Tite Live, XXIV
198 CHAPITRE n.
ton impunité les abroger pour toujours, je ne crois pas que toi-même, si tu as dans les veines une goutte de notre sang, tu refuses de rétablir par ta peine la discipline militaire renversée par ta faute. Va, licteur, attache-le au poteau^ » Ce raisonnement, qui finit comme un coup de hache, est terrible parce qu'il est subit. Jugeons par là à quel excès étaient tendues les volontés romaines. Dans l'âme du magistrat il y avait comme un tribunal permanent d'où, à chaque instant, pouvait tomber la sentence toujours prête. Ils n'avaient pas besoin de s'élever au-dessus d'eux-mêmes pour atteindre le dévouement ; ils s'y trouvaient tout portés. Ainsi les sauvages d'Amérique offraient tranquillement leurs membres aux tortures, et, par éducation, par tempérament, par habitude, par nature, se jouaient de ce qu'osait ' à peine l'exaltation des martyrs. L'aruspice ayant déclaré que l'armée victorieuse doit perdre son général, Manlius et son collègue, sans s'émouvoir, convoquent la veille leurs officiers, et conviennent que là où l'on verra l'armée plier, l'un des deux se dévouera.
Par fierté de citoyen, Tite Live met en relief les belles parties de ce caractère ; par exactitude d'orateur, il en découvre les traits expressifs : car il est obligé d'approprier ses raisons à son auditoire,