‹ Essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 77 sur 155 · Vendre les biens du roi Porsenna. — 2. Tite Live, V · texte numérisé non relu

Vendre les biens du roi Porsenna. — 2. Tite Live, V

d'écarter les Gaulois. Ceux-ci résistent, disant que le traité est conclu. Il répond qu'un engagement contracté depuis qu'il est dictateur, par un magistrat inférieur, est nul, et déclare aux Gaulois qu'ils ont à se préparer au combats » Comparez cette longue narration romanesque à l'abrégé simple et vrai de Polybe : nul doute ; chacun voit d'abord de quel côté est la fable, de quel côté l'histoire. Pourquoi Tite Live a-t-il adopté la fable ? Cela est clair, après ce discours de Camille : « Il ordonne aux siens de jeter en un tas tous leur5 bagages, de préparer leurs armés. C'est avec le fer, non avec l'or, qu'ils doivent recouvrer leur patrie. Ils ont devant les yeux les temples des dieux, leurs femmes, leUrs enfants, le sol de la jiattie défigurée par tant de maux, et tout ce qu'ils doivent défendre, reconquérir et venger. » L'historien combattait de cœur avec ses personnages ; il croyait comme eux qu'il portait dans ses mains l'honneur de Rome, et triomphait dans son récit comme sur un champ de bataille. » Déjà, dit^ il, la fortune avait tourné ; déjà la protection des dieux et la sagesse humaine aidaient Rome : aussi du premier choc ils sont dispersés sans beaucoup plus de peine qu'ils n'avaient vaincu sur l'Allia. Dans

un second combat plus régulier, à la huitième borne, sur le chemin de Gabies, où ils s^étaient ral-

î. Tite Lire, V, 49.

liés après leur déroule, sous la conduite et les auspices du même Camille^ ils sont encore vaincus» Là, ié carnage embrassa tout. Le camp est pris ; il ne reste pas même un messager du désastre. » Heureusement, dans ces narrations le ton oratoire met le lecteur en défiance ; en écoutant un plaidoyer, il devine que le récit cesse, et se met en devoir d'admirer au lieu de croire. Mais ceci est un mérite du lecteur, non de Fauteur ; et Tile Live ferait mieux de mériter notre croyance que de nous prémunir contre ses erreurs.

Cette partialité fausse les mœurs comme les faits. C'est trop de vertus et de victoires, et l'on voudrait en des hommes moins de perfection et de bonheur. En vérité, il devrait expliquer les mœurs antiques et non les louer. « Qu'ils écoutent, dit-il, ceux qui méprisent tout au prix des richesses, et croient qu'il n'y a place pour les grands honneurs et pour la vertu que là où afUuent et regorgent les trésors. L'unique espérance du peuple romain, L. Quintius, cultivait au delà du Tibre un champ de quatre arpents*. » Belle leçon, sans doute, et digne d'un moraliste fmais un * historien ajouterait que ces mœurs simples étaient grossières S et ne donnerait pas à des sénateurs j pâtres de bœufs et conducteurs de charrue, le langage choisi et achevé d'un lettré parfait. Cincinnatus

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