T. IV, p. 5, Ed. Tauchnitz
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dans cet exercice, et il a conseiré dans lliisloire lei habitudes qu'iV avait gagnées dans les joamaux. 11 emploie tous les moyens de garder l'attention, bons ou médiocres, dignes ou indignes d'un grand talent, entre autres, l'allusion aux circonstances actuelles. Vous sarez ce mot d'un directeur de revue à qui Pierre Leroux proposait un article sur Dieu. ■ Dieu! cela n'a pas d'actuiUité ! • M. Macaulay en profile. S'il nomme un régiment, il indique en quelques lignes les actions d'éclat qu'il a faites depuis son in- Btitulion jusqu'il nos jours : voilà les officiers de ce régiment campés en Crimée, & Malte ou h Calcutta, obligés de lire son histoire. — Il raconte la réception de Schomberg par la Chambre : qui s'intéresse h SchombergT A l'instant il ajoute que Wellington, cent ans plus tard, fut reçu en pareilles circonstances avec un cérémonial copié du premier : quel Anglais ne s'intéresse pas à Wellington ? — Il raconte le siège de Londonderry, il désigne la place que les anciens bastions occupent dans la ville actuelle, le champ qui était couvert par le camp irlandais, le pnits où bues assiégeants : quel habitant de Londonderry s'emp^her d'acheter son livi-e? — Ouelqoe 'il aborde, il marque les changements qu'elle ■■y les nouveUos rues ajoutées, les b&Uments on construits, l'augmenlation du commerce, uction d'indnstiies nouvelles : voilà tons les în et tous les négociants obligés de sonscrire ouvrage. — * Ailleurs nous rencontrons une le sur un acteur et une actrice : les saperiatik «ni; aussi commence>t-il par dire que WUluntford était « le plus agréable comêâien, >
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qu'Anne Bracegîrdle était c Factrice la pins popnlaire » du temps. S'il introduit un homme d'État, il l'annonce toujours par quelque grand mol : c'était c le plus insinuant, » ou bien c le jplus équitable, » oa l»en < le plus instruit, » ou bien « le plus acharné et le plus débauché > de tous les politiques d'alors. — Mais ses grandes qualités le servent aussi bien I&dessus que ces machines littéraires un peu trop visibles, un peu trop nombreuses, un peu trop grossières. La multitude étonnante des détails, le mélange de dissertations psychcdogîques et morales, de descriptîoBS, de récits, de jugements, de plaidoiries, de portraits, par-dessus tout la bonne composition et le courant continu d'éloquence occupent et retiennent l'attention jusqu'au bout. On éprouve de la peine à finir un volume de Lingard et de Roberlson ; on aurait de la peine à ne pas finir un volume de M. Macaulay.
Yoict une narration détachée qui montre fort bien et en abrégé les moyens d'intéresser qu'emploie M. Macaulay, et le grand intérêt qu'A excite. Il s'agit du massacre de Glencoe. Il commence par décrire l'endroit en voyageur qui l'a vu, et le signale aux bandes de touristes et d'amateurs, historiens et antiquaires qui tous les ans partait de Londres.
c Mac-Ian habitait à l'entrée d'an ravin sîtné près da rivage méridional de Lochleven. Près de la maison étai^t deux on trois petits hameaux habités par sa tribu. La popnlation qu'il gouvernait n^excédait pas, dit-on, deux cents âmes. Dans le voisinage de ce petit groupe de villages, il y avait quelques bois taillis et quelques pâturages ; mais, en remontant un peu le défilé, on ne voyait aucun signe d'habi-
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talion et de culture. En langue gaélique Glencoe signifie Vallée des Larmes; en effet, elle est le plus mélancolique et, le plus désolé de tOus les défilés écossais. C'est vraiment la vallée de lt)mbre de la Mort •. Des brouillards et des orages pèsent sur elle pendant la plus grande partie des beaux étés; et même dans les jours rares où le soleil est brillant, quand il n'y a aucun nuage dans le ciel, l'impression que laisse le paysage est triste et accablante. Le sentier longe un ruisseau qui sort du plus sombre et du plus lugubre des étangs de montagne. De grands murs de roc menacent des deux côtés. Même en juillet, on peut souvent distinguer deâ lignes de neige dans les fentes, près des sommets. Sur tous les versants, des amas de ruines. marquent la course furieuse des torrents. Mille après mille, le voyageur cherche en vain des yeux la fumée d'une hutte, ou une forme humaine envjB^ loppée dans un plaid ; il écoute en vain pour entendre les aboiements d'un chien de berger ouïe bêlement d'un agneau. Mille après mille, le seul son qui indique la vie est le cri indistinct d'un oiseau de proie, perché sur quelque créneau de roche battu par la tempête. Le progrès de la civilisation qui a changé tant de landes désertes en champs dorés de moissons, ou égayés par les fleurs des^pommiers, n'a fait que rendre Glenqoe plus désolée. Toute la science et toute l'industrie d'un âge pacifique ne peuvent extraire rien d'utile de cette solitude ; mais dans .un âge de violence et de rapine, ' la solitude elle-même devenait utile par l'abri qu'elle offrait au bandit et à son butin. »
La description, quoique fort belle, est écrite en style démonstratif. L'antithèse de la fin l'explique ; Fauteur Ta faite pour montrer que les gens de Glencoe étaient les plus grands brigands du pays.
I^e JMaltre de Stairs, qui représentait Guillaume en
1 . Allusion à un livre populaire The Pilgrim's progress , par Bunyan.
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Ecosse, s'autorisant de ce que Mac-Ian n'avait pas prêté le serment de fidélité au jour marqué, voulut détruire le chef et son clan. U n'était poussé ni par une haine héréditaire, ni par im intérêt privé ; il était homme de goût, poli et aimable. Il fit ce crime par humanité, persuadé qu'il n'y avait pas d'autre moyen de pacifier les hautes terres. Là-dessus, H. Macaulày insère une dissertation de quatre pages, fort bien faite, pleine d'intérêt et de science, dont la diversité nous repose, qui nous fait voyager à travers toutes sortes d'exemples historiques, et toutes sortes de leçons morales.
c Nous voyons chaque jour des hommes faire pour leur parti, pour leur secte, pour leur pays, pour leurs projets favoris de réforme politique et sociale, ce qu'ils ne voudraient pas faire pour s'enrichir ou se venger eux-mêmes. Devant une tentation directement offerte à notre cupidité privée ou à notre animosité privée, ce queîipus avons de vertu prend l'alarme. Mais la vertu elle-même contribue à la chute de celui qui croit pouvoir, en violant quelque règle morale importante, rendre un grand serrice à une Ëglise, à un État, à Thumanité. Il fait taire les objections de sa conscience, et endurcît son cœur contre les spectacles les plus émouvants, en se répétant à lui-même que ses intentions sont pures, que son objet est noble, et qu*il fait un petit mal pour un grand bien. Par degrés, il arrive à oublier entièrement Tinfamie des moyens en considérant Texcellence de la fin, et accomplit sans un seul remords de conscience des actions qui feraient horreur à un boucanier. Il n'est pas à croire que saint Dominique, pour le meilleur archevêché de la chrétienté, eût poussé des pillards féroces à voler et à massacrer une population pacifique et industrieuse; qu'Éverard Digby, pour on duché, eût fait sauter une grande assemblée en l'air, ou que Robespierre eût tué, moyennant salaire, une seule des personnes dont il tua des milliers par philanthropie. ^
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Ne reconnaît-on pas ici F Anglais éleré parmi les essais et les sermons psychologiques et moraux, qui involontairement, à chaque instant, en répand quelqu'un sur le papier? Ce genre est inconnu dans no^ chaires et dans nos revues ; c*est pourquoi il est inconnu dans nos histoires. Chez nos voisins, pour entrer dans l'histoire, il n'a qu'à descendre de la chaire et du journal.
Je ne traduis pas la suite de l'explication, les exemples de Jacques V, de Sixte-Quint et de tant d'autres, que M. Macaulay cite pour donner des précédents au maître de Stairs. Suit une discussion très-circonstanciée et très-solide prouvant que le roi GuiUaume n'est pas responsable du massacre. Il est clair que l'objet de M. Macaulay, ici comme ailleurs, est moins de faire une peinture que de suggérer un jugement. Il veut que nous ayons une opinion sur la moralité de l'acte, que nous l'attribuions à ses véritables auteurs» que chacun d'eux ait exactement sa part, et point davantage. Un peu plus loin, quand il s'agira de punir le crime, et que Guillaume, ayant châtié sévèrement les exécuteurs, se contentera de révoquer le maître de Stairs, M. Maf aulay compose une dissertation de plusieurs pages pour juger cette injustice et pour blâmer le roi. Il est toujours et partout orateur et moraliste ; aucun moyen n'a plus de force pour intéresser un lecteur anglais. Heureusement pour nous, il redevient enfin narrateur. Les menus détails qu'il choisit alors fixent l'attention et mettent la scène sous les yeux.
c La vae des habits rouges qui approchaient inquiéta un peu la popuhition de la vallée. John, le fils atné du chef,
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accompagné par vingl hommes de son clan, irînt à la raBContredes étrangers, et leur demanda ce que aigBifiail cette visite. Le lieutenant lindsay répondit que les soldats venaient en amis et ne demandaient (pie des logements. Ils ftarent accaeillis amicalement et logés sons les toîts de chaume de la petite communauté. Glenlyon et plusieurs de ses hommes forent reços dans la maison d'un montagnard qai s'appelait Invenigen , du nom du groupe de huttes sur lesquelles il avait autorité. Lindsay eut son logis plus près de la demeure du vieux chef. Auchiotriater, un des principaux du clan, qui gouvernait le petit hameau d'Auchnaion , y trouva des quartiers pour une troupe d'hommes commandée par le sergent Berbour. Les provisions furent libéralonent iburnies. On mangea des boBufs qui, probablement, avaient été engraissés dans des pâturages éloignés; aucun payement ne fui d^ mandé; car, en hospitalité comme en brigandage, les maraudeurs celtes étaient rivaux des Bédouins. Pendant donse joms, les soldats vécurent familièrement avec les habitants de la vallée. Le vieux Mac^-Ian, qui avait été fort inquiet, ne sachant s'il était considéré comme sujet ou comme rebelle, parait avoir vu cette visite avec plaisir. Les officiers passaient une grande partie de leur temps avec lui et avec sa famille. Les longues soirées coulaient gaiement auprès du feu de tourbe, grâce à quelques paquets de cartes, qui avaient trouvé leur chemin jusqu'à ce coin reculé du monde , et à quelques flacons d'eau-de-vie française qui , probablement , étaient l'adieu de Jacques à ses partisans des hautes terres. Glenlyon paraissait chaudement attaché à la nièce du vieux chef et à son mari Alexandre. Chaque jour il venait dans leur maison pour boire le coup du matin. Cependant il observait avec une attention scrupuleuse tous les chemins par où les llacdonalds pourraient essayer de s'enfuir quand on donnerait le signal du massacre, et il envoyait le résultat de ses observations à Hamilt'on....
c La nuit était rude. Très-tard dans la soirée, le vague soupçon de quelque mauvais dessein traversa Tei^rit du fils aîné du chef. Les soldats étaient évidemment dans un état
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d^agitation ; et quelques-uns d'entre eux prononçaient des cris singuliers. On entendit, à ce que Ton prétend, deux hommes chuchoter : ce Je n'aime pas cette besogne, n Un d'entre eux murmura : c Je serais content de combattre les Macdonalds. Itfais tuer des hommes dans leur lit! — Il faut faire ce qu'on nous commande, répondit une autre voix ; s*il y a là quelque chose de mal, c'est l'affaire de nos officiers. > — John Macdonald fut si inquiet qu'un peu après minuit il alla au quartier de Glenlyon. Glenlyon et ses hommes étaient tous debout, et semblaient mettre leurs armes en état pour une action. John, très-alarmé, demanda pourquoi ces préparatifs. Glenlyon se répandit en protestations amicales, c Des gens de Glengarry maraudent dans le pays, nous nous préparons pour marcher contre eux. Vous êtes bien en sûreté. Croyez-vous que si vous couriez quelque danger, je n'aurais pas donné un avis à votre frère Sandy et à sa femme ? > Les soupçons de John se calmèrent. Il revint chez lui, et se coucha. >
Le lendemain, à cinq heures du matin, le vieux chef fut assassiné, ses hommes fusillés dans leur lit ou au coin de leur feu. Des femmes furent égorgées; im enfant de douze ans, qui demandait la vie à genoux, tué ; ceux qui s'étaient enfuis demi-nus, les femmes, les enfants, périrent de froid et de faim dans la neige.
Ces détails précis, ces conversations de soldats, cette peinture des soirées passées au coin du foyer, donnent à l'histoire le mouvement et la vie du roman. Et pourtant l'historien reste orateur ; car il a choisi tous ces faits pour mettre en lumière la perfidie des assassins et rhorreur du massacre, et il s'en servira plus tard pour demander, avec toute la puissance de la passion et de la logique, la punition des criminels.
Ainsi, cette histoire dont les qualités semblent si
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peu anglaises est Tœuvre d'un talent tout anglais. UniverseUe, suivie, elle enveloppe tous les faits dans, sa vaste trame sans la diviser ni la rompre. Développée, abondante, elle éclaircit les faits obscurs, et ouvre aux plus ignorants les questions les plus compliquées. Intéressante, variée, elle attire à elle l'atten* tion et la garde. Elle a la vie, la clarté, l'unité, qualités qui semblaient toutes françaises. Il semble que l'auteur soit un vulgarisateur comme M..Thiers, un philosophe conune M. Guizot, un artiste comme M. Thierry. La vérité est qu'il est orateur, et que possédant au plus haut degré les facultés oratoires, il paraît suppléer par elles aux facultés qu'il n'a pas. n n'est pas philosophe : la médiocrité de ses premiers chapitres sur l'ancienne histoire d'Angleterre le prouve assez; mais sa force de raisonnement, ses habitudes de classification et d'ordre mettent l'unité dans son histoire. 11 n'est pas artiste : quand il fait une peinture, il songe toujours à prouver quelque chose; il insère des dissertations aux endroits les plus touchants; il n'a ni grâce, ni légèreté, ni vivacité, ni finesse, mais une mémoire étonnante, une science énorme, une passion politique ardente, un grand talent d'avocat pour exposer et plaider toutes les causes, une connaissance précise des faits précis et petits qui attachent l'attention, font illusion, diversifient, animent et écbauflent son récit. Il n'est pas vulgarisateur : il est trop ardent, trop acharné à prouver, à conquérir des croyances, à abattre ses adversaires, pour avoir le limpide talent de l'homme qui explique et qui expose, sans avoir d'autre but que d'expliquer et d'exposer, qui répand partout de
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la lumière, et ne yerse nulle part la chaleur; mais il est I» bien fourni de détails et de raisons, si avide de convaincre, si riche en développements, qu'il ne peut manquer d'être populaire. Par cette ampleur de science, par cette puissance de raisonnement et de passion il a produit un des plus beaux livres du siècle, en manifestant le génie de sa nation. Cette solidité, cette énergie, c^te profonde passion politique, ces préoccupations de morale, ces habitudes d'orateur, cette puissance limitée en philosophie, ce style un peu uniforme, sans flexibilité ni douceur, ce sérieux étemel, cette mardie géométrique vers un but marqué, annoncent en lui l'esprit anglais. Mais s'il est anglais pour nous, il ne l'est pas pour sa nation. L'animation, l'intérêt^ la clarté, funité de son récit les étonnent. Ils le trouvent brillant, rapide, haï'di ; c'est, disent-ils, un esprit français. Ce jugement est la plus forte marque de la différence des deux peuples. Pour aller chez ses voisins, un Français doit faire deux voyages. Quand il a franchi la première distance, qui est grande, il aborde sur M. Macaulay. Qu'il se rembarque; il faut entreprendre une seconde traversée aussi longue poer parvenir sur le vrai sol anglais.
ÂYril 1856.
FLÉGHIER.
HÉMOIRES SUR LES GRANDS JOURS D'aUVEHGNE^
On sait que les Grands Jours étaient des assises extraordinaires que des commissaires envoyés par le roi tenaient dans les provinces mal réglées pour y rétablir l'ordre. Fléchier; « prédicateur du roi , » solide poète latin , aggréable poète. français, homme du monde, vint en 1665 aux Grands Jours d'Auvergne avec le fils de H. de Gaumartin, dont il était précepteur. Il écrivit ce récit pour les personnes de sa société , récit fort exact , très-mondain , assez fleuri , parfois un peu leste y peinture des mœurs provinciales et de la politesse parisienne , dont les contrastes véridiques et involontaires indiquent une révolution qui s'achève : une aristocratie de petits tyrans hommes d'action devient un salon de courtisans lettrés et bien mis.
Fléchier vit les derniers à l'épreuve , et il faut avouer qu'ils travaillaient bien. Dans ce pays de mon-