‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 118 sur 155 · Tite live, XLU · texte numérisé non relu

Tite live, XLU

L*orgueil donne le calme. L*honime qui veut être digne reste grave, et le Romain accomplit sans émotion ni enthousiasme les plus grands événements. L*orgueil divinise la patrie, parce qu'elle donne au citoyen la gloire et l'empire, sans lesquels il ne peut vivre. L'orgueil sacrifie la famille, parce qu'il appelle faibtesse les affections qui la fondent. On voit dans les harangues de Tite Live combien à Rome le dévouement est simple, tranquille et réfléchi. Q. Fabius présidait les comices ; la première centurie nomme ^3onsul son neveu Otacilius. Il arrête le vote et dit froidement : * Nous t'avons éprouvé, Otacilius, dans de moindres charges, et certes tu n'as rien fait pour que nous ayons confiance en toi dans de plus grands emplois. Nous avions équipé pour trois raisons la flotte que tu as cominandée celte année, pour que là côte d'Afrique fût dévastée, pour que les rivages de. l'Italie fussent en sûreté, surtout cour que de Garthagc on ne fît point passer à Annibal des renforts, des vivres et de l'argent. Créez consul Otacilius s'il a rendu à l'État, je ne dis pas tous ces services, mais un seul.... Il n'importe à personne plus qu'à toi, Otacilius, qu'on ne mette pas sur tes épaules un fardeau sous lequel tu succomberais. Héraut, rappelle au suffrage la centurie des jeunes gens del'Anio. » — Comme Otacilius s'écriait avec emportement que Fabius voulait se continuer dans le consulat, et se déchaînait contre lui, le con-

siil ordonne aux licteurs de s'approcher, et avertit Otacilius que, n'étant pas entré dans la ville, il fait encore porter devant lui ses haches avec ses faisceaux ^ » Fabius est si sûr de son désintéressement qu*il ne craint pas de paraître amhilieux et tyrannique, et le peuple, qui en juge comme luî, sur-lechamp le nomme consul. — Le fils de Manlius a combattu contre Tordre de son père. Il arrive avec les dépouilles. Sans lui dire uii mot, le père .se détourne, fait sonner la trompette pour convoquer l'armée, et prononce à l'instant cette sentence: « Puisque, sans respect pour l'autorité consulaire et la majesté paternelle, T. Manlius, tu as, contre notre défense, hors des rangs, combattu un ennemi et détruit, autant qu'il était en toi, la discipline militaire par laquelle jusqu'à ce jour a subsisté la chose romaine; puisque tu m'as amené à la nécessité d'oublier ou la république ou moi-même et les miens, portons plutôt la peine de notre crime que de faire payer à la république notre faute par un «i grand dommage. Nous serons un triste exemple, mais salutaire à l'avenir pour la jeunesse. Sans doute, l'amour naturel au père et cette marque d'un tourage trompé par une vaine apparence de gloire m'émeuvent pour toi. Mais puisqu'il faut par ta mort sanctionner les ordres des consuls ou par

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