Tite Live, XXIII, 9. — 2. Ihid,^ V
Le pauvre pédagogue a trouvé son maître; il écoute une leçon de r'bétorique, avant d'être reconduit à la viUe de la manière que chacun sait. — Déji les sentences, fléau du style dramatique, commencent à paraître. Camille vient d'en faire dans sa docte ré* primande; et son ennemi Manlius excitant le peuple à la révolte débute par une maxime philosophique ; « Jusques à quand enfin ignorere^vous vos forces, quand la nature n'a pas laissé les brutes mêmes ignorer les leurs ? » Tite Live assistait aux lectures de son gendre le rhéteur; il avait été nourri dans les écoles de déclamation qui gâtèrent Sénèque et d'autres beaux génies, — J'ai honte pourtant d'insister sur ces critiques minutieuses, rarement méritées, couvertes par tant de beautés. Nous pou« vous maintenant le louer comme nous le voulons, et comme il en est digne; la matière ne nous manque pas.
IL C'est qu'en effet personne, non pas même Cicéron, n'a mieux possédé les deux grands talents oratoires, je veux dire Tart de développer une idée et le don de manier les passions. Car d'abord, puisque l'éloquence a pour but la persuasion, le meilleur orateur est celui qui, dans un sujet, sait trouver le plus de moyens de persuasion ; ces moyens sont les preuves'; or, développer une idée, c'est la prouver par des idées secondaires, celles-ci par d'autres.
et ainsi de suite, jusqu*à ce que le raisonnement soit partout invincîblejusqù'à ce que les objections soient prévenues, les arguments épuisés, la clarté entière, et la croyance surabondante ; c'est pour la raison un plaisir pur et extrême que d'embrasser cette multitude d'idées, de passer si aisément de Tune à l'autre, de sentir leur enchaînement, d'éprouver qu'elles sont toutes solides par elles-mêmes et affermies les unes par les autres, d'appuyer sur elles sans qu'elles enfoncent ni fléchissent, de comprendre que toutes ensemble elles forment un édifice destiné à porter une seule proposition. Cet art est le même dans Gicéro)i que dans Tile Live. Mais Tite Live, obligé par son œuvre de resserrer ses raisons, ne tombe jamais en des développements excessifs. En lisant Gicéron, on saute parfois une phrase et même une page^ En lisant Tacite, on ré\ient souvent deux ou trois fois sur la même ligne. Pour Tite Live, on lit tout et on ne lit qu'une fois chaque chose, tant il a de mesure, évitant à la fois l'abondance trop grande qui rassasie et la concision ex-
trême qui fatigue. JL'espril du lecteur va toujours du même pas que le sien. Mais il vaut mieux traduire que décrire ; un exemple prouve plus qu'un commentaire; et je ne dirai rien sur la suite et l'abondance des idées qui ne soit d'avance et sensi-