecteur n’a pensé avec autant d'aisance et de clarté. — Aujourd'hui tout écrivain est pédant, et tout style est obscur. Chacun a lu trois ou quatre siècles de trois ou quatre littératures. La philosophie, la science, l'art, la critique nous ont surchargés de leurs découvertes et de leur jargon. L'esprit, en s'étendant, s'est encombré et s'est troublé. Nous sommes devenus économistes, mathématiciens, métaphysiciens, dilettantes, Anglais, Allemands surtout, et nous avons cessé d'être écrivains et Français. Bien plus et bien pis, par besoin de nouveauté et par raffinement d'intelligence, nous avons recherché les nuances imperceptibles, les images extra-
; MADAME DE LA FAYETTE. 251 ordinaires, les paradoxes de style, les accouplements d'expressions, les tours inattendus; nous avons voulu être piquants et nouveaux, nous avons écrit pour réveiller la curiosité lassée, nous avons sacrifié le naturel et la justesse pour surmonter l'inattention et chasser l'ennui. — Au temps de Mme de la Fayette, la littérature naissait, et personne ne nait dégoûté et savant. Elle disait les événements du monde en femme du monde, et n’apportait point les termes des langues spéciales dans la description des mouvements du cœur. Elle peignait les événements de la vie, sans autre envie que de les peindre, et ne songeall point à surpasser des prédécesseurs qu'elle n'avait pas. En tout art, ceux qui viennent les premiers sont les plus heureux; ils ont plus de succès et moins de peine : 1ls imitent plus aisément la nature et atteignent plus sûrement la vérité. Ce premier moment est comme une aurore : celle-ci est une des plus limpides; Je ne sais qu'une lumière plus belle, celle qui parut en Grèce au ive siècle avec les Économiques de Xénophon et le Phèdre de Platon. e
Presque toujours les habitudes de l'esprit annoncent les habitudes du cœur. [ei les émotions sont aussi délicates que la manière de les dire; on reconnait le tact exquis d’une femme et d'une femme de haut rang. Le propre d’un salon aristocratique est la politesse parfaite, c'est-à-dire le soin scrupuleux d'éviter jusqu’à la plus légère apparence de ce qui pourrait choquer et déplaire; l'âme y est plus sensible; les froissements y sont des blessures; on y est plus prompt à souffrir, parce qu'on y est moins habitué à souffrir. Je-ne crois pas que la générosité, la pudeur ou la vertu y soient plus abondantes el plus vivaces qu'ailleurs; mais il semble que, lorsqu'elles
s’y rencontrent, elles y fleurissent avec plus d'aisance et sous un meilleur abri. La vie d'un plébéien est une guerre. Il est contraint à l'économie, à la défiance, souvent à la ruse, à la rigueur; il est rempli de pensées d'argent; il assiste chaque jour à des actions grossières; plus d'une fois il y prend part; sa femme est une bourgeoise et une ménagère, et le souci pressant, incessant de faire fortune et de vivre les empêche de s'arrêter aux nuances des sentiments. Faites-les princes dès le berceau; voyez Mme de la Fayette ou Mme de Clèves élevées parmi les respects et les magnificences. Si elles sont bonnes, elles seront généreuses; elles n'ont point gagné leur argent, écu par écu; elles ne savent pas ce qu'il faut de peine et d'efforts pour le gagner. Si elles sont honnêtes, elles seront vertueuses; leur orgueil doublé les munira d'une force double contre les défaillances et les séductions. La délicatesse est une parure de luxe, difficile à porter, que le moindre heurt déchire, mais qui reçoit moins d'accrocs et moins de taches dans un palais que dans un taudis.
Cette délicatesse fait ici le caractère et le charme de l'amour. Mme de Clèves aime sans le savoir; d'elle-même et sans dessein, elle se range aux opinions de M. de Nemours; sans le vouloir, elle fait ce qu'il veut; elle est comme sur une pente qui l'emporte et qu'elle ne voit pas. M. de Nemours ayant laissé deviner qu'il aunerait mieux ne pas la savoir à un bal, « elle fut bien aise de trouver une raison de sévérité pour faire une chose qui était une faveur pour M. de Nemours. » Un peu après, lorsqu'on essaye de tromper le prince, en lui assurant que cette absence était l'effet d'une maladie, « Mme de Clèves fut d'abord fâchée que M. de Nemours eût lieu de
croire que c'était lui qui l'avait empêchée d'aller au bal; mais ensuite elle sentit quelque espèce de chagrin que sa mère lui en eût entièrement ôté l'opinion. » Un autre jour, comme les dames regardaient un portrait de la reine Élisabeth, à la main de qui M. de Nemours avait aspiré, « elle le trouva plus beau qu'elle n'avait envie de le trouver, et ne put s'empêcher de dire qu'il était flatté ». Ces commencements d'émotions confuses, ces nuances de sentiments imprévus et mêlés, ces contentements subits et ces peines sourdes, sont comme les rougeurs douteuses du printemps qui couve et veut éclater. Bientôt la plus innocente des imprudences laisse percer un indice de cette passion secrète; le remords vient; mais l'amour subsiste jusque dans le remords qui le combat. « Ce lui était une grande douleur de voir qu'elle n'étail plus maitresse de cacher ses sentiments, et de les avoir laissé paraitre au chevalier de Guise. Elle en avait aussi beaucoup que M. de Nemours les connût ; mais cette dernière douleur n'était pas si entière, et elle était mêlée de quelque sorte de doureur. » À chaque instant, le cœur trahit la volonté, et la passion se glisse dans les actions que la raison commande. Obligée de consulter avec M. de Nemours sur des intérêts de famille, elle est heureuse de recevoir ses confidences. « Sous prétexte des affaires de son oncle, elle entrait avec plaisir à garder tuus les seercts que M. de Nemours lui confiait. » Désormais l'amour est si bien le maitre qu'il fait tous les -autres sentiments; Mme de Clèves le retrouve ju.que dans ses amitiés : elle s'attache tout d'un coup à Mme de Martigues, « comme à une personne qui avait une passion aussi bien qu'elle, et qui l'avait pour l'ami intime de son amant ». Dans une âme si belle, l'amour ne peut s’expri-
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mer par des actions violentes; pour qu'elle garde sa noblesse, il faut qu’elle garde toujours sa modération. Si elle s’abandonnait, elle s’abaisserait. Mais ces fines nuances d'émotion dévoilent toute la force du sentiment qui la possède; tant de petits effets témoignent de sa. présence incessante et de sa domination souveraine; il conserve toute sa pureté, sans rien perdre de sa grandeur. ms
Combien cette pureté paraît plus touchante encore, lorsque l'on-voit tous les regrets et toutes les résolutions . qu'elle excite! Mme de Clèves est sans cesse en garde contre elle-même; sitôt qu'elle s'aperçoit de son amour, elle veut le vaincre; elle se reproche comme un crime les émotions les plus involontaires et les plus fugitives; il n'y a pas de probité plus haute ni plus scrupuleuse; la Monime de Racine a moins de pudeur et de générosité. On sent une âme qui a été élevée parmi les plus nobles conseils et les plus sains exemples; qui, les yeux fixés sur la divine image de la vertu, a conçu pour elle, non seulement de la vénération, mais de la tendresse, qui respecte l'honneur, non seulement comme une Îloi inviolable, mais comme la plus chère et la plus précieuse partie de son trésor intérieur ; qui non seulement ne tombera jamais, mais qui n'a jamais eu l’idée de faillir. Elle a recours à son mari contre elle-même; Jusque dans cette confession si hasardée, il y a une modestie exquise; son honnêteté est si entière, qu’elle semble n’entrevoir qu'à demi, à travers un voile, et malgré elle, le sentiment ou l'action qui serait contraire à son devoir : « Eh bien, monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu qu'on n’a jamais fait à son mari; mais l'innocence de ma conduite et de mes intentions
m'en donne la force. Il est vrai que j'ai des raisons de m'éloigner de la cour, et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Je n'ai jamais donné nulle marque de faiblesse, et je ne craindrais pas d'en laisser paraître si vous me laissiez la liberté de me retirer de la cour, ou si j'avais encore Mme de Chartres pour m'aider à me conduire. Quelque dangereux que soit le parti que je prends, je le prends avec joie pour me conserver digne d'être à vous. Je vous demande mille pardons; si j'ai des sentiments qui vous déplaisent, du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions.
Songez que, pour faire ce que je fais, il faut avoir plus d'amitié et plus d'estime pour un mari que l'on n’en a jamais eu. Conduisez-moi, ayez pitié de moi, et aimez-moi encore, Si VOUS pouvez. »
Ce style et ces sentiments sont si éloignés des nôtres que nous avons peine à les comprendre. [ls sont comme des parfums trop fins : nous ne les sentons plus; tant de délicatesse nous semble de la froideur ou de la fadeur. La société transformée a transformé l'âme. L'homme, comme toute chose vivante, change avec l'air qui le nourrit. Il en est ainsi d'un bout à l'autre de l'histoire : chaque siècle, avec des circonstances qui lui sont pro-
pres, produit des sentiments et des beautés qui lui sont propres; et, à mesure que la race humaine avance, elle laisse derrière elle des formes de société et des sortes de perfection qu'on ne rencontre plus. Aucun âge n’a le droit d'imposer sa beauté aux âges qui précèdent; aucun âge n'a le devoir d'emprunter sa beauté aux âges qui précèdent. Il ne faut ni dénigrer ni imiter, mais inventer ‘et comprendre. Il faut que l'histoire soit respectueuse et que l’art soit original. Il faut admirer ce que nous avons
et ce qui nous manque; il faut faire autrement que nos ancêtres et louer ce que nos ancêtres ont fait. — Entrez dans Notre-Dame; au bout d'une demi-heure, lorsque dans l'ombre des piliers énormes vous avez contemplé l'essor passionné des frêles colonnettes, l’enchevêtrement douloureux des figures bizarres et le rayonnement divin des rosaces épanouies, vous comprenez l'extase mystique de la foule maladive qui, agenouillée au son des orgues, apercevait là-bas, dans une lumière d'or, le sourire angélique de la Vierge et les mains étendues du Christ. — Un quart d'heure plus tard, au musée de la Renaissance, une statue de Michel-Ange vous montrera, par la fierté de sa structure héroïque, par l'élan effréné de ses bras tordus, par la montagne des muscles soulevés sur son épaule, les superbes passions, la grandeur tragique, le déchainement des crimes et le paganisme sublime du xvi® siècle. — Ouvrez maintenant un volume de Racine, ou cette Princesse de Clèves, et vous v verrez la noblesse, la mesure, la délicatesse charmante, la simplicité et la perfection du style, qu'une litiérature naissante pouvait . seule avoir, et que la vie de salon, les mœurs de cour, et les sentiments aristocratiques pouvaient seuls produire. — Ni l'extase du moyen âge, ni le paganisme ardent du xvie siècle, ni la délicatesse et la langue de Louis XIV ne peuvent renaître. L'esprit humain coule avec les événements comme un fleuve. De cent lieues en cent lieues, le terrain change : ici des montagnes brisées, et toute la poésie de la nature sauvage ; plus loin de longues colonnades d’arbres puissants qui enfoncent leur pied dans l'eau violente; là-bas de grandes plaines régulières et de nobles horizons disposés comme pour le plaisir des yeux; ici la fourmilière bruyante des villes pressées, avec la
- beauté du travail fructueux et des arts utiles. Le voyageur qui glisse sur cette eau changeante a tort de regretter ou de mépriser les spectacles qu'il quitte, et doit s'attendre à voir disparaître en quelques heures ceux qui passent en ce moment sous ses veux. |
Journal des Débats, 25 février 1857.
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ET
M. DE MONTALEMPERT®
Je me suppose grand amateur d'aristocratie, de dé, 10cratie, ou de toute autre sorte de gouvernement. Naturellement, j'écris un livre pour défendre ce que j'aime. Comment faire un livre qui soit lu?
Si j'arrange une grosse théorie, Je vais mettre le public en fuite. Qui est-ce qui voudra suivre aujourd'hui la déduction des droits du peuple ou du gouvernement paternel? Cela était bon sous Rousseau ou sous M. de Bonald; mais le Contrat social et la Législation primitive ne sont plus que des parures de bibliothèque. Ma théorie irait les rejoindre, et personne ne se soucie d'aller dormir avec les morts.
Je découvre un moyen excellent, l'emploi de l’histoire. Il faut bien que les Grecs et les Romains servent à quelque chose; ils me serviront de paravent, et ce sera bien fait. Si J'aime la souveraineté populaire, Je prouverai que