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pendance» l'amour des institutions libérales, le besoin de contrôler le gouvernement et de prendre part aux affaires. Elle formait une nation aristocratique capable de la remplacer, de défendre les droits acquis et de reconquérir au besoin la liberté. Â la fin du xv* siècle, la guerre des Deux Roses, le progrès de la civilisation et l'abolition du droit de maintenance renversèrent les mœurs féodales et la renversèrent; on crut que sa place était vide; elle ne l'était pas. Les Tudors semblèrent absolus ; leur despotisme eut des bornes. Us menèrent et ramenèrent d'une religion à l'autre la nation incertaine entré deux religions ; ils décapitèrent les grands seigneurs devenus courtisans ; ils humilièrent le Parlement privé de sa tête. Mais quand Henri YIII, sans le consentement de ce Parlement, voulut taxer ses sujets au sixième de leurs biens, il ne trouva que des révoltés et point de soldats : il plia sous le mécontentement public, quoique obstiné et téméraire; il révoqua ses commissions, pardonna à tous les rebelles, et s'excusa publiquement d'avoir violé la loi. Quand Elisabeth, si impérieuse, si populaire après quarante-trois ans de règne et de succès, voulut multiplier les monopoles , elle vit se redresser contre elle la Chambre irritée appuyée sur la nation menaçante, et retira la loi en remerciant la nation de son zèle et la Chambre de ses avertissements. Cent vingt ans de paix avaient enrichi, éclairé, multiplié la classe moyenne; la force lui était venue ; la volonté lui venait avec la force, et déjà l'on pouvait prévoir qu'elle livrerait aux Stuarts la bataille que les grands barons avaient livrée aux Plantagenèts.
Les circonstances qui en Angleterre ont fondé le gouvernement libre ne sont donc pas ordinaires; elles s(mt spéciales. Elles ne se sont donc pas rencontrées dans toute nation ; elles ne se sont réunies que pour cette nation. C'est la conquête qui, établissant un corps d'aristocratie et un roi puissant, a institué une aristocratie démocratique capable de résistance, et préparé une nation aristocratique capable de liberté. C'est la conquête qui par ses suites prochaines forma la ligue des barons qui obtinrent la grande Charte. C'est la conquête qui par ses suites lointaines forma le peuple de bourgeois hardis et de gentilshommes de campagne qui prirent la tête de Stratford et tirèrent l'épée contre le roi Charles. C'est la conquête qui, à huit cents ans de distance, maintint les institutions et les habitudes par lesquelles dure aujourd'hui la liberté.
Je n'en veux pour témoin que M. de Montalembert lui-même.
Les coutumes qu'il expose et qu'il admire en grand seigneur, en homme de cœur et en homme de* parti, sont des héritages. Elles sont toutes spéciales dans le présent, parce qu'elles étaient toutes spéciales dans le passé. Elles sont toutes des ejRTets et des soutiens de l'esprit aristocratique conservé dans la haute classe, implanté dans la nation. Telle est cette liberté de tester, cet usage des substitutions et ce droit d'atnesse appliqué aux terres, qui fonde l'orgueil de race, les traditions de famille, l'influence locale, et donne la force, l'indépendance, la fierté et l'autorité. Telles sont ces magistratures libres et gratuites, qui mettent aux mains des gentilshommes terriens
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le ewnmandeaient de la isUiee, radnûmslratien, la jttstiee, les fonctions municifNiles» et toute cette ftnde d'emplois que \e gouvemeBMfit central exerce chez I10US par ses préfets, ^a police, ses ingénieurs et ses magistrats. Telle est «cette populapîté de la haute noblesse qui ouvre ses rangs aux gloires nouvelles, de la fpelite noblesse qui ouvre ses rangs aux nouveaux fnrDfffiétaiFes terriens, de la noblesse entière qui laisse retomber ses fUs cadets parmi les simples citoyens, administre le pays, et mène les réforme. Si le bour* geoîs, au lieu de haïr la noblesse, cherche à devenir noUe; si ]a loi, au heu d'empêcher le renouvellement 4e raristocratie, le favorise ; si la noblesse, au lieu de jrepousser la classe moyenne, se recrute chez elle; si le goiivernaBont municipal appartient non au pouvoir du centre, mais àTaristocratie du lieu ; si l'aris* tocratie est populaire et puissante, c'est que l'aristo^cratie a toujours été populaire et puissante. Si la nation considère les nobles comme ses cbefe et ses représentants, c'est qu'elle les a toujours considérés comme ses Teprésentants et ses chefs. L'Angleterre d'aujourd'hui continue l'Angleterre d'autrefois. Il a fallu le hasard unique d'une conqu^e systématique et d'une royauté menaçante pour donner à l'aristocratie l'unité avec la force, et pour la contraindre à se donner l'appui de la reconnaissance et de l'o* pinion.
Ce n'était pas assez, pour maintenir le gouvernejne»t libre, de circonstances poUtiques particulières ; il fallait eDcc»*e des dispositions morales particulières. Quoi qu'en dise M. de Montalembert, elles $e sont rencontrées en Angletorre. Les événements y
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ont aidé le caractère national ; mais le caractère national a mis à profit les éFénements.
La faculté qui conquiert et maintient les droits politiques est la volonté énergique et persistante. Dès l'origine, on en trouve ici les sources. Pour jaillir, elle exige une àme passionnée : car on ne veut que ce que Ton désire, et une résolution durable n'est qu'une passion fixée. Elle exige une âme repliée sur elle-même : car pour surmonter les difficultés et résister à la peine, il faut être absorbé par les idées et sentir en soi comme ressort un motif moral. Elle exige une âme solitaire et capable d'inventer ses convictions : car on ne veut obstinértient que ce qu'on s'est persuadé soi-même à soi-même, et les seules résolutions solides sont celles qu'on tire de son propre fonds. A travers la littérature anglaise, vous découvrez à tous les âges cet homme passionné, concentré, intérieur. Vous apercevez cette passion dans la fougue lyrique et dans la sombre exaltation des poésies primitives, dans le style enflammé et dans le délire tragique de la Renaissance, dans le fanatisme vidonnaire de la Réforme, dans la «ensibililé bizarre ou amère des romans du dernier siècle, dans la fièvre de sympathie douloureuse ou de désespoir incurable qui a inspiré et désolé la littérature de celui-ci. Vous apercevez cette faculté de regarder en soi-même dans la peinture des émotions morales qui remplit la poésie saxonne, dans la profonde composition des caractères dramatiques et dans la science du cœur des écrivains de la Renaissance, dans le développement de Thomme spirituel et dans le culte de la ré^élmmi intérieure qui âta-
blirent le protestantisme, dans les romans psychologiques, dans l'analyse lyrique des sentiments intimes, par-dessus tout dans l'impuissance des arts du dessin et dans l'éternelle tristesse qui, depuis Cœdmon jusqu'à Byron, a étendu un voile noir sur tous leurs écrits. Vous apercevez cette originalité solitaire dans les monologues continus et dans la concentration farouche de leur poésie barbare, dans la surabondance de l'invention et de l'inspiration personnelle au temps de la Renaissance, dans l'avènement de la religion qui consacre la foi indépendante et l'appel à soimême, dans la peinture des singularités individuelles, dans le haut relief des caractères excentriques, dans la description répétée de la dignité froide, de la réserve hautaine et de l'orgueil silencieux. Cette force de désirs, cef attachement aux choses invisibles, cette personnalité concentrée, étaient les matériaux d'une volonté puissante et tenace. L'homme ainsi construit pouvait s'éprendre d'un intérêt moral et le poursuivre avec persévérance. Il s'est épris de celui que lui offraient les circonstances, et il a persévéré dans son effort. La protection d'une aristocratie populaire lui montrait des droits politiques à instituer et à défendre : il les a institués et défendus. L'éducation a aidé la nature : la longueur de la lutte a accru sa vigueur, et l'habitude de l'action lui a donné l'art d'agir. Sous l'effort de ces inclinations innées et de ces habitudes acquises, un caractère s'est formé , le plus énergique, le plus opiniâtre, le mieux armé pour la résistance, muni de toutes les facultés pratiques, pénétré du plus absolu et du plus indomptable orgueil. Ces facultés pratiques, manifestées par l'im-
puissance métaphysique, par Tamour des faits, des chiffres et de rutile, par le grand développement du commerce et de l'industrie» le rendent capable de gouverner et d'être gouverné. Elles lui inspirent Faversion de la politique spéculative, le goût de Texpérience, le sentiment du possible, le respect de l'antiquité, le culte de la loi, bref toutes les habitudes qui peuvent contenir et diriger l'essor de la liberté imprudente. Cet orgueil manifesté par la morgue solitaire, par l'empire de soi, par la morale rigide, le révolte contre toute loi qu'il n'a pas consentie et contre toute autorité qu'il n'a pas faite. Il lui inspire la persuasion que les affaires publiques sont ses affaires privées, la résolution d'y prendre part, l'attachement à son droit, la volonté de le conserver contre tous les empiétements , par tous les sacrifices, bref , toutes les habitudes qui peuvent protéger et maintenir la liberté attaquée. C'est ainsi qu'elle dure, préservée des égarements, défendue contre les dangers, avec l'orgueil pour ressort, avec le sens pratique pour guide. Elle n'est point l'effet d'un*accident que le hasard puisse envoyer aux autres ni d'une institution que l'imitation puisse importer chez les autres, ni d'une vertu qu'un effort de volonté puisse engendrer dans les autres, mais d'antiques et puissantes circonstances, qui pendant huit cents ans ont agi sur toute la race, et d'une forme de cerveau originelle dont l'hérédité et peut-être l'alimentation ^ ont augmenté la force. L'histoire et la physiologie sont ses créatrices. Pour la détruire, il faudrait effacer le