Sdiâon Ghéniel
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tagnes , sans routes , garantis ThiVer par les neiges , seigneurs de villages isolés, et profitant du désordre qu'avait laissé la Fronde, ils vivaient, comme au bon temps, en rois féodaux. Il y avait contre eux « douze mille plaintes , » et ils sentaient si bien leur conscience , qu'à l'arrivée des juges « ce fut une fuite presque générale de toute la noblesse du pays. » / Le comte de Montvallat , « homme fort doux , fort bon , » resta , se considérant comme innocent , tant ses peccadilles étaient petites. «S'il arrivait que quelqu'un dans ses terres fût accusé d'assassinat , il lui promettait sûreté en justice , à condition qu'il lui ferait obligation de telle somme. Si quelque autre avait entrepris sur l'honnêteté d'une de ses sujettes, il faisait brûler les informations sur une obligation qu'on lui donnait. » Il faisait valoir « son droit de noces, >» et quand on voulait le racheter, « il en coûtait bien souvent la moitié de la dot de la mariée. »
D'autres, par exemple le marquis de Canillac, avaient encore plus de talent pour exploiter leur bien. « On levait dans ses terres la taille de monsieur, celle de madame et celle de tous les enfants de la maison , que ses sujets étaient obligés de payer outre celle du roi. Il imposait des sommes assez considérables sur les viandes qu'on mange ordinairement, et comme on pratiquait un peu trop l'abstinence, il tournait l'imposition sur ceux qui n'en mangeaient pas. Il faisait pour la moindre chose emprisonner et juger des misérables , et les obligeait de racheter leurs peines pour de l'argent. Il les engageait souvent à de méchantes actions pour les faire tous payer après, -avec beaucoup de rigueur. Il entre-
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tenait dans des tours douze scélérats qu'il appelait ses douze apôtres, et qui catéchisaient ceux qui étaient rebelles à sa loi avec Fépée ou avec le bâton.»
Ce seigneur du moins avait de l'esprit et pratiquait ' galamment Fart de traire les hommes. D'autres s'y prenaient plus simplement. M. le prieur de Saint- Germain, « honnête ecclésiastique, > et de qualité, ayant quelque démêlé avec une personne touchant les intérêts de ses fermes , « le fit venir à la sacristie et lui fit donner les étrivières. > C'était une façon de I rendez-vous et d'arrangement à l'amiable. — Pour ; M. de La Mothe-Tintry, il recrutait des gens de journée avec une grâce particulière : c II avait voulu obliger \m paysan d'aller faucher son pré , et l'avait menacé , s'il refusait , de le maltraiter. » Le paysan , homme mal appris, refusa. « M. de La Mothe, l'ayant trouvé un jour endormi sous un arbre , lui tira un coup de pistolet , et, voyant qu'il ne l'avait point tué, lui donna plusieurs coups d'épée et le réduisit àl'ex- | trémité. »
D'autres apprenaient aux indiscrets, même ecclésiastiques , à ne pas se mêler de leurs affaires de cœur. M. le marquis de Canillac fils , rencontrant un de ces importuns , « Antoine de Jusquet , prêtre revêtu de sa soutane , cria : Tue , tue , et lui lâcha un coup de pistolet dans Tépaùle gauche : aussitôt le comte de Saint-Point lui tira un autre coup de mousqueton dans les reins, et dont Jusquet tomba à terre. S'.étant relevé à genoux, il leur cria : « Messieurs, la vie, c ou donnez-moi du temps pour prier mon Dieu de me c pardonner avant que de m'achever. » Mais l'abbé de Saint-Point lui tira encore un coup de mousque-
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ton , et ensuite lui, le comte son frère et le jeonè marquis de GwiUac commandèrent à leurs Talets de tirer sur ce prêtre , qui ainsi mourut sur la place. » Ces messieurs étaient expéditifs^ mais un peu prompts. Le baron de Sénégas était bien plusingénieux et inventif. Après plusieurs pilleries , usurpations et deux ou trois assassinats, ayant eu « quelque sujet de plainte contre un homme qui était son justiciable, il le fit prendre et le renferma dans une armoire fort humide, où il ne pouvait se tenir ni debout ni assis , et où il recevait un peu de nourriture pour rendre son tourment plus long; de sorte qu'ayant I passé quelques mois dans un si terrible cachot et ne j respirant qu'un peu d'air corrompu , il fut réduit à l'extrémité , ce qui fit qu'on le retira demi-mort et \ tout k fait méconnaissable. Son visage n'avait presque I aucune forme et ses habits étaient couverts d'une mousse que l'humidité et la corruption du lieu avaient attachée. » Malheureusement la langue franj çaise a perdu une partie de sa richesse , et je ne puis pas raconter le traitement que M. d'Espinchal fit à f son page et à sa femme. Les plus beaux usages de l'ancien temps subsistaient. Les chanoines réguliers de Saint-Augustin avaient des « sujets-esclaves » et réclamaient le croit de leurs esclaves femelles alors même que le père était homme libre. Fléchier trouvait en Auvergne un précieux et dernier abrégé du gouvernement paternel.
Ces excellents seigneurs n'étaient pas d'accord. Ils s'assassinaient entre eux, à l'occasion, comme en Italie au xvi* siècle. Les petits despotismes privés engendrent les petites guerres privées, et ces r<^ de
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dodiei' se traitaient comme ils traltiûeiit leurs paysans. Fléchier ne cite que rencontres, soldats embanchés, afEsdres de grandes routes et guets-apens. Le vicomte de La Hotbe-Ganillac ne poQTant raroir 5006 livres qu'il avait prêtées à M. d*Orsonnette , envoya plusieurs fois c des cavaliers pour l'attendre à la sortie de sa maison et l'assassiner; » puis, ayant appris que ce débiteur récalcitrant devait passer tel jour en tel lieu , il alla l'attendre « avec quatorze ou quinze de ses gens bien montés et bien armés , » et le laissa pour mort sur ht placée
Parfois, à la vérité, le duel réglait les injures, liais d'ordinaire on prenait l'accommodement que voici : M. de Beaufort-Ganillac, étant à une Me de village, se prit de paroles avec un gentilhomme qui regardait par la fenêtre. « Transporté de colère, il entra dans la maison, accompagné de quelques-uns de ses amis et de ses compagnons de débauche, attaqua i'antiie qui se défendit fort-vjgoiffeusement et parut fort homme de cœur. Mais il fot accablé par le nombre et tué. » C'était promptitude et habitude de ne point diflTérer dans les bonnes entrepriseSi A San- ( Francisco, le soir au café, quand on joue aux dominos, si l'on est contredit par son adversaire, on lui lâche un coup de revolver dans la tète et tout est dit. De même' à Montferrand. cM. de Beauverger ayant eu dans la chaleur du vin quelque querelle avec un de ses plus intimes sunis, lui tira un coup de pistolet dans le corps et le tua sur ^ace. » ,
1. Plusieurs denses citations sont tirées du journal de Dangois, greffier des Grands Jours.