Tite Live, VIII
et de toucher les passions romaines par des argii** ments romairls. Considérez dans le discours de Camille cette religion qui n'est qu'un culte, si minutieuse, si soigneuse des formes consacrées, si attachée aux rites extérieurs, dont on observe non l'esprit, mais la lettre, qui seule empêche le peuple d'émigrer à Véies, parce que, toute politique et locale, elle attache au sol le gouvernement et le citoyen. « Nous avons une ville . fondée suivant les auspices et les augures. Nul endroit en elle qui ne soit plein des dieux et de leur culte. Nos sacri« fices solennels ont non-seulement des jours, mais des lieux axés. Abandonnerez-vous, Romains, tous ces dieux privés et publics ? Que votre action ressemble peu à celle de ce noble jeune homme, C. Fabius, que les ennemis virent avec une admiration égale à la vôtre, lorsque, parmi les javelots gaulois, descendu de la citadelle, il accomplit sur. le Quirinal le sacriflce solennel de la maison Fabia I Voulez- vous que les rites de famille ne soient pas interrompus même pendant la guerre, et que les rites publics et les dieux romains soient abandonnés même dans la paix? Quelqu'un dira peutêtre qu'on les accomplira à Yéies, ou que de Yéies, on enverra ici nos prêtres pour les accomplir; ni l'un ni l'autre ne peut se faire sans violer les usages sacrés. Et pour ne pas énumérer par espèces toutes nos cérémonies et tous nos dieux.
dans le banquet de Jupiter peut-on placer le pul^ vinar ailleurs qu'au Gapitole? Que diitii-je des feux éternels de Yesta, et de celte statue, gage de domination, gardée dans son temple ? Que dirai-je de vos boucliers, Mars Gradivus, et toi, Quirinus, notre père? Voulez- vous abandonner en un lieu profane ces choses saintes contemporaines de la ville, quelques-unes plus anciennes que la ville même? Et voyez quelle différence entre nous et nos ancêtres: ils nous ont transmis plusieurs sacrifices que nous devons faire sur le mont Albain et à Lavinium. Lorsqu'il est contre la religion de transporter d'une ville ennemie à Rome des cérémonies, les transporterons-nous sans profanation à Véies, dans une ville d'ennemis ? Je parle du culte et des temples : que dirai-je donc des prêtres? Ne songez-vous pas quel sacrilège on commettrait? Les Vestales ne peuvent avoir qu'une seule derneure, celle d'où rien ne les fit jamais sortir que la prise de la ville. Le flamine de Jupiter ne peut rester une nuit hors de Rome sans faire un^crime. Ces prêtres romains, les ferez-vous véiens, et tes Vestales t'abandonneront-elles, ô Vesta ? Et le flamine habitant à l'étranger commettra-t-il chaque nuit une impiété que la république expiera avec lui ? Que. dirai-je de tant de choses que nous accomplissons avec des auspices, toutes presque dans le pomœrium? A quel oubli, à quel abandon les li-
vrons-nous? Les comices par curies d'où dépendent toutes les atTaires de la guerre , les comices par centuries dans lesquels vous créez les consuls et les tribuns militaires, où peuvent-ils se tenir avec des auspices, sinon dans l'endrok accoutumé?... Ici est le Capitole, où, lorsqu'on trouva jadis une tète humaine , les aruspices répondirent que dans ce lieu serait la tète du monde et le siège de l'empire ; ici, lorsque sous la conduite des augures on ôtait les autels du Gapitole, la Jeunesse et le dieu Terme, à la grande joie de nos pères , ne souffrirent pas qu'on les déplaçât. Ici sont les feux de Vesta, les boucliers tombés du ciel, et, si vous y restez, des dieux tous propices*! » On voit que l'amour de la patrie est religieux à Rome , autant que politique ; les dieux sont habitants du sol et Romains; quelle doit être la force de ce sentiment en qui les autres se réunissent I Dé notre temps , ils sont séparés. La ville qu'on habite, la religion qu'on suit, l'État où l'on est compris, forment trois mondes toujours distincts , parfois ennemis. Chez les anciens' il n'y en avait qu'un, la cité. Elle était la ville; on lui sacrifiait la famille; elle se confondait avec la religion; le cœur et la pensée de l'homme étaient tout à la patrie , et , de quelque
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